Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, avec Europe 1 le 10 juin 2016, sur les grèves dans les transports publics. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Alain Vidalies, secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche, avec Europe 1 le 10 juin 2016, sur les grèves dans les transports publics.

Personnalité, fonction : VIDALIES Alain, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports, à la mer et à la pêche;

ti :

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne sais pas s'il était sur le Champ-de-Mars hier, mais la fête populaire a bien commencé sur le Champ-de-Mars avec la fan zone et elle a commencé dans la joie. Est-ce c'est de bon augure que « la pagaille cesse », disait justement Ségolène ROYAL – bienvenue Alain VIDALIES, bonjour.

ALAIN VIDALIES
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il dépend du gouvernement que la pagaille cesse, « que chacun prenne ses responsabilité », répètent, le premier de la République, le Premier ministre, est-ce qu'aujourd'hui l'Etat prend ses responsabilités, est-ce qu'il décide, puisqu'il le faut apparemment, des réquisitions ?

ALAIN VIDALIES
Vous avez raison Jean-Pierre ELKABBACH, de rappeler que la fête a bien commencé hier soir, c'était déjà un défi, c'était dans la fan zone au Champ-de-Mars, 80.000 personnes, qui sont venues, reparties, sans aucun incident, sans aucune difficulté, la fête a bien commencé, qu'elle continue comme cela. Deuxièmement, l'Etat assure sa responsabilité et la SNCF aussi. Je veux vous dire que cette nuit des gens ont travaillé toute la nuit et que le RER C va être rétabli dès ce matin, et que le RER D, qui était fermé notamment à Saint-Fargeau, parce que des gens ont travaillé toute la nuit, va aussi être rouvert, c'est aussi ça la réalité de la SNCF. Nous allons assurer l'acheminement des 80.000 personnes qui doivent aller au Stade de France, dans des conditions très précises, sur lesquelles nous avons travaillé, le préfet de police les a données hier, je les rappelle : sur le RER B un train toutes les 6 minutes, sur le D toutes les 10 minutes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça ne change rien au fond des choses…

ALAIN VIDALIES
Ligne 13 et ligne 12.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous nous parlez des 80.000 spectateurs du match…

ALAIN VIDALIES
Oui, c'est important.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la France elle ne se résume pas à 80.000 types qui vont aller, passionnés, voir des matchs de foot. Pour mettre en place des réquisitions, Monsieur le ministre, avec amendes et sanctions pénales, il faut au moins un délai de 18 à 24 heures, pour les matchs de ce soir il n'y aura pas de réquisition ?

ALAIN VIDALIES
Le gouvernement ne renonce à aucun des moyens légaux dont il dispose, s'il faut utiliser demain les réquisitions, comme l'a dit le président de la République, nous le ferons, mais nous…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais qu'est-ce qu'il vous faut pour qu'il y ait des réquisitions, qu'est-ce qu'il vous faut de plus ?

ALAIN VIDALIES
Il nous faut ce que n'avait pas en 2010 le gouvernement, c'est-à-dire lorsqu'il avait réquisitionné pour les raffineries et qu'il a été débouté par la justice, à partir du moment où on vous dit qu'on est capable, parce qu'on fait l'effort, d'amener les gens au Stade de France, évidemment nous ne sommes pas obligés de faire des réquisitions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais tous les autres, tous les autres… ?

ALAIN VIDALIES
Les autres, aujourd'hui, c'est des grèves où il y a 5 trains sur 6 qui fonctionnent. Naturellement, cette grève n'a plus de sens, je l'ai dit. Nous avons négocié, il y a la convention d'entreprise, il y a la convention de branche, il y a le décret socle, il n'y aura pas de nouvelle négociation. Il n'y a aucune raison…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est incroyable parce qu'il y a 5000 conducteurs, sur les 10.000 conducteurs, par rapport à 150.000 cheminots, qui sont aujourd'hui en grève et qui bloquent le pays.

ALAIN VIDALIES
C'est vrai.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est assez choquant, vous le reconnaissez vous-même ?

ALAIN VIDALIES
Mais, je leur donne un message. Nous avons négocié avec eux, aujourd'hui les négociations sont terminées, il n'y a aucune raison qu'ils continuent à faire cette grève, sauf des raisons qui seraient strictement politiques. J'ajoute Jean-Pierre ELKABBACH, je veux dire très solennellement, que nous ne tolérons aucun agissement, envahissement de voies, qui remettrait…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça se pratique tous les jours.

ALAIN VIDALIES
Nous ne tolérerons aucun envahissement de voies, et je dis clairement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A partir de maintenant ?

ALAIN VIDALIES
Nous faisons les enquêtes sur ce qui s'est passé hier aussi, il y aura des poursuites pénales, il y aura des poursuites disciplinaires. Nous respectons le droit de vote, mais il n'y aura aucune tolérance par rapport à des agissements qui remettraient en cause la grande fête dans laquelle la France s'engage et pour laquelle le monde nous regarde.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous venez de dire, Alain VIDALIES, qu'il s'agit d'une grève sans revendication, parce que vous avez répondu…

ALAIN VIDALIES
Il y a eu des revendications, le débat est fini.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, et nous sommes en plein dans la posture et l'hypocrisie parce qu'à la SNCF le régime social a été reconduit, il n'y a plus de revendication, donc ça veut dire que c'est une grève à dimension politique.

ALAIN VIDALIES
Il y a une dimension politique, mais quand vous dites que ça a été reconduit, évidemment les grévistes le contestent, et nous n'avons pas, contrairement à ce que j'entends, cédé. Nous avons fait un accord avec des syndicats réformistes, voilà.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, mais la dimension politique apparaît. Sud et l'extrême gauche, on voit bien qu'ils ont choisi Jean-Luc MELENCHON contre François HOLLANDE, et on voit bien qu'on est en train d'assister à une guerre des deux gauches sur le dos des Français.

ALAIN VIDALIES
Premièrement, j'ai entendu hier le responsable nationale de la CGT prendre en compte la dimension nécessaire de respect de l'Euro, je lui en donne acte, et j'espère qu'il sera entendu. Deuxièmement…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est normal que vous le disiez, mais… parce qu'il dit « je ne suis pas sûr que bloquer les supporters soit la meilleure image qu'on puisse donner de la CGT », en plus il ne rit pas, mais la CGT, le chef de la CGT c'est lui, c'est un aveu qu'il est débordé.

ALAIN VIDALIES
Non, non, ce n'est pas un aveu qu'il est débordé, je pense que c'est bien qu'il ait fait cette déclaration hier, et il faut lui en donner acte. Ensuite, qu'il y ait des gens aujourd'hui, que ce soit dans les transports ferroviaires, ou dans l'aérien, qui ciblent, qui ciblent l'organisation, par la France, de cet événement majeur, pour des revendications catégorielles, je le dis, c'est incompréhensible, c'est une action contre la France et contre les Français, ça s'adresse notamment aux pilotes d'AIR France. Et d'ailleurs je constate que bien que ce syndicat catégoriel soit ultra majoritaire, il y a moins de 25 % de grévistes, ce qui prouvent qu'un certain nombre de gens comprennent ce message.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, il n'empêche, que de samedi à mardi, trois quarts des vols seront assurés, mais qu'il y a la grève. Le plus comique, Monsieur VIDALIES, c'est que les pilotes réclament des augmentations de rémunération et la garantie qu'AIR FRANCE aura un grand avenir, alors que leur intransigeance est en train d'affaiblir leur compagnie.

ALAIN VIDALIES
J'ajoute, Jean-Pierre ELKABBACH, que cette semaine j'ai négocié, à l'initiative de la France, après des mois de travail, un mandat de la Commission européenne pour négocier avec les compagnies du Golfe, ce qui est un des problèmes, qui est important pour l'avenir, et que ça ne peut pas être toujours à sens unique. On ne peut pas toujours demander au gouvernement et ne jamais être au rendez-vous.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'aime bien entendre la colère d'Alain VIDALIES, aujourd'hui, premier jour de l'Euro 2016…

ALAIN VIDALIES
La colère et l'enthousiasme par rapport à l'événement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, le foot, mais rappelez-vous qu'il n'y a pas que 80.000 spectateurs, il y a tous les autres. Vous ne m'avez pas répondu sur la dimension politique, Sud et l'extrême gauche.

ALAIN VIDALIES
Ecoutez, ça c'est de l'ordre du commentaire, mais à partir du moment où je constate qu'on est allé jusqu'au bout, qu'on a fait des accords, on peut être pour… il y a un droit légal aujourd'hui, pour ceux qui sont en grève, c'est de faire opposition par rapport à l'accord qui a été signé par des syndicats qui représentent 40 % des salariés, c'est ça le droit. Pourquoi faut-il toujours se mettre en dehors du droit ? Qu'ils exercent leur droit, et le gouvernement enregistrera leur décision.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous ne tolérez pas que ça continue ?

ALAIN VIDALIES
Je le tolèrerai pas, le gouvernement ne tolérera pas, non pas l'exercice du droit de grève, on s'est toujours engagé à le respecter, mais tout ce qui se fera en terme de pression, « d'exercion » en dehors du droit de grève.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A votre avis, ça s'arrêtera quand, ou ça va s'effilocher jusqu'à quand ?

ALAIN VIDALIES
Ecoutez, notre détermination ne s'effilochera jamais, et dans tous les cas maintenant le message est clair, les négociations sont terminées, elles ont été fructueuses, chacun peut exercer ses droits, y compris les grévistes dans le respect du droit des autres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et Nicolas SARKOZY qu'on entendait hier ici avec Thomas SOTTO, est-ce qu'il n'a pas raison de dénoncer la tyrannie des minorités soutenues quelquefois par de prétendus progressistes, mais la tyrannie des minorités puisque vous dites que le pays est bloqué, et presque ridiculisé par des minorités de la CGT renforcée par l'extrême gauche, et l'ensemble qui sont une minorité syndicale.

ALAIN VIDALIES
Ecoutez, la meilleure réponse à ce qui s'est passé hier soir, parce que le constat ce n'est pas que le pays est bloqué, il y a eu une grande fête…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a eu une aspiration à la fête…

ALAIN VIDALIES
Et je la partage.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière remarque, vendredi prochain, dans une semaine, madame EL KHOMRI va recevoir Philippe MARTINEZ. Est-ce que le gouvernement ne demande pas l'arrêt ou la suspension des grèves comme préalable, ou alors on peut faire ce que l'on veut et après être reçu par les ministres. Ou alors il fallait le recevoir avant ?

ALAIN VIDALIES
Il a été reçu avant, il est reçu après, pourquoi dans un pays même quand on est dans un désaccord et dans un désaccord profond il faudrait interrompre le dialogue ? Ce n'est pas notre conception, et cette rencontre est tout à fait normale.

THOMAS SOTTO
C'est pas complètement absurde, pardon, mais de le recevoir dans une semaine, comme si ça n'avait pas assez duré ? Pourquoi une semaine ? Dany COHN-BENDIT s'en émouvait tout à l'heure, mais il a raison.

ALAIN VIDALIES
C'est une demande qui a été faite depuis longtemps, y compris eux souhaitaient que la rencontre ait lieu à ce moment-là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord. Ça veut dire qu'il pense que la grève sera finie, ou alors attendre une semaine… on est dans quel univers ? le pays … Et puis en plus je n'ai pas parlé …

ALAIN VIDALIES
Attendez, pourquoi dans une semaine ? Parce qu'on sera au moment du débat. C'est par rapport à un texte de loi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais encore un va attendre. Il sera au Sénat le débat. Mais je n'ai pas parlé des éboueurs, les usines d'incinération sont bloquées par la CGT, les déchets s'amoncellent, l'infection gagne, 7 millions de rats sont en train de traverser Paris.

ALAIN VIDALIES
Je viens d'arriver, je n'ai pas été envahi par les….

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a 3 rats par Parisiens.

ALAIN VIDALIES
Je comprends que vous soyez exaspéré, je le partage pour partie, mais très honnêtement il y a des moments où la sémantique dépasse l'imagination. Je n'ai pas vu une horde de rats en arrivant à Europe 1…

THOMAS SOTTO
Pardonnez-moi, mais ce n'est pas la sémantique pour les usagers des RER qui vont attendre une semaine que la CGT et la ministre se parlent, pour éventuellement régler le problème.

ALAIN VIDALIES
Non, ce n'est pas sur ça, non, non, non, le débat sur le RER ce n'est pas la rencontre avec madame EL KHOMRI parce que c'est mon secteur d'activité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez compris que ce que nous demandons tous les deux-là c'est que quelle que soit la raison le rendez-vous soit avancé. Qu'il soit avancé. Ou pendant le week-end, ou lundi. Dernière remarque, tout ça, vous voyez l'INSEE a corrigé à la hausse les créations d'emplois marchands-privés depuis deux trimestres, ça ne s'est pas produit depuis huit ans, personne ne s'en aperçoit, dites le à vos grévistes et au gouvernement qui trainent.

ALAIN VIDALIES
Et puis dites le vous aussi parce que c'est aussi important que les millions de rats.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ce qu'on fait qui nous met en colère tous les deux.

ALAIN VIDALIES
Voilà. Mais je partage un peu votre colère mais partageons aussi les bonnes nouvelles. Ça s'est bien passé hier soir, on crée des emplois, et donc je préfère cette France-là que l'image catastrophique.

THOMAS SOTTO
Merci Alain VIDALIES. Si vous chercher une salle pour avancer la réunion, on peut vous en prêter une ici à Europe 1.

ALAIN VIDALIES
Ce n'est pas avec moi la réunion.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2016

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