Déclaration de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé, sur l'économie numérique dans le domaine de la santé (présentation de la stratégie e-santé), Paris le 4 juillet 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé, sur l'économie numérique dans le domaine de la santé (présentation de la stratégie e-santé), Paris le 4 juillet 2016.

Personnalité, fonction : TOURAINE Marisol.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, de la santé

ti :

J'ai pris l'habitude de dire que le numérique est comparable au bouleversement apporté par l'électricité à la fin du XIXe siècle. Le numérique comme l'électricité s'est inscrit dans chacun de nos gestes du quotidien, et constitue un terreau nouveau, incroyablement fertile et prometteur, qui permet l'éclosion chaque jour de nouvelles inventions.

C'est pourquoi je suis heureuse de vous retrouver, ici, dans les locaux de BePATIENT. Parce que cette start-up montre à quel point la rencontre entre numérique et santé est une promesse pour les patients, les professionnels et le système de santé dans son ensemble.

Animation d'une communauté en ligne de patients, éducation thérapeutique, consultations à distance pour les professionnels de santé, suivi à distance des patients, partage des informations médicales entre professionnels : votre plateforme contribue à dessiner ce qui demain sera une évidence pour tous en termes de suivi des patients chroniques, d'éducation thérapeutique, de recherche clinique.

1. Car nous vivons actuellement une deuxième révolution numérique.

Parler de révolution numérique à la fin des années 2000 revenait à parler de dématérialisation ou d'automatisation des tâches. Les emails remplaçaient le courrier ; les GPS remplaçaient les cartes routières. Nous avons dépassé ce cap. Aujourd'hui, la révolution digitale réinvente le temps, l'espace, le pouvoir, l'individu. Dans les transports, les plateformes comme Bla-bla-car, Waze ou Uber ont bouleversé nos manières de nous déplacer. Elles ont gommé d'un coup les intermédiaires humains, grâce à la mise en relation instantanée d'individus. Twitter a bouleversé la communication en faisant de chacun de nous à la fois un créateur et un relais d'information avec un écho immédiat, sans frontières. La « révolution numérique » n'était pas qu'une métaphore en Tunisie, en Egypte et en Iran lorsque des manifestations massives s'organisaient sur le web pour ébranler des gouvernements autoritaires.

Cette deuxième révolution numérique atteint désormais le secteur de la santé.

Pourquoi un tel décalage par rapport à d'autres domaines d'activité ?

Parce que ce sont deux mondes qui se font face. Avec leurs exigences, leurs règles, leurs réalités propres. Le monde du digital est marqué par la rapidité, l'agilité. Pour valider une idée, on la teste en « vie réelle » et on observe la réaction des usagers. Le monde de la santé est, lui, caractérisé par la prudence. Elle est légitime, car si les traitements soignent, leur utilisation comporte toujours des risques. Pour limiter ces risques, il faut accumuler les preuves. Ces garde-fous qui nous protègent sont aussi ceux qui retardent, inévitablement, l'accès des usagers aux innovations.

A la croisée de ces deux mondes, il y a la « e-santé ». Des femmes, des hommes, mobilisés pour faire progresser nos manières de prévenir, de diagnostiquer, de guérir, ou tout simplement de communiquer. Le terrain encore mouvant sur lequel ils évoluent est à la mesure des promesses qu'il dessine pour l'avenir. Il appelle, aussi, un engagement sans faille de part et d'autres. Les acteurs du numérique doivent se familiariser avec les valeurs mais aussi avec les règles de la santé ; les acteurs de la santé doivent adapter ces règles pour saisir les formidables opportunités du numérique.

Nous assistons aujourd'hui à une accélération des innovations numériques en santé. On opère à distance, on « imprime » des prothèses, bientôt des organes avec des imprimantes 3D ; les dispositifs médicaux sont de plus en plus souvent connectés, comme les pacemakers, les glucomètres, bientôt les prothèses. Des t-shirt connectés anticipent les crises d'épilepsies. Une étude clinique évalue en ce moment l'efficacité d'un bandeau connecté pour nous permettre de dormir plus profondément. Les citoyens apprennent à gérer et à évaluer leur santé via les informations produites par des dispositifs connectés.

Toutes les informations ainsi produites sont un gisement que nous commençons seulement à exploiter. J'inaugurais ce matin un colloque sur le big data en santé organisé à mon initiative dans le quartier du Sentier à Paris – le « Silicon sentier », où se multiplient depuis 15 ans les start-up parisiennes.

Le big data, les objets connectés, l'intelligence artificielle, ces concepts qui étaient étrangers à la santé il y a seulement quelques années, sont devenus les enjeux de l'e-santé de demain.

2. Depuis 2012, je conduis une action résolue de soutien à l'innovation et à l'e-santé.

J'ai accompagné l'informatisation des professionnels et établissements de santé ; j'ai fait le choix d'innover dans la coordination entre professionnels, notamment à travers la relance du dossier médical partagé et la télémédecine. J'ai créé un service public d'information en santé pour répondre aux attentes des citoyens.

Peu à peu, c'est une nouvelle donne qui se dessine. La part des établissements de santé utilisant un dossier patient informatisé est passée de 75 à 95% en trois ans grâce au programme Hôpital Numérique. Cet effort sera poursuivi : le plan d'investissement que j'ai annoncé à Hôpital Expo cette année comprendra 750 millions d'Euros dédiés au numérique et aux outils de coordination autour des parcours de soins. Dès 2017, tous les citoyens pourront, s'ils le souhaitent, créer en quelques clics leur dossier médical partagé. J'ai mis en place une nouvelle gouvernance des données de santé, plus ouverte, plus simple, afin de faciliter leur accessibilité et leur traitement pour l'intérêt public. J'ai lancé des expérimentations de télémédecine dans neuf territoires : 2,5 millions de patients peuvent dès à présent consulter à distance un médecin. Cette expérimentation sera dans les prochains jours étendue au télésuivi de patients souffrant du diabète, d'insuffisance respiratoire, cardiaque ou rénale. C'est un renforcement considérable de la qualité et de la sécurité des soins. C'est aussi une formidable opportunité pour réduire les inégalités territoriales de santé. Une dynamique est enclenchée, elle doit être amplifiée.

3. Les nouveaux enjeux de la e-santé appellent une stratégie plus ambitieuse, plus complète, que je suis heureuse de vous présenter aujourd'hui.

Cette stratégie offre un cadre. Elle permettra de fédérer l'action publique autour de quatre principes qui empruntent au meilleur des deux mondes du numérique et de la santé : fluidité, co-innovation, agilité et sécurité.

La fluidité, d'abord. L'enjeu est ici de faciliter le partage d'informations en santé pour les rendre disponibles où il faut, quand il faut. Pour cela, il nous faut rendre les systèmes d'information médicaux interopérables. La loi de modernisation de notre système de santé va nous permettre de structurer l'action des éditeurs de logiciels en santé autour de règles opposables et de terminologies partagées. La fluidité doit aussi être la règle pour les patients. J'ai déjà dit mon ambition de répondre à leur demande d'accéder aux informations qui les concernent via un « blue button » à la française : je souhaite que la conférence nationale de santé définisse dès cette année les contours que pourrait revêtir ce projet, en lien avec le DMP. L'impulsion que j'ai donnée en faveur de l'ouverture maîtrisée des données de santé doit être pérenne : je vais pour cela créer au ministère une fonction d'administrateur des données de santé, dont l'une des missions sera d'accélérer l'open data en santé. A l'issue de la réflexion engagée sur le big data, je lancerai cet automne un plan big data en santé afin d'aller plus loin encore dans la valorisation des données.

Deuxième principe, la co-innovation. Je le disais en commençant, la e-santé est la rencontre de deux mondes très différents. Les innovations qui fonctionnent sont celles qui naissent des besoins des patients, des professionnels de santé, des chercheurs. Pour comprendre ces besoins, les entrepreneurs doivent travailler à leur contact, connaître leurs attentes, apprendre de leur expertise, les impliquer dans leurs travaux. L'une des clés du succès des instituts hospitalo-universitaires comme l'institut de la vision à Paris ou l'IRCAD à Strasbourg, c'est la mise à disposition d'espaces dédiés aux start-up dans les bâtiments hospitaliers, autour d'un projet médical clairement défini. Je souhaite développer ces espaces de co-innovation à l'hôpital et en ville. J'appuierai donc le développement des living labs en santé, ces « laboratoires » reproduisant les conditions de vie réelle afin de tester des innovations. Je souhaite également lancer des appels à projets qui ouvriront le droit à des expérimentations réglementaires.

Les pouvoirs publics doivent s'ouvrir davantage à l'innovation. Les méthodes d'évaluation des produits de santé ne sont pas adaptées aux dispositifs de e-santé, dont les innovations sont rapides et dont l'efficience dépend largement de l'implication des équipes médicales. Il faut de nouveaux modèles d'évaluation adaptés à la e-santé, qui tiennent compte du retour d'expérience des utilisateurs. J'ai donc demandé à la Haute autorité de santé de s'emparer de ce sujet en lien avec le délégué à l'innovation en santé. Par ailleurs, j'ai décidé que l'évaluation des solutions e-santé serait une priorité nationale du prochain programme de recherche sur la performance du système des soins.

Troisième principe, l'agilité. C'est un terme qui, je le sais, est cher aux adeptes de la nouvelle économie. Il évoque la souplesse, la réactivité. Notre système de santé dispose de tous les atouts nécessaires, nous le voyons dans la prise en charge des urgences médicales. Le SAMU, les services d'urgences, sont des modèles d'agilité. Les rouages administratifs de notre système sont en revanche trop souvent des modèles de rigidité.

Je veux donc saisir toutes les opportunités du numérique pour rendre notre système plus souple et plus efficace. Pour cela, je renforcerai l'appui aux établissements de santé qui simplifient les démarches administratives des patients s'agissant de l'admission, de la prise de rendez-vous en ligne ou du paiement des factures. Le numérique est aussi une opportunité pour la démocratie sanitaire. Je mettrai à disposition de ses acteurs une plateforme numérique qui facilitera la consultation et la participation des usagers. Sur ce point, la conférence nationale de santé apportera également une contribution utile.

L'agilité d'une institution se mesure aussi à sa capacité à tirer parti de l'initiative et de la créativité des individus à l'extérieur : c'est le principe de Wikipédia, par exemple. Au lieu de faire seuls, faisons ensemble : c'est la démarche que je souhaite engager pour promouvoir l'évaluation des applications mobiles et des objets connectés en santé.

Enfin, quatrième principe : la sécurité. J'en termine par là mais c'est par là que tout commence. Le sens de la e-santé, c'est de permettre à nos concitoyens de mieux se protéger. La sécurité est la condition sine qua non de la confiance et de l'acceptabilité de l'innovation. Les systèmes d'information sont un élément essentiel de la continuité et de la sécurité des soins. Je souhaite que leurs responsables prennent toute la mesure de leur responsabilité dans ce domaine, et toutes les mesures nécessaires pour garantir leur fonctionnement. C'est pourquoi nous publierons un plan d'action sur la sécurisation des systèmes d'information en santé. Je sais pouvoir le construire avec le soutien et l'engagement des organisations professionnelles concernées.


Mesdames, Messieurs,

L'économie collaborative est souvent mise en avant comme l'une des transformations majeures apportées par le numérique à notre société. Le numérique facilite la coopération, la rend plus simple, plus efficace. Je souhaite que cette stratégie e-santé suive ce même principe. Un conseil stratégique sera donc installé à l'automne pour piloter la mise en œuvre de cette stratégie e-santé. Il réunira, sous le pilotage du ministère, les représentants des professionnels de santé, des usagers, des industriels, ainsi que les institutions publiques concernées.

La e-santé n'est pas seulement une formidable opportunité d'évolution, elle constitue aussi un formidable terrain d'expérimentation et d'éducation vers des nouvelles pratiques démocratiques et participatives. Continuons à la dessiner ensemble !


Je vous remercie.


Source http://social-sante.gouv.fr, le 6 juillet 2016

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