Déclaration de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'éducation aux médias et à l'information et la réglementation dans le cadre de l'économie numérique, Paris le 10 juin 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur l'éducation aux médias et à l'information et la réglementation dans le cadre de l'économie numérique, Paris le 10 juin 2016.

Personnalité, fonction : VALLAUD-BELKACEM Najat.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti :


Existe-t-il, sur internet, une fonction qui abolit notre esprit critique ?

La question, ainsi posée, peut paraître inutilement provocatrice. Et pourtant. Pourtant, chaque jour, des internautes signent des contrats dont ils n'ont pas lu une seule ligne.

Chaque jour, des internautes acceptent, sans même le savoir, de céder leurs droits sur des photographies et des documents personnels.

Chaque jour, des internautes acceptent de laisser leurs courriels être scannés par des entreprises privées.

Ces internautes sont pourtant sains d'esprit. Si, au détour d'une rue, un inconnu les abordait en exigeant d'avoir leurs données personnelles, ces mêmes internautes ne répondraient jamais : « Bien sûr, j'accepte, et inutile de me faire lire quoi que ce soit, je vous fais entièrement confiance ! »

Ces internautes seraient pour le moins surpris, et ils demanderaient sans doute un certain nombre d'informations.

Ils auraient raison de le faire. L'inverse serait surprenant. Et pourtant, c'est l'inverse que nous faisons, quotidiennement, lorsque nous utilisons internet.

D'où ma question : avons-nous coché sur nos navigateurs une option qui désactive notre esprit critique ? Non.

Et malgré tout, le fait demeure : notre usage manque d'une connaissance véritable des enjeux et des arcanes d'internet.

Cesser d'être des usagers pour devenir des acteurs passe nécessairement par une véritable éducation aux médias et à l'information, et par un apprentissage, au sein de nos écoles, du numérique et de l'informatique.

Sensibiliser aux bons usages d'internet doit commencer le plus tôt possible. Et ce sont justement des actions qui conjuguent esprit critique, recul, et usage d'internet que récompensent les trophées Educnum.

Vos actions prennent appui sur le jeu, car du jeu aux enjeux, il n'y a qu'un pas, et vous avez su le faire franchir à vos élèves, pour leur donner une conscience aigüe des questions liées à la protection de la vie privée et aux bonnes pratiques d'internet.

Et ce que j'apprécie particulièrement, c'est que ces prix viennent récompenser précisément l'engagement des jeunes, l'engagement de nos élèves, qui en sont les principaux acteurs. Et c'est bien d'acteurs dont nous avons besoin, plus que de simples usagers ou de spectateurs. Alors, bravo à vous, bravo à vos enseignants, bravo à tous ceux qui vont ont accompagné dans cette aventure.

Vos initiatives méritent d'être saluées et récompensées à leur juste valeur. C'est précisément le sens de l'événement qui nous rassemble aujourd'hui. Et je tiens à vous le dire, dans ce domaine, le jeu se doit d'être profondément collectif.

Oui, nous jouons collectifs ! Et ces mots résonnent évidemment très fort, en ce jour où débute l'Euro 2016.

Vous pouvez donc compter sur le soutien de l'Education Nationale et de la CNIL. L'enjeu est grand. Et il exige une coordination et un partenariat exemplaires !

Je tiens ici, une fois encore, à saluer la signature de cette convention sur « les usages responsables et citoyens du numérique à l'École. »

En effet, s'il est une instance qui ne perd jamais son esprit critique, c'est bien la CNIL. Celle-ci a d'ailleurs longtemps considéré, et écrit, que le ministère de l'Éducation Nationale n'était pas suffisamment actif sur ces enjeux. Que nous n'agissions pas assez pour aborder, avec nos élèves, les problématiques du respect de la vie privé et des données personnelles.

Et je vais être très honnête. La CNIL avait raison.

Oui, pendant longtemps, l'École a été, sur ce sujet, trop silencieuse. Ce qui nourrissait ce silence, c'était l'idée, plus ou moins consciente, que nos élèves, parce qu'ils vivaient dans un monde où le numérique et l'informatique occupent une place immense, n'avaient pas besoin d'une telle éducation.

Avec le recul, cette idée est pour le moins étrange. C'est considérer qu'internet et l'informatique sont, aujourd'hui, innés pour nos élèves. Rien n'est plus faux.

Si je vous disais, allons, nos élèves naissent dans un monde rempli de livres, pourquoi donc s'occuper de leur apprendre à lire ? Vous seriez choqués. A juste titre !

Pourtant, un tel discours, pendant longtemps, n'a dérangé personne lorsqu'il était appliqué à la question du numérique.

Or c'est précisément parce que nos élèves baignent dans un monde hyper-connecté, où la technologie occupe une place immense qu'il y avait urgence à instaurer, au cœur de nos écoles, une véritable éducation au numérique et à l'informatique.

L'École, sur ce sujet, apporte ce qui fait sa force, depuis les origines : des connaissances, des savoir-faire, mais aussi des savoir-être. Nous mettrons ainsi un terme à cette étrange dissociation entre nos comportements sur internet, et nos comportements dans la vie.

Le sujet que nous abordons est donc tout sauf anodin. La société que nous voulons bâtir ensemble en dépend.

Voulons-nous être des usagers passifs, qui en restent à la surface des choses, et dont l'intelligence ne va pas au-delà de l'interface que nous oppose un programme ? Ou voulons-nous être des acteurs, citoyens, responsables et autonomes, conscients des enjeux et des opportunités que nous ouvrent les nouvelles technologies ?

Je ne considère pas internet comme mauvais en soi. Ce serait d'une part hypocrite, car, oui, évidemment, je m'en sers, comme tout le monde. Et d'autre part, ce serait insensé : en effet, voilà une révolution qui nous offre énormément d'opportunité.

Néanmoins, nous devons donner du sens à nos usages du numérique. Et cela demandes des connaissances et des savoir-faire.

Le Ministère de l'Éducation nationale a donc décidé, avec la loi du 8 Juillet 2013, de renforcer l'éducation aux médias et l'information qui désormais irrigue le nouveau socle de connaissances, de compétences et de culture comme tous les programmes disciplinaires, de la maternelle jusqu'au lycée.

C'est, par exemple, le nouveau programme de technologie du cycle 4, qui intègre doublement la dimension numérique : l'informatique fait partie des modalités d'apprentissage de la technologie et l'élève étudie aussi la façon dont le numérique accélère la réorganisation de notre société.

La CNIL, de son côté, a fait de l'éducation au numérique un axe prioritaire de son action.

Par cette action concertée, avec l'engagement de l'ensemble des acteurs, depuis les enseignants jusqu'aux élèves eux-mêmes, nous nous donnons les moyens d'instaurer, avec le numérique, une relation qui ne soit plus une fascination passive, mais une utilisation active et sensée des opportunités que nous offre le numérique.

Et il n'y aura désormais plus de place pour la question inaugurale de ce discours : car nous aurons systématiquement activé l'option « esprit critique », sur internet. Il était temps !


Je vous remercie.


Source http://www.najat-vallaud-belkacem.com, le 13 juin 2016

Rechercher