Interview de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec France 2 le 30 juin 2016, sur l'attentat à Istanbul, la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne, la construction européenne et sur l'élection présidentielle en 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, avec France 2 le 30 juin 2016, sur l'attentat à Istanbul, la décision des Britanniques de quitter l'Union européenne, la construction européenne et sur l'élection présidentielle en 2017.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc, DARET Guillaume.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international;

ti :
GUILLAUME DARET
Bonjour à tous, bonjour Jean-Marc AYRAULT.

JEAN-MARC AYRAULT
Bonjour.

GUILLAUME DARET
Le dernier bilan de l'attentat qui a frappé Istanbul fait état de plus de 40 morts, 240 blessés. On a évoqué deux Français blessés légers. Est-ce que vous avez d'autres informations concernant d'éventuelles victimes françaises ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non, je crois que pour l'instant, nous avons à déplorer effectivement deux blessés légers mais il y a 41 morts. Une fois de plus, la Turquie est touchée, c'est une terrible épreuve. Le terrorisme frappe partout. La France le sait mieux que quiconque.

GUILLAUME DARET
Est-ce que vous déconseillez ce matin aux Français de se rendre en Turquie ? Le pays a été frappé à de nombreuses reprises depuis plus d'un an.

JEAN-MARC AYRAULT
La vie ne s'arrête pas. Il faut multiplier les précautions. C'est ce que nous recommandons sur le site informations voyageurs du ministère des Affaires étrangères comme pour tous les pays mais ce que nous devons nous dire encore plus, c'est que la lutte contre le terrorisme doit être davantage renforcée et coordonnée avec l'ensemble des pays qui sont frappés. Nul pays n'est épargné, j'étais hier avec mon homologue russe, nous avons bien sûr abordé cette question.

GUILLAUME DARET
Venons-en au Brexit. Les Européens avaient dit avant le sommet de Bruxelles aux Britanniques « c'est dehors tout de suite et maintenant. » Finalement, la procédure n'a pas encore été lancée, finalement c'est bien le Royaume-Uni qui impose son calendrier.

JEAN-MARC AYRAULT
C'est l'article 50 du traité européen qui dit qu'il faut qu'un pays qui veut sortir doit le notifier et les Britanniques, j'ai eu hier soir mon homologue ministre des Affaires étrangères, Philip Hammond qui m'a dit que évidemment, il considérait que le Premier ministre actuel n'avait pas de légitimité pour le faire et que le parti conservateur allait désigner son successeur, cette procédure est en cours. Ce que nous souhaitons, les Européens, c'est que ça dure le moins longtemps possible parce que cette phase d'incertitude est dangereuse pour tout le monde sur le plan financier, sur le plan des taux d'intérêt, sur le plan économique. Les risques pour la croissance et puis aussi sur le plan politique. Vous savez sur le plan politique, il peut y avoir des conséquences sur l'Europe, il peut y en avoir en Grande-Bretagne. Ce n'est pas l'intérêt de la Grande-Bretagne que ça dure. Vous avez vu les tensions avec les Ecossais, les Irlandais, donc le Royaume-Uni lui-même peut être fragilisé. Donc il faut aller vite et engager ensuite les relations entre la Grande-Bretagne et l'Union européenne parce que ça ne sera plus comme avant. Sortir de l'Union européenne, ce n'est pas une formalité, c'est-à-dire que la Grande-Bretagne est en train de se rendre compte que demain, elle ne sera plus membre et qu'elle sera un pays tiers.

GUILLAUME DARET
Comment on fait pour refonder l'Europe ? Il y a eu beaucoup de belles paroles dans ce sommet. On n'a rien vu de très concret. Ça passe par quoi ? Comment on fait pour lutter contre cet euroscepticisme ?

JEAN-MARC AYRAULT
D'abord, il faut assumer tout ce qu'on fait de bien qui est utile. Vous savez, la France et l'Europe de 2016 même si elle a beaucoup de problèmes encore, il y a beaucoup trop de gens au chômage, ce n'est pas l'Europe des années 50 et donc moi, j'ai appelé tous mes homologues des 27 pays, des 28 pays, je l'ai dit aux Britanniques aussi et ce qui m'a frappé …

GUILLAUME DARET
Et demain, on fait comment pour améliorer les choses ?

JEAN-MARC AYRAULT
…je vais vous dire, c'est que les 27, ceux qui savent qu'ils vont maintenant rester ensemble sans la Grande-Bretagne, c'est leur sang-froid et leur détermination à faire que l'Europe soit plus populaire, qu'elle soit plus efficace, qu'elle touche mieux les citoyens et j'ai vu cette détermination à faire reculer l'euroscepticisme.

GUILLAUME DARET
Vous dites « il faut plus d'intégration sur un petit nombre de sujets peut-être mais sur lesquels on peut partager des choses, c'est ça » ?

JEAN-MARC AYRAULT
J'ai beaucoup travaillé avec mon homologue allemand mais depuis que j'ai été nommé, depuis février parce qu'on sentait bien qu'il fallait faire quelque chose, d'abord rapprocher l'Allemagne et la France, comment on peut ensemble aller vers des propositions communes.

GUILLAUME DARET
La France et l'Allemagne sont exactement sur la même ligne ?

JEAN-MARC AYRAULT
Nous avons dans le papier que nous avons rendu public effectivement travaillé au rapprochement franco-allemand.

GUILLAUME DARET
Angela MERKEL partage cette ligne ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, j'ai écouté les déclarations de la chancelière comme celle du président de la République, que ça soit sur la croissance et l'emploi, la jeunesse, que ce soit sur la sécurité intérieure ou extérieure, que ce soit sur la question des migrations, il y a énormément de convergence. Donc maintenant, il faut rendre ça plus concret. C'est tout l'enjeu de ce sommet qui aura lieu à Bratislava, c'est-à-dire en Slovaquie qui va présider l'Union européenne en septembre et c'est à nous maintenant de le préparer. Donc je vais multiplier les contacts, je vais multiplier les déplacements. Je crois que c'est utile en effet que l'Europe redevienne plus populaire, plus attractive.

GUILLAUME DARET
Nicolas SARKOZY était à Londres, il propose une présidence stable de la zone euro qui serait assumée par l'Allemagne et la France. Est-ce que c'est une bonne idée ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, dans le papier que j'ai produit avec mon homologue allemand, nous proposons la même chose ; dans la zone euro, effectivement, il faut plus de coordination de la politique économique, plus d'efficacité. On est dans la même zone monétaire.

GUILLAUME DARET
Est-ce que ça nécessite un nouveau traité, Jean-Marc AYRAULT ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non pas du tout. Il y a énormément de choses qu'on peut faire sans traité. L'Europe …si je prends Schengen par exemple, la protection des frontières, il faut achever Schengen, on n'est pas allé jusqu'au bout. Alors, il ne suffit pas de parler de Schengen, il ne suffit pas de parler de Schengen, il ne suffit pas de parler de la protection des frontières. Il faut mettre des garde-frontières, donc faisons le !

GUILLAUME DARET
Donc pas de nouveau traité, on peut le faire en l'état actuel, c'est-à-dire pas besoin de référendum même si certains le demandent ?

JEAN-MARC AYRAULT
Ecoutez, si on ne change pas les traités, il n'y a de raison d'organiser un référendum. Ceux qui demandent un référendum aujourd'hui, c'est ceux qui veulent sortir de l'Europe et ceux qui ont demandé un référendum en Grande-Bretagne et qui ont gagné la sortie de l'Europe, ils n'avaient aucune autre proposition à faire et surtout, ils ont menti, tous ces populistes, ces partis populistes aujourd'hui, ils sont sans voix parce qu'ils ne savent plus quoi dire aux Britanniques qui sont en train de se rendre compte qu'ils vont perdre beaucoup.

GUILLAUME DARET
Quelques questions très courtes, très concrètes qui appellent des réponses courtes également. La France et le Royaume-Uni, nos deux pays, ont des accords notamment en matière de défense et de sécurité commune. Est-ce que le Brexit, ça remet en cause ces accords défense ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non parce que c'est un traité que nous avons aussi avec la Grande-Bretagne, donc nous avons des relations bilatérales que nous allons continuer.

GUILLAUME DARET
Le commissaire britannique a démissionné. Est-ce que vous estimez que les parlementaires britanniques européens peuvent continuer de siéger ?

JEAN-MARC AYRAULT
Pendant que la sortie n'est pas actée, les Britanniques restent membres de l'Union européenne avec les droits et les devoirs. Donc il n'y a pas de raison de stigmatiser les Britanniques qui siègent au Parlement européen.

GUILLAUME DARET
Est-ce que vous avez envie que l'Ecosse, que l'Union européenne, que la France, est-ce qu'elle est favorable à ce que l'Ecosse reste d'une façon ou d'une autre membre de l'Union européenne ?

JEAN-MARC AYRAULT
En aucun cas, l'Europe doit contribuer au démantèlement des Nations. Il faut respecter les Nations. C'est elles qui décident de leur avenir, de leur destin. Ca, c'est impératif. Sinon, il n'y a plus d'unité européenne.

GUILLAUME DARET
Donc pas de discussion en direct avec l'Ecosse ?

JEAN-MARC AYRAULT
Non. La Première ministre a été reçue par le président du Parlement européen, ce qui est le minimum mais pas au niveau de l'exécutif ni au niveau du président du conseil parce que je le répète. L'Europe, ce sont des Nations, 27 Nations désormais qui forment une unité ensemble mais il faut respecter l'histoire de chacune de nos Nations parce que je crois qu'à ce moment-là, on ne pourra pas faire avancer l'Europe dans l'intérêt des peuples, c'est, je crois, ça aussi qu'il faut retenir de ce référendum britannique.

GUILLAUME DARET
Pour terminer, un mot de politique française. Quand vous étiez Premier ministre, vous n'avez jamais utilisé, je crois, l'article 49-3. La loi Travail revient la semaine prochaine à l'Assemblée. Le 49-3 sera utilisé, est-ce que ça vous semble une bonne méthode ?

JEAN-MARC AYRAULT
Quand on peut l'éviter, c'est mieux ! Moi, je ne l'ai pas fait. Lionel JOSPIN quand il était Premier ministre ne l'a pas fait non plus pendant cinq ans, donc nous en sommes là. Je n'ai pas de jugement à porter. Moi, je suis pour le dialogue social et le dialogue social peut produire beaucoup de choses. On parle beaucoup de la pénibilité ce matin. Eh bien, c'est la loi sur les retraites qui a été votée en 2013 que j'ai eu l'honneur de défendre et qui a permis à la fois de gérer la question du financement de nos retraites mais qui aussi a apporté des droits nouveaux pour les travailleurs. Ça ne s'est pas fait sans dialogue et sans compromis social ; je crois que c'est une bonne référence.

GUILLAUME DARET
Un dernier mot, la cote de popularité de François HOLLANDE chute à 12% selon la SOFRES. C'est un niveau jamais atteint. Est-ce qu'il reste pour vous le meilleur candidat pour faire gagner la gauche en 2017 ?

JEAN-MARC AYRAULT
Je crois que dans les circonstances que nous connaissons, la crise européenne mais aussi, on a parlé tout à l'heure du terrorisme, le président de la République avec l'expérience qui est la sienne, sa capacité à faire face aux crises, on le voit encore en ce moment sur l'Europe, eh bien, je crois que le regard des Français va changer et que lorsque nous arriverons au début de la campagne des présidentielles, quand on remettra les compteurs à zéro, alors à la fois on jugera du bilan, on évaluera ce bilan, on verra que la France a finalement beaucoup changé et dans la bonne direction et puis en même temps, on verra qui peut faire face aux crises et qui peut conduire la France pour l'avenir.

GUILLAUME DARET
Donc j'en conclus que vous souhaitez qu'il soit candidat.

JEAN-MARC AYRAULT
Pour moi, c'est une évidence !

GUILLAUME DARET
Merci beaucoup Jean-Marc AYRAULT.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 1er juillet 2016

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