Déclaration de Mme Erika Bareigts, secrétaire d'Etat à l'égalité réelle, sur la promotion d'une communication publique sans stéréotype de sexe, à Paris le 25 mai 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Erika Bareigts, secrétaire d'Etat à l'égalité réelle, sur la promotion d'une communication publique sans stéréotype de sexe, à Paris le 25 mai 2016.

Personnalité, fonction : BAREIGTS Ericka.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'égalité réelle

Circonstances : Débat sur la lutte contre les stéréotypes sexistes, au Conseil économique, social et environnemental (CESE), palais d'Iéna, à Paris le 25 mai 2016

ti : Monsieur la Présidente du Conseil économique, social et environnemental, Cher Patrick...

(Applaudissements)

Madame le ministre, Chère Laurence, madame le Président du Haut-conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, Chère Danielle, Mesdames et Messieurs les Conseillères, Mesdames et Messieurs, voici une introduction aux archaïsmes, mais aussi aux révolutions que nous souhaitons du langage et des codes de communication.

Ce que nous clamons ensemble, c'est que la prédominance de la masculinisation des termes - même cela, c'est très difficile à dire - nuit à l'égalité entre les femmes et les hommes ; et cela nous est particulièrement familier. Trop familier.

Chaque semaine, à l'Assemblée nationale ou au Sénat, les représentants de la Nation se font, par leur phrasé, les défenseurs des stéréotypes de genre. Plus largement, la communication publique est loin d'être exemplaire en la matière, et nous n'entendons que trop rarement les termes de « préfète », « directrice », » inspectrice », dans le langage.

La place et la connaissance des femmes dans la langue ont depuis longtemps été l'objet d'intenses débats, de querelles et de discussions. Et ce, tant chez les intellectuels que chez les féministes. Pourquoi ? Parce que le symbolisme social est aussi structuré et véhiculé par le langage.

Ce qui se joue par les mots, c'est notre conception du monde et sa description. C'est un fait : l'utilisation du masculin dit «générique » n'a été que trop peu remise en question alors qu'elle biaise systématiquement la représentation sociale des femmes.

Cette question est profondément inscrite dans le combat pour l'égalité entre les femmes et les hommes. Hubertine Auclert, militante du droit des femmes à l'éligibilité et au droit de vote des femmes, déclarait en 1899 : « L'omission du féminin dans le dictionnaire contribue plus qu'on ne le croit à l'omission du féminin dans le droit. L'émancipation par le langage ne doit pas être dédaignée».

En mettant au point la langue, on rectifie les usages dans le sens de l'égalité des deux sexes. Le symbolisme social est structuré par le langage. Les travaux de psychologues montrent que le genre grammatical influence la représentation que chacun se fait des métiers.

Parce qu'il faut le dire, la dénomination au masculin dit « neutre » défavorise le féminin. Cette binarité entraîne un enfermement, une hiérarchisation sociale mettant le féminin et les femmes au bas de l'échelle.

À l'inverse, cet archaïsme établit une équivalence entre le masculin, le haut, le responsable et le noble - Vaugelas, en 1647, théorisait : « le genre masculin étant le plus noble, il doit prédominer chaque fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble » - et le féminin, qui, lui, est associé au bas, au vulgaire, aux divers et à la faiblesse.

La langue est donc aussi le véhicule des stéréotypes. À l'inverse, l'utilisation des termes à la fois au féminin et au masculin permet, aux filles comme aux garçons, de s'investir émotionnellement et intellectuellement dans la vie professionnelle. C'est un moyen puissant pour lutter fermement contre les stéréotypes.

Le monde évolue vers l'égalité entre les femmes et les hommes. Il y a une prise de conscience qui amène chacun à penser l'égalité entre les hommes et les femmes dans sa vie de tous les jours. C'est finalement notre conception de la société qui évolue, et de la place des femmes. En 1962, les femmes représentaient seulement 34 % de la population active et elles sont aujourd'hui 48 %. Chère Laurence, Chère Danielle, je sais que ce combat vous est chevillé au corps et qu'il est à la source même de votre engagement politique.

Ce combat, je le partage et je sais comme vous qu'il reste encore du chemin à parcourir. Le sexisme en politique, le fait que les femmes consacrent aujourd'hui deux fois plus de temps aux tâches domestiques que les hommes, la surreprésentation des hommes dans les postes à hautes responsabilités, voilà pourquoi il faut continuer à parler de ce sujet, à proposer de nouvelles avancées qui feront encore progresser l'égalité, et je sais que le travail mené par le Haut-conseil y participe grandement.

En 2015, vous avez rendu public le guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe, qu'il s'agisse des discours, colloques, affiches, vidéos, sites web, textes officiels, nomination des équipements et des rues... La communication des pouvoirs publics, qu'elle soit interne ou externe, est omniprésente et elle joue un rôle central dans les représentations collectives.

Les enseignements du Haut-conseil sont précieux et ils révèlent que la communication publique n'est pas exemplaire. Or, ces représentations auxquelles les citoyens sont constamment exposés renforcent les stéréotypes de sexe et les inégalités entre les hommes et les femmes. Pour renverser cette tendance, l'État et les collectivités territoriales se doivent d'être exemplaires, notamment via leur communication.

Pour atteindre cet objectif, le guide est un outil précieux. Il consiste en un véritable outil pour communiquer sans stéréotype grâce à 10 recommandations pratiques. Il s'inscrit dans une volonté politique engagée il y a plus de 30 ans ; deux circulaires avaient en effet rappelées l'exigence d'adapter la langue et l'évolution de la société, de féminiser les noms. La première avait été prise à la signature de Laurent Fabius, Premier ministre, le 11 mars 1986 et la seconde, à la signature de Lionel Jospin, en 1998.

En signant cette convention, le Conseil économique, social et environnemental s'engage à être exemplaire et un acteur de l'égalité. Je tiens à féliciter très chaleureusement son Président, cher Patrick, ses membres, mais aussi tous les services et personnels qui s'inscrivent ensemble dans cette volonté.

Sous l'impulsion de son Président, je sais que la question de l'égalité entre les femmes et les hommes fait partie intégrante des travaux de cette belle maison. Vous franchissez aujourd'hui une étape supplémentaire dans la marche vers le progrès.

Mesdames et Messieurs, changeons le monde, changeons nos représentations, changeons nos habitudes langagières ; la langue n'est pas figée, elle n'est pas fixée, elle n'est pas enterrée, elle doit accompagner l'évolution de la société et favoriser aussi l'égalité entre tous les citoyens et toutes les citoyennes.


Je vous remercie.

(Applaudissements)


source http://www.lecese.fr, le 9 juin 2016

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