Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité, sur les grandes lignes du plan pour limiter le développement de plantes invasives, à Sené le 8 juin 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité, sur les grandes lignes du plan pour limiter le développement de plantes invasives, à Sené le 8 juin 2016.

Personnalité, fonction : POMPILI Barbara.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité

Circonstances : Déplacement sur le marais de Morboul(Morbihan) où se concentre la lutte contre le baccharis, une espèce de plante envahissante, à Séné le 8 juin 2016

ti : Monsieur le préfet,
Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs,


Je sais que mon propos est aujourd'hui attendu, pas seulement par vous qui êtes ici réunis, mais aussi par un grand nombre de personnes, d'associations, de scientifiques aussi, qui savent les dégâts à notre environnement que peuvent provoquer les espèces exotiques invasives.

Celles-ci représentent, il ne faut jamais l'oublier, le quatrième facteur de perte de biodiversité dans le monde après la disparition des milieux et des habitats, la surconsommation des ressources et les pollutions, mais devant le réchauffement climatique c'est dire que le problème est essentiel.

Je limiterai aujourd'hui mon propos aux espèces exotiques envahissantes, tout en étant consciente qu'il existe des problèmes pour l'introduction d'espèces exotiques, notamment d'ordre sanitaire, ou de surpopulation d'espèces locales : mais ces deux phénomènes appellent des réponses différentes, et ce qui nous réunit ici, c'est la question de la lutte anti-Baccharis, qui constitue pleinement une espèce exotique envahissante.

Je rappelle que, pour être qualifiée d'espèce exotique envahissante, une espèce doit répondre à trois conditions :

Elle doit avoir été introduite, volontairement ou non dans un territoire qui n'est pas son aire naturelle de répartition, elle doit se multiplier, sans intervention humaine et y former une population pérenne, enfin, elle doit porter atteinte à la diversité biologique naturelle ou perturber gravement les activités humaines.

C'est une question ancienne, mais dont l'acuité grandit au fur et à mesure que la mondialisation devient la règle.

Car les espèces exotiques envahissantes ne sont pas à proprement parler un phénomène nouveau.

Déjà, au XVIIème siècle les lâchers de porcs, de chiens, ou l'introduction de rats vont entrainer la disparition de nombreuses espèces sur les îles lointaines qui font l'objet de découvertes.

Ajouté à la chasse intensive, ce sera la cause de disparition du fameux dodo de l'Ile Maurice.

Au XIXème siècle, la fourmi de feu envahit l'Afrique centrale, suite au commerce triangulaire.

Les cas demeurent cependant limités, notamment du fait de la durée des voyages intercontinentaux.

Au début du XXème siècle, on va connaitre les lâchers de ragondin ou de rat musqué suite à l'abandon des élevages de ces animaux à fourrure.

Vers 1922, l'arrivée de doryphores en provenance des Etats-Unis sera une catastrophe pour la pomme de terre européenne.

Cet insecte sera même utilisé comme arme biologique avec le dessein d'affamer des populations.

Mais c'est après la seconde guerre mondiale et le développement du commerce international que nombres d'espèces, plantes et animaux, vont être transportées d'un bout à l'autre de la planète et rapidement. Dans certains cas elles s'adaptent et se multiplient sans réels freins et deviennent donc envahissantes.

Aujourd'hui, les espèces exotiques envahissantes sont donc devenues la 4ème cause de disparition des espèces. Dans certaines îles, c'est même la deuxième cause.

La situation est devenue vraiment préoccupante et nécessite une action ferme et résolue.

Comme souvent, la prise de mesures adéquates est longue, notamment parce qu'elle demande des efforts intensifs de recherche et des financements spécifiques.

Les dégâts sont pourtant plus que significatifs.

Souvent ces espèces sont introduites non intentionnellement dans les emballages de produits, l'eau de ballast des navires, les échappés de parcs zoologiques ou de particuliers : les ibis en Bretagne, l'érismature, les castors canadiens dans le centre, les wallabies en forêt de Rambouillet ou même, ici, dans le golfe du Morbihan, tout récemment, les pélicans, pas encore envahissants.

Quelquefois, c'est cependant intentionnel.

Je pense :

à ce conseiller général du Sud-Ouest qui a ramené des grenouilles taureaux parce qu'elles avaient de grosses cuisses.

Le commerce des espèces exotiques pour les jardins (vous êtes au coeur du problème ici avec le Baccharis)

ou les aquariums : la tortue de Floride qui aujourd'hui menace la seule espèce de tortue aquatique française la cistude.

Nous avons donc en France une situation préoccupante :

- La Jussie
- le Baccharis pour les plantes
- l'écureuil gris (qui élimine notre écureuil roux)
- la grenouille taureau (qui élimine les espèces indigènes de grenouille)
- l'écrevisse américaine (dont les terriers mettent en péril les étangs)
- la bernache du Canada
- la perruche à collier

Autant d'espèces qui bouleversent les écosystèmes, qui posent des problèmes croissants de gestion et d'entretien des espaces, mais qui viennent également rendre plus compliquée, pour ne pas dire parfois tout simplement empêcher, la permanence d'activités humaines séculaires.

Le problème s'est complexifié.

Outre que la politique du libre commerce diminue fortement les contrôles aux frontières, on a constaté qu'une espèce qui s'installe reste souvent discrète pendant plusieurs années avant de produire ses effets envahissants.

Il est alors trop tard pour l'anéantir.

Il est urgent d'agir disais-je il y a quelque minutes. Mais que faire ?

La base fondamentale est évidemment la prévention en mettant en place des contrôles qui permettent d'éviter l'introduction de ces espèces mais c'est très difficile à réaliser, lorsque l'espèce s'est installée.

Il est rare de pouvoir l'éradiquer et il faut la contrôler pour limiter ses impacts négatifs.

Quelques réglementations existent par exemple :

- le classement nuisible des rats musqués, des ragondins ou du vison d'Amérique
- le contrôle à l'importation de cargaisons susceptibles de transporter des doryphores
- l'interdiction du commerce et d'introduction dans le milieu naturel, de certaines espèces comme les Jussies, l'interdiction de l'introduction dans le milieu naturel. C'est le cas des tortues de Floride, bernaches du Canada, grenouilles taureau
- Parfois, c'est l'autorisation de destruction, comme avec les Erismatures ou les ibis

Les espèces de poissons, de grenouilles et de crustacés ont d'autre part fait l'objet de mesures dans la loi du 29 juin 1984 sur la pêche.

Des campagnes d'information du public sont menées, notamment les acheteurs en jardineries ou dans les magasins d'animaux de compagnies.

Enfin un arrêté de janvier 2013 a interdit l'introduction du frelon asiatique.

Un des principes qu'il nous faut également promouvoir, c'est celui de la prudence.

Ainsi, la récente introduction de coccinelles dans le cadre de programmes de lutte biologique s'avère une catastrophe car le développement de cette espèce, introduite sur le conseil d'un institut agronomique pour lutter contre les pucerons est devenue incontrôlable.

La France est d'ailleurs à l'origine d'une proposition visant à inscrire les cas d'introduction pour la lutte biologique dans la décision de la COP 13 de la biodiversité à Cancun en décembre prochain : il s'agit d'éviter de jouer les apprentis sorciers, même animés des meilleures intentions du monde pour sortir d'un autre fléau, qui est celui des produits chimiques.

Car l'histoire de notre coccinelle n'est pas la première, comme par exemple l'introduction de l'escargot carnivore comme prédateur de l'Achatine ou encore l'escargot géant africain introduit antérieurement, ayant conduit à la disparition d'espèces de mollusques endémiques dans des îles de Polynésie française. On pourrait également citer l'impact de la tenthrède introduite à l'île de La Réunion pour lutter contre la vigne maronne.

Agir, c'est aussi favoriser la diffusion de l'information, mieux quantifier, mieux observer.

De ce point de vue, dans le cadre de l'opération GreenTech Vertes j'ai, dimanche dernier, c'est très récent, décerné un prix du ministère de l'environnement à des développeurs de solutions numériques visant à permettre aux usagers de la nature d'identifier et de partager l'information sur la présence d'espèces exotiques envahissantes :

c'est là un exemple de ce que les nouvelles technologies peuvent apporter de concret et d'efficace à la lutte contre ce fléau.

Donc réglementer, donc faire preuve de prudence, donc observer et quantifier.

Tout cela est bien mais cela reste insuffisant.

Insuffisant en premier lieu parce que l'information et la pédagogie autour de ces espèces invasives envahissantes doit progresser :

On voit ainsi des mouvements de citoyens, animés des meilleures intentions du monde, s'opposer à des destructions pourtant indispensables si nous voulons protéger la biodiversité et conserver l'équilibre des écosystèmes – ces mobilisations concernent tout aussi bien les ibis, que le castor américain.

L'union européenne a donc adopté, en octobre dernier, un règlement sur les espèces exotiques envahissantes.

Il devrait produire ses effets en novembre prochain si le calendrier est respecté.

La Loi sur la protection et la reconquête de la biodiversité, en discussion au parlement, comporte des dispositions pour l'appliquer sur notre territoire.

Je sais que certains scientifiques et certaines associations se sont inquiétés de ce qu'ils ressentent être un défaut d'empressement de l'Etat à prendre les mesures.

Je voudrais, ici, les rassurer.

J'ai inscrit dans les priorités de mon action la question des espèces exotiques envahissantes.

Tout d'abord, nous allons adopter rapidement, d'ici l'automne, une stratégie nationale de lutte contre les espèces exotiques envahissantes.

Cela nécessitera de réunir tous les acteurs concernés, au premier rang desquels les services de l'Etat et les opérateurs de la politique de biodiversité, qui devront se voir confier, chacun, un rôle précis et clair dans l'élaboration et le suivi de notre stratégie.

Celle-ci sera fondée : sur la prévention, sur une analyse des voies d'introduction et de propagation non intentionnelle des espèces exotiques envahissantes, sur la mise en place de systèmes de surveillance et d'alerte et sur l'adoption et la mise en oeuvre de plans de lutte spécifique (en complément des quatre qui existent déjà).

Elle devra permettre d'appliquer pleinement la décision de la Convention des Nations unies sur la biodiversité relative aux je cite - « Espèces exotiques envahissantes: gestion des risques associés à l'introduction d'espèces exotiques comme animaux de compagnie, espèces d'aquarium ou de terrarium, ou comme appâts ou aliments vivants, et questions connexes »

Parallèlement, nous allons publier 3 types de listes :

Une première, qui devrait comprendre 37 espèces et qui reprendra la liste adoptée par l'Union européenne ; d'autres listes spécifiques aux Outre - mers, et enfin des listes complémentaires pour la métropole et qui viendront s'ajouter à la liste européenne.

Si j'ai choisi d'annoncer ce programme et cette ambition ici, c'est parce que je souhaitais saluer chaudement les associations de citoyens souvent soutenues par les collectivités locales pour agir concrètement.

Je dois vous exprimer, Monsieur le maire, monsieur le président du collectif anti-Baccharis, monsieur le président de Bretagne vivante, mon admiration pour ce que vous faites ici. Bénévolement, vous vous dévouez pour l'intérêt général.

Je veux au passage saluer l'initiative du député Hervé Pellois, qui a consacré une partie de sa réserve parlementaire au soutien d'un projet de pâturage des renouées du Japon par des chèvres.

Vous représentez une France qui se bouge, qui agit en collectif, qui invente des solutions.

Une France trop peu représentée dans les discours médiatiques et politiques, une France qui ose et qui avance.

Vous avez compris l'urgence et vous relevez vos manches, chaussez vos bottes, créez des outils adéquates (je ne pourrais jamais oublier le baccharache), et même, si j'ai bien compris, avez remis en service des chevaux.

J'ai bien noté vos problèmes avec l'utilisation du sel. Croyez que je vais tout faire pour vous aider à trouver une solution à cette question.

Ces centaines d'heures de bénévoles commencent à montrer leurs effets.

Monsieur le Maire, vous les avez aidés, vous les avez soutenus, bravo.

Le parc naturel régional du Golfe du Morbihan et l'ONCFS ont mis en place un groupe de travail sur la lutte contre le baccharis qui permet des échanges fructueux sur l'efficacité des pratiques et les stratégies d'intervention, ils jouent pleinement leur rôle.

Communes, associations, établissements publics, Parc régional, tous se mobilisent et je tiens encore une fois à saluer cette unité dans l'action.

Le Morbihan est vraiment à la pointe du sujet, car c'est aussi dans ce département que des apiculteurs mènent, avec l'aide des mairies et du Conseil général, un vaste plan de lutte contre le frelon asiatique en s'appuyant sur les citoyens et les citoyennes.

Ceci est d'autant plus important que le CRSPN de Bretagne a identifié comme espèce exotique envahissante pour le golfe du Morbihan sept espèces de plantes :

- Le Baccharis
- la Renouée du Japon et la Renouée de Sakhaline
- la Spartine anglaise
- l'Herbe de la pampa
- la Griffe de sorcière
- la Jussie
- le Myriophylle du brésil

Il y a les plantes, mais également la faute :

12 espèces de faune terrestre ont été identifiées ici dont 4 mammifères :

- le Ragondin,
- le Vison d'Amérique,
- le Rat musqué,
- le Rat surmulot;

5 oiseaux :

- l'Ibis sacrée
- l'Erismature rousse
- le Cygne tuberculé
- le Cygne noir
- la Bernache du Canada

1 poisson: la Gambusie

1 reptile: la Tortue de Floride

1 crustacé : l'Écrevisse américaine.

26 à 30 espèces sont concernées dans le milieu marin (dont une éponge, la crépidule et 2 espèces d'algues).

Parce que vous êtes en première ligne, je vous dois un engagement.

Je m'engage donc ici devant vous à ce que d'ici novembre, la France dispose d'une législation en conformité avec la législation européenne et d'une stratégie efficace pour lutter contre les espèces exotiques envahissantes.

Nous apporterons ainsi notre contribution à atteindre le 9ème « objectif d'Aichi pour la biodiversité » adopté par les Parties à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique , qui dispose que « D'ici à 2020, les espèces exotiques envahissantes et les voies d'introduction sont identifiées et classées en ordre de priorité, les espèces prioritaires sont contrôlées ou éradiquées et des mesures sont en place pour gérer les voies de pénétration, afin d'empêcher l'introduction et l'établissement de ces espèces.»

Mais nous nous serons dotés également, et surtout, des outils législatifs et réglementaires sur lesquels les acteurs de terrain pourront s'appuyer pour lutter contre les espèces exotiques envahissantes.


Http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 14 juin 2016

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