Tribune de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, dans "les Echos" le 9 août 2016, sur le renforcement nécessaire de la construction européenne face au terrorisme, intitulée : " un nouveau contrat pour l'Europe". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Stéphane le Foll, ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement, dans "les Echos" le 9 août 2016, sur le renforcement nécessaire de la construction européenne face au terrorisme, intitulée : " un nouveau contrat pour l'Europe".

Personnalité, fonction : LE FOLL Stéphane.

FRANCE. Ministre de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement

ti : Un nouveau contrat pour l'Europe


Face au risque terroriste et à la victoire du Brexit, l'Europe doit retrouver une ambition autour de trois engagements : garantir la liberté et la sécurité ; approfondir l'organisation de la zone euro ; oeuvrer pour la stabilité et le développement de ses voisins.

La France vient de vivre des attentats terribles. Les victimes et leurs familles sont dans le deuil, meurtries dans leur chair. L'Allemagne et la Belgique aussi ont connu des actes semblables et revendiqués par Daech. Au fond, ce sont nos démocraties qui sont menacées, ce sont nos libertés qui sont contestées. Et c'est dans l'union que nos pays pourront définitivement terrasser leurs ennemis, durablement relever les défis qui leur sont posés.

L'Europe, c'est la manifestation de cette union. La préserver est donc notre responsabilité collective. Il est temps d'assumer pleinement et collectivement cette responsabilité. Elle implique certes des obligations pour chacun. Mais elle est aussi seule à même de générer des bénéfices communs, que chaque pays recherche, mais qu'aucun ne peut atteindre seul. Face aux défis du monde, seuls, nous ne serons rien, et si nous sommes affaiblis, alors notre puissance, nos droits et nos libertés en souffriront lourdement.

Pour fonctionner, l'Europe doit changer, nous devons changer. À nous de faire en sorte de réveiller l'Union, de retrouver une ambition collective dans un nouveau contrat.

Le premier engagement qui doit nous guider, c'est d'inventer une Europe qui protège nos libertés et notre sécurité. La victoire des tenants du Brexit est d'abord le résultat de la crainte de l'immigration, celle issue du reste du monde, mais surtout, et là est le plus terrible, la remise en cause de la liberté de circulation des travailleurs européens, l'une des quatre libertés qui fondent le marché unique. Point de Schengen ici, mais le simple résultat d'un choix national qui a consisté à accueillir massivement les travailleurs d'Europe de l'Est bien au-delà des obligations européennes, et qui n'a jamais été assumé politiquement sur l'île.

Face à cette peur agitée partout, il y a un message politique majeur à faire passer. Oui, la fermeté est nécessaire pour maîtriser l'immigration, mais bien pour qu'elle reste une force, un atout pour nos pays. Laisser penser que le retour aux frontières d'antan pourra permettre de se protéger est un mensonge. Au contraire, l'Europe doit assumer sa responsabilité collective sur ce sujet, se mobiliser de façon structurée et cohérente.

Se protéger, cela veut dire se donner les moyens de remplir ce nouveau contrat, en développant une véritable police aux frontières extérieures. Frontex doit être solidifiée par une coopération active entre tous les pays. De même, nous devons coordonner nos politiques d'asile. Ainsi, nous n'avons pas besoin d'un nouveau Schengen, mais il faut mieux penser Schengen, l'adapter aux défis d'aujourd'hui. Cela va de pair avec le projet de défense européenne qui doit être relancé. La France, par les décisions qu'a prises le président de la République, assume une grande partie de la sécurité de l'Union, mais de manière trop isolée. Les autres doivent s'engager plus avant à nos côtés.

Les tenants de la division peuvent objecter que notre continent, divisé, a dominé le monde. Cela est exact, mais en 1914, l'Europe représentait à elle seule 20% de la population et 60% du PIB mondial. Avec 7% de la population et environ 20% des richesses mondiales aujourd'hui, l'unité est nécessaire si nous voulons continuer à peser demain sur les grands choix du monde. Il nous faut donc parler d'une seule voix, une voix forte, ferme au besoin, en particulier dans le domaine commercial. Michel Rocard l'avait très bien dit : l'Europe c'est un ensemble de valeurs démocratiques, associées à un modèle économique écologique, compétitif et à un niveau élevé de protection sociale.

La défense de ce modèle inscrit dans les traités nous impose d'approfondir l'organisation de la zone euro : c'est le deuxième engagement de ce contrat. L'euro, faut-il le rappeler, est d'abord une monnaie qui protège les plus faibles et les plus petites économies. Cette monnaie doit se réaffirmer comme pleinement solidaire, et il convient à cet égard de saluer l'évolution récente de la Banque centrale européenne. L'euro est un élément de puissance qui doit nous conduire à oser sa réorganisation, en se dotant d'un gouvernement, d'un Parlement, pour s'atteler au défi des harmonisations sociales et fiscales.

Mais, adossée à la zone euro, l'Europe des Vingt-Huit doit redevenir le projet des Européens, celui de l'avenir et donc de la jeunesse. Cela signifie investir en doublant le plan Junker, mais aussi éduquer, chercher, innover pour que la jeunesse d'Europe porte les idées et les progrès de demain. Enfin, il s'agit d'oeuvrer pour la stabilité et le développement économique et social de tous ces pays dont le destin est imbriqué avec le nôtre, en Méditerranée, au Proche et Moyen-Orient, en Afrique. Un grand plan d'investissement et de développement doit être notre troisième engagement. L'agriculture a un rôle crucial à jouer dans cette entreprise, pour la sécurité alimentaire et l'amélioration des conditions de vie en milieu rural de nos voisins du Sud.

L'Europe est trop souvent réduite à ses institutions, mais c'est en réalité bien plus que cela. C'est un projet politique au sens le plus noble du terme. L'Europe, c'est notre destin, nous disait François Mitterrand, c'est aussi aujourd'hui le destin de nos voisins. Il nous revient de tout faire pour empêcher que ceux qui veulent détruire l'Europe puissent y parvenir. Faire et construire au service de l'intérêt général, c'est toujours plus long et difficile que de détruire avec la seule volonté de crier victoire un soir d'élection. Alors au travail, pour un nouveau contrat pour l'Europe.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 11 août 2016

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