Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFM TV le 25 juillet 2016, sur le dispositif de sécurité lors de l'attentat de Nice. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFM TV le 25 juillet 2016, sur le dispositif de sécurité lors de l'attentat de Nice.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, Malherbe Apolline (de).

FRANCE. Premier ministre;

ti : APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous. Vous êtes le Premier ministre d'un pays qui doute. Il y a eu l'horreur et maintenant il y a le doute. Il y a le doute sur vous, il y a le doute sur le gouvernement, il y a le doute sur le ministre de l'Intérieur, le doute sur l'efficacité du pays. On va tenter d'y voir un peu plus clair. Une policière municipale de Nice raconte avoir été soumise à la pression du ministère de l'Intérieur pour influencer son rapport sur la présence de policiers nationaux le soir du 14 juillet. Le ministre de l'Intérieur, lui, dit qu'aucune personne de son cabinet n'a été en contact avec la policière de Nice et il porte plainte pour diffamation. Qui ment ?

MANUEL VALLS
Il faut que tout cela cesse. Le doute n'est pas possible face au terrorisme. Que cherche le terrorisme ? Non seulement à tuer - 84 morts, il y a encore aujourd'hui des personnes qui luttent pour la vie, qui ont été blessées très gravement. Je pense aussi à toutes ces victimes qui seront blessées, handicapées à vie -, mais le terrorisme cherche aussi à nous diviser, à fracturer la société française, à faire en sorte qu'on remette en cause au fond les principes de la démocratie.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais on peut quand même juste dire ça, Manuel VALLS : quelqu'un ment.

MANUEL VALLS
Il faut évidemment la vérité et qui demande la vérité ? D'abord les victimes, les familles, les proches. Et pour cela il faut laisser la justice aller jusqu'au bout, il faut que la justice puisse travailler dans la sérénité et qu'on laisse travailler les juges qui ont été nommés pour permettre d'établir toute la vérité sur ce qui s'est passé.

APOLLINE DE MALHERBE
Manuel VALLS, je me permets de vous reposer la question. Il y a deux versions différentes, quelqu'un ment. Qui ?

MANUEL VALLS
Mais là aussi, respectons les procédures. L'Inspection générale de la police nationale, à la demande de Bernard CAZENEUVE qui est un homme intègre, qui est un homme d'Etat, qui est un ministre de l'Intérieur formidable, qui est touché…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'avez aucun doute là-dessus.

MANUEL VALLS
Moi, je n'ai aucun doute sur Bernard CAZENEUVE.

APOLLINE DE MALHERBE
A aucun moment vous ne vous êtes dit : « Peut-être que quelque chose n'a pas marché, peut-être que quelqu'un ment et pourquoi ce ne serait pas Bernard CAZENEUVE lui-même ? »

MANUEL VALLS
Mais pourquoi faudrait-il mentir ? Cette idée du complot, du mensonge, de la remise en cause, de ce que le préfet, les policiers, le ministre de l'Intérieur, le procureur qui travaille de manière totalement indépendante puisqu'il y a une séparation des pouvoirs dans notre pays ; cette idée au fond que l'Etat ment, a quelque chose à cacher, alimente le doute, fracture l'Etat de droit, met en cause la République.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que ce n'est pas simplement le doute qui alimente le fait qu'on se dit qu'il y a quelqu'un qui ment ?

MANUEL VALLS
Non. La réalité, Apolline de MALHERBE, c'est qu'il y a eu un attentat. C'est qu'il y a eu 84 morts. C'est qu'il y a eu des dizaines et des centaines de blessés. C'est que le pays est profondément touché puisque c'est le troisième attentat de masse que nous subissons en deux ans.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est bien pour cela qu'on se dit qu'il y a quelque chose qui n'a pas fonctionné.

MANUEL VALLS
Qu'est-ce qui n'a pas fonctionné en l'occurrence ? Nous ne sommes pas sur les causes de l'attentat. Nous ne sommes pas en train de débattre ces derniers jours sur l'individu qui a causé cet attentat.

APOLLINE DE MALHERBE
On va en parler de l'individu.

MANUEL VALLS
Sur les complicités, sur le rôle de Daesh et la manière dont il pousse aujourd'hui un certain nombre d'individus dans nos pays, en France ou en Allemagne - nous l'avons vu ces derniers jours – à commettre des attentats terribles. Non ! La polémique, et c'est là où nous sommes à côté de la plaque pour ceux qui mènent ces polémiques ; la polémique politique qui vise à déstabiliser le gouvernement, qui vise à…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est une polémique politique ?

MANUEL VALLS
C'est une polémique purement politique. Depuis le premier jour, quand Bernard CAZENEUVE dans la nuit du 14 au 15 juillet a débarqué à Nice, au moment où il y avait encore des blessés sur la promenade des Anglais, il y avait les cadavres de ceux qui avaient été tués par ce terroriste, au moment où le pays était sous le choc, où on ne savait pas encore d'ailleurs s'il n'y avait pas des complices qui pouvaient commettre d'autres attentats, l'ancien maire de Nice Christian ESTROSI commençait cette polémique. Tout cela est indigne.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc le responsable de cette polémique, c'est Christian ESTROSI. C'est de lui que ça part.

MANUEL VALLS
Mais moi je ne vais pas m'abaisser à ce niveau-là. Depuis dix jours, on abaisse le débat national au moment où le pays a besoin de faire bloc, a besoin d'unité, a besoin d'unité pour combattre ce terrorisme qui nous mène la guerre.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais Manuel VALLS, vous comprenez, depuis le début vous dites : « Il y a les victimes, on a besoin d'unité. En gros, taisez-vous tous, il y a trop de solennité. Ce n'est pas possible ».

MANUEL VALLS
Est-ce que je dis : « Taisez-vous tous » ?

APOLLINE DE MALHERBE
Non mais Manuel VALLS, à chaque fois qu'on dit quelque chose, c'est : « Mais vous vous rendez compte ? Il y a 84 victimes, et cætera ».

MANUEL VALLS
Apolline de MALHERBE, ne mélangez pas tout et ne mettez pas tout au même niveau. Ça, moi je ne le supporte plus. Un ministre de l'Intérieur, une policière municipale…

APOLLINE DE MALHERBE
Quoi ? La policière municipale n'a pas le droit d'avoir de doutes sur le ministre de l'Intérieur ?

MANUEL VALLS
Dans ce pays, tout le monde a le droit de parler, tout le monde a le droit de s'exprimer mais en respectant la vérité, en respectant les faits. Il y a eu un débat au Parlement, oui ou non Apolline de MALHERBE ?

APOLLINE DE MALHERBE
Oui.

MANUEL VALLS
J'ai présenté moi-même comme Premier ministre la prolongation de l'état d'urgence qui a été renforcé. Il y a eu un débat. Dans ce débat, une partie de la droite – et je ne mets pas toute la droite – a mis en cause la Constitution, les principes, les valeurs, l'état de droit, la démocratie, nécessaire cette remise en cause pour combattre le terrorisme. C'est-à-dire exactement ce que cherche le terrorisme ; c'est-à-dire à nous diviser, à remettre en cause des démocraties qui évidemment sont toujours fragiles à ce moment-là. Donc la meilleure arme, ce n'est pas une arme pour le gouvernement. Le gouvernement ne demande pas l'unité pour lui-même, il demande l'unité pour le pays. La meilleure arme pour lutter contre le terrorisme, c'est de faire bloc. C'est de poser toujours toutes les questions.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça sonne creux aujourd'hui de dire ça, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Mais parce que vous l'entendez ainsi. Pour moi, ça ne sonne pas creux l'unité nationale, Apolline de MALHERBE. Ça ne sonnera jamais creux. Ni la Constitution, ni l'état de droit, ni la République. Je ne demande l'unité pour le gouvernement, je demande l'unité pour faire bloc contre le terrorisme. Que toutes les questions soient posées évidemment par les victimes, les proches, les familles, c'est tout à fait normal. Pour cela, il y a une enquête. Il y a une enquête sous l'autorité de la justice avec des magistrats instructeurs indépendants qui ont été désignés. Cette vérité, bien sûr elle doit toujours éclater. C'est la force d'une démocratie. Malgré l'état d'urgence que nous connaissons depuis le 14 novembre 2015, il y a eu des élections – les élections régionales –, il y a eu des manifestations dans la rue. Le débat démocratique ne s'arrête pas. Toutes les questions ont le droit d'être posées et il appartient au gouvernement, à la justice, à l'Etat d'apporter les réponses.

APOLLINE DE MALHERBE
Justement, il y a un certain nombre de questions.

MANUEL VALLS
Mais ce qui est insupportable, c'est que l'ancien maire de Nice, ancien ministre, président de la région…

APOLLINE DE MALHERBE
Christian ESTROSI.

MANUEL VALLS
Président de la région, je veux le rappeler, élu d'ailleurs dans des conditions particulières : élu dans le cadre d'un rassemblement républicain au deuxième tour contre l'extrême droite. Je suis moi-même intervenu au lendemain du premier tour des élections régionales pour appeler à voter pour Christian ESTROSI, comme pour Xavier BERTRAND et Philippe RICHERT qui se trouvaient face au Front national. Parce que face à l'extrême droite, je considérais qu'il fallait ce rassemblement.

APOLLINE DE MALHERBE
Et donc quoi ? Vous trouvez qu'il est ingrat ?

MANUEL VALLS
Non. Vous savez, je ne suis jamais dans ce genre de sentiment. Je pense qu'on doit être à la hauteur de la fonction, qu'on doit être digne des conditions d'une élection. Qu'on doit être à la hauteur de ce qu'attendent les Français et jamais d'être dans cette polémique. Que cherche cette partie de la droite et notamment ESTROSI, monsieur ESTROSI ou monsieur CIOTTI ? A mettre en cause encore une fois pas seulement le gouvernement – ça, on pourrait considérer que c'est la petite politique de tous les jours – mais ils mettent en cause le préfet, le travail des policiers, le travail du procureur. Et en mettant en cause ceux qui incarnent et qui représentent l'Etat, on met en cause l'Etat de droit et on s'attaque à la République elle-même et ça c'est dangereux. Et ça c'est très dangereux. Et moi je leur demande, comme chef du gouvernement, de se reprendre, de se rendre bien compte que ce type de propos met en cause les fondements même de l'Etat. Si une enquête de l'Inspection générale de la police nationale…

APOLLINE DE MALHERBE
En cours.

MANUEL VALLS
En cours, et qui va donner ses résultats, et qui travaille avec la rigueur qu'on lui connaît. Si le travail de la justice et du procureur de la République, François MOLINS, que tous les Français connaissent malheureusement parce qu'il y a eu ces attentats, donc chacun connaît l'indépendance, dont chacun connaît l'intégrité, dont chacun sait qu'il a travaillé par exemple y compris dans des cabinets qui ne sont pas de ministre de gauche, mais dont chacun loue l'intégrité. Si on met en cause ce travail parce que, par exemple, le procureur de la République aurait demandé la destruction des vidéos comme ça se fait à chaque fois, ça ne veut pas dire que cette vidéo-protection…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais pourquoi ?

MANUEL VALLS
Mais c'est à chaque fois…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ce n'est pas parce que c'est à chaque fois qu'on ne peut pas poser la question, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Apolline de MALHERBE, vous-même en posant cette question vous instruisez et vous introduisez le doute.

APOLLINE DE MALHERBE
Non. Je trouve que la question peut se poser, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Parce qu'il faut aller jusqu'au bout et il faut donner l'information. Aucune preuve, aucun élément de vidéo-protection n'est détruit.

APOLLINE DE MALHERBE
Elles ont été copiées ces vidéos, tout à fait.

MANUEL VALLS
Oui. Tout est copié, tout est dans les mains non pas du ministre de l'Intérieur, non pas du ministre de la Justice, non pas du Premier ministre, mais dans les mains de la justice pour pouvoir mener cette enquête. On détruit, comme cela est toujours le cas pour ce qui concerne la vidéo-protection, ce qui pourrait ensuite donner l'objet d'une diffusion malsaine sur les réseaux sociaux.

APOLLINE DE MALHERBE
Manuel VALLS, je voudrais vous arrêter tout de suite et qu'on parle des faits.

MANUEL VALLS
Ce que je veux dire par-là, c'est que la mise en cause y compris du travail du procureur de la République c'est malsain. C'est malsain pour notre Etat de droit et c'est malsain pour notre démocratie. Moi, je demande à chacun de se reprendre. On ne peut pas agir comme ça. Nous sommes dans un moment particulier. Vous voyez, je regardais ce qui se passait de l'autre côté, aux Etats-Unis avec Donald TRUMP. C'est exactement la même méthode : la violence politique, l'outrance, la mise en cause de la démocratie, les accusations lancées à l'emporte-pièce, la calomnie.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce que vous voulez dire, c'est que l'opposition aujourd'hui est dans une « trumpisation » et dans une même logique ?

MANUEL VALLS
Est dans une trumpisation des esprits pour une partie d'entre elle. Moi, j'appelle les Français, qu'ils soient de gauche ou de droite parce que face au terrorisme, peu importe les étiquettes politiques. J'appelle les responsables politiques qui dans ce pays sont des hommes et des femmes modérés, qui sont attachés à l'Etat de droit, qui sont des républicains, qui sont gênés, dégoûtés comme moi par ces polémiques, de demander à chacun de faire preuve encore une fois de responsabilité.

APOLLINE DE MALHERBE
Les faits, Manuel VALLS, parce qu'il y a effectivement la polémique et les accusations mais il y a aussi les faits. Au-delà des accusations portées, la policière dit : « Aucune présence policière visible sur ces vidéos de surveillance, pas de policiers nationaux sur les images. Pas de présence policière - c'est le rapport de la police municipale - pour empêcher le camion de forcer la zone piétonisée ». Ça, comment vous l'expliquez ?

MANUEL VALLS
Ce n'est ni la ville de Nice, ni la police municipale de Nice qui sont chargées de l'enquête. Il y a une enquête sous l'autorité du juge et il y a l'enquête de l'Inspection générale de la police nationale qui donnera en toute indépendance les éléments qui permettront d'en savoir plus sur ce qui s'est passé ce soir-là et sur la présence de la police nationale et de la police municipale.

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous, vous avez été ministre de l'Intérieur, vous êtes aujourd'hui Premier ministre. Est-ce que vous estimez que l'entrée de la zone piétonne où il y a une barrière mobile, deux policiers municipaux et un véhicule puis au milieu de la zone piétonne six policiers nationaux, deux véhicules mais aucune de ces voitures en travers de la route, est-ce que vous, vous estimez que c'est suffisant ?

MANUEL VALLS
Attendons d'abord l'enquête. Il y a eu trois réunions pour préparer ce 14 juillet festif à Nice comme ailleurs. Trois réunions sur la base qui avait déjà été engagée pour le carnaval de Nice quelques mois auparavant, puisque celui-ci avait fait l'objet de menaces. Il y a eu cette réunion préparée sur la base aussi de ce qui a été fait pour l'Euro puisque Nice accueillait également des matchs dans son magnifique stade de la Riviera. Donc cela a été préparé. Par qui ? Par la police nationale et par la police municipale.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc en gros, comme ç'a été préparé, tout va bien.

MANUEL VALLS
Est-ce que je dis que tout va bien ?

APOLLINE DE MALHERBE
Deux policiers municipaux, six policiers nationaux, est-ce que vous, vous trouvez ça suffisant ? Vous n'avez pas forcément besoin que l'enquête aboutisse pour avoir déjà votre sentiment, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
A partir du moment où il y a eu un attentat, où il y a eu 84 morts, où il y a eu l'horreur, des dizaines de blessés, des enfants qui ont été tués ou blessés, nous devons faire preuve d'humilité. Je ne vais pas vous dire ici : « Tout s'est bien passé, tout va bien ». C'est toute notre culture de sécurité qui doit changer. Quand je vous disais il y a un instant : « Nous sommes à côté de la plaque à cause de ces polémiques qui visaient encore une fois à déstabiliser le gouvernement, à mettre en cause un homme intègre, Bernard CAZENEUVE, à mettre en cause – et c'est pire encore - d'une certaine manière, la justice de notre pays », face à cela il faut faire preuve d'humilité, de modestie mais surtout changer en profondeur notre culture de la sécurité. Cela fait des mois, Apolline de MALHERBE – des mois – que je dis que nous sommes confrontés à un terrorisme qui a ciblé la France. Que nous allons connaître – et je le dis encore aujourd'hui et chaque mot me coûte – nous pouvons encore connaître de nouveaux attentats, de nouvelles victimes innocentes même si nous sommes mobilisés et que nous faisons tout bien évidemment pour éviter des attentats.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous dites : « Il faut changer notre culture de la sécurité », et pourtant vos réponses c'est les mêmes. C'est l'état d'urgence, c'est l'opération Sentinelle qui certes va être renforcée, mais enfin ce n'est pas innovant. Donc votre culture à vous de la réponse n'a pas changé.

MANUEL VALLS
Non, elle a profondément changé d'abord depuis les attentats de janvier 2015, mais vous savez, évidemment nous sommes sur une chaîne d'information continue donc il faudrait changer de politique toutes les six heures.

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais ça veut dire qu'il y a quelque chose qui n'a pas fonctionné, sinon il n'y en aurait pas tout le temps des attentats Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Oui, mais aussi j'en ai un peu assez de ce questionnement. Il faudrait changer de politique tous les 6 heures, de ministre de l'Intérieur tous les 2 jours, de Premier ministre tous les mois, et remettre tout en cause ? La lutte contre le terrorisme, on ne parle pas d'une petite polémique politique là, on ne parle pas de tel ou tel propos, à côté de la plaque, on parle du terrorisme, c'est-à-dire d'une guerre qu'on nous mène, qui nous a coûté déjà extrêmement cher en termes de victimes, et nous sommes toujours la cible du terrorisme, et pour cela il faut de la cohérence, de la continuité, de la persévérance. Il y a une loi sur la procédure pénale, qui donne davantage d'armes pour lutter contre le terrorisme, aux magistrats et aux policiers. Cette loi a été adoptée quand ? Le 6 juin dernier. Ses outils sont déjà utilisés par les magistrats, actuellement, dans l'enquête de Nice. Donc, moi ce que je demande aux Français, mais aussi à leurs responsables politiques, à leurs élus, c'est d'être capables de maîtrise, de sang-froid. Je comprends, moi, la colère, le questionnement des victimes, de leurs familles, et de mes compatriotes, je comprends que face à ce choc

APOLLINE DE MALHERBE
Vous comprenez les doutes, vous comprenez les inquiétudes ?

MANUEL VALLS
Mais ils ne m'ont pas entendu. Je leur ai dit depuis des mois que nous allions connaître de nouveaux attentats. Pourquoi ? Parce que nous sommes en guerre. Ceux qui expliquent que par telle ou telle loi, telle ou telle procédure, nous éviterions de nouveaux attentats, mentent. L'individu qui a commis cet attentat atroce, n'était pas connu de nos services de renseignement. Qu'est-ce qui effraie les Français ? C'est qu'on puisse utiliser une voiture, ou un camion en l'occurrence, et la jeter dans la foule. Bien sûr que je comprends toutes les questions sur le dispositif de sécurité, mais vous savez parfaitement que le risque zéro n'existe pas, même si nous nous sommes mobilisés à 100 %. Donc, face à cela, c'est la culture des Français, la résilience. Au fond, s'il y a deux mots qui doivent illustrer ce que nous devons faire, c'est la résilience, c'est-à-dire la capacité à faire face au terrorisme, à changer notre culture de sécurité, à être dans la vigilance, c'est ce que nous faisons ; par la capacité aussi à faire face à un attentat, dans les écoles, dans les espaces publics, apporter les premiers soins, mais c'est aussi la résistance. Et la résistance ça nécessite de la maîtrise, d'en finir avec ces petites polémiques, cette bassesse dans la politique qu'on connaît aujourd'hui. Tout ça pourquoi ? Parce qu'il y a des primaires, parce qu'il y a une élection présidentielle, parce que tous les coups sont permis, parce qu'un ancien président de la République considère qu'on…

APOLLINE DE MALHERBE
Peut-être tout simplement parce qu'il y a eu 84 victimes et qu'effectivement on se dit, malgré tout, qu'il y a quelque chose qui n'a pas fonctionné Manuel VALLS, vous pouvez le comprendre.

MANUEL VALLS
Quand il y a eu 84 victimes, à ce moment-là on est digne dans le débat, et nous nous répondrons, bien sûr, à toutes les questions. Tous les dispositifs que nous avons fait voter depuis près de 2 ans, ont été votés par une très large majorité, deux lois antiterroristes, deux lois sur le renseignement…

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous dites, dans l'hémicycle ils votent nos lois, mais en dehors ils nous critiquent.

MANUEL VALLS
Deux lois sur le renseignement, et une loi sur la procédure pénale, des moyens supplémentaires pour la police et la gendarmerie, et les renseignements, et nous allons poursuivre. L'opération Sentinelle, c'est 10.000 hommes et femmes militaires présents sur le terrain…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais ça n'a pas découragé les terroristes.

MANUEL VALLS
Mais vous pensez que les terroristes sont découragés par telle ou telle méthode ?

APOLLINE DE MALHERBE
On peut espérer qu'ils seront quand même découragés à un moment ou un autre, non ?

MANUEL VALLS
Non, pas du tout, ce sont des gens qui veulent mourir en commettant l'horreur, et nous nous devons faire face à cet ennemi extérieur, nous devons en finir avec Daesh et l'Etat islamique, en Irak et en Syrie, ce sont les moyens nouveaux que nous apportons, annoncés par le président de la République, à la coalition, notamment en Irak, parce qu'il nous faut gagner la bataille de Mossoul en Irak, et celle de Racca en Syrie, ça mettra du temps. Mais cette coalition, là avec les Américains, là avec les Russes, elle me semble indispensable pour en finir avec Daesh, et en France nous devons traquer jusqu'au bout, ces terroristes.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous disiez « il n'était pas, effectivement, sous les radars, il a échappé aux radars du renseignement et de la police », en revanche, il n'a pas échappé à la justice puisqu'il a été condamné, condamné à plusieurs reprises, pour violences.

MANUEL VALLS
Il a été condamné une fois, ce printemps, à 6 mois, suite…

APOLLINE DE MALHERBE
Et, et, il y avait eu des plaintes contre lui pour violences conjugales. Donc, violences conjugales, puis condamné, effectivement, à 6 mois de prison, avec sursis. Le Front national dit il est tunisien, sur le sol français, donc non pas de nationalité française, il était sur le sol français avec un titre de séjour. A partir du moment où il a été condamné pour violences, est-ce qu'il fallait qu'il reste ?

MANUEL VALLS
Il était là.

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'il faut que les étrangers condamnés pour violences restent ?

MANUEL VALLS
Donc ça veut dire qu'il faut expulser tous les étrangers condamnés pour violences. Et quand il s'agit d'un binational, ou quand il s'agit…

APOLLINE DE MALHERBE
Non, mais là en l'occurrence, restons sur ce cas-là, c'est effectivement…

MANUEL VALLS
Oui, mais quand il s'agit d'un Français, qui commet ces attentats, qu'est-ce qu'on fera ? Qu'est-ce qu'on fera à ce moment-là ?

APOLLINE DE MALHERBE
Mais là je vous pose la question pour les étrangers, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Oui, mais ça c'est la solution de facilité.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc, un étranger, sur le sol français, condamné pour violences, reste.

MANUEL VALLS
Mais il peut être, dans certains cas, il peut être expulsé, c'est prévu par les lois, y compris votées…

APOLLINE DE MALHERBE
Est-ce qu'il ne faut pas être plus ferme, est-ce qu'il ne faut pas que toute forme de violences…

MANUEL VALLS
Mais toute forme de violences doit être condamnée, toute forme de violences doit trouver évidemment une réponse implacable de la part de la justice, mais moi je ne confonds pas une condamnation de 6 mois, avec sursis, avec l'horreur du terrorisme. Pourquoi ? parce que le problème que nous avons, ce n'est pas uniquement le terrorisme à l'extérieur, en Syrie ou en Irak, qui prépare des attentats contre la France, ou contre d'autres pays, parce que nous ne sommes pas les seuls visés, c'est le fait que nous ayons plusieurs centaines, plusieurs milliers, d'individus radicalisés, qui peuvent, pour certains, passer à l'acte, et c'est ça qui est le plus difficile à combattre.

APOLLINE DE MALHERBE
Et c'est qui nos terroristes, c'est des fous, c'est des déséquilibrés ? C'est ce qu'on a beaucoup entendu.

MANUEL VALLS
Oui, mais… il y a des problèmes psychiatriques, ce qui nécessite, je pense, aussi des évolutions dans tous nos dispositifs de psychiatrie et de santé mentale, nous le voyons bien avec ce qui s'est passé en Allemagne, ce qui s'est passé à Munich, qui n'est pas lié au terrorisme islamique, mais c'est aussi…

APOLLINE DE MALHERBE
Qui était au moins d'inspiration.

MANUEL VALLS
Mais qui est un acte terroriste, et il semblerait que cet individu, aussi, faisait l'objet d'un suivi psychiatrique. Mais, moi je ne confonds pas tout. Il y a une radicalisation liée à un islamisme radical, dont l'une des bases, pas la seule, c'est le salafisme, un Islam radicalisé, qui conduit un certain nombre d'individus à passer à l'acte, et en plus avec une propagande, un « kit idéologique », comme je l'appelle, de la part de Daesh, de la part de l'Etat islamique, qui permet à des individus, à travers Internet, de basculer plus ou moins rapidement, ce qui fait peur aux Français, et ça je le comprends. Et je vois bien que c'est un défi redoutable, pour nous et pour ceux qui éventuellement demain gouverneront ce pays, puisque ça va durer plusieurs années. Quand vous avez plusieurs centaines, plusieurs milliers d'individus radicalisés, qui sont dans la société, qu'on ne connaît pas forcément, qui n'ont pas été classés fiche S, comme on dit, par les services de renseignement, on voit que c'est non seulement le travail de la police, de la gendarmerie, et de la justice, qui doit être mené avec la plus grande efficacité, ou à travers le renseignement, mais que c'est tout ce plan, que j'annonçais il y a quelques mois et qui devra être encore davantage renforcé, pour lutter contre la radicalisation, ce qui doit amener aussi à une mobilisation, pas seulement l'Etat, ça il est indispensable, mais aussi de toute la société…

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf que parfois on ne les voit même pas se radicaliser.

MANUEL VALLS
Mais de toute la société. Ce qui doit amener aussi l'Islam, dans le monde, en Europe, et en France, à se mobiliser, à prendre pleinement ses responsabilités, à faire la séparation, nette, entre ce qui est l'Islam de France, compatible bien sûr avec la démocratie, avec l'égalité femme/ homme, avec la laïcité, avec ceux qui se radicalisent et ceux qui, bien sûr, peuvent passer à l'acte. La mise en cause, par exemple, de la laïcité, par un certain nombre d'individus, d'Imams, je ne parle pas de ceux qui passent à l'acte, la mise en cause de la laïcité, ceux qui expliquent, par exemple, que ce qui est en train d'arriver, ces actes terroristes…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce serait à cause de la laïcité à la française.

MANUEL VALLS
Ça sera à cause de la laïcité, au fait qu'on interdirait le voile…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous vous dites non.

MANUEL VALLS
Ça, ce n'est pas possible. La laïcité c'est une des valeurs au coeur même de ce qu'est notre pacte républicain, donc là aussi il faut être extrêmement clair.

APOLLINE DE MALHERBE
Manuel VALLS, c'est la fin de cette interview, je vous ai parlé des doutes des Français, est-ce que vous, vous avez des doutes, sur votre efficacité ?

MANUEL VALLS
Mais moi je doute, vous savez, je doute toujours, et par la force des choses…

APOLLINE DE MALHERBE
Y compris de vous-même ?

MANUEL VALLS
Non. Quand vous avez 84 morts, des enfants, des familles brisées, vous vous posez la question, nous en parlions il y a quelques jours, je l'ai dit à l'Assemblée nationale, avec Bernard CAZENEUVE, on se pose les questions, est-ce qu'on a tout fait, est-ce que tous les dispositifs ont été pris, est-ce que nous avons voté les lois…

APOLLINE DE MALHERBE
Et vous n'avez pas forcément la réponse ?

MANUEL VALLS
Mais moi je sais quelque chose, c'est que je ne peux pas avoir de doute là où je suis, c'est que je dois faire preuve de la plus grande détermination, pour écraser Daesh, pour en finir avec ce terrorisme. C'est une guerre de longue haleine, mais je veux dire à mes compatriotes que nous la gagnerons, parce que nous sommes déterminés, mais pour la gagner, il faut être fort, il faut aimer sa démocratie, il faut aimer nos valeurs, il faut s'inspirer de principes, de valeurs. Moi je ne veux pas que mon pays ressemble à monsieur TRUMP et à un discours de haine, je pense que c'est la concorde nationale, le rassemblement, nos valeurs démocratiques, c'est pour cela que nous sommes attaqués. Si la France est attaquée, c'est à cause de ces valeurs démocratiques…

APOLLINE DE MALHERBE
Appel à l'unité donc !

MANUEL VALLS
Il faut y répondre par nos valeurs démocratiques et par une très grande efficacité, et nous gagnerons cette guerre.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci Manuel VALLS.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 juillet 2016

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