Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, avec France Inter le 15 juin 2016, sur la lutte contre le terrorisme et sur la violence pendant les manifestations contre la loi travail. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, avec France Inter le 15 juin 2016, sur la lutte contre le terrorisme et sur la violence pendant les manifestations contre la loi travail.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, COHEN Patrick.

FRANCE. Premier ministre;

ti :

PATRICK COHEN
Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour Patrick COHEN.

PATRICK COHEN
Encore une fois l'assassin de ce couple de policiers des Yvelines, Jessica SCHNEIDER et Jean-Baptiste SALVAING, était un repris de justice condamné dans un dossier terroriste, surveillé récemment. Je dis encore une fois parce que c'était le cas de certains des tueurs de janvier 2015, Chérif KOUACHI et Amedy COULIBALY. N'y a-t-il pas là un échec, un défaut de suivi ou d'analyse du renseignement, une défaillance du dispositif ?

MANUEL VALLS
Moi je ne laisserai pas dire, Patrick COHEN, qu'il y a eu, de la part de nos forces, chargées de la lutte contre le terrorisme, la moindre négligence, ni le moindre manque de discernement.

PATRICK COHEN
Au moins un échec ?

MANUEL VALLS
Je sais la difficulté de leur tâche ; mais il y a toujours un échec, quand il y a deux policiers, deux fonctionnaires, qui sont assassinés dans ces conditions atroces, et j'ai une pensée évidemment pour la famille, les proches, les collègues, de Jean-Baptiste SALVAING et de Jessica SCHNEIDER, je sais ce que la police aujourd'hui ressent profondément, mais je sais aussi la difficulté de leur tâche, et c'est pour ça qu'ils ont toute ma confiance et celle du gouvernement. Soyons précis, cet individu, ce criminel, Laroussi ABBALLA, qui avait purgé sa peine d'emprisonnement, puis sa mise à l'épreuve de 2 ans, a été de nouveau placé sous écoute téléphonique au début de cette année, ces interceptions n'ont pas permis de détecter un éventuel passage à l'acte, le passage à l'acte solitaire, comme cela a été le cas lundi soir, est en effet, disons-le, le plus difficile à déceler.

PATRICK COHEN
Donc ce sont des actes, sinon impossibles, du moins très difficiles à empêcher, à déjouer ?

MANUEL VALLS
Nous faisons face à une menace globale, à un ennemi extérieur, que nous combattons, en Irak et en Syrie principalement, et qui aujourd'hui recule, cela a été dit il y a un instant, et un ennemi intérieur, avec ces individus radicalisés, auto-radicalisés, en prison, sur Internet, et qui peuvent agir, avec très peu de moyens, nous l'avons vu. Au fond nous faisons face à deux types de risque, l'attentat organisé, comme nous les avons subi en 2015, ou comme à Bruxelles il y a encore quelques mois, où des individus, et ce n'est pas la première fois malheureusement, que cela arrive, peuvent agir, d'où, évidemment, le renforcement de nos moyens de sécurité, de renseignements, pour resserrer au plus près les mailles du filet. Mais plusieurs fois, et sans doute à votre antenne, j'ai dit que nous étions en guerre, que cette guerre allait être l'affaire d'une génération, que ça allait être long. Aujourd'hui l'un des meilleurs spécialistes de la radicalisation de notre pays, Farhad KHOSRKHAVAR, dit qu'il faudra 10 à 20 ans pour éradiquer cette menace permanente.

PATRICK COHEN
C'est dans les colonnes du Parisien ce matin.

MANUEL VALLS
D'autres innocents perdront leur vie. C'est très difficile à dire, c'est évidemment, on peut m'accuser, je comprends parfaitement, de rendre la société encore plus anxiogène qu'elle ne l'est aujourd'hui avec ces événements, mais malheureusement c'est cette réalité, c'est l'affaire d'une génération…

PATRICK COHEN
On va vivre longtemps…

MANUEL VALLS
Combattre ces centaines d'individus qui se sont radicalisés et qui représentent un vrai danger.

PATRICK COHEN
On va vivre longtemps avec cela Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Oui, je l'avais dit d'ailleurs à des jeunes, à des jeunes lycéens, au mois de janvier 2015, je me rappelle de cette discussion, en disant « votre génération va être concernée évidemment par cette menace terroriste. » Ça veut dire qu'il faut non seulement mettre tous les moyens, au service de la police, de la gendarmerie, de nos forces armées, de la justice, c'est ce que nous faisons, mais il faut une mobilisation de toute la société, il faut comprendre aussi tous ces phénomènes de radicalisation, il faut agir, c'est ce que fait le gouvernement.

PATRICK COHEN
Une partie de la droite réclame des mesures d'exception, est-ce que vous écartez totalement l'idée de centres de rétention pour les fichés ou les suspects de terrorisme ?

MANUEL VALLS
Dans tous les pays, qui luttent contre le terrorisme, on distingue les mesures de surveillance, ce sont les fiches S, qui peuvent être décidées d'ailleurs par un simple policier ou un agent de renseignements, et les mesures d'enfermement qui doivent être décidées par un juge, et vouloir confondre les mesures de surveillance et les mesures d'enfermement, est dangereux et affaiblirait la lutte antiterroriste. Et que cherchent ces responsables de l'opposition, et moi honnêtement, avec ce que nous venons de vivre, je n'ai pas envie de polémiquer, mais que cherchent ces responsables qui font ces propositions, veulent-ils priver les policiers ou les agents de renseignements de la possibilité de décider de mesures de surveillance, ou veulent-ils dépouiller les magistrats de la responsabilité de décider des mesures de privation de liberté qui sont, vous le savez, relèvent uniquement du juge ? Le Conseil d'Etat, d'ailleurs, qui a été interrogé par nos soins à la fin de l'année 2015, avait été très clair. Et je veux rappeler cependant que nous avons pris déjà un certain nombre de décisions, parce que nous avons voté deux lois antiterroristes, une autre loi qui vient d'être promulguée. Et dans cette loi, la loi du 3 janvier 2016, sur le crime organisé et le terrorisme, on institue la perpétuité réelle contre les auteurs de crime terroriste, elle permet le placement, sous bracelet électronique, et le suivi socio-judiciaire des condamnés, et elle crée le dispositif de contrôle administratif des individus de retour des théâtres d'opérations terroristes comprenant une période d'assignation à résidence et une possibilité d'intégrer un centre de déradicalisation, centre que nous sommes en train de créer. Mais tout ça se met en place…

PATRICK COHEN
Mais tout cela n'empêchera pas d'autres crimes terroristes.

MANUEL VALLS
Parce que nous avons tiré les enseignements de cette menace terroriste, mais il faut le faire, encore une fois, avec beaucoup de détermination, beaucoup de sang-froid, ne pas inventer à chaque fois une mesure, alors que nous venons de subir cette attaque terroriste, et ne pas nous diviser, c'est pour ça que je ne veux pas polémiquer. Ce que les terroristes cherchent c'est à fragmenter, c'est à fracturer, c'est à diviser la société française, et nous, au contraire, nous devons rassembler. Donc j'appelle chacun, au sang-froid, s'il y a de nouvelles propositions, il faut toujours bien sûr les examiner, c'est ça une vie démocratique.

PATRICK COHEN
Mais vous n'en n'avez pas entendues qui retiennent votre attention jusqu'à présent.

MANUEL VALLS
Je vois, y compris qu'au sein de l'opposition, beaucoup considèrent que ce n'est pas le moment de lancer, alors que les policiers sont sous le choc, les Français sont sous le choc ; à midi nous observerons tous, avec le président de la République, mais partout, dans tous les commissariats, une minute de silence. Ce que les Français attendent c'est du sang-froid, c'est la mobilisation, et c'est même de la résistance, de la résilience, comme le peuple français a su faire preuve au cours de ces derniers mois.

PATRICK COHEN
L'opposition à la loi Travail, Manuel VALLS, la mobilisation hier a été importante, on ne va pas entrer dans la querelle de chiffres, mais si l'on s'en tient au comptage de la police il n'y a jamais eu, depuis le début du mouvement, autant de monde dans les rues de Paris, 3 fois plus que le 31 mars. Que répondez-vous, non pas aux leaders syndicaux, mais à ceux qui sont mobilisés depuis des semaines contre cette loi ?

MANUEL VALLS
Je réponds que, en marge de ces manifestations, la violence a pris un tour tout à fait insupportable.

PATRICK COHEN
Ce n'était pas ma question, on va parler des violences après si vous voulez Manuel VALLS…

MANUEL VALLS
Oui, c'est une réalité aujourd'hui qui malheureusement s'impose.

PATRICK COHEN
Mais d'abord il y a la réalité d'une mobilisation sociale qui se poursuit, qui se prolonge, et qui s'est prolongée spectaculairement dans les rues de Paris hier.

MANUEL VALLS
Il y a eu hier, sur toute la France, moins de manifestants qu'à l'occasion des autres rendez-vous, et les chiffres donnés par la police, sur Paris et sur l'ensemble du pays, l'attestent. Nous sommes dans un pays où on a le droit de manifester, d'exprimer son opposition à un texte de loi, mais chacun doit savoir – puisque c'est la question Patrick COHEN que vous me posez – que le gouvernement ne changera pas un texte qui est déjà le résultat d'un compromis avec les syndicats réformistes, il y a déjà plusieurs mois, c'est un texte qui est bion pour les entreprises et pour les salariés, et c'est un texte qui permet la négociation dans l'entreprise au plus près de l'entreprise, c'est l'article 2.

PATRICK COHEN
Il y a eu moins de monde hier, donc c'est le début de la fin du mouvement ?

MANUEL VALLS
Moi je ne suis pas là en train de commenter, vous me posez une question. La détermination…

PATRICK COHEN
Vous commentez les chiffres et la mobilisation.

MANUEL VALLS
La détermination du gouvernement à faire adopter ce texte qui est bon pour les entreprises, qui est bon pour les salariés, qui crée de nouveaux droits avec le Compte Personnel d'Activité, qui permet le dialogue social dans l'entreprise…

PATRICK COHEN
Mais qui dresse contre vous une partie de ceux qui ont voté pour vous en 2012, une partie de vos électeurs.

MANUEL VALLS
Mais il y a un vrai débat et en même temps une vraie clarification à la fois dans le syndicalisme - je l'observe - au sein de la gauche, sur ce qu'est au fond le dialogue social au sein de l'entreprise. C'est pour ça que ce texte est vraiment moderne et il donne d'ailleurs plus de moyens, plus de droits pour les syndicats au sein même de l'entreprise. Il décentralise le dialogue social ; et c'est un texte aussi, et c'est un débat qui permet une clarification sur l'idée du dialogue social dans la société française. Si nous échouions à faire adopter ce texte, si ce texte n'allait pas jusqu'au bout, au fond ça serait la victoire de ceux qui peuvent bloquer un texte dans la rue, par des manifestations, ou ceux qui demain voudraient faire passer en force leur vision ultra libérale de la société.

PATRICK COHEN
Vous avez dit « j'irai jusqu'au bout » Manuel VALLS, mais êtes-vous allé au bout des concessions à l'égard des organisations syndicales qui s'opposent à la loi Travail et notamment à l'article 2 du texte ?

MANUEL VALLS
Moi je ne parle pas de concessions, j'ai parlé de compromise. Un compromis a été….

PATRICK COHEN
Il y a eu des concessions entre temps, à la SNCF notamment, la réforme préparée par Guillaume PEPY et que vous avez torpillée.

MANUEL VALLS
Non. Je refuse totalement cette analyse et cette vision des choses. Il y a eu un accord sur des bases qui avait été préparé depuis plusieurs mois par Alain VIDALIES, par la direction. Un dialogue avec les syndicats réformistes à l'occurrence l'UNSA et la CFDT au sein de la SNCF qui prépare la SNCF aux grands défis, et notamment de l'ouverture de la concurrence, tout en protégeant les garanties qui existent aujourd'hui pour les cheminots. Et j'ai constaté d'ailleurs que d'autres syndicats, la CGT et Sud continuaient leur mouvement. Et je l'ai regretté parce que ça se faisait au détriment des usagers. Non, le compromis il est indispensable. Mais sur l'article 2, comme sur les principaux articles de la loi, ces derniers articles aujourd'hui de mon point de vue ne peuvent pas bouger, et ils seront adoptés. Je crois que le message doit être très clair.

PATRICK COHEN
Les violences en marge des cortèges : « inacceptable, inadmissible, honteux », ça a été dit par tous les responsables. Une fois qu'on a dit ça vous faites quoi ?

MANUEL VALLS
Ces manifestations ne peuvent plus durer ainsi, et moi j'en appelle à la responsabilité d'un syndicat, la CGT, qui hier, à l'évidence, était débordée. Beaucoup plus d'ultra, de casseurs que d'habitude, 700 à 800, plus difficiles à encadrer et qui voulaient frapper, voulaient s'en prendre à la police, voulaient sans doute tuer. Un dispositif bien sur très important de policiers qui a permis beaucoup d'interpellations en flagrant délit, 73, et une attitude ambigüe du service d'ordre de la CGT qui n'assume plus ses responsabilités. Nous ne pouvons plus avoir dans les semaines qui viennent de telles manifestations sur Paris et sur la capitale avec son lot de casseurs, avec ces commerces qui ont été cassés, avec l'hôpital Necker qui a été dévasté ; c'est insupportable !!

PATRICK COHEN
Ça veut dire que vous pourriez interdire des manifestations?

MANUEL VALLS
D'abord je demande à la CGT de ne plus organiser ce type de manifestation sur Paris, et au cas par cas – car vous savez on ne peut pas prononcer une interdiction générale – nous prendrons nous nos responsabilités. On ne peut plus avoir ce spectacle désolant, cette fuite en avant, cette absence de contrôle du syndicat, des syndicats, des organisateurs de cette manifestation sur leurs propres manifestants. Donc ça suffit ! Il y a un besoin d'autorité, d'ordre exprimés par les Français. Nous sommes confrontés à une menace terroriste, nous avons des policiers qui sont confrontés à des missions de plus en plus lourdes, nous sommes en train d'organiser… nous accueillons l'euro de foot dans des conditions –vous le savez – difficiles même si, et je le constate, c'est la fête dans la plupart des stades et les choses se passent bien dans les fan-zones. Mais dans cette atmosphère particulièrement lourde, particulièrement difficile, chacun doit assumer ses responsabilités. Le texte sur la loi Travail n'évoluera pas. Chacun l'a bien compris et à compris la détermination du gouvernement. Ça n'est pas une posture, c'est parce que nous pensons que c'est un texte qui encore une fois répond à l'intérêt général. D'autre part, on ne peut pas accepter ces violences. Et quand on n'est pas capable d'organiser une manifestation, quand on n'est pas capable de prendre ses responsabilités, quand on laisse 700 à 800 casseurs au sein même de la manifestation, qu'il y a une attitude ambigüe….

PATRICK COHEN
Ce sont les syndicats qui laissent faire ?

MANUEL VALLS
Mais il y a eu une attitude ambigüe hier incontestablement…

PATRICK COHEN
Ambigüe ?

MANUEL VALLS
Ambigüe vis-à-vis de ces casseurs. Et donc quand on n'arrive pas à assumer ses responsabilités et à faire le tri, eh bien alors on n'organise pas ce type de manifestation qui peut dégénérer, c'est le bon sens.

PATRICK COHEN
Manuel VALLS, Premier ministre, invité de France Inter ce matin. On vous retrouve dans quelques minutes avec les appels et les questions, les commentaires des auditeurs de France Inter.

PATRICK COHEN
Au 01.45.24.7000 avec, d'abord, Stéphane, qui nous appelle des Yvelines. Bonjour Stéphane.

STEPHANE
Oui, bonjour à France Inter, et bonjour au Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Monsieur.

STEPHANE
Bonjour Monsieur VALLS. J'ai écouté votre intervention il y a dix minutes, et je trouve scandaleux que vous rejetiez la faute des casseurs, en marge des manifestations sur les services d'ordre, qui respectent la République, et sur la voie publique, ce n'est pas aux manifestants de faire respecter l'ordre, c'est à la force publique, dont vous êtes le représentant en tant que Premier ministre. Donc tous les casseurs, toutes les exactions sont de votre responsabilité, par votre inaction. Et je tiens à dire que je suis sympathisant socialiste, mais ça, c'était avant. Je le ne suis plus.

PATRICK COHEN
Merci Stéphane. Restez en ligne. Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
La police, les gendarmes, en nombre hier encore, pour encadrer cette manifestation font leur travail. Et je veux rappeler que le policier qui a été tué dans les conditions que vous savez, Jean-Baptiste SALVAING, était un policier – ça a été rappelé tout à l'heure – qui faisait son travail sur le terrain, qui combattait la délinquance tous les jours, et qui, évidemment, participait aux opérations dans le département des Yvelines, du maintien de l'ordre. Ce sont les mêmes policiers, ce sont ces mêmes policiers qui font face à des casseurs, qui se mélangent dans une manifestation, organisée notamment par un syndicat, qui a sorti un tract odieux, mettant en cause la police, qui tous les jours, met en cause le fait que la police fait ce travail…

PATRICK COHEN
Pourquoi vous n'avez pas porté plainte, vous demandait Frédéric PECHENARD, qui était à votre place tout à l'heure ?

MANUEL VALLS
Mais, à chacun de prendre ses responsabilités, un grand syndicat, que je respecte, comme la CGT, qui partageait l'histoire de France, au cours de ces dernières décennies, depuis un siècle, doit assumer ses responsabilités, condamner, bien sûr, les casseurs, mais faire en sorte que son service d'ordre, c'est ainsi que fonctionnent les manifestations dans ce pays, ne soit pas dans l'ambigüité quand il s'agit d'écarter 700 à 800 casseurs…

PATRICK COHEN
Manuel VALLS, un service d'ordre syndical ne peut pas empêcher des petits groupes mobiles, comme on le voit depuis des semaines et des mois, sur toutes les manifestations, et par ailleurs, quel est l'intérêt politique, vous voyez bien que les casseurs, l'image, les images qui sont diffusées depuis hier, desservent les organisateurs de manifestations, desservent les syndicats, et d'une certaine façon, ils vous servent plutôt dans les critiques que vous formulez à l'égard des opposants à la loi Travail…

MANUEL VALLS
Mais quand un syndicat sort un trac qui met en cause la police, qui serait « responsable », je mets des guillemets, de violences policières, demande d'ailleurs une enquête sur ces violences policières, donne le sentiment d'établir un parallèle entre le travail de la police et la violence des casseurs, il y a, bien sûr, une ambigüité. Il y a une ambigüité. Et à chaque fois, aujourd'hui, qu'on organise une manifestation, nous voyons bien, en marge ou à l'intérieur, dès le début de la manifestation, ces casseurs. Et les Français ne le comprennent pas, hier, il y avait 700 à 800 casseurs, qui, pour certains, viennent sans doute d'autres sites, je pense à Rennes ou à Nantes, avec sans aucun doute des étrangers européens qui étaient dans ces manifestations. Il y a eu – je l'ai dit tout à l'heure – de nombreuses interpellations. Le gouvernement est très déterminé à lutter contre cette violence, et nous l'entendions tout à l'heure, à l'occasion…

PATRICK COHEN
Et ces gens que vous décrivez, ils avaient un lien avec la CGT, c'est ça que vous insinuez, Manuel VALLS, parce que, ce n'est pas seulement les affiches, là, ce que vous nous expliquez, c'est qu'il y a…

MANUEL VALLS
Mais ils participent dans une manifestation, ils participent à cette manifestation. Et quand on organise aujourd'hui une manifestation, dans le climat que nous connaissons, avec les risques de violences, on prend une responsabilité.

PATRICK COHEN
Yves nous appelle de l'Oise. Bonjour Yves.

YVES
Oui, bonjour. Je vous appelle pour rappeler deux, trois petites choses à Monsieur VALLS, premièrement, c'est que monsieur HOLLANDE avait promis, et avait critiqué SARKOZY en disant que lui ne se servirait jamais du 49.3 sous SARKOZY, premièrement, que deuxièmement, quand on parle de minorité de blocage, il ne faut pas oublier que 74 % des Français étaient opposés à cette loi, que troisièmement, à un an des élections, c'est quand un gouvernement ne tient pas ses promesses qu'on fait le jeu du Front national dans l'inconscient collectif, parce que les gens ne croient plus à la politique, et c'est exactement ce qui se passe, parce que quand on veut s'attaquer à la finance, et que de fait, on ne sert que les patrons, eh bien, on voit ce que ça donne. Et c'est vous qui faites le jeu du FN. Et moi, j'ai l'impression que, en plus, quand vous parlez de la CFDT, qu'on invite dans tous les médias, il ne faut pas oublier qu'il y a cinq membres, des anciens responsables de la CFDT qui sont au gouvernement aujourd'hui, CHEREQUE, le fils, CHEREQUE, le père, étaient au gouvernement au PS, NOTAT dans les instances aussi, et tout ça, on sait très bien que de fait, la CFDT est devenue une courroie de transmission du PS, enfin, du moins ce qu'il en reste, et que moi, je voudrais poser une question : est-ce que vous n'avez pas l'impression actuellement, qu'en 2005, où au moment du CPE, on essayait de mettre les élections, aux élections, contre le CPE, et la gauche et la droite dans le même sac, on oubliait, alors que tous les médias déversaient leur haine, comme en ce moment, contre la CGT, de mettre tout le monde dans le même sac, alors que vous savez très bien que, à droite, à l'extrême droite et extrême gauche, on était contre l'Europe pour des raisons différentes, au FN, parce que, effectivement, ils étaient racistes, homophobes et compagnie, et puis complètement anti-européens, et à l'extrême gauche, parce que c'était une Europe libérale, et aujourd'hui…

PATRICK COHEN
Yves, ça fait beaucoup de sujets, là…

YVES
Oui, mais aujourd'hui, on pratique pareil, c'est-à-dire que, en fin de compte, dans les médias, on n'arrête pas de dégueuler et de vomir sur la CGT, et que de fait, vous allez le payer un jour, et je souhaite bon courage aux responsables du PS quand ils iront tenir des réunions publiques à l'approche des élections.

PATRICK COHEN
Merci Yves. Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Moi, c'est ça que je veux éviter à mon pays, c'est ce discours, c'est ce langage, et c'est ces affrontements. La loi Travail – portée avec beaucoup d'engagement, beaucoup de courage par Myriam El KHOMRI, elle la défend, là, actuellement, au Sénat, notamment face aux propositions de la droite, et chacun peut ainsi comparer les projets des uns et des autres à l'approche de la grande échéance de 2017 – vise au contraire à approfondir le dialogue social dans l'entreprise, donne des moyens supplémentaires aux syndicats, permet la représentation dans les petites et les moyennes entreprises, est là pour protéger les salariés, qui auront des droits supplémentaires avec le compte personnel d'activité. C'est ce discours, c'est ces actes que je dénonçais tout à l'heure, qui mettent en cause le syndicalisme ; et vous le savez, une partie de la droite, sinon, la droite tout entière, veut remettre en cause les corps intermédiaires et le rôle des syndicats, or, moi, je crois que dans une démocratie, il y a la place pour les syndicats, pour les corps intermédiaires, pour le dialogue, pour le compromis, c'est difficile à entendre aujourd'hui comme discours. Moi, je suis convaincu que, aujourd'hui, notre pays fait face à des choix évidemment particulièrement lourds, particulièrement importants. D'un côté, il y a les projets autoritaires, les projets de l'extrême droite et d'une partie de la droite, qui veut mettre en cause ce qui est parfois l'essence même de la démocratie, c'est-à-dire la démocratie sociale, et il y a une partie de la gauche, de l'ultragauche, qui, dans son discours, comme dans ses actes, pratique une forme de violence tout à fait inacceptable. Et donc il faut que les Français puissent se rassembler autour d'un projet, qui porte à la fois le progrès social, économique, éducatif, le compromis dans la société, et notamment dans l'entreprise, et les valeurs de la République, qui sont plus que jamais nécessaires, et la mise en cause, comme nous venons de l'entendre, d'un syndicat comme la CFDT, syndicat indépendant, je crois que quand on entend Laurent BERGER, y compris dans ses critiques à l'égard du gouvernement, et plus particulièrement sur la première mouture du texte de loi, chacun peut comprendre totalement son indépendance. Mais la CFDT, l'UNSA et la CFTC ont accepté, ont bâti un compris, ils sont tout aussi représentatifs des salariés, des travailleurs, des ouvriers de ce pays que les autres syndicats, et ils ont une conception qui est celle du compromis…

PATRICK COHEN
Convenez que le climat n'est pas au rassemblement en ce moment, Manuel VALLS…

MANUEL VALLS
Je le sais, c'est bien la difficulté…

PATRICK COHEN
Comment on peut sortir…

MANUEL VALLS
Et pourtant, il n'y a pas d'autre choix…

PATRICK COHEN
Comment on peut sortir d'un tel conflit sans que personne ne soit humilié, sans que personne ne soit humilié ?

MANUEL VALLS
Mais en acceptant le fait qu'il y a eu un compromis entre le gouvernement et les syndicats. Certes, des syndicats n'ont pas voulu de ce compromis, c'est leur droit. Mais le texte a été adopté…

PATRICK COHEN
Donc ils n'auront rien…

MANUEL VALLS
Et j'ai engagé la responsabilité du gouvernement, et c'est un article de la Constitution, et maintenant, il faut que le texte soit discuté au Sénat et adopté définitivement au mois de juillet.

PATRICK COHEN
Denis nous appelle de l'Oise également. Bonjour Denis.

DENIS, AUDITEUR DE L'OISE
Oui. Bonjour Patrick COHEN, bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour Monsieur.

DENIS
Ma question sera simple et aucunement polémique, mais je m'interroge quand même sur le meurtre affreux des deux policiers. Lors de la COP21, vous avez su assigner à résidence des militants écologistes qui ne représentaient somme toute aucun danger. Par contre, vous avez un individu qui aurait pu être assigné à résidence au vu de ses antécédents : deux ans de prison, mise sur écoute certes, mais sachant qu'il avait plusieurs portables, il était facile de dérouter justement la police ; il serait peut-être quand même possible de se poser la question de mettre vraiment en oeuvre des moyens auprès des terroristes fichés afin qu'ils ne passent pas à l'acte. Parce que dans cette affaire, il y a quand même – je ne suis pas du tout polémique – il y a deux policiers dont vous vantez effectivement les mérites à juste raison, mais vous ne mettez pas un arsenal réel afin justement que les terroristes ne passent pas à l'acte. Je ne dis pas tous les terroristes mais en l'occurrence, il était fiché donc contrôlable.

PATRICK COHEN
Merci Denis. Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Denis, il y a quinze projets d'attentat qui ont été déjoués dans notre pays depuis août 2013 mais il n'y a pas de risque zéro en effet. Il y a 1 216 individus qui font l'objet d'enquêtes judiciaires de la direction général de la sécurité intérieure pour leur implication dans les filières syro-irakiennes. Il y a 133 personnes qui ont été interpellées depuis le début de l'année par la DGSI mais aussi par les services de la Police judiciaire dans le cadre du terrorisme islamiste, et 223 interpellations avaient déjà eu lieu en 2015. Il y a 352 interdictions de sortie de territoire. Il y a 123 interdictions administratives du territoire délivrées. Il y a 18 expulsions d'individus.

PATRICK COHEN
Des assignations à résidence.

MANUEL VALLS
Il y a eu des assignations à résidence. Nous agissons dans un Etat de doit et il y a des individus, nous l'avons malheureusement constaté, qui agissent de manière dissimulée. Il faut poursuivre ce travail, il faut resserrer les mailles du filet, il faut continuer à donner tous les moyens à la police, à la gendarmerie et à nos services de renseignement. Mais nous connaîtrons de nouveau des attaques parce que nous faisons face à une organisation terroriste qui recule en Syrie et en Irak, qui se projette dans nos pays sous des formes différentes, qui veut frapper, qui veut créer les conditions de la terreur, qui veut créer la peur, qui veut diviser. Et nous, nous sommes toujours aussi déterminés à agir mais, encore une fois, c'est très difficile mais il faut continuer au nom même de la mémoire que nous devons, de la solidarité que nous devons à ceux qui sont victimes de ces attentats atroces. C'est vrai en France, c'est vrai en Belgique, c'est vrai aux Etats-Unis et je ne veux pas oublier bien sûr, au moment où nous l'évoquons, cette tuerie terrible, cet acte terroriste et homophobe à Orlando.

PATRICK COHEN
On marque une petite pause avant d'accueillir Augustin TRAPENARD et de retrouver Nicole FERRONI. […] Bonjour Augustin TRAPENARD, vous avez une question pour notre invité.

AUGUSTIN TRAPENARD
Oui, bonjour Manuel VALLS. Comme vous le savez, ce matin c'est un jour important pour des centaines de milliers de lycéens : c'est le bac de philo. Les sujets, on les saura très bientôt mais il y a quelques élèves à l'étranger qui ont déjà passé cette épreuve il y a trois semaines. Vous me voyez venir, en vous écoutant ce matin, j'y ai pensé tout de suite, je vous donne le sujet de bac Terminale L à Washington. Vous avez moins d'une minute, monsieur le Premier ministre : peut-on être soi-même devant les autres ?

MANUEL VALLS
Belle question. Il faut toujours être soi-même devant les autres. Il faut garder sa personnalité, être fier de ses origines, de ce qu'on pense. Mais en même temps devant les autres, il faut toujours aller vers eux. Il faut toujours essayer de partager des valeurs, des idées, un projet, une conception de la société. C'est ça au fond ce qu'est la France. On pourrait terminer d'ailleurs ce devoir de philosophie en disant : « C'est ça la France. Etre soi-même et aller vers les autres ». C'est, je crois, plus que jamais indispensable dans le moment que nous vivons.

PATRICK COHEN
« Boomerang » dans dix minutes. Augustin ?

AUGUSTIN TRAPENARD
Je reçois, Patrick, Manuel VALLS, celle qui reste zen en toute circonstance. C'est Zazie, l'une des chanteuses et musiciennes préférées des Français, qui est en tournée pour le retour, parce que son disque s'appelle « Encore heureux ». Vous allez nous écouter dans le taxi sans doute, monsieur le Premier ministre. Zazie est dans « Boomerang » évidemment.

PATRICK COHEN
Très bien, à tout à l'heure. Et avant Zazie, FERRONI ! Nicole, c'est à vous. On me dit que vous êtes enthousiaste.

- Chronique de Nicole FERRONI

PATRICK COHEN
Une bonne injection de globules, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Oui, mais elle a raison parce qu'il y a des ressources dans notre pays qui sont extraordinaires et les principales ressources, ce sont les citoyens engagés, actifs, bénévoles, tous ces services publics, ces associations qui oeuvrent tous les jours. Mais je ne vais pas vous parler de la politique du gouvernement, sinon je risque de me reprendre une réplique.

PATRICK COHEN
Oui, oui, mais prenez quand même ; emportez les notes de Nicole FERRONI sur les points qu'elle a soulevés. Ça peut toujours servir.

NICOLE FERRONI
Je l'ai en double ma chronique, je vous l'offre.

MANUEL VALLS
Merci beaucoup.

PATRICK COHEN
Merci, Manuel VALLS, d'être venu ce matin au micro de France Inter.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 juin 2016

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