Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 5 juillet 2016, sur les relations entre le gouvernement et la majorité parlementaire et l'organisation d'une primaire de la gauche de gouvernement pour l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 5 juillet 2016, sur les relations entre le gouvernement et la majorité parlementaire et l'organisation d'une primaire de la gauche de gouvernement pour l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement

ti : YAËL GOOSZ
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour.

YAËL GOOSZ
« Ministre du 49-3 et des tensions avec le Parlement », c'est ce que disent vos détracteurs ; « ministre de la clarification » disent vos soutiens. Alors clarifions, clarifions vite : à quelle heure sera déclenché le deuxième 49-3 sur la loi Travail ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Nous verrons bien. De toute façon, l'intransigeance n'est pas du côté du gouvernement. Nous attendons de savoir si, après les nombreux gestes qui ont été faits d'ailleurs depuis des semaines mais singulièrement des améliorations qui ont été encore apportées ces jours-ci, il y a une prise en considération par ceux qui ont un regard critique, ce que je peux comprendre. Mais est-ce que derrière il y a une volonté de blocage au-delà de ce rapport critique ? Nous verrons bien.

YAËL GOOSZ
Réponse rapide : c'est cet après-midi ou c'est demain, le 49-3 ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Nous verrons bien. Je pense que le débat a eu lieu, y compris en commission encore ces jours-ci. Si ce que l'on nous promet, c'est le spectacle de la division de la gauche, alors je préfère effectivement m'y soustraire. Les choses se feront d'ailleurs assez naturellement. Arrêtons de parler de termes techniques qui ne veulent rien dire : qu'est-ce que c'est que le 49-3 ? C'est tout simplement faire en sorte que des gens qui critiquent un texte pour des raisons opposées… C'est-à-dire que nous sommes confrontés au fait qu'il y a la droite qui trouve que ce texte n'est pas assez libéral, et une petite partie de la gauche ou de la gauche extrême qui trouve que ce texte est trop libéral. A partir de là, ils mêlent leurs voix en quelque sorte pour faire opposition à une avancée.

YAËL GOOSZ
C'est donc pour un principe d'efficacité du gouvernement ; on a compris.

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est simplement que… On parle de Michel ROCARD ces jours-ci avec justesse ; je rappelle que Michel ROCARD…

YAËL GOOSZ
Ça n'avait rien à voir. Il avait une majorité relative.

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais nous aussi, nous avons une majorité relative.

YAËL GOOSZ
Au départ, elle était absolue.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bien entendu. Mais nous avons des gens qui ne sont pas d'accord avec le gouvernement depuis le début, Yaël GOOSZ. Il faut être honnête, il faut dire les choses. Aujourd'hui, nous gouvernons avec une majorité relative pas une majorité absolue. Il y a un certain nombre de députés de gauche et parfois de députés socialistes qui n'ont pas voté un seul texte important depuis juin 2012. Je vous le dis, c'est une annonce que je vous fais : nous sommes dans une majorité relative, donc c'est tout à fait dans la situation où se trouvait Michel ROCARD.

YAËL GOOSZ
Il y a pourtant des casques bleus dans le groupe socialiste en ce moment. Je pense à Olivier FAURE qui n'est pas un député frondeur et qui tente de trouver un accord sur les heures supplémentaires majorées à 25 % dans la loi. Ils sont cent vingt-trois députés socialistes à le soutenir.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, c'est un quiproquo. C'est un quiproquo.

YAËL GOOSZ
Et ça, on fait l'impasse dessus ? On fait comme un 49-3, on ne cherche pas le point d'accord ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais non, c'est un quiproquo cette histoire. Bref, je ne vais pas rentrer dans les détails.

YAËL GOOSZ
Pourquoi un quiproquo ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Parce que tout simplement ce qui a été dit et proposé aux députés n'est pas ce qui a été véritablement proposé devant l'Assemblée nationale. Il y a de ce point de vue un quiproquo et ces méthodes ne sont pas tout à fait, me semble-t-il, très transparentes et très loyales entre nous. Mais je mets de côté cette anecdote parlementaire.

YAËL GOOSZ
Cent vingt-trois députés, c'est beaucoup.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je vous explique, Yaël GOOSZ. Maintenant, vous pouvez ne pas l'entendre.

YAËL GOOSZ
Je vous écoute.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je vous explique que c'est à partir d'un quiproquo. Il y a déjà plusieurs dizaines de députés qui retirent leur signature. Bien. Au-delà de cet événement qui n'en est pas un, simplement je veux dire que nous avons un choix, un choix du fond. C'est de savoir si oui ou non nous sommes pour un dialogue dans l'entreprise ; c'est le choix que nous avons fait depuis le début. Nous ne reviendrons pas dans cette affaire. Deuxièmement, nous avons le soutien des organisations syndicales réformistes qui ont fait un certain nombre de critiques au texte initial. Laurent BERGER aujourd'hui explique encore très clairement, au nom de la CFDT, pourquoi il soutient ce texte. Nous n'allons pas aujourd'hui changer et passer sur la position des organisations syndicales qui sont avec une vision qui n'est pas la nôtre du dialogue social.

GUY BIRENBAUM
Justement, moi je lis L'Humanité, le journal formé par Jean JAURES et je regarde la Une : monsieur MARTINEZ vous parle.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui. Là aussi, c'est un quiproquo.

GUY BIRENBAUM
Ecoutez, oui mais c'est vrai : « le gouvernement n'en a pas fini avec la loi Travail » et d'évoquer l'inversion de la hiérarchie des normes, le référendum, la médecine du travail. A nouveau donc toujours ces mêmes points de blocage.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, vous avez raison. Monsieur MARTINEZ n'a pas changé, c'est son droit mais ce n'est pas notre position.

YAËL GOOSZ
Et les frondeurs non plus n'ont pas changé. Jérôme GUEDJ vous interpelle ce matin.

JEROME GUEDJ, DEPUTE SOCIALISTE DE L'ESSONNE
Jean-Marie, dans l'interview au Monde tu indiques qu'il n'y a pas d'alternative à gauche. Je n'aime pas cette formule popularisée en son temps dans d'autres circonstances par Margaret THATCHER : « there's no alternative ». Je considère qu'en politique, il y a toujours une alternative et encore plus à gauche quand on est confronté aux fractures qui la traversent. Je ne veux pas théoriser deux gauches irréconciliables, ce que tu fais.

YAËL GOOSZ
« Jean-Marie Thatcher », ça vous vexe ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, franchement Yaël GOOSZ, ce n'est pas sérieux. Ce que disait madame THATCHER, c'est qu'il n'y a pas deux politiques économiques dans le pays. Moi, je dis qu'il y a une politique de droite, il y a une politique d'extrême droite. Il faudrait d'ailleurs peut-être que certains veuillent bien s'en souvenir. Il y a une irresponsabilité au regard de la situation qui est un petit peu incroyable. La gauche aujourd'hui, tout bien pesé, dans son extrême comme dans son aile réformiste, ça fait 35 % des voix des Français au maximum. On est dans une situation où dans le monde entier, dans l'Europe, il y a la percée de l'extrême droite et on entend des discours de ce type. Mais où on est là ? Il faut peut-être atterrir. La politique, ce n'est pas un jeu. On n'est pas en train de jouer. On a des enjeux majeurs. Non seulement des éléments de vie quotidienne mais regardez ce qui s'est passé en Grande-Bretagne, regardez la montée du national populisme, de la xénophobie, du racisme. Mais de quoi parle-t-on ? Moi, je suis un républicain avant tout. Je veux défendre la république aujourd'hui ; ça ne va pas de soi. Est-ce que quelqu'un peut se réveiller un petit peu dans ce pays ?

YAËL GOOSZ
Vous êtes vraiment en colère.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, je suis très en colère. Parce qu'il y a une certaine gauche totalement coupée de la réalité, qui vit dans un monde purement théorique, comme si le débat avait lieu entre la gauche et la gauche. C'est ça que dit GUEDJ. Mais le débat n'a pas lieu entre la gauche et la gauche, il a lieu entre une gauche qui essaye de trouver son chemin, de trouver la confiance des Français dans un monde particulièrement troublé. Vous savez ce que représente l'extrême droite dans ce pays, en Europe ? Et la droite, elle est effectivement la seule alternative. L'alternative, ce n'est pas monsieur GUEDJ. Il faut qu'il se réveille. Il faut qu'il se réveille !

FABIENNE SINTES
Justement, la gauche parlementaire c'est une chose, mais maintenant le 49-3, est-ce que ce n'est pas quand même aussi renoncer à gagner la bataille de l'opinion ? Qu'est-ce qu'elle dit l'opinion dans l'ensemble ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Bien sûr, vous avez raison. Moi, je veux bien accuser un certain nombre de défaillances de notre part. Quand on demande aux Français s'ils sont pour cette loi – on l'a demandé il y a quelques mois – ils étaient contre majoritairement mais pour des raisons parfois opposées. En tout cas, quand on leur dit : « est-ce que vous êtes capable de citer un élément de cette loi qui vous déplaît ? », à peine 25 % le disent. Nous sommes dans une situation où nous avons laissé créer autour de cette loi l'idée qu'elle pourrait être désavantageuse pour les salariés, ce qui n'est pas le cas. Ce n'est pas pour rien d'ailleurs que quelqu'un d'aussi responsable et représentatif que Laurent BERGER gagne les élections en ce moment. Les salariés qui votent en ce moment dans les entreprises votent pour la CFDT, ils ne votent pas pour monsieur MARTINEZ. Monsieur MARTINEZ, c'est un spectacle d'une CGT qui est en train de se radicaliser, c'est autre chose. Je ne dis pas que la radicalité n'existe pas d'ailleurs dans la société, et c'est un problème. Et c'est un problème. En tout état de cause, nous avons un problème d'organiser la confiance avec les Français. Les Français sont tétanisés dans un monde qui se bouleverse et on peut les comprendre. D'ailleurs nous-mêmes, les responsables politiques, nous n'avons pas toutes les solutions à leur proposer nous n'assumons pas parfois suffisamment ce que nous faisons et parfois nous avons un déficit de sens. Tout ça, j'en suis bien conscient.

YAËL GOOSZ
Et vous avez aussi un problème d'organisation pour la primaire de janvier, la primaire de la gauche du gouvernement. Après MACRON, après MONTEBOURG, c'est le radical de gauche Jean-Michel BAYLET qui pousse un coup de gueule dans Le Parisien ce matin en disant : « le pacte fondateur est rompu avec le PS. Ils ont organisé une primaire dans notre dos. »

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui. Enfin, je ne vois pas où MACRON et MONTEBOURG viennent… MONTEBOURG est plutôt pour considérer que cette idée de primaire est une avancée.

YAËL GOOSZ
Jean-Michel BAYLET, partenaire historique.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui. Il y a des susceptibilités et il faut régler ces affaires de question de susceptibilité qui sont d'ailleurs un peu légitimes. Mais une fois qu'on les a réglées, ça va mieux.

YAËL GOOSZ
Une loi Travail au 49-3, une primaire bancale et des sifflets partout où Manuel VALLS se déplace, à Bastia encore hier. Ce n'est pas étonnant que le PS annule son université d'été dans ce climat.

JEAN-MARIE LE GUEN
Encore une fois, je reviens à ce que je vous disais il y a quelques instants. En réalité, la situation est beaucoup plus grave. Vous avez une centaine de permanences du Parti socialiste et le siège de la CFDT qui ont été attaqués, le siège de la CGT qui a été attaqué. Il y a un climat de violence qui est en train de se développer dans cette société à l'extrême gauche.

YAËL GOOSZ
Vous n'êtes plus capable de vous réunir dans le calme. C'était bunkerisé hier soir encore à Lille pour Hé oh la gauche. Ça ne vous interpelle pas sur l'origine de la violence ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Yaël GOOSZ, vous allez excuser la violence ? C'est ça que vous présupposez ?

YAËL GOOSZ
Non, pas du tout.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je ne l'excuse pas.

YAËL GOOSZ
Sur le climat qu'a créé le gouvernement.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je dis qu'aujourd'hui ceux qui excusent la violence prennent une responsabilité historique. Nous avons déjà connu des périodes de ce type.

GUY BIRENBAUM
Vous pensez à quelle période ?

YAËL GOOSZ
Quelle période ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je fais évidemment référence aux années 30 où l'extrême droite et l'extrême gauche attaquaient ensemble la haine de la social-démocratie, la haine de la république. Ça existe, ça a existé dans des périodes troublées. Les républicains sont attaqués aujourd'hui évidemment, parce qu'il y a une violence dans la société pour des raisons. Je veux bien que vous m'invitiez pour qu'on en parle plus longtemps, je ne vais pas développer tout cela. Mais en tout état de cause, moi je n'accepte pas cette montée de la violence et je ne la considère pas comme secondaire. Ce n'est pas gratuit dans ce pays quand on attaque les sièges des organisations syndicales ou des partis politiques. Que ce soit attribué aujourd'hui plus volontiers à une extrême gauche que par ailleurs un certain nombre de gens, par faiblesse, par démagogie ne dénoncent pas, ne séparent pas, laissent faire de la porosité. Quand on laisse dire, par exemple, avec une thèse complotistes que les policiers joueraient à l'intérieur des manifestations et cætera, alors qu'on a une police républicaine qui fait son travail au-delà de tout ce qui est concevable - vraiment c'est tout à fait extraordinaire ce qu'ils font – et on vient les accuser ? Et on a des petits gauchistes de service qui sortent des affiches avec du sang, la police, et cætera. Certains élus Verts qui proposent qu'il y ait du street art où on voit des policiers en train de taper sur des manifestants.

GUY BIRENBAUM
Ça, c'était à Grenoble.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, à Grenoble. Est-ce qu'on se rend compte un petit peu de l'irresponsabilité de ces gens-là ? Est-ce qu'ils n'ont jamais ouvert un livre d'histoire ? Est-ce qu'ils ne savent pas comment ça se termine ? Non, non, soyons sérieux à un moment. On ne fait pas que jouer, ce n'est pas qu'un spectacle. Je suis en ce moment à la radio, peut-être qu'on va être sur les réseaux sociaux. Tout ça c'est bien gentil, mais il y a du réel à un moment. Ce n'est pas un jeu vidéo.

YAËL GOOSZ
Bon. Et comme si la guerre des gauches ne suffisait pas, il y a aussi le spectacle que vous, vous donnez, au gouvernement Je pense à Christian ECKERT au Budget qui engueule sur Twitter son collègue Emmanuel MACRON. Mais qu'est-ce qui se passe dans ce gouvernement ? C'est le retour des amateurs, suite et fin ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, s'il fallait à chaque fois… Vous ne vous engueulez pas, vous, à la radio ?

FABIENNE SINTES
Pas sur Twitter.

GUY BIRENBAUM
Non, pas sur Twitter.

JEAN-MARIE LE GUEN
Vous êtes moins transparents que nous alors. C'est ça ?

FABIENNE SINTES
On est discret.

YAËL GOOSZ
Non, nous on ne gouverne pas. Nous, on ne gouverne pas. On n'est pas élus, rien.

JEAN-MARIE LE GUEN
D'accord, d'accord. Et alors ? Vous exigez qu'il n'y ait pas de divergence. Là, il y a un petit sujet technique. Peut-être qu'il faut qu'ils se parlent un peu plus et peut-être que les uns et les autres, on travaille de façon plus collective.

YAËL GOOSZ
Et qui en dit long sur le climat à Bercy en ce moment.

JEAN-MARIE LE GUEN
Qui dit tout simplement que nous sommes dans une période où dans les médias et nous-mêmes, il peut y avoir l'affirmation de personnalités qui se fait parfois au détriment du collectif. On est en train de parler beaucoup de foot : dans une équipe, entre l'affirmation d'une individualité et le collectif, c'est un sujet qui revient sans arrêt. En gros maintenant, me semble-t-il, on a appris que ce qui compte, c'était le collectif.

YAËL GOOSZ
Il y en a qui sortent après de l'équipe, ça arrive, et Emmanuel MACRON se pose la question.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, vous lui poserez. Je ne crois pas vraiment que ce soit le cas mais vous lui poserez.

YAËL GOOSZ
Merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN.


Source : Service d'information du gouvernement, le 6 juillet 2016

Rechercher