Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à RTL le 3 juin 2016, sur la poursuite du mouvement de grève à la SNCF, le préavis de grève des pilotes d'Air France et la situation des transports à Paris, notamment du RER C, à la suite de la crue de la Seine. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, à RTL le 3 juin 2016, sur la poursuite du mouvement de grève à la SNCF, le préavis de grève des pilotes d'Air France et la situation des transports à Paris, notamment du RER C, à la suite de la crue de la Seine.

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche;

ti : YVES CALVI
Olivier MAZEROLLE, vous recevez ce matin le Secrétaire d'Etat chargé des Transports, Alain VIDALIES.

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Alain VIDALIES.

ALAIN VIDALIES
Bonjour.

OLIVIER MAZEROLLE
A cause des inondations, des centaines d'automobilistes ont été pris au piège sur l'autoroute A10 entre Paris et Orléans. La société VINCI les a laissé s'engouffrer sur la chaussée malgré le danger prévisible. Pour faire de l'argent ?

ALAIN VIDALIES
Je ne sais pas si c'est pour faire de l'argent, je ne sais pas quelle est la véracité ou l'explication de ces faits. J'ai entendu comme vous ces témoignages et ça suppose qu'on apporte des réponses. J'ai donc clairement l'intention…

OLIVIER MAZEROLLE
Parce que c'est récurrent. On nous dit la neige, maintenant c'est les inondations, c'est toujours pareil.

ALAIN VIDALIES
Oui. C'est normal quand il y a un événement de cette nature qu'on ait un retour d'expérience – on va appeler ça comme ça – c'est-à-dire de savoir comment la société concessionnaire en l'occurrence mais aussi les services publics ont su, ont pu, ou on n'a pas pu, ou n'ont pas su répondre à cette situation et nous allons le faire.

OLIVIER MAZEROLLE
Il y a des mesures à prendre.

ALAIN VIDALIES
En tous les cas, il y a une réflexion collective et une réponse à apporter aux victimes.

OLIVIER MAZEROLLE
A la SNCF après la CFDT, l'UNSA s'est retiré du mouvement mais la grève se poursuit. Ce n'est pas forcément fini parce que la CGT peut bloquer la signature de l'accord en exerçant son droit d'opposition.

ALAIN VIDALIES
Ça sera sa responsabilité. Nous avons fait le travail. Ce document, c'est-à-dire une convention collective de branche et une convention d'entreprise, seront à la signature. Il y a une dernière séance de négociation lundi. Je dois dire mon incompréhension sur la poursuite du mouvement. Les choses doivent être claires : les négociations ne remettent pas en cause le statut des cheminots ni le régime spécial des retraites ni leur niveau de salaire, ni leur niveau de carrière, et sur le temps de travail nous avons fait les efforts nécessaires. Donc je ne comprends pas à ce stade, si ce n'est à vouloir appliquer aux entreprises privées leur propre statut. Si on généralisait ça, ça voudrait dire – on voit bien ce que serait le paysage social de la France.

OLIVIER MAZEROLLE
C'est l'Union soviétique ?

ALAIN VIDALIES
Non, ce n'est pas l'Union soviétique, je ne veux pas caricaturer. Mais franchement, on a quand même l'impression qu'à chaque fois qu'il y a une avancée, ils changent de sujet pour justifier la poursuite de la grève. Je crois qu'aujourd'hui, en plus le Premier ministre a dit que sur la trajectoire financière qui est une préoccupation légitime y compris de ceux qui sont en grève et notamment de la CGT, il va y avoir des réponses. A partir de là, lorsqu'un mouvement abouti à de tels résultats et comme la CFDT a su le faire dès le départ, l'UNSA hier, je crois qu'aujourd'hui il est temps d'enregistrer ces avancées et de reprendre le travail.

OLIVIER MAZEROLLE
Dans La Croix, Jean-Marc GERMAIN, qui est député socialiste de Paris, proche de Martine AUBRY, dit : « Mais la CGT est en phase avec l'opinion. Elle dit tout haut ce que beaucoup de salariés pensent tout bas ».

ALAIN VIDALIES
Je pense qu'il ne parle pas – moi, je parle ici de la SNCF- je pense que lui fait peut-être référence à d'autres questions. Parce que si la grève est justifiée uniquement par la loi, alors ce n'est pas une grève qui porte sur des revendications syndicales mais sur une action politique, ce qui est d'une autre nature.

OLIVIER MAZEROLLE
Alors à la SNCF, vous avez mis la direction hors-jeu. Vous avez discuté directement avec la CFDT et l'UNSA. Donc c'est vous, le ministre, maintenant qui portez la responsabilité de ce qui va arriver.

ALAIN VIDALIES
C'est toujours le ministre à la SNCF qui porte la responsabilité. Je reçois à peu près 50 % de mon courrier qui porte sur l'action de la SNCF. Tous les élus, même ceux de droite, qui disent : « Ne vous mêlez pas de cette affaire » m'interrogent toute les semaines à l'Assemblée nationale sur la SNCF et c'est bien normal. C'est une entreprise publique, elle n'appartient ni aux syndicats, ni à la direction. Elle appartient aux Français et c'est naturellement le ministre qui est responsable.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais quand même, est-ce que c'est normal de prendre la direction à contrepied ? Parce que l'Etat lui demande de faire des économies, et puis quand Guillaume PEPY, le patron, trouve le moyen de faire des économies de fonctionnement, on lui dit : « Non, ce n'est pas comme ça qu'il faut faire ».

ALAIN VIDALIES
Il n'y a pas de possibilité d'un désaccord entre le gouvernement et la direction de la SNCF.

OLIVIER MAZEROLLE
Ça c'est… Ça c'est une…

ALAIN VIDALIES
Il n'y a pas de possibilité de désaccord.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais ça veut dire quoi, ça ?

ALAIN VIDALIES
Ça veut dire que c'est le gouvernement qui décide. Les choses sont claires et nettes.

OLIVIER MAZEROLLE
Et s'il n'est pas content, il s'en va ?

ALAIN VIDALIES
Ecoutez, c'est de sa responsabilité mais pour l'instant nous discutons, nous débattons, mais ce n'est pas lui qui peut décider contre le gouvernement pour être très clair.

OLIVIER MAZEROLLE
Il vous dit quand même : « Puisque je ne peux plus faire les deux cent cinquante à trois cents millions d'économies que j'espérais réaliser grâce à un changement de mode de fonctionnement, que l'Etat compense » et Manuel VALLS dit : « Ça va se faire ». A quelle hauteur ?

ALAIN VIDALIES
Ce n'est pas Guillaume PEPY qui le demande. C'est une possibilité qui est prévue, une exigence d'ailleurs déjà par la loi puisque nous avons sur la trajectoire financière la nécessité – et c'est bien logique – d'apporter aujourd'hui des réponses, notamment sur la question de la dette. Donc il y a un rapport qui devait être publié au mois d'août devant le Parlement et qui sera probablement accéléré. Le Premier ministre a dit que nous ferons des annonces assez rapidement sur la question de la dette mais le débat sur la dette, il existe avant le début de la négociation et il existe après. Il est d'une autre nature.

OLIVIER MAZEROLLE
D'accord. Mais les économies qui ne sont pas réalisées, il va bien falloir les financer quelque part.

ALAIN VIDALIES
Mais vous savez, les économies, il y avait beaucoup de possibilités d'en faire. Ça reste et je pense que notamment sur la question de la polyvalence c'est aujourd'hui une possibilité d'économies à la SNCF. Il y a un accord d'entreprise et cet accord d'entreprise n'était pas suffisamment avancé, donc on a un peu accéléré les négociations. Ça reste un objectif partagé avec la direction et, dans tous les cas…

OLIVIER MAZEROLLE
Donc c'est quand même au dernier recours le budget de l'Etat qui va payer, c'est-à-dire le contribuable qui paye pour les jours de congés des cheminots.

ALAIN VIDALIES
Mais vous savez, on ne change rien à la situation dans la direction actuelle, monsieur PEPY. On ne change rien. Ça fait huit ans que c'est ce système-là donc on ne le change pas. C'est le même système avec des améliorations.

OLIVIER MAZEROLLE
Et c'est normal que les contribuables payent ?

ALAIN VIDALIES
Attendez, les contribuables payent pour quoi à la SNCF ? Ils payent, les contribuables, soit ils payent le prix ; le prix payé par le client sur le transport ferroviaire ça représente 30 % du coût. Donc il n'y a que deux solutions : soit c'est le contribuable qui paye, mais ç'a toujours été comme ça. Pourquoi le contribuable paye ? Parce que le réseau, ça coûte très cher. Et donc quand on fait ces infrastructures, ensuite on ne peut pas payer simplement mais il y a une question de report modal. Moi je suis pour le maintien du ferroviaire, mais il y a une autre solution. Il y a des gens qui ont ça en tête : c'est de fermer toutes les lignes qui ne sont pas rentables, mais à ce moment-là il faudra se déplacer en voiture.

OLIVIER MAZEROLLE
Les pilotes d'AIR FRANCE annoncent vouloir se mettre en grève en plein Euro à partir du 11 juin prochain et ils ont le moral, ils sont gonflés à bloc parce qu'ils disent : « Le ministre est sympa. A la SNCF il a cédé, donc il va bien faire la même chose avec nous ».

ALAIN VIDALIES
Je suis atterré, je ne sais pas comment il faut que je répète ça. Comment vous pouvez systématiquement passer de la SNCF à AIR FRANCE ? La SNCF, c'est une entreprise publique qui appartient aux Français et j'en suis responsable. AIR FRANCE, c'est une entreprise privée qui est cotée en Bourse avec un conseil d'administration, un directoire dans lequel…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais enfin, vous avez votre mot à dire.

ALAIN VIDALIES
Mais non ! Enfin, « on a notre mot à dire » : on a 17 % de l'actionnariat, il y a 83 % d'actionnariat privé.

OLIVIER MAZEROLLE
Politiquement, vous ne pouvez pas laisser la France être bloquée ou une société comme AIR FRANCE bloquée pendant l'Euro.

ALAIN VIDALIES
Je suis d'accord. Je vais le dire même si ce n'est pas ma responsabilité et même si ce n'est pas moi qui vais négocier. Premièrement, je trouve que la direction lorsqu'elle dit : malgré cet oukase des pilotes, on va aller négocier et il faut d'ici-là négocier ». Deuxièmement, je trouve ça assez irresponsable, et pour ne pas dire incompréhensible. Je crois que quand la France organise une manifestation importante, la troisième au niveau mondial, même si on a des revendications qui peuvent être légitime ou pas, je laisse la direction en discuter avec les syndicats de pilotes, très honnêtement, je crois que tout le monde doit être au rendez-vous de cette réussite. Et j'espère que c'est simplement une opération médiatique parce qu'aujourd'hui on sait que pour faire parler de soi il faut taper fort, mais qu'au dernier moment, dans tous les cas, dans les jours qui viennent le dialogue va l'emporter. Il serait assez incompréhensible que la France soit bloquée dans le transport aérien.

OLIVIER MAZEROLLE
A terme c'est l'avenir d'AIR FRANCE qui est menacé ?

ALAIN VIDALIES
Dans tous les cas si cela perdurait… on ne peut pas nous demander à nous d'essayer de résister à un certain nombre de compagnies qui font notamment du low cost ou les compagnies du Golf et puis ne jamais être au rendez-vous lorsqu'il faut justement défendre cette compagnie qu'est la compagnie nationale.

OLIVIER MAZEROLLE
Merci Alain VIDALIES.

YVES CALVI
Une dernière précision Alain VIDALIES, la situation des transports à Paris est-elle sous contrôle, avec les crues, je pense notamment au RER C.

ALAIN VIDALIES
Vous savez on a été obligé donc d'interrompre sur une partie du RER C, c'est une mesure dont on savait qu'il fallait la prendre, c'est sous contrôle, les choses vont s'améliorer, on pense aujourd'hui que les choses pourraient reprendre notamment … Alors il y a le tracé aussi sur Versailles on a été obligé d'interrompre parce qu'il y a un mur de soutènement qui pose des difficultés, on pense que tout ça pourrait rentrer dans l'ordre au moins sur Versailles lundi et sur le RER C ça dépend de la baisse évidemment des niveaux.

YVES CALVI
Merci beaucoup Alain VIDALIES. « Il n'y a pas de possibilité dans les accords entre le gouvernement et la direction de la SNCF puisque c'est le gouvernement qui décide », mise au point du secrétaire d'Etat aux Transports, au micro d'Olivier MAZEROLLE sur RTL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 juin 2016

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