Déclaration de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, sur la non représentativité de la diversité dans les médias, Paris le 6 octobre 2015. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, sur la non représentativité de la diversité dans les médias, Paris le 6 octobre 2015.

Personnalité, fonction : KANNER Patrick.

FRANCE. Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports

Circonstances : Colloque du Conseil supérieur de l'audiovisuel sur le thème "Audiovisuel : comment mieux représenter la diversité de notre société ?" à Paris le 6 octobre 2015

ti : Mesdames, Messieurs,


Les mois qui se sont écoulés ont été durs. L'année a commencé de la plus terrible et de la plus tragique des manières.

Et malgré la mobilisation spontanée d'un grand nombre de nos compatriotes, il est clair que le choc a été profond.

Il a par ailleurs fait apparaître les fragilités de notre cohésion nationale, toute une partie de la population restant hors champ des manifestations de sympathie aux victimes des attentats.

La cohésion nationale est devenue l'enjeu n°1, et s'il est plus facile de la décréter que de la faire, il me paraît à peu près certain que ce n'est pas en parlant de race blanche que nous allons y arriver.

C'est exactement à l'opposé de ce type de propos que je me situe : je veux redoubler d'énergie pour rassembler les Français, œuvrer à l'unité des territoires et à la fraternité des esprits.

L'Insee nos dit que nous serons à 1,1% de croissance en 2015 et que le chômage va se stabiliser d'ici la fin de l'année. On sent que dans le domaine économique, les choses pourraient s'améliorer et le territoire de Saint-Quentin-en-Yvelines est un pôle d'envergure ayant de fortes potentialités.

C'est absolument nécessaire, mais ce n'est pas suffisant.

Nous devons accompagner ce mouvement pour que les quartiers qui rencontrent le plus de difficultés sociales profitent pleinement du rebond de l'économie et, par delà l'économie, que les habitants retrouvent confiance.

C'est l'objet du contrat de ville que nous signons aujourd'hui et qui s'articule autour de trois piliers :

- cohésion sociale
- cadre de vie et renouvellement urbain
- développement économique et emploi

Et de quatre axes transversaux :

- jeunesse
- égalité femme/homme
- lutte contre les discriminations
- citoyenneté et valeurs de la République

Ces axes sont absolument fondamentaux.

C'est en tout cas autour de ces quatre thématiques que je construis l'action du Ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.

La jeunesse, c'est l'évidence. C'est une manière de dire que nous n'abandonnons pas l'idée de progrès.

Que nous sommes toujours mus, collectivement, par l'idée de léguer plus, et mieux, que ce dont nous avons nous-mêmes hérité.

L'égalité des sexes est au cœur des grandes avancées démocratiques et sociétales de ces cinquante dernières années. La remise en cause du patriarcat a fait souffler un vent de liberté dans notre pays, et dans ses institutions.

Ne nous arrêtons pas. Ne cédons pas aux discours réactionnaires qui veulent faire de nos différences biologiques un préalable à l'organisation de notre société. Avec à la fin toujours le même objectif : la domination des femmes.

Je veux que les jeunes filles puissent s'épanouir pleinement chez elles et hors de chez elles, par le sport, par la culture, par l'exercice d'un métier, par l'engagement associatif.

La lutte contre les discriminations ?

Votre territoire a été pionnier en la matière ; la Communauté d'agglomération porte cette question depuis de nombreuses années.

Elle est aujourd'hui devenue une urgence devant le nombre d'injustices que subissent ceux dont le nom ou la couleur de peau s'accommodent mal avec une conception étriquée et erronée de la France.

Ces injustices sont violentes, insupportables.

Nous devons les combattre avec force, sans quoi la France restera peut-être un pays, mais ne sera plus jamais une nation.

La citoyenneté, la République ?

Nous n'avons rien inventé de mieux pour vivre ensemble.

Certes, il y a des loupés. Mais justement, ceux-là doivent nous inciter à faire mieux, pas à nous détourner.

Pour que la République fonctionne, chacun doit faire entendre sa voix.

La République sans la citoyenneté, c'est un astre mort.

La République n'est vivace que si les citoyens sont exigeants.

Je comprends qu'il puisse y avoir de la lassitude, de la déception.

Mais je lance malgré tout un appel aux Français à reprendre le chemin des urnes, à créer des associations, à pétitionner, à défiler… bref à reprendre la discussion démocratique.

Nous créons des outils pour ça, spécifiquement dans le cadre de la politique de la ville : les maisons du projet et surtout les conseils citoyens sont des occasions pour les habitants de se saisir de la transformation de leur quartier. Les communes signataires du contrat se sont engagées à mettre en place ces nouvelles instances qui devraient toutes voir le jour rapidement.

L'amélioration des relations entre les institutions et la population, notamment entre les jeunes et la police, participent de la même logique.

Il importe de susciter de nouvelles initiatives en la matière en particulier dans le cadre de la zone de sécurité prioritaire.

Voilà les enjeux majeurs que revêt ce contrat de ville.

A travers lui, la puissance publique marque sa volonté de n'abandonner personne.

Nous voulons apporter aux habitants des quartiers prioritaires la considération qu'ils méritent et les perspectives qu'ils sont en droit d'attendre.

Grâce à la politique de la ville, et contrairement à l'affirmation qui est souvent faite, des quartiers entiers ont changé de visage.

Qu'il faille faire davantage, je l'entends ; que nous n'ayons rien fait, je le réfute !

Depuis 2012, la géographie prioritaire a été redéfinie sur la base d'un critère unique et objectif : la concentration de la pauvreté. C'est un critère juste et opératoire. Il a révélé que la pauvreté pouvait se nicher dans des territoires aux profils variés.

Sur la base de cette nouvelle carte, nous allons engager, avec l'Agence nationale de renouvellement urbain, 5 milliards d'euros de subventions qui en généreront 15 de plus de travaux.

20 milliards d'euros pour les quartiers prioritaires, c'est un abandon ? Ce n'est pas ce que pensent les Français qui vivent hors de ces quartiers…

Moi, je l'assume, et je le défends politiquement. Mais qu'on ne vienne pas me dire que nous restons les bras ballants quand on investit autant d'argent pour renforcer le service public, rénover l'habitat et le cadre de vie, soutenir l'activité économique.

Oui, le développement économique qui était le grand absent du précédent plan.

Pourtant, le développement des quartiers prioritaires passe nécessairement par la reconnaissance de leurs talents et de leurs potentiels.

Tout ne peut pas venir de l'extérieur. Ce n'est ni souhaitable, ni souhaité.

Il faut donc faire avec les habitants, avec les forces vives du territoire, et c'est à leur service que la Caisse des dépôts consacrera également 400 millions d'euros pour le développement économique :

100 millions en ingénierie
250 millions d'euros pour des projets immobiliers à vocation économique ;
et 50 millions d'euros dédiés à du « soft » comme le soutien aux dispositifs de détection des porteurs de projets, ou de retour à l'emploi.

Mais je pourrai aussi citer :

- L'abaissent de la TVA à 5,5% pour faciliter l'accès à la propriété, avec un nouveau « périmétrage »,
- le financement d'un contrat starter où l'Etat prend en charge 45% du salaire et des cotisations,
- le déploiement de 250 conseillers pôle emploi supplémentaires pour accompagner les jeunes des quartiers,
- les 76 millions annuels alloués au programme de réussite éducative et renforcés suite au CIEC

Tout cela, ce n'est quand même pas rien ! Le Gouvernement est mobilisé pour les quartiers, et cela se voit concrètement.

Alors certes, je concède que l'action publique prend du temps, surtout quand il s'agit de transformer des quartiers entiers, en termes d'urbanisme, de mixité sociale, de réinvestissement des services publics, de développement économique.

Mais la volonté est là, les actes sont là, et cela doit être un motif d'espoir et de confiance.

Dans quasiment tous les quartiers où la puissance publique est intervenue, les habitants vivent mieux.

Ici même, à Trappes et dans l'agglomération de Saint-Quentin en Yvelines, à La Verrière, à Elancourt, à Guyancourt, des avancées ont été possibles grâce au premier plan de renouvellement urbain.

J'en ai vues quelques-unes ce matin.

Rien que sur Trappes, l'Agence Nationale de Renouvellement Urbain a investi 81 millions d'euros dans le précédent projet de rénovation qui était un projet de 346 millions d'euros.

Les projets de rénovation urbaine vont se poursuivre à Trappes comme au Bois de l'Etang à La Verrière avec le soutien de l'ANRU pour les prochaines années.

Et pour autant, je sais ce qu'il reste à accomplir et c'est précisément pour cela que nous avons fait le choix de réinvestir massivement de l'argent public ici.

Au seul titre de la politique de la ville, c'est 1 100 000€ que recevront les quartiers prioritaires de l'agglomération cette année.

A cela, il faut ajouter les crédits de droit commun mobilisés dans le cadre du contrat de ville : on parle de plus de 35 millions d'euros dont plus de 21 millions pour Trappes.

Cet argent, c'est celui que doit la République aux habitants d'ici. C'est la condition de l'égalité dont notre pays a fait sa valeur cardinale.

A ceux qui ont moins, nous donnons plus, c'est la base de la justice.

Mais la République, c'est aussi la fraternité et la laïcité.

Et sur ce point, je refuse de transiger.

Autant, je l'ai dit, la parole des citoyens, même quand elles s‘apparente à la critique, à l'interpellation, je considère que c'est une bonne chose.

Autant le repli communautaire, l'attrait pour les discours radicaux, haineux, la prolifération des thèses complotistes, tout cela est strictement incompatible avec la République.

La laïcité n'est pas là pour brimer la religion et encore moins une religion.

Nous devons sensibiliser la population à ces questions et former les agents en charge du service public en proximité.

L'enjeu, c'est le respect.

Oui, nous devons nous rassembler, et pour cela nous devons d'abord nous respecter.

Le respect, c'est le respect de la croyance et modes de vie des autres.

La laïcité n'est pas une valeur galvaudée, ce n'est pas le cheval de Troie de je-ne-sais-quelle stigmatisation.

C'est la condition sine qua non d'une vie collective harmonieuse.

Le respect, c'est le respect de nos principes collectifs fondamentaux, je les ai rappelés : l'égalité, notamment l'égalité des sexes, la liberté, le respect de la personne humaine, le refus de l'antisémitisme.

Le respect, c'est aussi une exigence qui s'impose aux politiques.

Respect dans les termes choisis, dans les idées véhiculées, dans la manière de s'exprimer.

Et enfin, respect de la parole donnée.

En signant aujourd'hui ce contrat, qui a fait l'objet d'une large concertation, nous mettons nos mots dans le marbre pour que la vie des habitants des quartiers de l'agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines s'améliore concrètement.

C'est dans le respect que nous pourrons retrouver l'envie d'imaginer notre avenir ensemble.


Source http://www.patrickkanner.fr, le 6 juillet 2016

Rechercher