Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, en réponse à une question sur la lutte contre le salafisme en France, à l'Assemblée nationale le 20 juillet 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Manuel Valls, Premier ministre, en réponse à une question sur la lutte contre le salafisme en France, à l'Assemblée nationale le 20 juillet 2016.

Personnalité, fonction : VALLS Manuel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Question au gouvernement posée par Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, députée (Les Républicains) de l'Essonne, à l'Assemblée nationale le 20 juillet 2016

ti : Madame la Ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, avant de répondre à cette question opportune et intéressante, je voudrais rappeler une vérité.

Le salafisme est une minorité de l'islam de France. On compte dans notre pays, ce n'est pas négligeable, un peu plus de 120 lieux de culte salafiste - sur plus de 2.300 mosquées -, et seulement quelques dizaines de milliers de fidèles. Par ailleurs, le fondamentalisme, l'intégrisme ne prospèrent pas uniquement sur le terreau du salafisme.

C'est vrai, numériquement, le salafisme ne représente pas un courant fort, mais idéologiquement, c'est une minorité agissante qui gagne des batailles. Ses messages sont diffusés, des mosquées sont déstabilisées de son fait et il mène, notamment sur internet, une stratégie d'expansion.

J'ai d'ailleurs peut-être été le premier - peu importe - à le dire ici, dans cette enceinte. J'ai été le premier en effet à dire que cette idéologie intégriste, qui rejette la démocratie, combat nos valeurs universelles et ne reconnaît aucune souveraineté autre que la religion - sa religion -, était une idéologie violente qu'il convient naturellement de combattre.

Le salafisme, c'est la négation du vivre-ensemble. C'est une idéologie qui retranche la femme du monde et propage des idées dangereuses, perverses, rétrogrades.

Oui, le salafisme, qui a détruit et perverti une partie du monde musulman, est un danger pour les musulmans eux-mêmes et un danger pour la France.

Pour le combattre, vous avez évoqué la lutte contre les sectes. Nous poursuivrons le débat, mais je ne suis pas certain que cela soit le bon outil. D'une part, vous le savez, madame la députée, il n'existe pas, en droit, de définition des sectes ; d'autre part, ces organisations savent parfaitement échapper à la justice en dissimulant leur véritable nature, car vous n'ignorez pas que la liberté de conscience en France est une liberté fondamentale, consacrée par nos principes et nos textes.

Je dis également attention, même si je reconnais qu'il y a lieu d'approfondir le débat, à tout signe qui laisserait à penser qu'il existe une déresponsabilisation, que ceux qui plongent dans le salafisme sont en quelque sorte les victimes d'une grande manipulation, comme c'est le cas concernant les sectes. Non, car il y a aussi une part de volonté personnelle qu'il ne faut jamais écarter, faute de quoi nous passons à côté de l'essentiel.

C'est un combat contre le salafisme, contre le fondamentalisme, contre l'intégrisme qu'il faut engager, et je fais écho aux interventions de Bruno Le Maire sur l'islam politique et de Malek Boutih, hier soir, sur la radicalisation et le radicalisme. Le mouvement des Frères musulmans et le salafisme sont au coeur de ces idéologies qui prospèrent dans notre pays après avoir prospéré dans d'autres - regardons ce qui s'est objectivement passé en Égypte.

L'islam de France a lui aussi tout son rôle à jouer. Les musulmans français ont leur part, nous devons les y aider et les encourager, dans la défense de la République. À eux aussi, avec notre soutien, de mener ce combat pour clairement séparer la réalité de l'islam de France et ces idéologies perverses. Ce combat doit être mené partout ? dans les mosquées, dans les quartiers, dans les familles - sans aucune complaisance, de la manière la plus claire et la plus nette.

Nous savons ici, et cela relève de notre responsabilité, que nous devons protéger tous nos compatriotes, et bien sûr nos compatriotes et concitoyens musulmans ou de culture musulmane qui aujourd'hui ont peur, eux aussi. Ils se sentent montrés du doigt et voient les dégâts considérables causés par les attentats et ce que recherche Daech en fracturant la société française. À eux aussi, à cet islam de France, en Europe et dans le monde, de prendre toutes ses responsabilités.

Nous sommes prêts, naturellement, à étudier tous les moyens qui existent pour réduire l'influence de l'islam politique, qu'il s'agisse du salafisme ou des Frères musulmans, avec la plus grande détermination.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 juillet 2016

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