Interview de Mme Laurence Rossignol, ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes à Sud Radio le 4 juillet 2016, sur le décès de Michel Rocard et le climat politique. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Laurence Rossignol, ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes à Sud Radio le 4 juillet 2016, sur le décès de Michel Rocard et le climat politique.

Personnalité, fonction : ROSSIGNOL Laurence.

FRANCE. Ministre des familles, de l'enfance et des droits des femmes

ti :

Cyril VIGUIER
Bonjour et bienvenue dans notre matinale d'infos en ce lundi matin avec Public Sénat bien sûr, Sud radio et la presse quotidienne régionale, aujourd'hui notre invitée c'est Laurence ROSSIGNOL...

LAURENCE ROSSIGNOL
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Bonjour Madame la Ministre, vous êtes ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, et merci d'être avec nous ce matin. Pour vous interroger, à mes côtés Véronique JACQUET, de Sud radio, bonjour Véronique...

VERONIQUE JACQUET
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Et Oriane MANCINI de Public Sénat, bonjour Oriane.

ORIANE MANCINI
Bonjour Cyril.

CYRIL VIGUIER
Laurence ROSSIGNOL, après sa disparition, un hommage national sera rendu à Michel ROCARD jeudi prochain, qu'est-ce qu'il a représenté pour vous comme militante socialiste et aussi comme ministre ?

LAURENCE ROSSIGNOL
ROCARD d'abord c'est une partie de l'histoire de la gauche, c'est-à- dire que sans Michel ROCARD il n'y aurait probablement pas eu la victoire de 81, c'est parce qu'il a su apporter ce qu'il représentait – c'est-à-dire le PSU, la gauche qui était plus liée aux mouvements de mai de 68, qui était la gauche anti- coloniale – et parce qu'il a su faire les Assises du socialisme et, donc, il a su se rassembler aussi avec François MITTERRAND qu'il y a eu la victoire de 81 et Michel ROCARD c'est un courant plus – comment vous dire – c'est un courant autogestionnaire aussi, c'est-à-dire que c'est un autre rapport à la société qui change, à la société qui évolue et j'observe avec à la fois un peu d'amusement qu'en 88 quand Michel ROCARD a lancé la CSG qu'il y a eu un débat à gauche qui était...

CYRIL VIGUIER
Contribution Sociale Généralisée, pour nos téléspectateurs et nos auditeurs...

LAURENCE ROSSIGNOL
Contribution Sociale Généralisée ! La CSG, c'est-à-dire c'est le prélèvement sur les revenus qui va venir abonder les caisses de la Sécurité sociale d'assurance maladie, il y a eu un débat à gauche qui a été très violent où Michel ROCARD a été accusé de changer le financement de la Sécurité sociale – qui était auparavant assise que sur les salaires – en l'élargissant à tous les revenus et donc de liquider la Sécurité sociale, la CSG a été soupçonnée d'avoir comme finalité la fin de la spécificité de notre protection sociale française pour y substituer un régime d'assistance qui serait paraétatique et ce débat il opposait quasiment dans les mêmes termes les mêmes que le débat qui est actuellement autour de la réforme du Code du travail – mais quand je dis les mêmes c'est physiquement, je peux citer les noms...

CYRIL VIGUIER
Bonne transition, Madame la Ministre. Véronique JACQUET !

VERONIQUE JACQUET
Mais alors est-ce que vous lui donnez raison quand Michel ROCARD disait dans une dernière interview, qu'il a accordée à nos confrères du Point la semaine dernière, que la gauche française était la plus rétrograde d'Europe ?

LAURENCE ROSSIGNOL
La gauche française, on a tout... enfin je ne reprends pas la formule, parce que je ne trouve pas que les autres gauches européennes soient très en forme non plus en ce moment, et puis ne pas être rétrograde ce n'est pas non plus acheter comptant les réformes que les libéraux n'ont pas pu passer quand ils étaient au pouvoir. Mais c'est vrai qu'il y avait chez ROCARD quelque chose de girondin, d'infiniment plus audacieux que dans une partie de la gauche française ; et quand, je dis le débat c'était sur le même que sur le Code du travail, ce qui est amusant c'est qu'on regarde aujourd'hui le bilan sur la CSG, on s'aperçoit que la CSG non seulement n'a pas détruit notre système de protection sociale mais elle l'a probablement sauvé et ce qui fait qu'aujourd'hui notre Sécu se porte toujours aussi bien qu'elle se portait et c'est en grande partie due à la CSG, donc je dis juste ça à la veille du vote de la loi Travail pour que ceux qui sont très durement, très principalement opposés, regardent un peu dans le rétroviseur et se disent : « est-ce qu'on a eu raison quand on était contre la CSG ? Est-ce qu'on a toujours raison quand on est contre la réforme du Code ?

VERONIQUE JACQUET
Pardon ! On va parler de la loi Travail, mais, à propos encore de la disparition de Michel ROCARD, est-ce que quand on est honnête, sincère et droit, parce que c‘est ce qu'il ressort de sa personnalité - et tout le monde se l'accorde – est-ce qu'on peut vraiment réussir en politique, c'est là question-là, c'est ce qu'il renvoie comme image aux Français ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Mais je ne peux pas dire que Michel ROCARD n'ait pas réussi en politique, je suis assez surprise de cette tonalité que j'entends, ROCARD qui aurait été le mal aimé de la politique. Michel ROCARD n'a pas été président de la République, ça c'est vrai, mais sur une génération nous ne sommes pas si nombreux en fin de compte à être présidents de la République et pour autant réussir en politique c'est peut-être ce qui l'a lui aussi défini dans la dernière phrase de cette interview à la question : « Et devant Dieu, qu'est-ce que vous en attendez ? », il a dit : « J'attends de Dieu qu'il me dise tu as bien fait, tu as fait bien ce que tu avais à faire » et donc réussir en politique c'est finir une vie politique avec l'estime de tous – c'est son cas – c'est avoir été tout le temps capable comme lui d'évoluer avec les nouveaux sujets et, moi, j'ai été très frappée de la manière dont Michel ROCARD - qui était quand même plutôt productiviste à l'origine – avait pris en charge le sujet du dérèglement climatique et comment il portait la lutte contre le réchauffement de la planète et, donc, Michel ROCARD a été jusqu'au bout – d'ailleurs on en avait fini par croire qu'il était immortel tellement il était éternellement jeune intellectuellement – a été jusqu'au bout un homme politique capable de se nourrir et de porter des nouveaux sujets. Moi j'appelle ça réussir en politique et je pense qu'on a tort de croire parce qu'on n'est pas président de la République on a échoué, il laisse une telle empreinte dans la gauche française que c'est déjà en soi le plus hommage qu'on puisse lui rendre.

ORIANE MANCINI
Qui est son héritier selon vous aujourd'hui à gauche, Manuel VALLS ou Emmanuel MACRON ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Celui qui a été formé par Michel ROCARD c'est incontestablement Manuel VALLS, ça c'est clair, moi j'ai connu Manuel VALLS quand on était étudiants, il était jeune Rocardien et il faisait partie des plus proches de la garde rapprochée jeune de Michel ROCARD, donc je crois que...

VERONIQUE JACQUET
Mais Emmanuel MACRON peut-il l'être au même titre que Manuel VALLS, il dit et il a redit ce week-end, et il a remontré des velléités pour 2017 en disant qu'il fallait renouveler l'offre politique ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui mais on identifiait bien ce qui caractérisait Miche ROCARD dans cette offre politique particulière qu'on appelait la deuxième gauche et en particulier qui était enracinée sur les groupes d'action municipale, qui était très autogestionnaire, qui venait des courants féministes en particulier – le PSU était très lié avec les courants féministes, les courants antinucléaires également – je n'identifie pas exactement cet héritage entre les mains de qui que ce soit aujourd'hui avec cette capacité...

ORIANE MANCINI
Sur Emmanuel MACRON...

LAURENCE ROSSIGNOL
Avec cette capacité à être très rebelle, à être contre un ordre établi, Michel ROCARD n'était pas un homme qui perpétuait l'ordre établi... Voilà !

VERONIQUE JACQUET
Vous êtes membre du gouvernement, sur Emmanuel MACRON le fait qu'il montre à nouveau des velléités pour 2017, qu'il soit plus intéressé par son destin personnel que par les priorités du gouvernement en ce moment, ça vous choque ?

LAURENCE ROSSIGNOL
C‘est tellement fréquent dans la Vème République que les hommes se voient des destins à quelques mois de l'élection présidentielle, mais moi j'ai assez confiance dans le fait qu'Emmanuel MACRON va dans les semaines ou dans les mois qui viennent retrouver la place qui est la sienne, c'est-à-dire celle de la solidarité du gouvernement autour du président de la République.

ORIANE MANCINI
Oui, mais enfin ce n'est pas vraiment parti pour. Ce week-end il a encore dit qu'il fallait prendre tous les risques quand on croit à ce qu'on fait, mardi prochain il tiendra un meeting à La Mutualité - le premier meeting de son mouvement En marche – est-ce que c'est vraiment le rôle d'un ministre de tenir un meeting qui plus est deux jours avant la grande interview du président de la République pour le 14 juillet ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Tout dépend de ce qui s'y dira à ce meeting, tout dépend de qui il fera venir, tout dépend de la manière dont il inscrira sa démarche dans une recomposition de la gauche qui est actuelle, elle, en mouvement. C'est-à-dire que...

VERONIQUE JACQUET
Alors, attendez, à propos de recomposition et de mouvement, l'information du week-end si j'ose dire c'est que l'université d'été du PS n'aura pas lieu à Nantes... quand CAMBADELIS annonce son report en raison de risque de violences sociales, est-ce que dès le début ce n'était pas un mauvais choix Nantes, parce que Zadistes ne se sont pas réveillés ces dernières semaines, la CGT à Saint-Nazaire ne s'est pas non plus réveillée ces dernières semaines, donc est-ce que dès le départ ce n'est pas un mauvais choix ?

LAURENCE ROSSIGNOL
C'était un choix qui avait laissé un peu perplexe, je le reconnais, mais moi je ne suis pas aujourd'hui dans les instances du Parti socialiste – j'y ai été très longtemps-là, actuellement j'ai d'autres responsabilités – effectivement le choix de Nantes nous avait paru un peu bizarre et je trouve que c'est une décision raisonnable qu'a prise Jean-Christophe CAMBADELIS de reporter l'université d'été de la Belle alliance populaire et de la tenir dans une autre ville moins exposée que ne l'est la région nantaise.

VERONIQUE JACQUET
Vous pensez quand même que l'université aura lieu, vous pensez qu'elle aura lieu ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Ecoutez !

VERONIQUE JACQUET
Est-ce que ce n'est pas un moyen de dire il n'y a pas d'université d'été, parce qu'elle va être difficile à organiser cette université d'été, on va arriver après dans le calendrier de la primaire ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Très franchement je ne sais pas, je l'ai appris comme vous samedi après-midi par une dépêche, je n'ai pas demandé à Jean-Christophe CAMBADELIS et je ne suis pas dans le groupe qui discute de ça, mais je pense que quelque chose aura lieu dans le prolongement de ce qui s'est tenu samedi du rassemblement de la Belle alliance populaire, quelque chose aura lieu de plus important, de plus ample et probablement dans une autre ville. Je ne sais pas quel est le calendrier que Jean-Christophe a dans la tête pour être plus précise.

ORIANE MANCINI
Est-ce que néanmoins ce n'est pas une illustration supplémentaire de la rupture entre l'électorat populaire, l'électorat de la gauche, et la gauche du gouvernement ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Comment dire ? J'ai du mal à croire que l'électorat populaire qui a porté la gauche au pouvoir se reconnaisse dans les mouvements zadistes à Nantes, je crois que ce n'est pas ça le sujet, je veux dire il n'y a pas beaucoup de rassemblements non plus et de convergences entre l'électorat populaire tel que je le connais dans ma région - qui est une région réellement ouvrière – et les mouvements type les Zadites, donc il n'y a pas de lien voyez-vous entre le report de l'université d'été, le déplacement dans une autre ville de Nantes et le décrochage que vous évoquez avec l'électorat populaire. Je pense qu‘avec l'électorat populaire le lien effectivement s'est distendu au cours des élections... enfin on l'a vu dans les élections municipales ou dans les élections départementales, c'est un électorat qui pour partie s'est abstenu et l'enjeu de l'année qui vient s'est de le ramener aux urnes et de le ramener autour d'un projet qui est aussi le sien...

ORIANE MANCINI
Il n'est pas trop tard, vous pensez pouvoir le ramener aux urnes d'ici la Présidentielle ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Ecoutez ! Bien sûr que non que je ne pense pas qu'il est trop tard, sinon on ne ferait pas campagne, et puis de toute façon on est dans une période politique extrêmement volatile sur le plan électoral, je mesure bien à quel point aujourd'hui il n'y a pas un enthousiasme très marqué à l'égard de la politique que nous menons. Mais quand j'observe l'intérêt qu'il y a pour la politique, les politiques alternatives qu'elles soient portées par Les Républicains ou par le Front national, quand je vois que les gens en fin de compte ne croient pas que les autres feraient mieux – parce que ça le fond de l'affaire – les gens ne croient pas que les autres feraient mieux, je me dis qu'il repose encore sur nous de leur offrir pour 2017 le sentiment que ce qu'on a fait d'abord a produit des résultats, qu'il y a des effets...

VERONIQUE JACQUETI
Alors Laurence ROSSIGNOL, attendez, à propos de...

LAURENCE ROSSIGNOL
Et que nous allons poursuivre.

VERONIQUE JACQUET
A ce propos la loi Travail, le texte arrive en deuxième lecture à l'Assemblée demain, vous l'avez dit en début d'interview il y a quand même des Frondeurs à convaincre, ce n'est pas le cas pour l'instant, ils rejettent toujours la philosophie du texte, aurez-vous un autre choix que le 49.3 ?

LAURENCE ROSSIGNOL
J'imagine qu'à cet instant et le Premier ministre et la ministre chargée du Travail sont en train de discuter avec les uns, avec les autres et de construire une alternative au 49.3, le 49.3 n'est jamais le premier choix d'aucun gouvernement.

ORIANE MANCINI
Elle existe encore cette alternative au 49.3 ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Ils y travaillent mais ce n'est pas une affaire qui est simplement entre les Frondeurs... cette affaire-là n'est pas qu'une affaire entre les Frondeurs et le gouvernement, ce n'est pas une affaire qu'entre socialistes, c'est une affaire d'abord entre le gouvernement et aussi les syndicats, et ce que nous avons construit sur ce texte avec la CFDT ne peut pas être abandonné au profit d'un arrangement législatif, enfin d'un arrangement de procédure législative, nous ne pouvons pas alors que la CFDT s'est engagée...

ORIANE MANCINI
Et donc sans doute 49.3, sans doute 49.3, il faut l'assumer ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Je n'en sais rien, ce n'est pas dans mon domaine, ce n'est pas de mon ressort et ce n'est pas moi, et je ne ferai aucune déclaration ce matin sur cette antenne qui puisse être reprise et indiquée quoi que ce soit sur ce que le gouvernement fera sur le 49.3, je ne le sais pas, je m'occupe des familles, des enfants et des femmes.

CYRIL VIGUIER
C'est Laurence ROSSIGNOL, qui est ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes qui est l'invitée dans notre matinale d'infos. Laurence ROSSIGNOL, la France pourrait interdire la fessée, dans la nuit de vendredi à samedi sur la loi Egalité & Citoyenneté un amendement est passé pour interdire toute violence corporelle, alors pourquoi c'est si important d'interdire la fessée en France ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Pardonnez-moi de vous reprendre sur le manière dont vous le présentez, mais la loi ne dit nullement que la France va interdire la fessée...

CYRIL VIGUIER
C'est ce qui ressort des commentaires !

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, c'est la manière dont systématiquement... c'est l'angle qui est toujours pris pour évoquer ce sujet. Ce que dit...

CYRIL VIGUIER
Mais il y a un problème en France avec les parents ? 90 % des parents...

LAURENCE ROSSIGNOL
Ce que dit cet amendement c'est que l'autorité parentale doit s'exercer dans le meilleur intérêt de l'enfant et qu'elle doit exclure le recours aux humiliations, aux violences corporelles. Bien sûr qu'en France, comme beaucoup pays, il y a d'abord de la maltraitance à l'encontre des enfants et la ministre...

VERONIQUE JACQUET
Mais est-ce que c'est à l'Etat de légiférer là-dessus, il y a déjà une loi sur la maltraitance contre les enfants ?

LAURENCE ROSSIGNOL
On va reprendre ! Ce que dit l'amendement, c'est un amendement au Code civil, donc ce n'est pas une interdiction assortie de sanctions pénales, donc l'amendement adopté à l'Assemblée n'interdit rien... mais il dit comment s'exerce l'autorité parentale, c'est ces lois qu'on appelle, qu'un de vos confrères appelle des cliquets civilisationnels, c'est-à-dire qu'à un moment donné le but n'est pas d'interdire, le but n'est pas de punir, le but est de dire quel est le point de vue global d'une société à un moment donné de son évolution sur un sujet qui parait tout à fait archaïque et ancré qui est le recours aux punitions corporelles ? Ce que nous savons, ce que les experts savent, c'est : 1°) les punitions corporelles ne servent à rien dans l'éducation des enfants, voilà, un enfant peut être élevé correctement avec des limites, un cadre, sans qu'il y ait besoin de le frapper : 2°) il faut toujours imaginer la taille d'un enfant, la taille d'un adulte et mettez-vous en situation où quelqu'un qui mesure trois fois votre taille va se pencher sur vous et vous faire du mal, surtout quand cette personne est celle en qui vous avez le plus confiance au monde, c'est-à-dire vos parents, eh bien c'est tout à fait terrifiant, il n'y a pas besoin de faire peur pur élever. Bien sûr on a l'habitude, bien sûr beaucoup d'entre nous ont survécu à des fessées et à tout ça, mais on peut élever des enfants autrement. Mon rôle comme ministre chargée de la protection de l'enfance c'est la promotion – ce que nous faisons avec cet amendement – d'une éducation sans violence et d'un outil supplémentaire pour lutter contre la maltraitance.

CYRIL VIGUIER
Dernière question, Véronique JACQUET.

VERONIQUE JACQUET
En tant que ministre vous étiez aux côtés de François HOLLANDE pour recevoir des représentants de l'inter LGPT vendredi, le président a promis la suppression d'une circulaire qui inflige des peines de prison et de grosses amendes à des médecins qui suivent les PMA, c'est-à-dire la Procréation Médicalement Assistée réalisée à l'étranger pour les femmes célibataires ou homosexuelles, est-ce que ce n'est pas une forme d'encouragement à la PMA sans père alors que c'est interdit en France la suppression de cette circulaire ? Il y a quand même un sacré paradoxe là-dedans ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Mais en France il n'y a pas d'interdiction à la PMA ! Que vous repreniez l'expression de « La manif pour tous », la PMA sans père il n'y a que « La manif pour tous » qui prend cette...

VERONIQUE JACQUET
Oui, je raccourcis pour que les gens comprennent, mais bon...

LAURENCE ROSSIGNOL
Oui, oui, mais c'est le vocabulaire de « La manif pour tous » et des conservateurs. En France, aujourd'hui, la GPA – la Gestation Pour Autrui – est interdite pour tout le monde, hétérosexuels et homosexuels ; la Procréation Médicalement Assistée, c'est-à-dire le recours à une insémination artificielle est ouvert aux couples hétérosexuels et nous sommes favorables à ce qu'elle soit aussi ouverte aux couples homosexuels, aux couples de lesbiennes, aux couples de femmes - qui peuvent se marier, qui peuvent construire une famille – et donc nous savons très bien que cette ambition a été freinée par la violence des réactionnaires et des conservateurs ; et le président de la République n'a fait que dire ce que nous pensons les uns et les autres, c'est qu'il n‘y a aucune raison de discriminer les couples homosexuels, les couples lesbiens par rapport aux couples hétérosexuels en leur refusant l'accès à une technologie qui est ouverte aux couples hétérosexuels, donc bien entendu il a fait cette proposition à la demande des associations et c'est une proposition qui est juste parce qu'il n'y aucune raison de compliquer la vie ; et moi je souhaite à titre personnel, mais comme de nombreux membres du gouvernement et comme une grande majorité de la gauche, que cette interdiction qui pèse sur les couples de jeunes femmes qui veulent un bébé soit levée pour qu'elles puissent accéder aux mêmes techniques que les couples hétérosexuels.

CYRIL VIGUIER
Laurence ROSSIGNOL, des hommages partout à travers le monde après la mort d'Elie WIESEL à 87 ans, les réseaux sociaux en France pointent le passage au second plan par les médias français de cette nouvelle. Elie WIESEL c'était prix Nobel de la paix, survivant de la Shoah, François HOLLANDE et Barack OBAMA ont salué sa mémoire, votre réaction sur sa disparition et le fait que ça été relativement peu traité ?

LAURENCE ROSSIGNOL
Ecoutez, je ne sais pas s'il faut interpréter le fait que la mort de Michel ROCARD le même jour que la mort d'Elie WIESEL ait un sens, voilà, je ne suis pas sûre qu'il y ait un sens à ça, je pense qu'il y a eu une actualité, Michel ROCARD avait une place importante. Elie WIESEL fait partie, mais comme Michel ROCARD, de l'histoire de la deuxième moitié du XXème siècle, ce sont des hommes... ce sont des hommes-mémoire - et Elie WIESEL encore davantage que Michel ROCARD bien entendu - moi j'ai un attachement particulier en tant que ministre chargée de l‘Enfance puisque j'ai dans mes compétences les foyers qui ont accueilli les enfants, en particulier LOZET (phon), l'Organisation qui a accueilli les enfants qui sortaient des camps de concentration et dans laquelle Elie WIESEL a été longtemps accueilli et, quand on va visiter les foyers de LOZET il y a toujours une plaque, en disant « Ici, Elie WIESEL a vécu à telle période en rentrant du camp de Buchenwald » qui était le dernier camp où il a été interné je crois et j'ai eu la chance de le connaître parce que je suis membre fondatrice de SOS Racisme et Elie WIESEL faisait partie des parrains de SOS Racisme et c'était un homme absolument remarquable et on l'écoutait avec émerveillement, enfin avec modestie, humilité et émerveillement. Voilà !

CYRIL VIGUIER
Merci Laurence ROSSIGNOL, ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, d'avoir été l'invitée de cette matinale d'infos, on passe à l'analyse de vos propos mais aussi de l'actualité avec les éditorialistes de la presse quotidienne régionale dans un instant, merci.

LAURENCE ROSSIGNOL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 5 juillet 2016

Rechercher