Déclaration de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, sur l'islam, la laïcité et l'athéisme, Paris le 8 juin 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, sur l'islam, la laïcité et l'athéisme, Paris le 8 juin 2016.

Personnalité, fonction : KANNER Patrick.

FRANCE. Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports

ti :


Un grand merci de m'avoir invité pour la rupture du jeûne en ce début de Ramadan.

C'est un moment convivial et fraternel que je me réjouis de partager avec vous.

A mon grand regret, je n'avais pas pu assister à la cérémonie d'anniversaire des 25 ans des Scouts Musulmans de France en janvier dernier.

Je suis d'autant plus heureux de passer cette soirée avec vous aujourd'hui.

Les musulmans de France s'engagent dans une démarche spirituelle particulièrement forte en ce mois de ramadan.

Je suis venu vous dire tout le respect que j'ai pour cette démarche.

Je suis venu vous dire que je ne confondais pas la laïcité et l'athéisme, et encore moins la laïcité et une démarche anti-religieuse.

La laïcité, je constate qu'il est encore et toujours besoin de le rappeler, c'est la liberté de conscience.

C'est la liberté de croire ou de ne pas croire, et pour ceux qui croient de croire comme bon leur semble.

Il n'y a pas de sous-religion en France.

Il n'y a pas plus de religion dangereuse.

Il y a ceux qui acceptent de conformer leur croyance à la loi de la République.

Et il y a ceux qui font de la loi religieuse la loi suprême. Ceux-là trahissent la République et bien souvent, ils trahissent leur propre religion.

Parce que nous sommes une nation, nous avons des valeurs communes, des valeurs qui sont à la fois le produit de notre histoire et de nos aspirations.

Ces valeurs, elles peuvent être discutées en permanence dans le cadre de la démocratie : c'est l'une des très grandes vertus de la République française.

Mais ces valeurs, quand le peuple s'est accordé dessus par la voix de ses représentants légitimement élus, alors elles doivent être respectées.

Cette articulation n'est pas toujours évidente mais, pour peu qu'on soit de bonne volonté, elle n'a rien d'insurmontable.

La preuve ?

Les Scouts Musulmans de France !

Je veux affirmer, ici, devant vous et dans ce moment si particulier qu'est la rupture du jeûne, tout mon soutien aux Scouts Musulmans de France.

Les Scouts Musulmans de France sont un mouvement de jeunesse singulier et formateur.

Ils offrent une réponse très précieuse aux nombreuses familles qui souhaitent que leurs enfants vivent leur foi dans l'Islam et leur citoyenneté dans la République.

Confier son enfant au scoutisme français, c'est promouvoir une laïcité fraternelle dans laquelle chacune et chacun peut trouver sa place.

Il y a beaucoup de confusion autour de cette question de la laïcité et plus généralement des valeurs républicaines.

Nous avons voulu remettre les choses au clair, avec le Gouvernement dès le lendemain des attentats de janvier.

La parole du Président et du Premier Ministre ont été à ce moment entendues et respectées, parce que ces paroles étaient claires, sincères, précises.

Là où notre pays aurait pu se faire déborder par ses passions, les français sont restés soudés.

Mais il nous faut aller plus loin. C'est notamment l'objet de la loi égalité citoyenneté que j'ai présentée aujourd'hui à l'assemblée nationale.

Cette loi partage, je crois, beaucoup avec la philosophie qui anime les scouts musulmans de France.

Cette loi est une loi pour l'engagement et les valeurs de l'éducation populaire.

Parce que certains veulent nous diviser, nous isoler, nous opposer, nous devons nous parler, nous écouter, nous rassembler.

L'éducation populaire agit comme un formidable levier pour que chacun puisse prendre part au débat citoyen et se sentir acteur de la vie sociale, plutôt que spectateur d'un monde qui ne serait pas le sien.

Nous devons faire ensemble, nous devons mener des projets ensembles, des petits et des grands projets, des projets qui rendent la vie plus belle, plus généreuse, plus grande.

C'est le sens de l'engagement des associations d'intérêt général et particulièrement des associations de l'éducation populaire.

Cette loi, c'est aussi une loi pour la jeunesse.

Nous lui donnerons de nouveaux droits et de nouvelles perspectives, car rien n'est pire pour un pays que de voir sa jeunesse qui désespère.

Cette loi, c'est une loi pour la mixité.

Si nous sommes incapables de vivre ensemble par-delà nos différences, comment pouvons-nous nous assumer comme une nation ?

Or, j'ai rencontré des élus qui défendaient coûte-que-coûte l'entre-soi, des élus qui s'étaient mis en marge de la République en refusant manifestement d'appliquer la loi sur le logement social.

« Pas de ça chez nous » disent-ils en substance.

Mais ça veut dire quoi ce « chez nous » ? C'est qui « nous », c'est qui « les autres » ?

Nous sommes un seul et même peuple : le peuple français.

Alors oui, nous ferons que ça leur plaise ou non la mixité dont notre pays a besoin car il faut retrouver le goût de vivre ensemble !

Et enfin, cette loi, c'est une loi pour lutter contre les discriminations.

Le racisme est une gangrène. Il mine notre pays, il mine la promesse d'égalité qui a cimenté la France pendant presque deux siècles.

Alors nous allons là aussi durcir le ton, et notamment durcir les peines pour les crimes et délits liés au racisme.

Je ne serai pas plus long, je veux laisser la place à la fête et à la convivialité.

J'espère d'ailleurs que l'Euro de foot qui commence vendredi sera une belle occasion de tous se retrouver dans la joie et la bonne humeur.

En attendant, je renouvelle mon soutien aux scouts musulmans de France et je souhaite à tous un bon ramadan.


Source http://www.patrickkanner.fr, le 14 juin 2016

Rechercher