Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur la coopération culturelle, à Paris le 18 juillet 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur la coopération culturelle, à Paris le 18 juillet 2016.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Clôture des Journées du réseau de coopération et d'action culturelle, à Paris le 18 juillet 2016

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Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

Je sais que vous avez beaucoup travaillé et je voudrais d'abord vous remercier.

Nous sommes réunis ce soir dans des circonstances particulièrement douloureuses pour notre pays dont l'onde de choc se ressent partout dans le monde. Beaucoup d'entre vous, qui êtes parfois loin dans les postes, vous le savez. La France a recueilli des messages de grande solidarité, beaucoup d'affection et on voit bien que, quand la France est touchée, c'est au-delà de la France. C'est ce que nous représentons dans le monde, nos valeurs, les idéaux et chacun tient à manifester, comme c'était le cas encore tout à l'heure à Bruxelles, au conseil européen des affaires étrangères.

J'ai tenu, malgré tout, à m'adresser à vous, comme j'ai souhaité me rendre hier matin aux Ateliers de l'Institut français à la grande Halle de La Villette, car votre action est plus que jamais essentielle, j'en suis profondément convaincu.

Vous effectuez un travail de terrain et vous le faites au service de la France, Dans le domaine du développement, des échanges culturels, de l'éducation et de la recherche, vous effectuez un travail de terrain, au service de notre pays, parfois difficile, toujours exigeant. Vous êtes les relais de notre influence et les acteurs du dialogue entre la France et le monde.

Nous sommes engagés dans une lutte contre le terrorisme et l'obscurantisme, avec tous les moyens à notre disposition. Demain et jusqu'à la fin de la semaine, après l'adoption par le conseil des ministres du projet de loi de prorogation de l'état d'urgence, le parlement se prononcera sur des mesures complémentaires pour faire face.

Nous le faisons aussi par notre action diplomatique et militaire, notre renseignement et nos efforts de lutte contre la radicalisation. Mais aussi, et c'est plus nécessaire que jamais, par notre politique d'influence en travaillant avec acharnement au rapprochement des cultures, au dialogue entre les cultures autant qu'il est possible. Et surtout, en mettant toute notre énergie, notre intelligence et notre coeur contre les stéréotypes, contre le repli sur soi ; tout cela nous guette. Je ne sais pas s'il est heureux d'employer cette expression, la «daechisation» des esprits, c'est-à-dire de faire reculer tous les idéaux des lumières, faire reculer tout ce qui permet aussi à des hommes et des femmes d'horizons et de religions divers ou de philosophies diverses de se retrouver, de vivre ensemble, de partager des idéaux.

Vous êtes vous-mêmes aussi sur ces questions, même si vous pouvez avoir le sentiment que votre action est modeste. Vous êtes en première ligne.

Cette journée avait pour objectif de permettre une réflexion entre nos enjeux politiques et notre action d'influence.

Ce matin, Christian Masset et Anne-Marie Descôtes ont évoqué la modernisation du ministère et l'évolution de vos métiers. Ils ont abordé en détail les défis majeurs que notre diplomatie doit aujourd'hui sans cesse relever.

Vous avez aussi participé à des ateliers, échangé avec les opérateurs et nos principaux partenaires. Je tenais à ce que cette journée vous donne l'occasion de partager vos expériences et de présenter vos projets. J'ai également souhaité que vous puissiez vous réunir par régions afin de vous permettre de vous coordonner. Vos discussions ont été, je crois, de grande qualité et quelques enseignements peuvent en être tirés - j'y reviendrai dans un instant.

Mais ce soir je voudrais d'abord vous parler de l'Europe. L'Union européenne, il faut en être conscient, vit un moment difficile : le peuple britannique, par son vote, a décidé la sortie de l'Union européenne et cette décision met sévèrement l'Union à l'épreuve. La France le regrette, mais elle respecte le choix souverain du peuple britannique que nous devons respecter.

Pour regrettable qu'elle soit, la crise née du référendum britannique doit nous obliger et ne pas nous laisser aller à baisser les bras par rapport à ce que représente l'Europe. Même si cela peut être l'occasion de faire preuve d'audace et d'initiative, alors faisons-le.

Qu'est ce qui nous rassemble ? Qu'est ce qui nous a rassemblés ? Que voulons-nous que soit l'Europe de demain, cette Europe qui n'a jamais été une réalité intangible et définitive - elle est fragile - mais toujours un processus, une volonté, une ambition.

Vous en avez parlé, je le sais, au cours de vos travaux : nous sommes dans un monde incertain, et vous qui travaillez dans le monde entier, vous observez évidemment et vous vivez cette incertitude. En même temps, ce qui est frappant, c'est que plus on s'éloigne - c'est souvent le cas vis-à-vis de la France ; je le dis souvent dans mes interventions lorsque je reçois la communauté française dans mes déplacements - plus on est loin et plus on va à l'essentiel de ce que représente notre pays. On relativise donc certaines choses et, parfois, certaines de nos querelles.

C'est également vrai pour l'Europe. J'étais à Oulan Bator quand j'ai appris ce terrible drame de Nice, j'arrivais tout juste. Il y avait là-bas ce sommet Europe-Asie. L'Asie regarde l'Europe, souvent d'ailleurs avec envie, comme une construction intelligente de peuples qui se sont faits la guerre, qui se sont détruits et qui ont été aussi loin qu'il était imaginable au cours du XIXe mais aussi du XXe siècle, héritiers d'autres histoires passées.

Nous avons été capables de construire, à partir des années 1950, en tirant toutes ces leçons, une construction politique unique au monde. Soyons conscients de cette force, de cette richesse, et de cette crise. Essayons de faire un bien pour l'avenir de l'Europe.

Je disais que vous en aviez parlé, parce que l'Union européenne demeure le cadre indispensable pour assurer la liberté, la prospérité et la sécurité de notre continent et pour contribuer à la paix et à la stabilité dans le monde. C'est la raison pour laquelle le président de la République a proposé de donner une nouvelle impulsion au projet européen. Dans cet esprit, il nous faut travailler à ce que l'Union européenne apporte des réponses concrètes aux aspirations de nos concitoyens à la sécurité, à la prospérité, à l'emploi et à de nouveaux projets.

Dans ce nouvel élan, la culture a un rôle majeur à jouer. C'est une conviction : l'avenir du continent et du projet européen passera en grande partie par sa capacité à mobiliser sa jeunesse, à promouvoir ses valeurs humanistes, son potentiel créatif, son potentiel d'enrichissement mutuel, en un mot sa culture.

Il est donc urgent d'élaborer une stratégie en faveur d'une politique culturelle ambitieuse pour l'Europe. La Commission européenne et la Haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ont récemment présenté - le 8 juin 2016 - les grandes lignes de ce que pourrait être une action culturelle européenne où les acteurs, les institutions, les moyens, seraient mieux coordonnés. Il nous faut enrichir ce projet, rendre concrète cette ambition à l'extérieur, mais également à l'intérieur de l'UE en nous donnant pour objectif de promouvoir l'échange et la participation de tous à la création, à la circulation et à l'accès à la culture.

Une Europe unie dans sa diversité, attentive à sa jeunesse, capable de proposer un projet entraînant, fédérateur comme Erasmus. Pour beaucoup de jeunes étudiants, Erasmus est une incarnation concrète de l'Europe qui a su incarner, à un moment de son histoire, une certaine idée de l'Europe de l'éducation. Il faut aller plus loin, il faut que tous les jeunes puissent se sentir concernés par cette mobilité et par cette capacité à apprendre les uns des autres, notamment dans le milieu professionnel en apprenant la langue des autres et la façon de vivre des autres, en remarquant nos différences mais aussi que nous avons tant en commun.

Oui, c'est une vraie ambition que nous devons mettre en oeuvre. Vous me direz que dans les grandes politiques de l'Union européenne, la culture a une petite place. Mais là, on ne parle pas que de budget, on parle de politique, de stratégie, d'ambition, y compris dimanche matin. Je sais que les ateliers avaient à la manière d'aller vers de nouveaux publics, sans être dans la routine ou l'habitude. Comment ne pas être au second rang par rapport à une jeunesse qui souvent est en avant-garde par l'innovation culturelle qui est déjà imprégnée de la culture du numérique et qui est capable d'inventer et de créer des choses et des formes nouvelles. Il faut donc que nous soyons nous-mêmes en phase, dynamiques, ouverts, à l'écoute, innovants et audacieux.

Vous devez également orienter les actions de nos opérateurs nationaux - l'AFD, Expertise France, mais aussi l'IRD et le CIRAD - et celles des bailleurs européens et multilatéraux. Enfin, comme ce fut le cas en amont de la COP21, vos analyses des enjeux et des positions de nos partenaires, vos initiatives pour faire émerger des partenariats constituent un appui déterminant à cette nouvelle ambition de la France pour le développement.

Le second volet de votre action, c'est la promotion de l'influence de la France à travers sa langue, sa coopération universitaire et scientifique, sa culture.

Je souhaite tout d'abord remercier l'Institut français, Monsieur le Président, Madame la Déléguée générale, pour l'organisation ce weekend, dans un contexte difficile, de ses Ateliers. Plus de 500 professionnels se sont retrouvés et ont permis d'aborder en détail les multiples facettes de notre diplomatie culturelle.

Dans tous les champs de la culture, qu'il s'agisse de la danse ou du théâtre, de la littérature ou du débat d'idées, de la recherche ou de l'innovation, du cinéma ou de la langue française, notre pays est attendu. Cette attente, dont vous pouvez témoigner, vous qui partout dans le monde êtes au contact avec les sociétés civiles, nous n'avons pas le droit de la décevoir.

Ce que l'on attend de la France aujourd'hui, ce n'est pas simplement qu'elle exporte ses artistes, ses intellectuels ou ses savoir-faire, mais c'est qu'elle inscrive son action dans le dialogue des cultures, qu'elle fasse entendre sa voix sur la scène internationale.

Je ne prendrai que deux exemples, parmi les centaines d'initiatives qui fleurissent partout dans notre réseau et font honneur à notre pays.

Parce que ce ministère est pleinement conscient des bouleversements du monde, la promotion du débat d'idées est devenue l'une des priorités de la diplomatie culturelle. Elle permet de faire entendre les voix françaises et francophones d'intellectuels, de chercheurs, d'artistes et de citoyens engagés. Les colloques et rencontres que vous avez organisés de Berlin à Buenos Aires, de Rabat à Tokyo, ont montré ce à quoi aspirent nos sociétés : mieux comprendre les enjeux du monde, partager des expériences, s'engager dans l'action collective. Je ne peux évidemment pas citer tous les événements dont vous avez été les initiateurs, je sais combien ils sont nombreux, mais je pense notamment au cycle régional de rencontres sur le thème «Migrations, frontières et identités en Europe» organisé par les ambassades à Prague, Vienne et Budapest.

Par la valorisation du dialogue et de l'esprit critique, par la promotion constante des valeurs d'ouverture, de tolérance et d'humanisme, par la diffusion de la pensée et des savoirs et par les échanges artistiques, nous pouvons lutter contre radicalisation et obscurantisme. Une grande nuit des idées sera organisée, partout dans le monde, le 26 janvier prochain. Je vous invite à y participer activement d'ores et déjà, de préparer cet événement qui sera, j'en suis sûr, un bel événement après celui qui avait eu lieu à Paris, mais partout dans le monde.

Il est également essentiel que nous soyons mobilisés aux côtés des pays qui subissent, comme nous, la violence du terrorisme. La culture permet d'amortir les conséquences dramatiques des crises les plus violentes. Je pense aux sociétés à reconstruire après les conflits ou à l'accueil et à l'insertion des réfugiés.

Ce ministère, et tout son réseau, s'engage pour la poursuite de la coopération archéologique et la préservation du patrimoine de Syrie et d'Irak mais également de bien d'autres zones de conflit. Il s'agit de réagir aux crises, bien sûr, mais également de construire l'avenir : en se mobilisant par exemple pour l'accueil d'étudiants syriens afin de former la future génération de professionnels du patrimoine et de l'archéologie ; en soutenant la collecte des données sur des sites patrimoniaux et archéologiques en vue de leur sauvegarde ou du patrimoine culturel immatériel des populations réfugiées ayant fui les conflits ; en donnant aux missions archéologiques françaises les moyens de continuer leur travail dans des contextes difficiles.

Le ministère est impliqué dans l'organisation de la conférence internationale sur le patrimoine culturel en péril voulue par le président de la République et qui se tiendra à Abou Dabi en décembre prochain. Cette conférence permettra de réunir les pays, les grands musées et institutions culturelles, les fondations et les mécènes en faveur d'une initiative qui, j'en suis sûr, fera date. Tout notre réseau sera mobilisé afin d'en faire un succès.

Pour répondre plus efficacement à vos besoins dans les champs de l'influence et du développement, ce ministère a engagé depuis quelques années d'importantes réformes.

Il s'est réorganisé pour s'adapter à son périmètre élargi. La Direction générale de la mondialisation, de la culture, de l'enseignement et du développement international a été remodelée au 1er janvier pour mieux définir et mettre en oeuvre l'action de la France dans ces domaines.

Cet organigramme est cohérent, je crois, avec le nouvel agenda du développement. Il reflète également la place importante de la culture dans notre politique d'influence et la volonté d'un travail plus étroit avec tout le réseau. Je profite de cette occasion pour remercier tous les agents de votre direction, Madame Descôtes, qui ont mené à bien cette réforme - et ce n'est pas facile de réformer, je le sais par expérience, il faut du temps, de la patience mais il faut aussi expliquer, il faut aussi beaucoup dialoguer et, après, décider et faire. C'est ce que vous faites. Donc, tous ceux qui y contribuent, qui ont conçu, qui ont mis en oeuvre, mais aussi les acteurs, je les associe tous et je les remercie, parce que c'est comme cela que nous pourrons pérenniser notre action et la rendre toujours aussi efficace et attractive.

Nos outils de coopération évoluent et nos opérateurs ont des objectifs clairs et qui correspondent à nos objectifs et à nos priorités. Là aussi, nous mettons ainsi en oeuvre une réforme de l'expertise technique internationale avec Expertise France. Nous transférons les projets bilatéraux de coopération en matière de développement à l'Agence française de développement, tandis que le Fonds de solidarité prioritaire est simplifié et devient le Fonds de soutien aux projets innovants.

Je voudrais à cet égard saluer la qualité de la coopération des opérateurs et des partenaires du ministère, dont la présence et l'action sur le terrain sont indispensables à l'influence de notre pays. Je les rencontre à chaque fois que je me déplace et je salue d'ailleurs la signature récente des contrats d'objectifs et de moyens de plusieurs de nos opérateurs, le dernier en date, l'AEFE, le 29 juin dernier. Je me réjouis également de la réforme de l'Agence française de développement qui a pour but de renforcer notre politique de solidarité internationale et les moyens que la France lui consacrera grâce à la mise en réseau de tous les acteurs du développement et le rapprochement avec la Caisse des dépôts.

Un ministère organisé, des opérateurs aux missions clarifiées : je crois que nous avons bien avancé. Mais nous devons poursuivre ces efforts d'adaptation.

Les travaux d'aujourd'hui ont permis d'explorer des pistes pour que notre réseau soit encore plus dynamique.

Un mot d'abord sur la cartographie de ce réseau. Je sais qu'il a beaucoup été question ces derniers mois des fermetures d'Instituts dans le monde. Là aussi, soyons clairs : le réseau évolue, il s'adapte, il n'est pas statique mais il ne renonce pas et il ne disparaît pas, au contraire. Il suit les évolutions du monde. Nous devons parfois nous séparer de bâtiments symboliques, je le dis, je l'espère le plus rarement possible mais quand ils sont si inadaptés aux ambitions de notre diplomatie culturelle, alors il faut savoir le décider. Mais je comprends bien et j'y suis attentif - j'ai encore eu des échanges avec des postes et j'ai écouté leurs arguments, il n'était pas nécessaire d'avoir une politique systématique lorsque l'on peut trouver une autre solution et conserver, faisons-le. Parce que je connais la sensibilité, je connais l'attachement à des lieux symboliques, et cela compte, mais il s'agit de bien utiliser l'argent public et lorsqu'une décision est prise, il faut l'assumer courageusement et surtout être capable de l'expliquer.

En tout cas, sachez qu'il n'y a aucune volonté - ce n'est pas mon état d'esprit du tout - de brader en quoi que ce soit notre patrimoine. Il faut raisonner, là aussi, avec intelligence, en transparence, dans les conditions contraintes que nous connaissons. Concernant les lieux, quels qu'ils soient, qu'ils soient anciens, du patrimoine, ou qu'ils soient plus récents, ces lieux doivent être vivants, habités, ouverts. Il faut inventer, en tenant compte des enjeux aussi de sécurité, les conditions d'une action culturelle et éducative renouvelée. Ce ministère est donc à vos côtés, où que vous soyez, pour réfléchir avec vous à la meilleure façon d'affirmer la présence de notre pays partout dans le monde. C'est une grande ambition de garder ce cap et j'y tiens.

Le réseau évolue, donc, mais les métiers de la coopération culturelle eux-mêmes se sont transformés : ils sont sans doute peut-être plus politiques, plus diversifiés en fonction de l'importance sur place des enjeux de développement, de la mission culturelle et artistique et du volet de la diplomatie éducative. Tous les agents doivent être en mesure d'intégrer leur action dans la diplomatie globale que nous conduisons.

Il est également important, dans le contexte budgétaire que nous connaissons, que le réseau se renforce, qu'il renforce sa capacité à mobiliser des co-financements français, européens - il y en a - et multilatéraux. Merci pour les efforts que vous faites dans cette direction. Nous avons fait beaucoup de progrès, nous en ferons encore d'autres.

En revanche, notre participation à la coordination européenne - le plus en amont possible des appels à projets de la Commission, c'est une garantie d'obtenir des résultats - doit être renforcée. C'est indispensable pour capter ces ressources au profit de nos opérateurs tout en orientant l'action européenne vers les objectifs qui, pour nous, nous semblent les plus importants. Nous devons peser aussi, pas seulement pour nous mais aussi pour l'Europe.

En même temps, il faut renforcer nos liens avec les bailleurs internationaux - les Nations unies, la Banque mondiale, les banques multilatérales de développement, les fonds verticaux en matière de santé ou encore les grandes fondations. Localement, votre action auprès de ces organismes peut être déterminante pour élargir nos sources de financement. Je sais que vous le faites déjà. Alors, ce que je vous demande c'est de redoubler encore d'efforts à cet égard. Merci d'avance.

Face à la réduction de nos moyens - et c'est réel - comme participation à la maîtrise de la dépense publique, nous avons besoin de ce travail de diversification de nos sources de financement : chacun connaît les contraintes budgétaires, dans les postes comme à Paris, qui imposent des efforts et des arbitrages parfois douloureux. Je n'ignore pas les difficultés qui peuvent être les vôtres, ni celles des opérateurs. Mais à vos efforts pour faire face à la contrainte correspond une détermination de ma part à me battre pour la préservation de nos moyens.

Les discussions préparatoires au projet de loi de finance 2017 ne sont pas complètement terminées. Mais, sachez que j'ai fait de la préservation des crédits du programme 185 une priorité. Je suis également convaincu qu'il faut défendre la spécificité du réseau des instituts français et la nécessité de lui conserver sa souplesse de gestion et de financement. C'est pourquoi il faut préserver son statut actuel en attendant une modification de la LOLF, à défaut de toute autre solution.

Là, je crois, sur tous ces points, avoir convaincu, mais il faut se battre parce que parfois vous savez bien comment l'approche budgétaire est souvent cruelle. Il faut se battre et donner des arguments, je dirais, patriotiques. C'est en tout cas ce que je me suis efforcé de faire.

Quelles que soient les difficultés, je suis convaincu que nous avons beaucoup d'atouts, et c'est sur ces atouts qu'il nous faut avancer tout en renouvelant, je le répète, nos méthodes et nos approches.

Laissez-moi vous donner quelques exemples, en commençant par le projet d'école française numérique à l'étranger, qui sera lancé l'année prochaine.

Contrairement aux idées reçues, l'attrait pour la langue française est réel et la demande de cours de français est importante. Il y a aussi une demande d'éducation «à la française», et je crois même pouvoir dire qu'elle n'a jamais été aussi forte. N'ayons pas de complexes, soyons fier de ce que nous sommes et de ce que nous représentons.

Il est vrai que le numérique éducatif connaît une croissance de 23% par an, il nous faut répondre à ces demandes. Le moment est venu de mettre en place, en lien avec nos réseaux, une plateforme éducative en ligne qu'il vous appartiendra de valoriser auprès des publics étrangers. Votre action, là-aussi, sera déterminante pour la promotion des services éducatifs numériques français. Un vrai défi !

Quant à l'offre française d'enseignement supérieur et de recherche à l'étranger, il faut la développer. Il faut accueillir davantage d'étudiants et de chercheurs étrangers en France. À une époque, on avait peur, on voulait limiter l'arrivée d'étudiants étrangers en France, mais quand on fait le bilan pour eux et pour nous, ce bilan est extraordinaire. Qui peut le nier ?

En tout cas, nous devons être une terre d'accueil pour les jeunes en mobilité. Notre objectif, avec Campus France, est de doubler d'ici 2020 le nombre de jeunes étudiants en France. J'y suis profondément attaché, car c'est à la jeunesse de nos pays partenaires que nous souhaitons en priorité nous adresser et c'est avec elle que nous voulons bâtir ce monde meilleur. C'est là que sont les forces, c'est là que sont les initiatives, c'est là que sont les générosités aussi. Il faut leur donner toutes leurs chances, leur tendre la main, les accueillir. Il faut qu'ils se sentent bien, ici, en France. Quand ils repartiront, ils auront alors au corps et à l'esprit ce souvenir de la France et je sais qu'ils seront reconnaissants aussi.

Il est vrai qu'il y a beaucoup de transformations qui sont à l'oeuvre en France dans ce domaine et les nouvelles formes de présence de nos universités à l'étranger sont remarquables. Elles doivent justement nous permettre de mieux identifier les opportunités de partenariats et d'attirer les étudiants et chercheurs de vos pays de résidence sur nos campus.

Il faut également maintenir, une fois leur parcours en France achevé, le lien avec ces anciens étudiants. La plateforme France Alumni a été mise en place à cet effet. À vous de la décliner et de l'enrichir de contenus et de services. Je me réjouis de lancer France Alumni aux États-Unis en septembre prochain à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York.

Vous voyez cette action est une action en faveur de l'attractivité de la France dans tous les domaines et dans les domaines culturels et universitaires, mais également dans le domaine du tourisme, qui est inséparable de la diplomatie économique. Et vous savez bien qu'en ce moment le tourisme souffre. Le comité d'urgence que j'ai installé la semaine dernière avait pu observer une amélioration des chiffres après les attentats du 13 novembre dernier mais, malheureusement, ce qui s'est passé à Nice va, une nouvelle fois, impacté ce secteur. Il faudra donc redoubler d'efforts de conviction. J'ai noté d'ailleurs avec bonheur et émotion la déclaration du secrétaire général de l'Organisation mondiale du tourisme qui disait : «c'est maintenant qu'il faut venir en France, pour soutenir la France et dire non au terrorisme et au jihadisme.» Cela demande quand même un effort et cet effort nous allons le poursuivre.

Il y a aussi le secteur de la santé qui a fait l'objet de l'un de vos ateliers aujourd'hui. Nos objectifs doivent être à la fois de mettre en avant l'expertise académique et clinique française et de contribuer à l'éclosion de structures hospitalières modernes et bien équipées dans les pays en développement.

La nécessité de lier nos actions d'influence et d'attractivité économique prévaut également pour la promotion des industries culturelles qui doit être l'une de vos priorités.

Enfin, vous avez aujourd'hui poursuivi votre réflexion sur la «diplomatie des territoires» et sur les moyens de mieux articuler votre travail avec l'action extérieure des collectivités territoriales, y compris bien sûr avec les collectivités françaises d'Outre-mer. Cette question est cruciale, à l'heure où se mettent en place les modifications institutionnelles récemment intervenues en France ; je pense à la loi MAPTAM sur la modernisation de l'action publique territoriale et sur l'affirmation des métropoles et la loi NOTRe, portant création d'une nouvelle organisation territoriale de la République, avec une nouvelle répartition des compétences. Tout cela se met en place peu à peu.

Ce sont des changements qui auront un impact majeur sur l'action internationale des collectivités territoriales et sur les relations entre ces collectivités, le ministère et son réseau. Il faut y être très attentif si nous voulons démultiplier les capacités. Aujourd'hui, le fait de la décentralisation est inscrit dans notre organisation des pouvoirs publics, plus que jamais. Beaucoup de politiques publiques de l'État ne sont possibles qu'en co-production avec collectivités territoriales, que ce soit de la commune à la région, en passant par les grandes villes. Donc, sur cette diplomatie des territoires, il y a là un chantier qu'il faut mener avec beaucoup d'attention, de précision. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'en reparler pendant la semaine des ambassadeurs à la fin du mois d'août.


Mesdames et Messieurs,

J'ai été un peu long mais je crois qu'il était important de parler des principaux axes de travail pour les mois à venir. Il y aurait même encore plus à dire sur vos missions au service notre pays, mais je voudrais terminer par deux messages brefs.

Le premier, à nouveau de vous dire toute ma reconnaissance, la plus profonde sur ce que vous faites pour la France, pour son image à travers le monde, pour son influence et son attractivité. Merci à toutes celles et tous ceux qui travaillent dans des contextes de sécurité parfois très difficiles. D'ailleurs, dans le cadre de la négociation budgétaire pour 2017 que j'évoquais il y a quelques instants, j'ai obtenu de nouveaux moyens pour le renforcement de la sécurité de notre réseau culturel et d'enseignement à l'étranger ; j'y tenais absolument. Votre sécurité, la sécurité de tous les ressortissants français à l'étranger est la première de mes priorités s'agissant des lieux où vous accueillez du public, de tous les publics qui fréquentent ces lieux.

Mon second message, c'est encore une fois la confiance que nous devons avoir en nous-mêmes, dans les atouts de notre pays face aux défis auxquels le monde est confronté. Pensez à l'exceptionnelle saison des festivals que la France connait, comme chaque année, et que le monde nous envie, comme le disait un de mes homologues autour de la table du Conseil des ministres des affaires étrangères ce midi en parlant de Nice. Il évoquait aussi Avignon. Il évoquait aussi Cannes ; que des symboles de la vie culturelle et pas seulement touristique française et qui attirent le monde entier et qui sont connus du monde entier - ces symboles qui ont été touchés. Eh bien d'Aix à La Rochelle, en passant bien sûr par le Voyage à Nantes, notre pays accueille en ce moment des artistes et des intellectuels qui sont venus de partout, du monde entier, qui dialoguent avec des artistes français, qui échangent sur les bouleversements du monde, qui intègrent dans leur réflexion toutes ces questions et à travers leurs propositions artistiques qu'ils font, et souvent les plus audacieuses.

C'est cette image de la France, un pays où l'on peut débattre librement, un pays accueillant et ouvert que nous devons, que vous devez porter partout dans le monde, un pays qui doit rester tel qu'il est et qui n'oublie pas que ce qui est en cause aujourd'hui c'est justement ces grands messages des lumières qu'on veut briser, qu'on veut casser, et qu'il nous appartient de défendre avec fierté et, souvent, quand c'est nécessaire, avec courage.

Oui, il est vrai qu'il n'était pas question de prendre la décision, malgré les menaces, d'annuler tel ou tel évènement culturel. On nous avait d'ailleurs demandé, à un moment, puisque la peur était là - elle était compréhensible - de ne pas organiser la COP21 ; nous l'avons fait. D'autres ensuite se sont interrogés : faut-il maintenir l'Euro2016 de football ? Il est vrai que nous avons mis énormément de moyens. Nous avons réussi. Nous avons réussi pour ces deux évènements mondiaux, ainsi que pour beaucoup d'autres encore.

Donc, il ne faut pas renoncer. Le combat n'est jamais fini, vous le savez, mais si nous renonçons, c'est la victoire de ceux qui veulent mettre en cause justement ce que nous sommes. Nous n'avons pas le droit. En tout cas, nous nous sommes la France. Nous devons résister, nous battre, nous mobiliser. Je sais que vous allez le faire, partout dans le monde. Déjà, merci pour ce que vous avez fait, merci pour ce que vous allez faire encore.


Vive la République ! Vive la France !


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 juillet 2016

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