Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur l'enseignement français à l'étranger, à Paris le 29 juin 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur l'enseignement français à l'étranger, à Paris le 29 juin 2016.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Cérémonie en l'honneur des boursiers «Excellence-Major» de l'agence française de l'enseignement français à l'étranger et signature du contrat d'objectifs et de moyens de l'agence (2016-2018), à Paris le 29 juin 2016

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Merci Monsieur le Directeur de l'AEFE, Cher Christophe Bouchard,


Je suis heureux de vous saluer toutes et tous, Mesdames et Messieurs, d'abord les parlementaires représentant les Français de l'étranger, qui sont fidèles à tous ces rendez-vous et je les remercie tout particulièrement pour leur engagement. Je veux vous remercier tous, Mesdames et Messieurs les Directeurs, les Représentants des différents ministères et saluer tout particulièrement nos boursiers, chers boursiers Excellence-Major. Je vous dis bravo. Nous avons déjà eu une idée du talent qui est le vôtre, à travers le témoignage auquel nous avons assisté il y a quelques instants.

Ce soir, c'est une cérémonie un peu particulière. Nous allons également, dans le cadre de la cérémonie en l'honneur des boursiers Excellence-Major, signer le contrat d'objectifs et de moyens 2016/2018 de l'agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE).

Mais, avant de parler de vous, Mesdames et Messieurs, chers boursiers Excellence-Major, je voudrais rappeler ce que fait l'AEFE : c'est le plus ancien opérateur du ministère des affaires étrangères et du développement international - il pilote et coordonne aujourd'hui un réseau scolaire unique au monde de 494 établissements accueillant plus de 336.000 élèves, dont 120.000 Français, dans 136 pays. Ce réseau est un atout pour notre pays et nous en sommes fiers.

À l'occasion de chacun de mes déplacements, il est très rare que je ne visite pas un établissement scolaire, il m'arrive même d'en inaugurer. Le dernier, c'était à Pékin après une nuit de voyage. Nous commencions une nouvelle journée et à 9 heures du matin, j'ai inauguré le lycée Charles de Gaulle, un magnifique lycée avec de nombreux élèves et une ambiance formidable. 46 nationalités représentées. C'est donc à la fois un atout pour la France mais c'est aussi un atout pour le pays d'accueil, pour la Chine, pour Pékin, c'est clair, ce lycée est un plus.

C'est en premier lieu un atout pour accompagner la mobilité internationale de nos compatriotes, qui sont de plus en plus nombreux à faire le choix de l'expatriation : leur nombre a doublé en 20 ans pour atteindre aujourd'hui 2,5 millions de personnes. Je rappelle qu'ils sont 300.000 au Royaume-Uni, en grande majorité à Londres mais pas seulement.

Il est important d'avoir aussi des établissements scolaires pour tous ceux qui travaillent, qui investissent, qui ont ainsi des solutions pour leurs enfants. Nos entreprises y voient un plus et d'ailleurs ce soir, nombre d'entre elles sont présentes ou représentées. Je les remercie pour le soutien qu'elles apportent souvent à nos établissements scolaires.

La particularité de notre réseau scolaire à l'étranger tient également à son ouverture aux pays qui nous accueillent. Cette ouverture est très concrète et se matérialise par l'accueil de 210.000 élèves étrangers qui représentent plus de 60% des effectifs. Les lycées et les écoles françaises, par cette qualité d'accueil, donnent aussi une image d'ouverture de la France qui correspond à son génie et à son tempérament. C'est bon de le rappeler de temps en temps.

Les lycées français à l'étranger ont contribué à former des générations - vous l'avez rappelé, Monsieur le Directeur, certains de ces anciens élèves sont célèbres - des générations de femmes et d'hommes - artistes entrepreneurs, diplomates, chercheurs, citoyens - engagés dans la diversité de nos sociétés. Ils conservent quelque chose de particulier, un lien intime avec notre pays, notre langue, même s'ils ne la pratiquent pas forcément tous les jours, et ils conservent également un lien avec notre culture qu'ils partagent.

Un dernier aspect qui est fondamental : le renforcement de notre attractivité. La France doit être une terre d'accueil pour les jeunes en mobilité, et l'objectif, avec un autre opérateur du ministère des affaires étrangères, (Campus France), c'est de doubler d'ici 2020 le nombre de jeunes étudiants venant en France. J'y tiens beaucoup et cela aussi fait partie de l'ouverture. Nous ne devons pas être effrayés par l'accueil des jeunes étudiants étrangers, au contraire ils sont les bienvenus en France.

Le programme de bourses Excellence-Major - qui nous réunit ce soir et qui nous donne la possibilité de parler de vous, avec votre belle écharpe blanche - permet aux meilleurs bacheliers étrangers du réseau AEFE d'obtenir une bourse pendant 5 ans pour suivre des études supérieures en France. C'est un élément phare du dispositif de l'AEFE au service de l'attractivité de notre enseignement supérieur. Ce programme compte aujourd'hui 800 boursiers, provenant de 92 pays différents.

Chers boursiers, vous représentez quelque chose de formidable, je le dis franchement, à la fois l'excellence de notre réseau scolaire - on en a beaucoup parlé - et l'ouverture internationale de notre système d'enseignement supérieur. Les liens privilégiés que vous avez tissés avec la France durant ces années si importantes de formation doivent se prolonger alors que vous allez aborder - pour la majorité d'entre vous - votre entrée dans la vie professionnelle.

En tant qu'anciens élèves des lycées français de l'étranger et étudiants ayant poursuivi leurs études en France, vous appartenez à un grand réseau de compétences et de solidarité, avec toutes les valeurs que cela implique, dans tous les domaines de la société civile et de l'action publique. Ce réseau - ou plutôt ces réseaux - sont à la fois une formidable opportunité pour vous et un atout pour le rayonnement culturel, éducatif et économique de la France.


Mesdames et Messieurs,

J'ai également souhaité que cette réception soit l'occasion de signer officiellement le nouveau contrat d'objectifs et de moyens de l'AEFE. Bien sûr, il faut s'adapter en permanence et des défis sont à relever car nous sommes dans un monde ouvert où il y a d'autres offres. Le réseau français demeure le plus grand réseau d'enseignement à l'étranger. Mais il faut l'améliorer, proposer de nouvelles formations, des formations toujours plus performantes et de meilleures qualité encore, il faut s'adapter à l'environnement international, et innover.

Ce contrat est là pour cela. Il porte une ambition mais il n'est pas venu seul, il y a eu un très gros travail préparatoire. Il a été négocié. Ce n'était pas qu'une négociation financière, c'était la négociation d'une ambition car il va renforcer la collaboration avec d'autres ministères que le nôtre, l'éducation nationale, celui de l'enseignement supérieur et de la recherche. Ce même grand ministère a un rôle particulier puisque c'est lui qui accorde l'homologation à ces établissements, c'est lui qui garantit la qualité de l'offre pédagogique. D'ailleurs, il apporte une aide importante, concrètement et humainement, puisqu'il détache 6.500 personnels titulaires auprès de l'AEFE.

Ce contrat encourage également l'AEFE à travailler en partenariat avec les acteurs associatifs de l'enseignement français à l'étranger, au premier rang desquels - vous l'avez cité Monsieur le Directeur - la Mission laïque française que j'ai souvent l'occasion de rencontrer dans mes déplacements.

Enfin, il vise à renforcer les synergies avec tous les opérateurs éducatifs et culturels tels que Campus France, l'Institut français, le Centre national d'enseignement à distance (CNED) et le Centre international d'études pédagogiques (CIEP).

C'est dire l'importance de ces acteurs, leur professionnalisme et le rôle qu'ils vont jouer. Je pense notamment aux acteurs associatifs, sur le terrain aux associations de parents d'élèves qui jouent un rôle de soutien essentiel. Cette mobilisation de tous les acteurs publics et associatifs est  la hauteur des nombreux défis auxquels est confronté notre réseau scolaire à l'étranger.

Défi quantitatif en premier lieu, car la demande d'enseignement français n'a jamais été aussi forte. Mesdames et Messieurs les Parlementaires, vous le savez, vous êtes d'excellents porte-parole des demandes et vous avez raison. Cette demande n'a jamais été aussi forte et c'est bon signe. Elle est portée à la fois par la croissance de nos communautés expatriées et par les publics étrangers en recherche d'une éducation internationale et c'est très important. C'est ce qui explique d'ailleurs la part que j'ai cité tout à l'heure.

Nous avons un modèle éducatif qui lui aussi doit s'adapter, évoluer et se réformer. Ce n'est pas toujours facile, il faut parfois bousculer certaines habitudes. Il existe un socle dont il faut se féliciter. Tout n'est pas à changer, beaucoup de choses fonctionnent. Ce modèle français - cela a été rappelé à la table ronde tout à l'heure -joue un rôle dans le temps qui est essentiel ; il joue un rôle parce que des valeurs lui sont attachées. C'est notamment l'attrait de la langue française. La langue n'est pas seulement un moyen de communiquer, c'est un héritage, une culture et aujourd'hui, plus de 220 millions de locuteurs sur tous les continents parlent le français. C'est formidable. On ne le sait pas assez mais, n'ayons pas de complexe. Bien sûr l'anglais domine, mais le français progresse. Il progresse en Afrique mais aussi dans le reste du monde. Le nombre de demandes de cours de français -je pense notamment aux Alliances françaises et aux Instituts français - est considérable et nous devons y faire face. C'est un bon signe. Il faut donc répondre à toutes ces demandes.

Concernant l'enseignement, notre réseau d'établissements homologués va poursuivre son chemin avec le LabelFrancEducation - accordé aux établissements bilingues francophones d'excellence - et les associations Français langue maternelle. Vous voyez qu'il y a une diversité d'offres.

Défi qualitatif, ensuite et c'est l'un des objectifs de notre contrat. Notre réseau éducatif se développe dans un contexte marqué par une compétition accrue entre les différents systèmes scolaires. Les lycées français de l'étranger sont une vitrine pour notre modèle éducatif et pour notre savoir-faire pédagogique. Vous l'avez rappelé tout à l'heure, c'est vrai qu'il y a une spécificité. Vous avez parlé d'atouts et de faiblesses mais ce modèle éducatif et pédagogique existe. Il faut donc le défendre. C'est l'un des buts de ce contrat.

Défi en termes de moyens, enfin. Dans un cadre budgétaire contraint, l'AEFE participe, au même titre que tous les opérateurs, à l'effort national de maintien de la dépense publique. Le ministère des affaires étrangères et du développement international y prend aussi sa part, mais juste sa part. Et je suis là pour veiller à ce que l'essentiel soit préservé. Même si la négociation - Mesdames et Messieurs les Parlementaires - c'est vous qui votez le budget, la négociation n'est pas tout à fait terminée, mais je crois que pour l'essentiel, j'ai bien défendu nos intérêts communs, nos intérêts collectifs et s'agissant en particulier de l'enseignement français à l'étranger, ce sera le cas.

Cette exigence doit s'accompagner d'un pilotage stratégique encore plus fin de notre réseau scolaire afin de redéployer progressivement les moyens budgétaires et humains nécessaires vers les zones prioritaires, notamment les pays où nos communautés françaises se développent, les pôles de croissance économique et l'espace francophone auquel il faut être particulièrement attentif.


Mesdames et Messieurs,

J'en termine, j'ai déjà été très long mais je voulais vous faire passer quelques messages et surtout, adresser à nos amis boursiers mes félicitations et leur souhaiter bonne chance. Bonne réussite à chacune et à chacun d'entre eux. Nous sommes fiers de vous et je sais que vous aurez aussi à coeur de ne pas oublier ce que vous aurez appris en France, et nous aurons aussi appris de vous. Vous nous avez apporté quelque chose, vous nous apportez toujours quelque chose et au fond, c'est donc un enrichissement mutuel. C'est - je crois - le sens de ce choix qu'a fait la France de conserver et de développer un grand réseau, un réseau ambitieux et de qualité de l'enseignement du Français à l'étranger.


Merci à tous ceux qui y contribuent.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 1er juillet 2016

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