Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, avec Europe 1 le 16 juin 2016, sur la ratification par la France de l'Accord de Paris sur le climat, les tarifs d'EDF, la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim et sur les insecticides. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, avec Europe 1 le 16 juin 2016, sur la ratification par la France de l'Accord de Paris sur le climat, les tarifs d'EDF, la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim et sur les insecticides.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat;

ti :
THOMAS SOTTO
Elle est ministre de l'Ecologie, du développement durable et de l'énergie, Jean-Pierre ELKABBACH, vous recevez ce matin Ségolène ROYAL. Madame, Monsieur, c'est à vous !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord, une bonne nouvelle et d'autres moins bonnes, tout est une question d'énergie, mais vous en avez beaucoup. Bienvenue Ségolène ROYAL.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour. D'abord, la bonne, le Journal officiel publie ce matin la loi qui découle du sommet COP21. Le président de la République a donc signé et ratifié hier l'accord de Paris sur le climat, c'est-à-dire que promesse tenue !

SEGOLENE ROYAL
Promesse tenue, et en plus, la France montre l'exemple, peut être fière de montrer cet exemple. Parce qu'il y a des enjeux très importants, vous savez à un moment où le monde souffre de fanatisme, de violences, de terrorisme, de guerres, le climat, le combat pour le climat et pour la justice climatique est un sujet d'apaisement, de réconciliation, et en plus, c'est aussi un élément clef de sécurité à l'échelle planétaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et maintenant, il faut que 55 Etats en fassent autant et qu'ils imitent la France…

SEGOLENE ROYAL
Pour qu'il soit applicable, c'est aussi une chance à saisir parce que c'est grâce à ça aussi qu'on va créer des emplois dans le domaine des énergies renouvelables, en particulier de l'efficacité énergétique. Donc c'est à la fois une occasion d'abord de lutter contre la pauvreté dans les pays les plus pauvres, en leur permettant d'accéder à l'électricité, je pense en particulier à l'Afrique, et c'est pour les pays industrialisés, une occasion de changer de modèle de développement pour être plus respectueux de la nature.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, les nouvelles qui sont peut-être moins bonnes, ça dépend pour qui d'ailleurs, en novembre 2014, vous aviez augmenté de 2,5 les tarifs d'EDF, qui en réclamait 5. Le Conseil d'Etat trouve cette augmentation insuffisante. C'est-à-dire que 28 millions de ménages abonnés devront payer une facture de rattrapage ; combien ?

SEGOLENE ROYAL
D'abord, j'ai réformé ce système, qui était scandaleux, d'augmentation systématique et généralisée deux fois par an, et effectivement, quand je suis arrivée à la tête de ce ministère…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et c'était l'entreprise qui fixait les prix.

SEGOLENE ROYAL
Et c'était l'entreprise qui fixait les prix. Ce système a été réformé parce que je veux protéger le pouvoir d'achat des consommateurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De combien il faut ajuster ?

SEGOLENE ROYAL
Donc de combien il faudra ajuster, ce qui était d'ailleurs une décision à laquelle on s'attendait, mais ce que j'ai voulu, c'est marquer le coup, c'est-à-dire arrêter ce système, le réformer, faire en sorte que le consommateur d'électricité paie le juste prix, et non pas un certain nombre d'autres considérations.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, le juste prix est de… ?

SEGOLENE ROYAL
Donc le rattrapage sera, je pense, de moins de 1,5 euro par mois pendant 18 mois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça fait au total, Thomas SOTTO va faire les calculs et nous dira combien ça fait…

SEGOLENE ROYAL
Ça fait une trentaine d'euros à répartir sur 18 mois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
30 euros.

SEGOLENE ROYAL
Grâce au nouveau système, aujourd'hui, il n'y aura plus d'augmentation au 1er janvier, c'est-à-dire, il n'y a plus qu'une seule augmentation par an, décidée par la Commission de Régulation de l'Energie, qui n'intègre que les prix réels de production de l'électricité, et le financement des énergies renouvelables, qui était avant payé uniquement sur l'électricité, est désormais payé par toutes les énergies, y compris les énergies fossiles, c'est-à-dire celles qui provoquent le réchauffement planétaire. Donc on est maintenant dans un s-système cohérent, maîtrisé…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on ne peut pas échapper aux augmentations de tarifs, puisque jusqu'à présent, les tarifs sont bas…

SEGOLENE ROYAL
Si, il peut y avoir des baisses de tarifs également, puisque c'est en fonction, non seulement du coût de production de l'électricité, mais aussi des cours mondiaux de l'énergie qui parfois ont tendance à baisser, le gaz, par exemple, souvent, a un prix qui baisse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça a été le cas. Et pour les tarifs 2016-2017, de combien sera l'augmentation ?

SEGOLENE ROYAL
Alors, c'est la Commission de Régulation de l'Energie maintenant qui fixe l'augmentation…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais votre avis, que vous connaissez…

SEGOLENE ROYAL
Je pense que ça sera moins de 1 %, peut-être aux alentours de 0,5…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça sera décidé…

SEGOLENE ROYAL
Donc voyez, par rapport aux 5 % qui existaient systématiquement en 2014, donc c'est une réforme considérable…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais EDF va vous dire qu'ils ont besoin d'argent pour les investissements. Et justement, à plusieurs reprises, vous avez demandé à EDF d'engager la fermeture de la centrale de Fessenheim, son PDG, Jean-Bernard LEVY fait, avec plus ou moins d'élégance ou de mesure, il fait de la résistance. Est-ce que vous lui accordez un nouveau délai pour Fessenheim ?

SEGOLENE ROYAL
Non, les échéances doivent être tenues, c'est-à-dire que le décret d'arrêt de fonctionnement de Fessenheim doit être pris avant la fin de cette année, je n'ai aucune raison de mettre en doute la parole du président d'EDF, qui, lorsqu'il a été nommé, a eu ce mandat, et l'a accepté, il me l'a même écrit, donc le processus…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il a peut-être oublié…

SEGOLENE ROYAL
Donc le processus…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut qu'il relise sa note ou la feuille de route qu'il a acceptée…

SEGOLENE ROYAL
Non, parce que… donc le processus doit être tenu, et il n'y a aucune raison qu'il ne le soit pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais de sa part, et on comprend bien, ce n'est pas un caprice, il veut obtenir une indemnisation adaptée à la fermeture de Fessenheim, car il a des actionnaires suisses et allemands. Il demande, il parlait de deux à trois milliards, et vous lui accorderiez ou vous lui avez proposé cent millions d'euros. Il dit que c'est une aumône. Alors ?

SEGOLENE ROYAL
Quand les Français qui nous écoutent entendent cent millions d'euros, c'est une aumône, je pense que certains n'ont pas le même sens de l'argent que d'autres…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est à la mesure de ce que représente EDF. Est-ce que l'Etat peut monter jusqu'à un milliard…

SEGOLENE ROYAL
Absolument pas, absolument pas, d'abord parce qu'il faut protéger non seulement les consommateurs, mais également les contribuables, EDF – vous le savez – c'est la propriété, à 85 %, des Français, puisque c'est une entreprise où l'Etat est actionnaire, et par conséquent, l'Etat…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'a pas le choix, c'est cent millions ou plus ?

SEGOLENE ROYAL
Non, ce n'est pas ça, c'est que les choses… de toute façon, ce n'est pas le point essentiel, il y a effectivement un certain nombre d'actionnaires allemands et suisses qui d'ailleurs ne demandent rien, puisque les Suisses et les Allemands veulent fermer Fessenheim. Et donc par conséquent, je crois que la proposition…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous augmenterez les cent millions ou c'est cent millions et puis pas autre chose ?

SEGOLENE ROYAL
Il n'y a aucune raison d'aller au-delà de ce que les règles précisent, prévoient…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors et si EDF n'accepte pas, maintient son refus, est-ce qu'il risque des sanctions et des représailles de la part de l'Etat ?

SEGOLENE ROYAL
Mais pas du tout, mais ça ne se pose pas du tout sur ce plan-là, il est raisonnable de fermer Fessenheim, qui est la plus ancienne centrale, elle aura…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la plus rénovée avec 500 millions de rénovation…

SEGOLENE ROYAL
Mais non, absolument pas, absolument pas…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle est rajeunie, elle est belle, et elle fonctionne…

SEGOLENE ROYAL
Attendez, elle a plus de 40 ans, elle aura 40 ans l'année prochaine, donc les autorisations de centrales, vous savez, ont été données pour 40 ans. Les consommateurs d'énergie ont payé pendant 40 ans parce que, est intégré dans le prix de l'électricité le coût de démantèlement d'une centrale, donc quand EDF demande que l'on paie le coût de démantèlement de la centrale, je protège le consommateur et le contribuable en rappelant la règle…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce que le démantèlement, c'est cher et durable…

SEGOLENE ROYAL
C'est que pendant 40 ans, sur les factures d'électricité, à chaque fois, il y a une part du coût du démantèlement de la centrale. Et par ailleurs, Fessenheim est sur une zone sismique, et enfin, Fessenheim aujourd'hui a une technologie de refroidissement qui n'est autorisée que jusqu'en 2022. Et enfin, le coût de fonctionnement de Fessenheim aujourd'hui de 300 millions d'euros équivaut exactement le chiffre d'affaires de vente de l'électricité. Donc c'est aussi l'intérêt de l'entreprise EDF, puisque, EDF, vous le savez… puisque le mix énergétique, voté dans la loi de Transition énergétique, doit baisser la part du nucléaire, de l'électricité d'origine nucléaire de 75 % à 50 %, pour permettre la montée en puissance des énergies renouvelables. Il va donc falloir fermer un certain nombre de réacteurs, et en prolonger d'autres, et sauver…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est grâce au nucléaire que les Français ont la chance de payer leur électricité moins chère que les voisins…

SEGOLENE ROYAL
Mais bien sûr, et sauver la filière nucléaire. Je ne suis pas du tout contre le nucléaire, je considère que les énergies ne doivent pas être opposées les unes aux autres…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, elles doivent être complémentaires…

SEGOLENE ROYAL
Mais qu'il faut prendre des décisions rationnelles, maîtrisées pour appliquer le nouveau modèle énergétique français…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Fermer Fessenheim, c'est quand même une décision politique, est-ce que, à dix mois de l'élection présidentielle, un gouvernement sortant peut prendre une telle décision ?

SEGOLENE ROYAL
Mais le processus est enclenché, et c'est l'intérêt même…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il n'y a pas le choix ?

SEGOLENE ROYAL
C'est l'intérêt même de l'entreprise de le faire, puisqu'il va falloir choisir des réacteurs à fermer, parce qu'ils arrivent en fin de vie, donc autant fermer ceux qui sont les plus anciens, et ceux qui ne correspondent plus aux nouvelles technologies, et ceux qui sont dans une zone sismique. Et donc mon souhait, c'est que l'entreprise considère aussi que ces choix font partie de l'intérêt stratégique de l'entreprise…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien. Il y a tellement de sujets à opposer, AREVA, qui est en liquidation, qui va être découpée en trois…

SEGOLENE ROYAL
Non, non, non, ne dites pas des choses comme ça !

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En trois parties, oui, en trois parties, c'est comme ça, une partie à EDF…

SEGOLENE ROYAL
Non, mais on ne peut pas, on ne peut pas, avec des mots tels que ceux que vous venez d'utiliser…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Adieu à un groupe qui est né il y a quinze ans et qui ne tient pas debout…

SEGOLENE ROYAL
Non, non, mais ne parlez pas comme ça des dizaines de milliers de salariés qui travaillent dans des filières industrielles d'excellence, la France restructure sa filière nucléaire pour pouvoir sauvegarder sa filière nucléaire, je le rappelle, c'est quand même la base de notre système énergétique, c'est 50 % à l'horizon 2023 de la production…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je ne m'attarde pas parce que je voudrais vous dire…

SEGOLENE ROYAL
Non, oui, mais, d'accord, mais il ne faut pas parler avec légèreté de filières industrielles lourdes qui représentent beaucoup d'emplois…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, non, mais ce n'est pas légèreté, mais on ne va pas faire un débat tout de suite. Je voudrais vous demander de sauver les abeilles, Ségolène ROYAL, et le miel, aujourd'hui, on vous remet une pétition de 600.000 signatures pour interdire des insecticides qui tuent chaque année 300.000 colonies d'abeilles. Vous, vous êtes pour, Stéphane LE FOLL et quelques autres sont contre. Pouvez-vous gagner ?

SEGOLENE ROYAL
C'est indispensable de mettre fin à l'usage de ce type de produits chimiques, d'insecticides, qui, non seulement, tuent les abeilles, c'est-à-dire portent atteinte à la biodiversité, mais aussi finalement à l'agriculture, puisque les abeilles sont les pollinisateurs, donc j'ai lancé un Plan national « France, Terre de Pollinisateurs », c'est plusieurs milliards de services naturels que la nature rend à l'agriculture, d'une part, et d'autre part, ça porte atteinte à la santé humaine. Vous savez, les néonicotinoides fonctionnent…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Touchent le cerveau…

SEGOLENE ROYAL
Touchent le cerveau des abeilles, et donc elles ont aussi un impact sur la santé humaine. Il est temps de comprendre que c'est en fixant des règles fermes que les chercheurs et les industriels investiront dans d'autres produits de substitution, qui ne portent pas atteinte à la santé humaine.

THOMAS SOTTO
Merci.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
… Il faut finir, parce que vous n'avez dit si vous les sauverez, si vous aimez le miel et les abeilles, si le président de la République, il doit trancher. Et dans ce cas ?

SEGOLENE ROYAL
Eh bien, j'espère, et là, je vais prendre mes responsabilités de ministre chargée de l'Environnement, pour en effet faire en sorte que cette interdiction soit prononcée, soit votée, et je serai présente à l'Assemblée nationale pour mettre tout mon poids dans cette bataille, afin que la décision soit prise.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci.

THOMAS SOTTO
Eh bien, les choses sont claires. Merci beaucoup Ségolène ROYAL. Ségolène ROYAL qui nous dit que les échéances doivent être tenues sur la fermeture de Fessenheim, il n'y a aucune raison pour qu'elles ne le soient pas, et puis alors, j'ai fait une petite multiplication, donc 1,5 euro pendant 18 mois, ça fait 27 euros de surcoût, pour être précis. Merci Ségolène ROYAL.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juin 2016

Rechercher