Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, saluant l'engagement de 64 élèves réservistes de gendarmerie, à Orléans le 1er août 2016 . | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, saluant l'engagement de 64 élèves réservistes de gendarmerie, à Orléans le 1er août 2016 .

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Visite à un groupe de jeunes réservistes et élèves réservistes de la Gendarmerie nationale à la caserne Martin-David, à Orléans le 1er août 2016

ti : Monsieur le Préfet,
Monsieur le Député-Maire,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mon Général, Directeur général de la Gendarmerie nationale,
Mon Général, commandant la région de gendarmerie,
Mon Colonel, commandant le groupement de gendarmerie départementale,
Mesdames et Messieurs,


Je veux tout d'abord vous dire combien je suis heureux d'être aujourd'hui parmi vous, réservistes et élèves réservistes de la Gendarmerie nationale, à la caserne Martin-David d'Orléans.

Vous avez en effet décidé d'intégrer la réserve opérationnelle, de suivre la Préparation militaire de la Gendarmerie (PMG) pour devenir réservistes, et ce choix vous honore, comme il honore notre pays, à l'heure où celui-ci fait face à une menace terroriste d'une ampleur et d'une gravité sans précédent sur notre sol.

Au cours de ces deux dernières semaines, nous avons été confrontés à deux nouvelles attaques terroristes particulièrement abjectes, inspirées par la barbarie djihadiste : d'abord à Nice, le 14 juillet, jour de la Fête nationale, entraînant la mort tragique de 84 victimes innocentes, puis à Saint-Etienne-du-Rouvray, dans la banlieue de Rouen, mardi dernier, avec l'assassinat du père Jacques HAMEL en pleine célébration de la messe.

La menace terroriste n'a sans doute jamais été aussi élevée qu'aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle nous devons faire bloc, tenir bon, face aux barbares qui cherchent à nous frapper et à nous diviser pour mieux nous affaiblir.

Et je sais que c'est la raison pour laquelle vous avez fait le choix d'entrer dans la réserve opérationnelle de la Gendarmerie, en plus des activités professionnelles ou des études dans lesquelles vous êtes déjà engagés. Vous l'avez fait pour servir votre pays et servir la République. Vous l'avez fait pour nous aider à protéger les Français.

Aujourd'hui, votre pays a besoin de vous et vous avez répondu à cet appel.

Il y a quelques jours, devant vos camarades du Centre d'entraînement de la Gendarmerie de Saint-Astier, le Président de la République en personne a exprimé sa fierté et sa profonde gratitude – celles de la Nation tout entière – pour l'engagement qui est le vôtre et que partage aujourd'hui un nombre croissant de Français.

A mon tour, je suis venu vous adresser mes remerciements et vous apporter mon soutien. Vous avez 20 ans en moyenne, la plupart d'entre vous êtes encore étudiants, et vous venez tous de milieux et d'horizons différents. Aujourd'hui, vous nous démontrez avec éclat que la jeunesse sait prendre ses responsabilités et qu'elle est prête à se lever, quand il le faut, pour défendre la République. Réservistes et élèves réservistes, vous avez fait le choix, en conscience, de consacrer une partie importante de votre temps à l'intérêt général et au service de la collectivité. Loin des antagonismes et des fractures stériles dans lesquels les terroristes aimeraient tant nous voir sombrer, vous êtes des exemples de civisme, d'engagement, de solidarité et de patriotisme. A la haine et à la barbarie, vous avez fait le choix, en effet, d'opposer votre sang-froid et votre lucidité, votre confiance en la France et en ses valeurs, car vous croyez en la fermeté de notre riposte et en la rigueur de nos principes.

Aujourd'hui, la mobilisation de l'Etat et celle des forces de sécurité est maximale. C'est un combat de longue haleine que nous menons, loin des caméras, grâce à l'action des forces de l'ordre et des services de renseignement. Jour après jour, nous interpellons des individus liés à des activités terroristes, nous démantelons des filières djihadistes. Et nous allons continuer jusqu'à ce que la menace soit éradiquée.

Depuis des mois et des mois, nous n'avons de cesse d'adapter et de renforcer notre dispositif. C'est la raison pour laquelle, durant tout l'été, des effectifs supplémentaires viennent renforcer les policiers et les gendarmes dans les départements les plus touristiques, pour sécuriser les rassemblements et les zones d'affluence. En tout, ce sont 6 100 gendarmes et policiers qui viennent renforcer leurs camarades et collègues déjà mobilisés dans l'ensemble des territoires concernés.

C'est aussi pour la même raison que nous maintenons à 10 000 le nombre de militaires mobilisés dans le cadre de l'opération « Sentinelle », en adaptant leur répartition géographique en fonction de l'évaluation de la menace, de l'ampleur des rassemblements touristiques et des flux de population aux frontières et dans la profondeur des territoires.

Mais, contre la menace terroriste, nous n'avons pas seulement besoin des forces de l'ordre. Nous avons aussi besoin de la mobilisation de l'ensemble des Français. Nous avons besoin de toutes les volontés, de toutes les énergies et de toutes les compétences. Notre force, Mesdames et Messieurs, repose sur notre cohésion, sur notre unité, celles-là même que la Nation a été capable de manifester dans les pires heures de son histoire. Aujourd'hui, il est temps, pour chacun d'entre nous, de s'engager pour faire front face à la barbarie, pour faire barrage à l'abjection. Car nous sommes tous, à des titres divers, les garants de la République. Aucun volontaire, jamais, ne sera de trop pour défendre nos valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité, si chères au cœur de tous les Français.

Le refus de la barbarie obscurantiste et de la violence terroriste est au cœur de l'identité profonde de notre pays. Et c'est à juste titre que le Président de la République a évoqué « l'esprit de résistance » qui doit tous nous animer face à de telles menaces.

Voilà pourquoi, afin de soutenir et d'épauler les forces de l'ordre, nous avons pris la décision de faire monter en puissance la réserve opérationnelle et de renforcer immédiatement son déploiement sur l'ensemble du territoire national.

Depuis le 18 juillet, 9 000 réservistes de la Gendarmerie nationale – gendarmes à la retraite et citoyens issus de la société civile tels que vous – sont mobilisés partout sur le territoire national. Dans les tout prochains jours, grâce à vous et à vos camarades, nous allons atteindre l'objectif de 12 500 réservistes de la Gendarmerie engagés dans l'ensemble du pays.

De son côté, la Police nationale a d'ores et déjà enregistré plus de 4 570 contrats signés par des réservistes volontaires, qui sont d'anciens policiers prêts à reprendre du service pour une durée limitée. Pour l'heure, plus de 1 000 d'entre eux sont d'ores et déjà déployés sur le territoire.

Depuis l'appel que j'ai lancé, le 16 juillet dernier, et depuis le discours du Président de la République à Saint-Astier, le 20 juillet, environ 2 500 de nos concitoyens ont manifesté leur volonté de s'engager dans la réserve opérationnelle de la Gendarmerie. C'est là une mobilisation considérable, une réponse forte à l'appel du pays pour sa défense dans la résilience.

Je rappelle également que les Français qui le souhaitent peuvent, à partir de 18 ans, intégrer la réserve civile de la Police nationale, au sein de laquelle la possibilité leur est offerte d'exercer des missions d'expertise et de soutien utiles aux forces de l'ordre et contribuant à la sécurité collective.

Ce mouvement exceptionnel, cet effort collectif, doit se poursuivre. C'est la raison pour laquelle nous allons mettre en place, à partir du 8 août prochain, trois formations spécifiques supplémentaires, trois Préparations militaires de la Gendarmerie (PMG), sur le modèle de celle que vous êtes en train de suivre, ici, à Orléans. Parallèlement, la Gendarmerie est d'ores et déjà en train de faire passer de 30 à 40 ans l'âge limite d'engagement au sein de sa réserve.

Très bientôt, vous et vos camarades serez ainsi employés en tant que gendarmes réservistes et selon vos disponibilités pour protéger des lieux particulièrement sensibles. Les préfets pourront puiser dans la ressource que vous allez constituer pour renforcer la sécurité des différents événements de l'été, des sites touristiques, mais aussi des trains et des gares, en soutien des unités actives en charge de la protection de nos concitoyens.

Au terme de votre formation, vous allez bénéficier du statut d'agent de police judiciaire adjoint, qui vous permettra de procéder à des actes juridiques précis. Je ne doute pas que vous serez à la hauteur de cette responsabilité, à l'image des trois réservistes opérationnels qui, le 19 juillet dernier, ont procédé à l'interpellation d'un individu qui venait de commettre une tentative d'homicide à Laragne, dans les Hautes-Alpes. Rapidement mobilisés dans les opérations de recherche, vos trois camarades ont fait preuve d'une bravoure et d'un sang-froid exemplaires en permettant l'arrestation du criminel.

Dans quelques jours, dans quelques semaines, vous aussi, à votre tour, serez donc prêts à assumer pleinement vos missions.

Comme l'a souhaité le Président de la République, l'ensemble des effectifs réservistes constitueront bientôt une véritable Garde nationale, laquelle aura pour mission d'épauler et de soutenir les forces de Police et de Gendarmerie. Les contours de cette future Garde nationale, à laquelle contribueront les réservistes des Armées, seront fixés dans les jours et les semaines à venir. Mais, d'ores et déjà, nous savons que les réserves de la Gendarmerie et de la Police nationales représenteront la moitié des effectifs de cette Garde nationale. Le ministère de l'Intérieur sera donc, une fois encore, en toute première ligne.

Dans les temps difficiles que nous connaissons, toutes les formes d'engagement citoyen sont nécessaires. Car c'est ainsi, comme je l'ai dit, que nous pourrons assurer durablement la résilience de notre pays. Chaque Français, selon ses disponibilités et ses compétences, peut contribuer à l'effort collectif.

Toutes celles et ceux qui le souhaitent peuvent ainsi rejoindre, à partir de l'âge de 16 ans, les unités de sapeurs-pompiers volontaires, au terme d'une formation adaptée. Je veux rappeler que, le 14 juillet au soir, à Nice, 570 sapeurs-pompiers ont été engagés dans le dispositif de secours, et l'apport des volontaires a été décisif pour faire face à une situation d'une gravité exceptionnelle.

Aujourd'hui, en France, 193 500 de nos concitoyens sont engagés dans les rangs des sapeurs-pompiers volontaires. Eux aussi constituent un exemple pour nous tous. Nous devons continuer de renforcer cette force irremplaçable au service de la collectivité et de la République.

A mes yeux, c'est là une priorité majeure. Je rappelle que, lors du Congrès national des sapeurs-pompiers qui s'est tenu en 2013 à Chambéry, nous avons pris 25 engagements en faveur du volontariat. Depuis lors, nous ne cessons de les mettre en œuvre, avec méthode et détermination. Car, de même que nous avons besoin des réservistes de la Gendarmerie et de la Police nationales, de même nous avons besoin des sapeurs-pompiers volontaires. Nous devons donc amplifier notre mobilisation, moderniser les modes de recrutement et faciliter l'engagement dans la durée. C'est ce que nous faisons, aux côtés de l'Association des Maires de France et de l'Assemblée des Départements de France, à travers notamment la signature de conventions avec les employeurs. En outre, grâce au Service civique, nous allons encore élargir les possibilités d'engagement au sein des unités de sapeurs-pompiers volontaires.

J'invite également les Français à prendre contact avec les associations de protection et de sécurité civiles, qui ont, elles aussi, joué un rôle décisif à Nice, comme d'ailleurs à Paris, le soir du 13 novembre 2015, notamment pour assurer des missions de secourisme, mais aussi pour participer à la prise en charge des victimes et de leur famille, notamment au sein de la Cellule interministérielle d'aide aux victimes (CIAV). Dès lors que la situation l'exige, les citoyens bénévoles engagés au sein de ces associations répondent à chaque fois présent, nous apportant leur précieux concours en cas de crise.

J'invite chaque Français à suivre les formations aux premiers secours et aux gestes qui sauvent. Là aussi, l'attentat perpétré à Nice nous a rappelé la nécessité absolue de développer ce type de formations. En février dernier, après les attentats de 2015, le ministère de l'Intérieur a lancé, à ma demande et à la suite d'une initiative pionnière prise par la Brigade de Sapeurs-pompiers de Paris, une grande campagne de sensibilisation qui a rencontré un très grand succès, partout dans le pays. Jamais nous n'avions alors rencontré une telle demande pour s'informer, se former et former autrui aux gestes qui sauvent. En à peine un mois, plus de 8 000 sessions ont été organisées. Elles ont permis de former près de 80 000 personnes. Aujourd'hui, nous devons continuer dans cette direction et amplifier notre effort.

Enfin, j'invite les jeunes Français, d'où qu'ils viennent, à s'engager dans le Service civique. Ils sont aujourd'hui 100 000. Comme l'a rappelé le Président de la République le 20 juillet à Saint-Astier, ils seront bientôt, dès l'année prochaine, 150 000, puis 350 000 en 2018. Ce Service civique est universel et s'adresse à toutes celles et à tous ceux qui souhaitent effectuer des missions d'intérêt général.

Mesdames et Messieurs, chacun d'entre nous est pleinement conscient de la gravité de la situation. Aujourd'hui, nos policiers et nos gendarmes, nos sapeurs-pompiers, nos soldats, nos agents du renseignement, ont besoin de la mobilisation des Français. Ils ont besoin de notre soutien et de notre vigilance. Ils ont besoin de notre lucidité, de notre sang-froid et de notre force d'âme.

C'est l'ensemble du peuple français qui doit aujourd'hui se lever dans un vaste mouvement de civisme et de solidarité.

Voilà comment, Mesdames et Messieurs, nous renforcerons tous ensemble la République. La France est forte de ses principes et de ses valeurs. Elle est forte de son histoire et du message qu'elle adresse, depuis plus de deux siècles, aux peuples du monde. Dans cette épreuve, Mesdames et Messieurs, la France tiendra bon, j'en suis convaincu. Elle tiendra bon parce qu'elle est la France, parce que nous sommes un grand peuple et que nous le resterons aussi longtemps qu'il y aura en son sein des citoyens tels que vous.


Je vous remercie.


Source http://www.interieur.gouv.fr, le 2 août 2016

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