Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, à RTL le 7 juin 2016, sur la gestion des dossiers de reconnaissance de catastrophe naturelle à la suite des inondations, la poursuite de la grève à la SNCF et le projet de loi de ratification de l'accord de la COP 21. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, à RTL le 7 juin 2016, sur la gestion des dossiers de reconnaissance de catastrophe naturelle à la suite des inondations, la poursuite de la grève à la SNCF et le projet de loi de ratification de l'accord de la COP 21.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. Ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat;

ti : YVES CALVI
Olivier MAZEROLLE, vous êtes avec Ségolène ROYAL.

OLIVIER MAZEROLLE
Bonjour Ségolène ROYAL.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

OLIVIER MAZEROLLE
Après les inondations, le gouvernement a décidé d'aller vite, combien de communes vont être concernées par la déclaration d'état de catastrophe naturelle ?

SEGOLENE ROYAL
Alors, à l'heure où je vous parle, et dans le cadre des commissions qui ont été très rapidement mises en place, il y a 1.300 communes qui ont déposé un dossier de reconnaissance de catastrophe naturelle. La décision sera stabilisée donc demain, mercredi, au Conseil des ministres. Donc qu'est-ce que ça veut dire catastrophe naturelle ? Quel est le critère ? D'abord, pour être reconnue classée en catastrophe naturelle, il faut que la crue ait dépassé les crues précédant de dix ans celle qui vient de se passer, donc voyez, par exemple, sur le Loing, la crue a dépassé les grandes crues du début du siècle de 1910, sur Paris, les crues ont dépassé celle de 1982, sur la plupart d'ailleurs des communes de la Seine, et donc 1.300 communes ont connu des crues supérieures à celles qui s'étaient déroulées pendant les dix années précédentes. Qu'est-ce que ça va permettre, la reconnaissance de catastrophe naturelle ? D'abord, une indemnisation plus rapide, d'une part, c'est-à-dire que les entreprises, les particuliers, qui ont des dégâts, ont dix jours pour faire leur déclaration, ils sont automatiquement remboursés par les assurances…

OLIVIER MAZEROLLE
Les assurances jouent le jeu ?

SEGOLENE ROYAL
Les assurances jouent le jeu, elles doivent jouer le jeu…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais elles doivent ou elles jouent ?

SEGOLENE ROYAL
Elles jouent, mais il faut quand même…

OLIVIER MAZEROLLE
Il faut les aiguillonner un peu…

SEGOLENE ROYAL
Il faut toujours aiguillonner, voilà, c'est toujours plus difficile de lâcher de l'argent que d'en encaisser. Eh bien, maintenant, il faut… voilà, elles ont reçu des primes, il faut maintenant qu'elles paient des indemnités, qu'elles indemnisent tous ceux qui ont subi… et rapidement, parce que c'est quand même très douloureux de rentrer chez soi, d'avoir sa voiture détruite, son habitation saccagée, la boue qui s'est infiltrée partout, des produits et des objets, enfin, auxquels on est attaché, qui ont disparu, enfin, c'est un gros traumatisme, on appelle la résilience, c'est-à-dire s'habituer à reprendre le cours de la vie avec des conditions différentes, c'est pour ça qu'il faut que les indemnisations arrivent rapidement ; tout est couvert par ces indemnisations, à la fois les dommages matériels, les coulées de boue, les chocs mécaniques, les frais de pompage, de nettoyage, de désinfection des locaux sont également garantis. Les dommages dus à l'humidité ou à la condensation consécutive à la stagnation des eaux dans les locaux, etc. Il reste une franchise de 380 euros pour les biens des particuliers, et de 10 % du montant des dommages pour les biens professionnels. Donc je dis ça exprès à la radio pour que tout le monde connaisse ses droits et ne se pose pas la question de savoir : voilà, est-ce que le pompage… et que les assurances jouent le jeu, et remboursent sans barguigner les dommages subis dans les communes qui seront reconnues communes classées en catastrophe.

OLIVIER MAZEROLLE
Autre difficulté actuelle, la grève à la SNCF, est-ce que vous attendez que finalement, les assemblées générales votent l'arrêt de cette grève ?

SEGOLENE ROYAL
Mais bien sûr, mais comme toutes les entreprises, comme tous les particuliers, qui ont besoin de se déplacer, vous savez, la mobilité dans un pays, c'est crucial pour le développement économique, la liberté de se déplacer, c'est absolument capital ; les transports publics sont un grand service public, qui ne doivent pas être interrompus.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais comment expliquez-vous ce climat de tension en France, avec des violences, il y a des manifestations violentes aussi, des casseurs qui sont là, comment vous expliquez ça ?

SEGOLENE ROYAL
Bon, je pense que le temps n'est pas à l'explication, il faut que ça cesse surtout, c'est-à-dire que, notamment à la SNCF, où il n'y a aucune remise en cause du statut des cheminots, alors, il y a des grèves aussi symboliques, par opposition au 49.3, la loi Travail, etc., mais je pense que c'est plus un détournement, ça, de l'objet de la grève. La grève, elle est reconnue dans le code du travail, dans les lois, donc il faut qu'elle s'exerce dans le cadre de ces lois, c'est ça, c'est la démocratie, c'est la République, un droit de grève doit s'exercer dans le cadre des lois…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais on voit une accumulation…

SEGOLENE ROYAL
Et à côté, il y a la question de la continuité du service public, et ça, c'est impératif dans un grand pays moderne qu'il y ait une continuité du service public.

OLIVIER MAZEROLLE
Comment expliquez-vous également que François HOLLANDE soit le plus impopulaire à l'heure actuelle, en tout cas, de tous les présidents de la République, de la 5ème République ?

SEGOLENE ROYAL
Ecoutez, moi, je ne rentre pas tellement…

OLIVIER MAZEROLLE
Ses adversaires disent : c'est parce qu'il a menti pendant la campagne électorale, c'est ça ?

SEGOLENE ROYAL
Moi, je ne viens pas tellement pour répondre, pardon, à ce type de question, vous savez, moi, je suis au travail, sur les préoccupations qui sont les miennes, là…

OLIVIER MAZEROLLE
Oui, mais enfin, le prestige du président, ça compte l'autorité du président…

SEGOLENE ROYAL
On a tenu des permanences, oui, et on a tenu des permanences nuit et jour au ministère de l'Environnement, qui est chargé de la prévention des risques naturels. Il y a encore beaucoup de problèmes à régler, parce que vous savez qu'au moment de la décrue, d'abord, il y a des risques sur les digues et sur les petits ouvrages hydrauliques qu'il faut extrêmement surveiller, parce que ces digues, qui ont été gorgées d'eau, peuvent s'écrouler au moment de la décrue, donc on va s'occuper énormément, bien évidemment, du nettoyage, mais nous, il faut qu'on garde un oeil sur les impacts secondaires des inondations. Et l'autre problème…

OLIVIER MAZEROLLE
Je vais y revenir, oui…

SEGOLENE ROYAL
L'autre problème majeur, ça, c'est important, parce que ça concerne les Français au quotidien, et c'est les risques, les grands risques de pollution, parce qu'il y a eu des débordements de cuves, donc des menaces sur l'eau potable. Donc toutes les agences de l'eau, que j'ai mobilisées, pour qu'elles soient en constante observation et mesure de la qualité de l'eau, c'est pour prévenir les grands risques de pollution de l'eau qu'entraîne le ruissellement des eaux et de tous les déchets qui sont emmenés…

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, je vais revenir à l'environnement, je vais revenir à l'écologie dans une seconde, mais quand même, vous êtes une personnalité politique importante, vous avez été candidate à l'élection présidentielle, et on dit toujours : oh, ben si HOLLANDE ne se présentait pas, il y aura du côté socialiste peut-être Emmanuel MACRON ou Manuel VALLS ou Arnaud MONTEBOURG, et on ne cite jamais votre nom, on a tort ?

SEGOLENE ROYAL
Eh bien tant mieux, comme ça, ça me laisse tranquille pour travailler, pour être totalement à ma tâche.

OLIVIER MAZEROLLE
Mais on a tort, vous n'y pensez pas de temps en temps, un petit peu ?

SEGOLENE ROYAL
Non, je ne veux pas rentrer là-dedans, je pense que, au contraire, les Français sont fatigués, vous savez, des débats politiques qui tournent uniquement autour des prochaines échéances, vous savez…

OLIVIER MAZEROLLE
Alors, environnement.

SEGOLENE ROYAL
Environnement.

OLIVIER MAZEROLLE
Demain, le Sénat va se prononcer sur le projet de loi de ratification de l'accord de la COP21.

SEGOLENE ROYAL
Oui, c'est un moment extrêmement important, parce que…

OLIVIER MAZEROLLE
La France va ratifier ?

SEGOLENE ROYAL
La France va ratifier, la France va être le premier pays d'Europe à ratifier. Nous sommes juste six mois après la conclusion de l'accord de Paris, et 12 décembre, 12 juin, et ce qui vient se passer d'ailleurs avec les perturbations atmosphériques est en lien, peut-être en lien très direct avec la question climatique, ça veut dire que, il n'y a pas de fatalité à ces catastrophes naturelles, si on agit rapidement, et c'est ce que nous faisons, voyez, tout à l'heure, en quittant cette émission, je vais inaugurer près de Strasbourg la plus grande installation mondiale de géothermie, je veux dire par-là que la France a tous les atouts pour réussir sa transition énergétique, créer des emplois dans le domaine de la croissance verte, et dans les énergies renouvelables…

OLIVIER MAZEROLLE
Est-ce que la France est aussi vertueuse que ça, hier, à Bruxelles, les Européens ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur l'arrêt de l'utilisation du glyphosate, cet herbicide cancérogène. Et pourtant, la France s'est abstenue dans le vote alors que la Commission veut prolonger l'utilisation de ce produit, et vous aviez dit que la France allait voter contre, finalement, elle s'abstient, on devient Britanniques, nous, ici, on fait les choses en douce ?

SEGOLENE ROYAL
Alors, ce qu'il faut bien comprendre, c'est, au contraire, l‘Europe s'est mise d'accord pour refuser le glyphosate, c'est-à-dire, un vote d'abstention équivaut à un vote contre, parce que ne sont comptabilisées que les voix pour. Pourquoi est-ce que la France s'est abstenue hier ? C'est parce qu'on est passé, la Commission a quand même fait un effort, elle est passée d'une demande d'autorisation de quinze ans pour le glyphosate à une demande d'autorisation d'un an, on a pris acte quand même de cette évolution…

OLIVIER MAZEROLLE
Et vous ne voulez même pas un an ?

SEGOLENE ROYAL
Non, je pense qu'à un moment, ils ont neuf ans…

OLIVIER MAZEROLLE
Mais pourquoi on s'abstient ? Pourquoi on ne vote pas contre ? Pourquoi on ne montre pas, comme ça, fermement qu'on est contre ?

SEGOLENE ROYAL
Mais on a voté contre en s'abstenant, puisque seules les voix pour sont comptabilisées. Donc il faut aussi regarder les choses, encourager finalement les évolutions qui ont été marquées hier, je le répète, on est passé d'une demande de quinze ans à une demande d'un an. Mais nous, en France, nous avons déjà agi, puisque la loi que j'ai fait voter établit l'interdiction de vente de ROUNDUP aux particuliers. Donc ça veut dire que le glyphosate est en France déjà interdit dans les jardins privés, et j'ai lancé une action, vous savez : « zéro pesticide » pour que les communes s'engagent à arrêter les pesticides, le glyphosate dans tous les jardins publics. C'est une première étape. Il faut absolument investir dans la recherche pour trouver des produits de substitution aux produits cancérigènes qui sont trop lourdement utilisés dans l'agriculture et parfois même dans les espaces publics, parce que c'est aussi des occasions de mettre sur le marché de nouveaux produits qui ne portent pas atteinte à la santé. Et ça, c'est absolument à portée de main pour nos industriels.

OLIVIER MAZEROLLE
Merci Ségolène ROYAL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 juin 2016

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