Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur la situation migratoire à Calais après le référendum britannique en faveur de la sortie de l'Union européenne, à Paris le 29 juin 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur la situation migratoire à Calais après le référendum britannique en faveur de la sortie de l'Union européenne, à Paris le 29 juin 2016.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Rencontre avec les élus du Calaisis sur la situation migratoire à Calais, à Paris le 29 juin 2016

ti : Je viens à l'instant de m'entretenir avec les élus du Calaisis sur la situation migratoire à Calais. Avec Natacha BOUCHART, Maire de Calais, Yann CAPET, député du Pas-de-Calais, Michel DAGBERT, Président du conseil départemental, et Xavier BERTRAND, Président de la région Hauts-de-France Nord-Pas-de-Calais Picardie, nous avons fait un tour d'horizon de la situation locale quelques jours après le référendum britannique.

J'ai écouté attentivement les élus, dans un esprit de dialogue républicain, car sur ces sujets ce n'est que l'intérêt général qui doit prévaloir, et en aucun cas des postures politiciennes dictées par les circonstances.

Ils auront naturellement, chacun, l'occasion de s'exprimer sur nos échanges.

De mon côté, je veux simplement rappeler quelques réalités.

Vous le savez, la crise migratoire à laquelle l'Europe est confrontée depuis maintenant deux ans a des répercussions localisées en certains points du territoire national, à Calais, à Dunkerque et à Grande-Synthe notamment.

Pour faire face à cette situation, le Gouvernement mène de manière constante, en lien permanent avec tous les élus républicains et avec l'ensemble des associations et acteurs locaux, une politique déterminée pour faire baisser la pression migratoire à Calais, soutenir les habitants, les commerçants et les élus impactés par cette situation, et accueillir sur notre territoire, hors de Calais et dans des conditions dignes, les personnes en besoin manifeste de protection qui fuient les guerres et les persécutions.

Nous menons dans le même temps une lutte résolue contre les réseaux criminels de passeurs : 21 réseaux ont déjà été démantelés par les forces de l'ordre autour de Calais depuis le début de l'année, soit le double du résultat de 2015 à la même période.

Cette politique, quels résultats donne-t-elle ? Alors qu'à la fin de l'année dernière 6000 migrants étaient présents sur la lande de Calais, ils sont aujourd'hui 4400, et dans des conditions qui n'ont cessées de s'améliorer. 4000 migrants ont déjà pu quitter Calais et Grande-Synthe et rejoindre l'un des 136 centres d'accueil et d'orientation provisoires que nous avons créés pour eux, afin de les accompagner dans leurs démarches d'asile. Ce travail de mise à l'abri des migrants par la politique d'asile et le démantèlement progressif du campement a vocation, je le redis, à se poursuivre.

Cette politique, nous la menons depuis deux ans. Et nous la menons avec un esprit de responsabilité partagé avec nos partenaires britanniques. Les traités de Canterbury et du Touquet sont ainsi pleinement appliqués, des deux côtés de la frontière. Depuis 2014, cette application a trouvé son équilibre grâce à l'engagement que ce Gouvernement a obtenu des autorités britanniques.

Je rappelle en effet que c'est à l'issue d'un déplacement à Londres le 29 août 2014, au cours d'une tournée européenne qui m'avait permis de présenter à nos voisins européens le plan français pour que l'Europe apporte une réponse à la hauteur du défi migratoire qui lui était lancé, que nous avons pu corriger le caractère très léonin des accords du Touquet.

Depuis cette date, non seulement le Gouvernement britannique a reconnu sa coresponsabilité dans la situation migratoire à Calais, et il en a tiré toutes les conséquences concrètes et a joint le geste à l'intention en apportant plus de 100 millions d'euros pour contribuer à la résolution des problèmes auxquels la France est confrontée.

Cette contribution britannique nous a beaucoup aidés. Elle a permis de rendre la frontière étanche à Calais, de sécuriser davantage le port et le tunnel, évitant ainsi la répétition des drames terribles qui avaient causé la mort de migrants à l'été 2015. Elle a également participé à l'aménagement humanitaire du campement de la Lande, notamment pour la mise à l'abri des personnes vulnérables. Et parce que le Royaume-Uni doit prendre sa part de l'accueil des réfugiés, la coopération entre nos deux pays a enfin permis l'accueil en Angleterre d'une quarantaine de mineurs isolés bloqués à Calais, et comptant des parents de l'autre côté de la Manche. Nous avons également considérablement renforcé notre coopération policière et judiciaire avec les Anglais, contre les réseaux d'immigration clandestine.

C'est pourquoi, mesdames et messieurs, ce travail difficile mené en commun avec les britanniques, ces accords aujourd'hui respectés, il n'y aucune raison de les remettre en cause après le vote du peuple britannique intervenu jeudi dernier.

J'entends et je lis, depuis le résultat de ce referendum, nombreux commentaires. Par-delà ces commentaires, il y a la réalité.

Et la réalité, c'est que la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne n'entraîne aucune modification de la frontière entre les deux pays, qui était et qui demeure une frontière extérieure de Schengen. La réalité, c'est que le traité du Touquet, en permettant l'intervention des forces britanniques à Calais comme des forces françaises à Douvres, n'est aujourd'hui en rien remis en cause par la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, comme l'a rappelé ce matin le Président de la République à Bruxelles. Et la réalité, c'est que la frontière à Calais est fermée et a vocation à le demeurer.

Ceux qui appellent de leurs vœux une ouverture de cette frontière, en contradiction avec les accords qu'ils ont eux-mêmes signés, semblent curieusement faire fi des conséquences qu'aurait une telle décision : intensification de la traite des êtres humains par les réseaux de passeurs ainsi relégitimés, provoquant un afflux supplémentaire de migrants ainsi abusés à Calais ; conditions humanitaires s'en trouvant dégradées sur place ; recrudescence des risques d'accidents mortels lors des tentatives de passage ; saturation, enfin, du travail des forces de l'ordre déjà très durement sollicitées et éprouvées. Remettre en cause ces accords serait donc envoyer un mauvais signal.

De surcroît, le traité du Touquet prévoit un préavis de deux ans en cas de dénonciation. Avec une telle période d'incertitude durant laquelle les accords continueraient à s'appliquer et la frontière d'être fermée côté français, nous nous exposerions sans le moindre doute à une situation extraordinairement difficile. Enfin, laisser croire que le déplacement des contrôles de la côte française à la côte anglaise, à terme, reviendrait à l'abolition de cette frontière est à mon avis un leurre. Les Britanniques n'ont nulle intention de renoncer à ces contrôles, qui relèvent de leur souveraineté. Ils ne manqueraient pas, comme le font d'autres Etats, d'adopter des mesures dissuasives, par exemple à l'encontre des transporteurs qui contribueraient à l'acheminement d'étrangers en situation irrégulière. Par ailleurs, les conséquences en termes d'attractivité économique de la région de Calais seraient à n'en pas douter négatives. Je rappelle que cette attractivité dépend en partie de la fluidité du trafic et des échanges commerciaux, au soutien de laquelle les traités de Canterbury et du Touquet ont justement été adoptés.

Ce point de vue, mesdames et messieurs, je le défends par pragmatisme et souci de la réalité, mais aussi parce que je le crois de l'intérêt de la France. Il est de l'intérêt des Calaisiens. Il est de l'intérêt des migrants les plus vulnérables, en besoin de protection et qui doivent être sortis des mains des passeurs.

Nous entendons donc poursuivre la coopération étroite qui prévaut entre nos deux pays et que nous avons significativement renforcée ces derniers mois.

Nous avons renforcé cette coopération dans un dialogue exigeant, et le choix opéré par les Britanniques le 23 juin doit nous amener à être plus exigeants encore.

Je suis en contact permanent avec mon homologue Theresa May. Je m'entretiendrai avec elle dans les prochaines heures sur ces différents points, et je lui proposerai de rencontrer avec moi les élus de Calais à l'automne.


Je vous remercie.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 4 juillet 2016

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