Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d’État à l'aide aux victimes, à iTélé le 19 juillet 2016, sur l'hommage aux victimes de l'attentat de Nice et le processus de leur prise en charge. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d’État à l'aide aux victimes, à iTélé le 19 juillet 2016, sur l'hommage aux victimes de l'attentat de Nice et le processus de leur prise en charge.

Personnalité, fonction : MEADEL Juliette.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes

ti : ALICE DARFEUILLE
Notre invitée nous a rejoints sur ce plateau. Juliette MEADEL, bonjour.

JULIETTE MEADEL
Bonjour.

ALICE DARFEUILLE
Vous êtes Secrétaire d'Etat en charge de l'aide aux victimes, une fonction qui avait d'ailleurs été créée au lendemain des attentats du mois de novembre qui ont frappé Paris. Avant de revenir sur votre rôle crucial en ces jours extrêmement difficiles qui commencent, une image tout de même. On va revenir sur ce qui s'est passé hier à Nice ; vous étiez aux côtés de Manuel VALLS sur la promenade des Anglais lors de l'hommage aux victimes. Des huées, des appels à la démission ont marqué le passage du cortège officiel. On ne peut pas faire abstraction de cette séquence. On a le sentiment cette fois, Juliette MEADEL, que la colère prend le dessus sur la peine.

JULIETTE MEADEL
Je crois que c'était évidemment des sifflets qui n'avaient pas lieu d'être, qui portent atteinte - et je l'ai particulièrement mal ressenti – qui portent aussi atteinte à la dignité et à la mémoire de ceux qui sont décédés et aux proches des victimes, donc c'était plus que déplacé. Ce que je veux aussi dire, c'est que retenons aussi quand même ce mouvement de solidarité dans la ville de Nice, ces taxis qui se sont mis à la disposition des victimes pour les acheminer gratuitement d'un endroit à l'autre, ce mouvement de solidarité avec tous ceux qui ont aussi apporté une fleur, un geste. Il y avait des petites peluches qui ont été déposées sur un lieu de recueillement. Et on sent quand même que, par-delà ces sifflets qui étaient l'objet d'une minorité mais qui étaient honteux, il y a beaucoup plus globalement un mouvement de solidarité et une peine qui est naturellement partagée par chacun d'entre nous.

ALICE DARFEUILLE
Vous avez passé plusieurs jours à Nice j'imagine au chevet des victimes et des survivants. Qu'est-ce qui vous a marqué le plus dans les échanges que vous avez pu avoir avec toutes ces personnes ?

JULIETTE MEADEL
Précisément une grande dignité et une grande retenue. Aucune des victimes et des proches – par exemple, j'ai rencontré un couple qui avait perdu un proche, un jeune, leur enfant – pas d'agressivité, pas de haine, pas de colère. De la retenue, de la dignité.

ALICE DARFEUILLE
De la sidération aussi ?

JULIETTE MEADEL
De la sidération bien sûr, comme nous tous, mais d'abord j'ai été frappée par leur immense courage et le souhait d'être évidemment accompagnés dans les heures et dans les jours qui viennent. Parce que vous voyez, là maintenant, tout le monde est présent ; moi mon travail, c'est le jour d'après. C'est-à-dire que là, ce sont ces semaines, ces mois pendant lesquels les victimes ont aussi besoin de se sentir accompagnées parce qu'elles vont entreprendre un certain nombre de démarches, et puis l'Etat est là et ne les abandonnera pas.

THOMAS LEQUERTIER
Justement ce processus de prise en charge des victimes qui a été parfois, disons-le, un peu critiqué, on en est où aujourd'hui très précisément ?

JULIETTE MEADEL
Dès la survenance de l'attentat, ce qu'il faut bien voir et bien comprendre c'est que nous avons déclenché la cellule interministérielle d'aide aux victimes. Qu'est-ce que c'est ? C'est une cellule qui met en place un numéro d'appel unique qui a été mis en avant une heure et demie seulement après le drame, et ce numéro de téléphone, tout un chacun peut l'appeler pour avoir des informations sur : j'ai perdu mon frère, je ne le vois plus, j'étais avec lui, je ne sais pas où il est. Ou : comment ça va se passer, à quel endroit on peut aller. Donc ce numéro de téléphone, il a été mis en place au bout d'une heure et demie et il a fonctionné. Qu'est-ce que ça signifie ? Ça signifie aussi que tout de suite, j'ai veillé à ce que soit envoyée à Nice toute une équipe qui est la CIAV projetée, qui fait ce même travail de coordination à Nice pour rassembler toute l'information dont les victimes ont besoin et qui, deuxièmement, ouvre ce qu'on appelle un centre d'accueil des familles. C'était à la Maison des victimes en plein coeur de Nice, il est toujours ouvert, et c'est un lieu où se trouvent la Croix Rouge, des associations, des bénévoles, des aides psychologiques, des psychiatres, également la police judiciaire, et tous ceux qui vont aider les proches de victimes à retrouver un des leurs, mais aussi à commencer toutes les démarches qu'elles vont devoir réaliser pour être indemnisées.

ALICE DARFEUILLE
Est-ce que toutes les victimes ont été identifiées à ce jour ?

JULIETTE MEADEL
C'est en cours. Le procureur de la République est en train de le faire. Vous savez, c'est un processus qui est hélas beaucoup trop long pour les victimes mais qui est indispensable parce qu'il fait l'objet d'une analyse de preuves scientifiques. Il ne faut surtout pas s'imaginer que ça se fait en deux minutes. C'est la raison pour laquelle le procureur a veillé à l'accélération de ces processus d'identification. Comprenons bien les choses : pour identifier quelqu'un qui est disparu, il vous faut des informations sur le disparu que ne peuvent vous donner que les proches des victimes. Par exemple, on va apporter une brosse à dents concrètement avec de quoi identifier l'ADN. Et il vous faut, deuxièmement, des éléments biologiques qui relèvent des prélèvements sur les corps qui ont été réalisés par la police technique et scientifique. C'est le fait de rassembler ces éléments qui permet l'identification. Je prends un peu le temps de l'expliquer parce que je veux bien que nos téléspectateurs comprennent que l'identification d'un corps sur une telle scène de crime est complexe et qu'elle doit donc permettre de ne pas se tromper. La vérité est indispensable ; l'attente, c'est le prix de la vérité.

ALICE DARFEUILLE
Juliette MEADEL, vous venez de nous expliquer aussi très précisément tout ce qui a été mis en place et déclenché juste après l'attentat, une heure et demie donc après l'attentat. Est-ce que vous êtes en mesure de nous dire aujourd'hui combien de personnes ont été prises en charge ?

JULIETTE MEADEL
Aujourd'hui, l'ensemble des chiffres n'ont pas été… Comment dirais-je ? On n'a pas le chiffre global, pourquoi ? Parce que ça continue.

ALICE DARFEUILLE
D'autres personnes continuent à se signaler ?

JULIETTE MEADEL
Bien sûr, bien sûr. Parce qu'à l'heure où je vous parle, il y a des personnes par exemple qui étaient sur le lieu de l'attentat, qui ont été par exemple frôlées par le camion, qui sont choquées psychologiquement mais qui n'ont pas encore eu les manifestations de ce choc post-traumatique. Je me souviens de ce qui s'est passé pour le 13 novembre : peut-être trois à quatre mois après le 13 novembre, il y avait des victimes qui, d'un coup, ne pouvaient plus dormir la nuit, qui étaient sidérées, qui étaient en état de choc post-traumatique caractérisé par les psychiatres. Ça, ça vient après.

ALICE DARFEUILLE
Donc même si on n'a pas été blessé physiquement mais qu'on était sur les lieux, sur la promenade des Anglais ce soir-là – il y avait un peu plus de 30 000 personnes – on est considéré comme victime ?

JULIETTE MEADEL
Quand on est en face d'une menace et qu'on peut être tué, c'est-à-dire qu'on est soumis à ce risque-là ; quand on est sidéré par ce risque de mort – par exemple, c'est un terroriste qui pointe son fusil sur vous ou quand vous êtes frôlé par le camion, effectivement vous avez ce qu'on appelle vu la mort en face. Les psychiatres expliquent bien que quand on voit la mort en face, on est potentiellement en état de choc post-traumatique. Après, ça se justifie par des certificats médicaux naturellement. Mais donc pour vous répondre, il peut y avoir des victimes qui soient qualifiées de victimes en choc post-traumatique plusieurs semaines après la survenance de l'attentat.

ALICE DARFEUILLE
Les indemnisations vont commencer à être versées à la fin de la semaine, c'est bien ça ?

JULIETTE MEADEL
Les premières provisions sur les indemnisations qui sont destinées à faire face aux dépenses urgentes.

ALICE DARFEUILLE
Justement, il y a un fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions qui est donc censé assurer le versement de ces indemnisations. Selon nos confrères de RTL – c'est une information qui es tombée il y a quelques minutes, donc ça tombe très bien que vous soyez sur ce plateau – ce fonds de garantie serait en banqueroute. Qu'est-ce que vous répondez à cette information ?

JULIETTE MEADEL
Le fonds de garantie est aujourd'hui doté de 1,3 milliard de réserve. Donc nous avons fait face aux dépenses des attentats de novembre qui s'élevaient à 350 millions d'euros, et pour le moment le fonds de garantie permet de faire face par exemple aux premières dépenses qui sont les provisions. Dans l'avenir, qu'on soit bien clair, l'Etat sera toujours aux côtés des victimes pour les indemniser. Le principe en France, c'est l'indemnisation intégrale du préjudice. On est l'un des rares pays à le faire. Ce principe ne sera pas remis en question, donc le préjudice sera intégralement remboursé et l'Etat sera toujours présent.

ALICE DARFEUILLE
Donc cette information est fausse ?

JULIETTE MEADEL
L'Etat sera toujours présent pour faire face aux dépenses des victimes pour indemniser les victimes d'attentats terroristes.

ALICE DARFEUILLE
Donc même si ce fonds se retrouve en banqueroute, il sera sans cesse alimenté par l'Etat ?

JULIETTE MEADEL
Ce fonds n'est pas en banqueroute.

ALICE DARFEUILLE
Ce fonds n'est pas en banqueroute ?

JULIETTE MEADEL
Ce fonds n'est pas en banqueroute.

ALICE DARFEUILLE
Donc il y aura suffisamment d'argent pour toutes les victimes des attentats de Nice.

JULIETTE MEADEL
Le fonds sera en mesure et sera toujours en mesure d'indemniser le préjudice des victimes d'attentats terroristes.

ALICE DARFEUILLE
Merci beaucoup, Juliette MEADEL, d'avoir été sur ce plateau avec nous.

JULIETTE MEADEL
Merci à vous.


Source : Service d'information du gouvernement, le 20 juillet 2016

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