Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à RTL le 12 juillet 2016, sur les résultats du baccalauréat et la réforme du lycée. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à RTL le 12 juillet 2016, sur les résultats du baccalauréat et la réforme du lycée.

Personnalité, fonction : VALLAUD-BELKACEM Najat.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche

ti :

JEROME CHAPUIS
Bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bonjour.

JEROME CHAPUIS
Alors 88,5 % de réussite au bac, est-ce que cet examen a encore du sens ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, absolument, 88,5 %, c'est le résultat, quand on prend le nombre de candidats qui se sont présentés. Quand on prend la proportion de gens qui ont le bac dans une génération, qui était en fait l'objectif que s'était fixé à l'époque – vous vous rappelez – Jean-Pierre CHEVENEMENT, 80 % d'une classe d'âge avec le bac, on en est encore à 78,6 %. Pourquoi ? Parce que, bien sûr, vous avez des gens qui ne viennent pas présenter le baccalauréat. Ce sont tous les décrocheurs qui sont sortis du système scolaire avant. Donc arrêtons de considérer que c'est trop, bien au contraire.

JEROME CHAPUIS
Mais quel est le sens d'un examen où quasiment neuf candidats sur dix sont reçus ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais, d'abord, cet examen, vous savez que c'est un bagage absolument indispensable pour continuer votre vie.

JEROME CHAPUIS
Nécessaire, mais pas suffisant ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Nécessaire, mais pas suffisant, absolument. Mais enfin, une condition quasiment sine qua non pour employer un langage un peu particulier, parce que, aujourd'hui, on sait bien que nous sommes dans une société, dans un monde économique, un marché du travail qui valorise énormément le diplôme, et donc réfléchissez – et je le dis souvent aux observateurs qui demandent si on n'a pas trop de bacheliers – réfléchissez aussi en pensant à vos propres enfants, est-ce que vous aimeriez que vos enfants ne soient pas mis dans les meilleures conditions du monde pour avoir le bac, compte tenu de ce que ça conditionne ensuite, c'est l'examen qui va permettre d'entrer par exemple à l'université, dans l'enseignement supérieur.

JEROME CHAPUIS
Alors justement, avant de parler de l'université, vous voulez, vous, toiletter le bac, vous le dites ce matin, il y a trop d'épreuves au baccalauréat ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Alors, en fait, aujourd'hui, les débats autour du baccalauréat tournent généralement autour de : est-ce qu'il ne faudrait pas supprimer, arrêter avec ce grand examen national…

JEROME CHAPUIS
Vous dites, vous : il faut le réformer.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Moi, je ne pense pas qu'il faille le supprimer, je pense qu'on a besoin d'un rite initiatique, on a besoin d'un même examen partout sur le territoire qui donne la même valeur finalement au diplôme qui va être obtenu par les élèves, quel que soit le lycée où ils ont fait leurs études…

JEROME CHAPUIS
Mais il y a trop d'épreuves ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais, indéniablement, c'est vrai qu'on a atteint une complexité qui mérite aujourd'hui la simplification, trop d'épreuves, trop d'options, les mécanismes de calculs de points des options qui vous font arriver à plus de 20 de moyenne, c'est quand même des difficultés, d'autant que, on voit d'ailleurs que ces mécanismes d'options n'existent pas de la même façon dans le bac général et le bac professionnel, par exemple. Alors, dans ce cas-là, réfléchissons pour qu'on ait un peu les mêmes modalités dans tous les bacs, les trois bacs. Bon, voilà. Donc c'est pour ça que je trouve que c'est une discussion intéressante à avoir, mais…

JEROME CHAPUIS
Qui doit se faire quand ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oh, qui doit se faire… vous savez, on est en train de tirer le bilan de la réforme du lycée qui avait été engagée par Luc CHATEL, en 2010. Lorsque ce bilan sera terminé, et que donc, nous aurons un certain nombre de recommandations de réforme sur ce lycée, je pense que dans la foulée, il faut aussi aborder la question du bac, faire en sorte, en effet, notamment de mieux répartir, de mieux équilibrer et de réduire le nombre d'épreuves.

JEROME CHAPUIS
Vous disiez : le bac, c'est la porte d'accès à l'université, pas de sélection dans les facultés publiques en France, et pourtant, il y a une forme de sélection, c'est que, au bout d'un an, on constate qu'un étudiant sur deux sort de l'université, est-ce qu'on ne leur fait pas perdre du temps à ces élèves, à qui on donne le bac, un passeport pour la fac, et qui échouent ensuite ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Eh bien, ce que vous disiez tout à l'heure est très juste, c'est-à-dire que c'est une condition indispensable, mais pas suffisante, le bac. La deuxième chose très importante sur laquelle nous avons beaucoup travaillé cette année, c'est la bonne orientation des élèves, la bonne gestion des flux d'une certaine façon…

JEROME CHAPUIS
Il y a encore du chemin à faire…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Nous avons travaillé sur ce sujet, notamment pour améliorer le système d'APB, Admission Post-Bac, ce logiciel dans lequel on entre ses voeux, pour faire en sorte que les terminales, les élèves de terminale, au moment où ils doivent entrer leurs voeux au printemps, soient mieux informés sur les perspectives de réussite dans la filière qu'ils demandent, en fonction du bac qu'ils obtiennent, c'est-à-dire que, en gros, on va leur dire : eh bien, oui, ces dernières années, tous ceux qui sont passés par le même baccalauréat que toi, ont eu un taux d'échec très important, donc c'est une façon aussi de les dissuader, non pas de leur interdire, parce que moi, je ne veux pas de la sélection à l'entrée de l'université, soyons clairs, mais en tout cas de mieux les éclairer…

JEROME CHAPUIS
Est-ce que, une bonne fois pour toutes, il n'y a pas un tabou qu'il faut faire tomber ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
La sélection à l'entrée de l'université ? Non, pas du tout, je rappelle qu'on a un système binaire dans notre pays, on a des écoles, des grandes écoles sélectives, donc ce n'est pas comme si la sélection n'existait pas, et ceux qui veulent participer d'un système sélectif, eh bien, ils passent les concours pour aller dans les grandes écoles. Mais c'est très important d'avoir à côté un système non sélectif qui est l'université, dans lequel on arrive avec le diplôme du bac, et ensuite, on trouve sa voie à l'université, c'est une autre façon de faire ses études, l'université. C'est avec en effet une quête de soi-même et de ce qu'on a envie de faire, qui laisse plus de liberté que quand on s'engage dans une école où tout est conditionné dès le début. Mais je trouve que c'était important d'avoir cette chance-là.

JEROME CHAPUIS
Najat VALLAUD-BELKACEM, je le disais, le budget de l'Education est en très forte hausse pour 2017, dans le projet de loi de Finances, ça va servir notamment à embaucher plus de 11.000, 11.700 personnes dans l'Education nationale pour la rentrée. Comment est-ce que vous allez les recruter, 11.700 personnes, c'est complètement inédit ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
En fait, on les recrute de mieux en mieux, je comprends à quoi vous faites allusion, au début du quinquennat, on a eu en effet du mal à pourvoir les postes qu'on ouvrait. Il ne faut pas s'en étonner, parce que nous arrivions après des années d'assèchement de l'Education, souvenez-vous, les 80.000 postes qui avaient été supprimés par la droite, le fait qu'on avait fait disparaître la formation des enseignants, qu'on avait gelé les salaires des enseignants. Tout ça avait envoyé des signaux très négatifs à l'attention des étudiants, que des études d'enseignant auraient pu intéresser. Et du coup, on est arrivé en 2012, on a ouvert plein de postes, mais en fait, les gens ne sont pas venus parce qu'ils étaient restés sur ces signaux très négatifs. Et il a fallu bien deux, trois ans pour que, enfin, les jeunes gens entendent cet appel de notre part, et aujourd'hui, plus de deux ans en particulier, les concours font le plein, il y a toujours, ici ou là, une discipline qui va être plus déficitaire que les autres, je veux dire, prenons par exemple les mathématiques, indéniablement, on est concurrencé dans l'Education par d'autres métiers que les ingénieurs gagnent à exercer, et donc, c'est à nous aussi de rendre nos métiers plus attractifs…

JEROME CHAPUIS
Donc vous n'aurez aucun mal à recruter quasiment 12.000 personnes…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, honnêtement, ça marche plutôt bien, les concours viennent de rendre, là, et on voit que ça marche plutôt bien. Et donc les 60.000 postes dans l'Education, que François HOLLANDE avait promis en début de quinquennat, seront tenus d'ici la fin du quinquennat.

JEROME CHAPUIS
J'ai une toute dernière question, Najat VALLAUD-BELKACEM, ce soir, à la Mutualité, à Paris, Emmanuel MACRON tient un meeting, est-ce qu'on peut être à la fois ministre et faire comme ça un tour de piste pour la présidentielle ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Moi, écoutez, je pense que dans les innombrables papiers qui sont consacrés à Emmanuel MACRON, tout a été dit, donc je crois que je n'ai pas de commentaire à rajouter.

JEROME CHAPUIS
A votre place, l'un de vos collègues cette semaine, la semaine dernière, Matthias FEKL disait : on ne peut pas être à la fois dedans et dehors.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, mais enfin, ça, j'allais dire, tant de personnes l'ont dit que, est-ce utile de le répéter. Non, voilà. Je crois vraiment que si on consacrait, je vais vous dire ce que je pense, le fond de ma pensée, si on consacrait ne serait-ce que, un tiers du temps, de l'énergie et de l'encre qu'on fait couler pour commenter les aventures d'Emmanuel MACRON, si on consacrait tout cela à expliquer ce que fait ce gouvernement pour les Français, je pense qu'on résoudrait au moins la moitié de la crise démocratique qui est la nôtre.

JEROME CHAPUIS
Eh bien, voilà, c'est dit. Merci Najat VALLAUD-BELKACEM d'avoir été avec nous ce matin.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 juillet 2016

Rechercher