Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 10 août 2016, sur les relations entre le gouvernement et la CGT, la surpopulation carcérale, le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et la préparation des élections présidentielles. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à RTL le 10 août 2016, sur les relations entre le gouvernement et la CGT, la surpopulation carcérale, le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne et la préparation des élections présidentielles.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, FLORIN Jérôme.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : JEROME FLORIN
Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour.

JEROME FLORIN
Le patron de la CGT, Philippe MARTINEZ, dénonce l'attitude revancharde du gouvernement, le gouvernement qui a décidé de valider le licenciement d'un délégué CGT d'AIR FRANCE, impliqué dans l'épisode de la chemise arrachée. Est-ce que vous avez l'impression d'être un revanchard, Jean-Marie LE GUEN ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, et d'ailleurs, ce n'est pas une organisation syndicale en tant que telle qui est visée, ce sont des faits qui ont conduit la ministre, Myriam El KHOMRI, à aller dans le sens de ce qu'avait décidé la direction des relations sociales d'AIR FRANCE, et ce que les Français avaient vu de leurs yeux, évidemment, c'est-à-dire des actes de violence à l'intérieur d'un mouvement social. Je rappelle qu'il y avait quatre salariés qui avaient été licenciés, que la question se posait maintenant de savoir si un délégué syndical, parce qu'il était délégué syndical, ne pouvait pas être licencié comme les autres salariés. La décision de la ministre a été d'aller dans ce sens. Mais évidemment, nous sommes un Etat de droit, et donc il y a la possibilité de recours devant le tribunal administratif si jamais le délégué syndical contestait sa décision.

JEROME FLORIN
La loi Travail, promulguée au Journal officiel dans la foulée, c'est une provocation vis-à-vis de la CGT ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, non, c'est le calendrier habituel, vous le savez, beaucoup de lois qui sont votées au mois de juillet, qui sont d'ailleurs examinées ensuite par le Conseil constitutionnel, eh bien, sont publiées dans le courant du mois d'août, avant le 15 août, c'est la tradition de toutes les lois, et d'ailleurs, il y a la loi biodiversité qui a été également publiée au Journal officiel. Et une loi, je rappelle, elle a été votée, donc ce qui serait une provocation, c'est de ne pas publier des lois qui ont été votées.

JEROME FLORIN
Avec le 49.3. La CGT et d'autres syndicats veulent reprendre à la rentrée la mobilisation contre cette loi justement. Vous la craignez cette mobilisation ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je ne la crains pas et je ne la méprise pas, je veux dire par-là qu'il est logique si des organisations syndicales veulent s'exprimer, elles l'ont fait d'ailleurs très largement avec un écho dans leur action, qui était, me semble-t-il, un peu déclinant, j'ai cru comprendre qu'ils voulaient également agir au plan des démarches juridiques qui sont encore possibles, évidemment, encore une fois, parce que nous sommes dans un Etat de droit, et nous ne sommes pas, contrairement à ce que certains discours peuvent laisser penser, dans la décision unilatérale, il y a des procédures, eh bien, que les procédures soient respectées.

JEROME FLORIN
Manuel VALLS a annoncé avant-hier un nouveau plan contre la surpopulation carcérale, il y a 70.000 détenus pour un peu plus de 50.000 places, 54.000 places aujourd'hui dans les prisons françaises. Il a promis un plan précis et financé pour l'automne. Est-ce qu'il faut y croire cette fois ? Je vous pose la question, ce n'est pas le premier plan qu'on nous annonce.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ce n'est pas tout à fait exact, en matière de prison, effectivement, il y avait eu un plan annoncé par la droite qui était un plan de privatisation des prisons, et ceci, évidemment, n'avait pas reçu l'accord de ce gouvernement.

JEROME FLORIN
Mais le gouvernement FILLON avait promis 68.000 places en 2010, on en est loin, le gouvernement JOSPIN avait annoncé un grand plan sur dix ans, on voit : rien n'est réglé. Pourquoi est-ce qu'on devrait vous croire, cette fois-ci ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, d'abord, parce qu'il va être très précisément énoncé, et deuxièmement, parce que, à l'évidence, même si la société française, nous tous, les responsables politiques, nous avons quelques scrupules à dépenser de l'argent public aujourd'hui pour construire des prisons, et nous voyons bien que la surpopulation carcérale est arrivée à un point qui est aujourd'hui inacceptable. Et donc il faut construire un certain nombre de places de prison, même si nous savons que notre politique pénale est beaucoup plus globale, elle ne consiste pas simplement à enfermer les gens, mais aussi à avoir une action parfois de prévention, et sinon, de réinsertion.

JEROME FLORIN
En tout cas, ce constat, ça fait quand même des années qu'on le fait, voilà.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais ce n'est jamais très facile de construire des places de prison, ça coûte de l'argent, ce ne sont pas toujours les populations qui attirent le plus, et on peut aussi le comprendre, l'attention du grand public, et lorsqu'il y a surpopulation, eh bien, parfois, on se dit : eh bien, ce n'est pas grave. Et puis, au bout d'un certain temps, cette surpopulation, elle atteint un niveau qui n'est plus acceptable, plus tolérable et qui devient dangereux. C'est le constat qu'a fait le gouvernement, et c'est pourquoi il a fait ses propositions.

JEROME FLORIN
Jean-Marie LE GUEN, le président turc ERDOGAN prend ses distances, il s'est rapproché de Vladimir POUTINE, il accuse les Occidentaux d'avoir été aux abonnés absents pendant la tentative de putsch, il menace de ne plus reprendre les migrants sur son sol. Pire, il se dit ouvert à une réinstauration de la peine de mort. Est-ce qu'il faut rompre aujourd'hui le processus d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, d'abord, la Turquie est un grand pays, indépendamment de ses gouvernants, c'est une civilisation, c'est une puissance méditerranéenne, c'est aussi un voisin de l'Europe. Et don l'Europe, en son temps, a indiscutablement fait le choix d'apaiser ses relations à la périphérie, et y compris d'intégrer dans une perspective européenne. Aujourd'hui, ce processus est objectivement très enlisé, il n'avance pas…

JEROME FLORIN
Ça fait 50 ans qu'on en discute…

JEAN-MARIE LE GUEN
… Des Européens, mais aussi par la nature même du pouvoir turc qui… vous rappeliez cette affaire des Droits de l'Homme, qui est évidemment une provocation à l'égard de l'Europe tout à fait inacceptable, mais sur plusieurs points, nous voyons bien que le pouvoir politique, les éléments constitutionnels, la façon de gouverner de la Turquie s'éloignent des standards européens. C'est un fait. Chacun le constate, je pense qu'à un moment ou à un autre, il faudra effectivement tenir un discours de clarification. N'oublions pas non plus que l'Europe, elle-même, s'interroge sur ses frontières, sur ses fonctions, sur son identité. Et donc j'allais dire, il va falloir mettre tout ça à plat au moment où on a, d'un côté, le Brexit, de l'autre côté, des frottements avec la Turquie, il va falloir clarifier les choses, de la même façon qu'il faut les clarifier aussi avec l'Europe centrale, orientale, l'Ukraine, notre partenariat avec la Russie qui n'a jamais été stabilisé ; tous ces éléments doivent être, me semble-t-il, posés sur la table pour un redémarrage du projet européen.

JEROME FLORIN
Jean-Marie LE GUEN, il va falloir attendre le mois de décembre pour savoir si François HOLLANDE sera candidat à un second mandat, il a confié à des journalistes lors de son déplacement à Rio qu'il fallait – je le cite – une raison suffisamment forte pour qu'il y aille. Vous la voyez aujourd'hui la raison ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien écoutez, nous vivons une époque qui est en rupture complète avec ce que la politique nous a dit depuis trente ou quarante ans. On voit bien que, aujourd'hui, l'Europe – on vient d'en parler – est menacée de dislocation, il y a des pressions migratoires considérables, il y a le défi du terrorisme, il y a une économie atone au plan européen et au plan international. Et donc il va falloir continuer, à la fois continuer à faire un certain nombre de réformes, mais en même temps, maintenir un certain nombre de valeurs. Donc je pense qu'il y a effectivement une nouvelle donne qu'il faut saisir…

JEROME FLORIN
Oui, mais quelle raison cette nouvelle donne, le constat, tout le monde est d'accord, mais la raison qui pourrait faire que François HOLLANDE…

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien, la raison, c'est l'explicitation d'un vrai projet, d'une vraie ambition pour notre pays, qui se différencie des tentations de dérives autoritaires, qui existent dans le monde entier, on le voit aux Etats-Unis avec monsieur TRUMP, on le voit dans tout un tas de pays dont on a parlé autour de l'Europe, il faut écarter cette tentation autoritaire, il faut écarter cette tentation populiste, on le voit aussi dans de nombreux pays, y compris de nombreux pays européens. Il faut faire vivre un renouvellement de la pensée républicaine, voilà. Ce qui est devant nous, c'est ça, c'est faire revivre les valeurs qui ont fait la France, qui ont fait une France forte, mais une France républicaine, qui est sûre de ses valeurs…

JEROME FLORIN
Mais peut-être que les gens veulent des choses plus concrètes, Monsieur LE GUEN, quand on dit que par exemple…

JEAN-MARIE LE GUEN
Pardon ?

JEROME FLORIN
Peut-être que les gens veulent simplement des choses plus concrètes et des paroles qui soient suivies d'effet, quand on promet par exemple une inversion de courbe pour le chômage qui ne vient pas, qui se fait attendre, eh bien, c'est un peu votre boulet quand même !

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais bien sûr que c'est une difficulté, la situation économique de notre pays est une difficulté majeure, à laquelle nous sommes confrontés. Nous avons souhaité, nous avons espéré que les choses iraient plus vite, elles sont malheureusement retardées de douze, dix-huit mois, par rapport à ce que nous avions espéré, personne ne peut dire le contraire. Mais en même temps, nous savons que c'est dans cette direction que les choses se font, petit à petit, la France, avec difficultés, avec retard, retrouve de la compétitivité, mais c'est la direction que nous avons engagée qui est la bonne. Et donc il faut continuer dans cette direction, il faut que notre pays se modernise, qu'il fasse vraiment face à la mondialisation qui nous est imposée, et donc retrouver de la compétitivité, de la force, de la force pour défendre nos valeurs, celles de notre modèle social, celles de notre République. Alors, il s'agit, et ce n'est pas mon rôle ce matin avec vous, mais je veux y participer évidemment avec d'autres, c'est construire un nouveau projet pour cette France du 21ème siècle. Nous avons un peu de retard dans notre entrée du 21ème siècle, et dans la compréhension de ses enjeux.

JEROME FLORIN
C'est un peu vague, ça, Monsieur LE GUEN, aucun sondage aujourd'hui ne qualifie François HOLLANDE pour le second tour. Voilà, vous avez un candidat qui va sans doute perdre…

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais les sondages sont encore plus vagues, c'est des propos généraux, je veux bien l'admettre, que je vous tiens, nous verrons bien ce qu'il en est des sondages, mais ce n'est pas ça qui doit nous gouverner. Aujourd'hui, la France a suffisamment de problèmes pour qu'on essaie de faire des propositions, non pas en fonction de tel ou tel sondage, mais en fonction de ce qui nous paraît essentiel pour l'avenir du pays. Et l'avenir du pays, c'est le redressement, mais c'est en même temps le fait de garder un certain nombre de valeurs, un art de vivre à la française, un art de vivre de libertés, de modèle social, d'enjeux culturels, qui fait que nous sommes une République qui est encore, me semble-t-il, une référence dans beaucoup de pays au monde.

JEROME FLORIN
En un mot, Monsieur LE GUEN, il y aura une primaire à gauche ou pas ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Eh bien écoutez, c'est ce qu'a proposé le Parti socialiste, nous verrons bien.

JEROME FLORIN
Nous verrons bien, ce n'est pas encore sûr…

JEAN-MARIE LE GUEN
Nous verrons bien ce qui se passe, pour ma part, je suis tout à fait confiant dans l'idée que la gauche, dans son ensemble, bien au-delà aujourd'hui du Parti socialiste, va prendre conscience des véritables enjeux dans le monde où nous sommes. Nous ne sommes pas dans un débat théorique et abstrait ou esthétique, nous sommes dans un débat tout à fait concret de ce qu'il faut pour notre pays, et des valeurs qui le gouverneront pour les cinq ans qui viennent.

JEROME FLORIN
Merci Jean-Marie LE GUEN, secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement. Merci et bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 août 2016

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