Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à Europe 1 le 2 juin 2016, sur la reprise de la construction de logements, l'hébergement des personnes migrantes et l'affaire concernant son conjoint M. Denis Baupin. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, à Europe 1 le 2 juin 2016, sur la reprise de la construction de logements, l'hébergement des personnes migrantes et l'affaire concernant son conjoint M. Denis Baupin.

Personnalité, fonction : COSSE Emmanuelle, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre du logement et de l'habitat durable;

ti : THOMAS SOTTO
L'interview politique d'Europe 1, Jean-Pierre ELKABBACH vous recevez la ministre du Logement et écologiste, Emmanuelle COSSE. Madame, monsieur, c'est à vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et tous les deux avec le sourire, pour répondre à Nicolas.

EMMANUELLE COSSE
Absolument.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue. Emmanuelle COSSE, bonjour.

EMMANUELLE COSSE
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En 2015, tous les professionnels, tous les candidats au logement étaient inquiets et démoralisés. 280 logements construits seulement en une année, et là, au début 2016, qu'est-ce que ça donne, et disons en juin ?

EMMANUELLE COSSE
On est plutôt sur 360 000 logements construits et à peu près 396 000 logements qui vont être autorisés à la construction. On a une augmentation de + 7 % des permis de construire, de très bons chiffres, et dans tous les secteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et est-ce qu'on n'est pas loin encore des 500 000 qui sont jugés nécessaires, par an ?

EMMANUELLE COSSE
On a tous jugé, professionnels du logement, comme politiques, qu'il fallait à peu près 500 000 logements en France par an, pour rattraper notre retard. Je pense qu'aujourd'hui on est plutôt sur une tendance à 400 000, j'espère que l'année prochaine on sera autour de 420, 430 000. Ce qui est certain c'est que l'on construit plus, des logements sociaux, des logements privés, on vend plus de maisons individuelles, on construit plus aussi … le taux d'activité, donc il y a une reprise…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est la fête, c'est la fête dans votre métier.

EMMANUELLE COSSE
Vous savez, on est très prudent quand on s'occupe de logement, il y a une reprise qui est réelle, après une crise qui a été aussi très forte. Ce qui est certain c'est que l'on voit l'activité qui repart dans tous les domaines, aussi dans la rénovation des logements, et c'est en tout cas un très bon signe, parce que vous le savez, à chaque fois qu'il y a une reprise de l'activité dans le logement, ça crée de l'emploi, ça renforce l'emploi local.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Justement, le bâtiment a la réputation de créer des emplois, en un an, combien d'emplois en plus, si on les a calculés ?

EMMANUELLE COSSE
On estime aujourd'hui que sur l'année, on aura pu avoir 50 000 emplois supplémentaires. En même temps, il faut dire les choses très clairement, parce que dans certains départements il y a eu une crise très forte, avec des pertes d'emploi fortes en 2014 et 2015, donc il ne faut pas se dire que tout est gagné, il faut poursuivre, mais en tout cas, une bonne création d'emploi depuis janvier.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Emmanuelle COSSE, qu'est-ce qui se serait passé si les gouvernants avaient continué la politique de 2012 ?

EMMANUELLE COSSE
On n'aurait pas cette reprise, parce que, ce qui s'est passé, cette reprise d'activité elle est faite par plusieurs dispositifs qui ont été lancés l'année dernière, qui maintenant sont vraiment sur un bon rythme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, par Manuel VALLS, par François HOLLANDE…

EMMANUELLE COSSE
Par Manuel VALLS, par François HOLLANDE…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire le prêt à taux zéro, c'est ça ?

EMMANUELLE COSSE
Le prêt à taux zéro pour acheter un logement, et qui aide les primo-accédant à acheter un logement, ils ont une aide très forte, et surtout ils ont une aide devant les banques, puisque ça leur donne des fonds propres, un prêt pour rénover son logement, des crédits d'impôt, le dispositif Pinel pour investir dans le logement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sur le Pinel, j'avais lu que le président de la République avait promis qu'il… parce qu'il s'arrête en 2016, qu'il serait prolongé…

EMMANUELLE COSSE
Il s'arrêtait en 2016.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… est-ce que la promesse sera tenue ? Parce que…

EMMANUELLE COSSE
Evidemment !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… il y a beaucoup de gens qui s'y intéressent.

EMMANUELLE COSSE
La promesse, évidemment, sera tenue, le président de la République l'a annoncé en avril dans une visite de terrain à Romainville. Le dispositif Pinel sera prolongé jusqu'à fin 2017. Et ce que nous avons dit depuis plusieurs mois, c'est que tous les dispositifs qui fonctionnent, seront prolongés, parce que nous n'allons pas arrêter des dispositifs qui marchent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes en train de nous faire le coup, vous aussi, du « ça va mieux ».

EMMANUELLE COSSE
Mais ce n'est pas que je vous fais le coup, c'est que, vous savez, je connais bien le logement, je les ai vus aussi beaucoup ces professionnels quand ça n'allait pas, et la réalité aujourd'hui, c'est que ça va mieux sur le terrain, mais…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est vrai qu'on ne les entend pas trop se plaindre, comme ils se plaignaient auparavant avec certaines de vos prédécesseurs.

EMMANUELLE COSSE
Ça va mieux sur le terrain, en effet, vous l'avez vu. Et donc c'est pour ça que moi, ce que je veux, c'est que l'emploi local créé par le bâtiment, se poursuive, et donc les soutenir dans cette reprise d'activité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah, dommage que la gauche n'ait pas pris ces mesures plus tôt.

EMMANUELLE COSSE
Je ne pense pas, c'est pas simplement une histoire de gauche, c'est qu'en 2012 on n'a pas pris totalement la mesure des difficultés. On a cherché, on a tâtonné sur certains sujets, il a fallu aussi du temps pour trouver les bons dispositifs, mais y compris de la part des professionnels, mais surtout l'effort qu'on fait sur la rénovation des logements avec Ségolène ROYAL, c'est ça qui va créer de l'emploi à la fin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez dit, les primo-accédants, ça intéresse beaucoup les jeunes. Au premier trimestre, vous avez des chiffres, au premier semestre même, vous avez des chiffres ?

EMMANUELLE COSSE
On a en tout cas, le prêt à taux zéro ça aide des gens, donc, à acheter, en zone urbaine, comme en zone rurale, et il y a plusieurs milliers de prêts à taux zéro qui ont déjà été distribués, on a des objectifs qui sont atteints quasiment à 80 %.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que vous dites ici, ce matin, que le mouvement va continuer, peut être avec la même ampleur ?

EMMANUELLE COSSE
Oui. Le mouvement va continuer, parce que sur tous les secteurs nous avons des chiffres très positifs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous êtes chargée aussi de reloger les réfugiés. Il y a eu des réactions embarrassées après la décision d'Anne HIDALGO d'ouvrir un camp humanitaire de réfugiés dans le Nord de Paris. La maire de Paris se demande si l'Etat l'accompagne, la suit.

EMMANUELLE COSSE
Les choses sont assez simples. Moi je suis en charge de l'hébergement de toutes les personnes, donc des migrants, comme des personnes qui sont à la rue, et cela fait des mois que l'Etat prend ses responsabilités. Depuis juillet 2015, nous avons relogé plus de 8 500 personnes migrantes qui étaient à la rue à Paris, nous en avons relogé plus de 3 700 depuis Calais, et je vais vous dire, moi, comme Anne HIDALGO, je veux être digne, je me regarde dans la glace tous les matins, il y a pas de concurrence d'engagements, moi je suis prête à travailler avec tous les maires qui veulent avancer. Mais ce qui est certain, c'est que ma responsabilité c'est pas de faire de la communication, c'est de dire tout simplement que je dois apporter un accueil digne à ces gens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous voulez dire qu'il y a de la communication dans l'air, et puis des petits gestes vis-à-vis de la gauche…

EMMANUELLE COSSE
Non, en tout cas ce que je veux dire, c'est que ma responsabilité c'est d'accueillir les gens dignement, qu'ils aient un toit, durablement, et qu'ils puissent avoir l'accès aux droits et donc à l'asile.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc pas forcément à Paris, dans toutes les villes de France.

EMMANUELLE COSSE
Il faut, dans toutes les villes de France, et c'est ce à quoi je travaille avec Bernard CAZENEUVE, puisque nous sommes en train d'élaborer un deuxième plan d'action sur l'accueil des migrants et des réfugiés. Nous voulons créer plus de places dans toutes les villes de France, parce qu'on ne peut pas uniquement demander à Paris et à l'Ile-de-France, de porter cette question.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que, par exemple, depuis que l'annonce a été faite par Anne HIDALGO, est-ce qu'il y a eu des signaux qu'il y a plus de migrants ?

EMMANUELLE COSSE
Oui, aujourd'hui on a des campements notamment à Paris, qui ont aussi augmenté fortement en population depuis…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous sentez… au chiffre même.

EMMANUELLE COSSE
Absolument, et c'est aussi pour ça que hier soir encore nous travaillions à l'évacuation d'un campement très important dans les Jardins d'Eole, qui va mobiliser l'ensemble des communes d'Ile-de-France, mais aussi de la France, parce qu'il faut…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire, on va essayer d'être concrets. Combien il y en avait il y a trois jours ?

EMMANUELLE COSSE
En gros, aujourd'hui, il y a 2 300 personnes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il y en avait combien ?

EMMANUELLE COSSE
Il y en avait 1 000 de moins.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et donc le phénomène peut augmenter.

EMMANUELLE COSSE
Mais le phénomène augmente, tout simplement parce que les bouleversements de ce monde, et vous le savez, fait que beaucoup de personnes arrivent depuis la Libye, complètement seules, dans les mains des passeurs, et nous, nous avons deux objectifs : que la France prenne ses responsabilités, et elle les prend, et offre un accueil digne à ces personnes. Que la France donne à ces personnes la possibilité de déposer leur demande d'asile, et Bernard CAZENEUVE tient beaucoup à cela, et ça veut donc dire qu'on prend nos responsabilités et qu'on s'occupe de toutes ces personnes en détresse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Mais si on crée un camp humanitaire à Paris, rien ne dit qu'on n'en créera pas d'autres, qu'il y aura le besoin d'autres.

EMMANUELLE COSSE
Mais je vais vous dire, le problème c'est que les camps, ce n'est pas la solution, notre solution c'est d'avoir des gens qui soient accueillis partout, dans des structures pérennes, accompagnés socialement, et surtout qu'ils puissent s'insérer dans le pays.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire apprendre le français, etc. Emmanuelle COSSE, vous traversez une épreuve personnelle et douloureuse, je ne peux pas ne pas poser de question. Je préfèrerais ne pas parler avec vous de l'affaire BAUPIN qui concerne la justice, et Denis BAUPIN, mais face à ses accusatrices, est-ce vous continuez à le croire, lui ?

EMMANUELLE COSSE
Evidemment, et vous le savez, puisque je me suis déjà exprimée il y a trois semaines sur le sujet, que j'ai confiance en mon conjoint, mais que je le redis, pour moi il y a une justice, il y a une enquête qui est en cours, qu'elle doit avoir lieu et qu'elle doit se tenir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qui a porté plainte ?

EMMANUELLE COSSE
Mais personne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ni lui, ni elles ?

EMMANUELLE COSSE
Si, mon conjoint a attaqué en diffamation les articles de presse qui sont parus, mais aujourd'hui il faut que la justice se prononce, et surtout, moi je ne crois pas que l'on fait passer la justice par les médias, je crois qu'on la fait passer par les enquêtes de police et par les juges.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous dites que vous avez confiance, mais sur quelle base, comment il vous a convaincue ?

EMMANUELLE COSSE
Parce qu'il m'a montré suffisamment de choses de sa vie et de son intimité, pour que je lui fasse confiance sur ce qu'il me dit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A partir de quelles preuves, quelles indices ? Vous voulez dire que vous en avez ?

EMMANUELLE COSSE
Je vous renvoie à son interview au Nouvel Observateur, moi je ne souhaite pas parler à sa place, et je pense qu'aujourd'hui, il faut que cette histoire se règle dans une enquête de police, tout simplement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous, vous êtes une combattante politique et une féministe, est-ce que vous voyez aussi une dimension politique à cette affaire ?

EMMANUELLE COSSE
En tout cas, beaucoup la voient, et…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non mais vous.

EMMANUELLE COSSE
Vous savez, moi j'ai fait un choix, c'est d'être utile pour les Français, me battre pour eux, me battre pour que les questions de logement se fassent. Je l'ai fait à un moment où le parti que je dirigeais était en totale implosion. J'ai vécu des attaques d'une violence incroyable quand j'ai accepté d'être ministre, et moi je continue et je me bats pour les Français.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça ressemble à un rglement de comptes politique.

EMMANUELLE COSSE
Certains le disent, je ne l'exclus pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne l'excluez pas.

EMMANUELLE COSSE
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous pouvez faire votre rôle de ministre tranquille.

EMMANUELLE COSSE
Oui, et c'est surtout, je vais vous dire, parce que tous les jours il y a des gens qui me demandent de trouver des solutions à leur logement, pas simplement monsieur CANTELOUP pour Europe 1.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Vous ne regrettez pas d'être dans un gouvernement qui est attaqué de toutes parts, qui prend des coups, qui est en perte de vitesse et d'audimat ?

EMMANUELLE COSSE
Je ne regrette rien, parce que c'est un gouvernement qui agit pour les Français, et la reprise de l'activité économique elle est là, aussi, parce qu'il y a eu des actions très fortes, et on le voit notamment sur la question du logement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venue.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 3 juin 2016

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