Interview de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports à France-Inter le 11 juillet 2016, sur l'Euro 2016 et la sécurité des compétitions sportives. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports à France-Inter le 11 juillet 2016, sur l'Euro 2016 et la sécurité des compétitions sportives.

Personnalité, fonction : KANNER Patrick.

FRANCE. Ministre de la ville, de la jeunesse et des sports

ti :


HELENE ROUSSEL
Avec nous en studio jusqu'à 9H00 le ministre de la Jeunesse et des Sports, Patrick KANNER bonjour.

PATRICK KANNER
Bonjour.

HELENE ROUSSEL
Pas trop difficile le réveil ce matin ?

PATRICK KANNER
La nuit a été courte, un peu de gueule de bois, et je me mets à la place, et je m'y mets d'ailleurs moi-même, de tous les Français qui attendaient autre chose hier soir, mais voilà. La fête a été quand même très très belle et ne retenons que cela, un pays rassemblé autour de son équipe, une union sacrée de la Nation autour des Bleus, c'était quand même un beau parcours. N'oublions jamais quand même qu'au début de la compétition on espérait que la France soit en demi-finales, elle a été plus loin, et naturellement la dernière marche est toujours la plus compliquée.

HELENE ROUSSEL
C'est bon pour le moral, c'est ça ?

PATRICK KANNER
C'est bon pour le moral, oui. Je crois que le bilan qui sera tiré de cet Euro sera un bilan très positif, à tous les niveaux. Sur le plan sportif, bien sûr une petite déception, mais, sur le plan économique, sur le plan médiatique, sur le plan de l'organisation, et notamment de la sécurité, pari réussi, engagement tenu.

HELENE ROUSSEL
Alors c'est vrai que les fan zones, on peut le rappeler d'ailleurs, la droite l'avait beaucoup critiqué au début et même avant l'Euro, vous avez tenu bon. Quelques incidents quand même hier soir, une quarantaine d'interpellations à Paris, à Nantes, à Lyon.

PATRICK KANNER
Oui, en marge des fan zones essentiellement, puisqu'elles étaient pleines 2 heures avant le match et donc il y a eu quelques mécontents qui ont essayé de forcer, mais ce qui montre bien d'ailleurs que les fan zones étaient des outils extrêmement sécurisés, c'était l'objectif. Et moi je tiens à en profiter pour remercier nos forces de l'ordre, le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE, qui a tenu, parce que c'est vrai qu'après le 13 novembre on pouvait s'interroger légitimement. Mais on a fait, non pas un pari risqué, parce que tout avait été sécurisé, comme jamais un événement sportif n'aura été sécurisé, et ceux qui sont venus dans les fan zones, je crois qu'on sera autour de 4 millions de personnes, eh bien ont pu faire la fête comme s'ils étaient dans le match et comme s'ils étaient sur les stades, donc c'est formidable. Et les polémiques, des grincheux, des cassandres, sont derrière nous. Moi je regrette qu'on ait voulu instrumentaliser l'Euro au travers des fan zones, et je le dis d'autant plus qu'Alain JUPPE, qui était le patron des villes hôtes, a marqué tout son attachement à l'organisation de cette manifestation, par les villes, au travers des fan zones.

HELENE ROUSSEL
90.000 agents déployés pour cet événement, c'est le plus gros dispositif jamais vu à ce niveau-là.

PATRICK KANNER
Il le fallait, on a pris nos responsabilités, 77.000 agents de police, gendarmes, donc forces publiques, et puis le reste en agents de sécurité privés, une organisation hors normes pour un événement hors norme et qui montre que la France est capable de cela. Donc, il y a le sport, et naturellement j'ai une petite amertume, et puis il y a le reste, et le ministre des Sports est quand même très très heureux que notre pays a tenu malgré un contexte très difficile, qui a été rappelé tout à l'heure. C'est vrai qu'il y a cinq ou six semaines il y avait les pénuries d'essence, les inondations, les grèves, tout ceci a été une réalité, et maintenant le pays regarde devant lui.

HELENE ROUSSEL
Vous parliez même de guérilla syndicale, vous aviez peur que les grévistes gâchent la fête. Verdict.

PATRICK KANNER
Oui, ça n'a pas été le cas, et à votre micro j'avais appelé à la responsabilité de chacun, et je crois que notre pays a su se ressouder autour des Bleus, c'est formidable. Finalement, la victoire des Bleus c'est le pays qui les soutient, même si la victoire sportive n'est pas tout à fait au rendez-vous.

HELENE ROUSSEL
Vous parlez de sentiment, un peu d'appartenance, comme ça, sentiment d'union nationale, vous croyez que tous ceux qui ont chanté « La Marseillaise » ces derniers jours iront voter ?

PATRICK KANNER
J'espère. Ils voteront pour qui ils voudront. En tout cas le pays a montré sa force, y compris vis-à-vis des pays étrangers. Dans cette période de Brexit, qui a été évoquée il y a un instant à votre micro, l'Europe a du sens, moi tous ces éléments de fraternité qui se sont déroulés ça doit inciter, à mon avis, les Français à considérer que finalement ils vivent dans un beau pays et qu'ils doivent se projeter dans ce beau pays. Faire l'Euro ce n'était pas évident, c'était un pari en 2010, nous l'avons réalisé cette année et avec, je crois, l'idée simplement que la fierté doit l'emporter peut-être sur toutes formations de considération.

HELENE ROUSSEL
Est-ce que vous avez un regret à propos de l'UEFA qui ne paiera pas d'impôt, qui quand même, au niveau de ses revenus, a à peu engrangé 2 milliards, je crois, avec cet Euro,

PATRICK KANNER
Aucun regret, tout d'abord parce que c'était dans le cahier des charges et que nous avons respecté le cahier des charges, la décision d'un gouvernement précédent. Et puis si nous n'avions pas accepté cette mesure fiscale, nous n'aurions pas eu l'Euro, donc je ne serai pas à votre micro ce matin, il faut être très clair. Et puis moi je n'oublie pas non plus que…

HELENE ROUSSEL
Il faut faire des concessions.

PATRICK KANNER
L'UEFA va redistribuer une très très grande partie de ces bénéfices aux clubs, aux fédérations, aux 54 fédérations qui composent l'UEFA, et je n'oublie pas non plus que l'Euro c'est, on le verra dans quelques semaines, dans quelques mois, c'est au moins 1 milliard d'activités économiques supplémentaire, qui font l'objet de recettes de TVA et qui compenseront très largement, finalement, ce « rescrit fiscal », pour reprendre un terme technique, qui a été accordé à l'UEFA. Non, n'ayons aucun regret. Et puis si on n'avait pas eu l'Euro on n'aurait pas rénové nos stades, et puis si on n'avait pas rénové nos stades, peut-être qu'on ne serait pas en train de vouloir candidater pour 2024. Il y a une spirale positive, et moi je me place dans cet esprit-là.

HELENE ROUSSEL
Les retombées économiques sont aussi touristiques j'imagine.

PATRICK KANNER
Oui, et puis n'oubliez pas que le 13 novembre nous avons connu une chute terrible, à partir du 13 novembre, de touristes, là les touristes sont revenus pour l'événement, mais comme ils sont revenus en toute sécurité, on peut espérer que l'Euro aussi va être un booster pour le tourisme dans notre pays puisque l'image de la France, même si malheureusement la menace terroriste existe toujours, il ne faut pas le nier. L'image de la France montre que c'est une image d'un pays qui a la tête haute et qui est capable d'accueillir au moins 3 ou 4 millions de visiteurs étrangers, manifestement.

HELENE ROUSSEL
On reviendra sur l'angle sportif de cet Euro tout à l'heure avec Jacques VENDROUX et Alain GIRESSE, mais Patrick KANNER, vous êtes aussi ministre de la Jeunesse, vous diriez quoi au jeune ministre Emmanuel MACRON qui tient son premier meeting demain soir pour son mouvement « En Marche » ?

PATRICK KANNER
Il faut jouer collectif. Je n'ai jamais cru aux aventures individuelles, et je ne sais pas ce que dira Emmanuel, demain, en tant que tel. Il est ministre d'un gouvernement, il a toute sa place, il doit agir pour que la réussite soit collective, et en plus elle commence à poindre cette réussite collective sur le plan économique, et il y a contribué, et je l'en remercie comme tous les Français peuvent le remercier. Après, s'il décide d'engager une candidature, parce que c'est bien ça le sens de votre question, demain ou à d'autres moments, eh bien s'il le décide, il prendra ses responsabilités, et dans ces cas-là il ne pourra plus rester dans le collectif gouvernemental.

HELENE ROUSSEL
Patrick KANNER, ministre des Sports et de la Jeunesse.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 juillet 2016

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