Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFM TV/RMC le 25 août 2016, sur les chiffres du chômage, la préparation de l'élection présidentielle, et l'affaire du "burkini". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Manuel Valls, Premier ministre, à BFM TV/RMC le 25 août 2016, sur les chiffres du chômage, la préparation de l'élection présidentielle, et l'affaire du "burkini".

Personnalité, fonction : VALLS Manuel, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Premier ministre;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité ce matin est Manuel VALLS. Bonjour.

MANUEL VALLS
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous. Nous parlerons du voile et du burkini un peu plus tard ; je préfère commencer avec le chômage. Le nombre de chômeurs a baissé de 0,5 % en juillet. En un an, le chômage a baissé de 1,2 %. Est-ce que François HOLLANDE a fini par avoir du bol ?

MANUEL VALLS
Quand je parle de l'emploi et du chômage, je ne pense pas à nous. Enfin, je ne pense pas à ceux qui gouvernent.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il y pense, lui.

MANUEL VALLS
Nous pensons, lui et moi - et Myriam EL KHOMRI bien sûr, et tous les membres du gouvernement – nous pensons d'abord à ceux qui sont au chômage, à ceux qui sont dans la précarité, à ceux qui sont au chômage depuis très longtemps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est donc pas une question de bol, le chômage.

MANUEL VALLS
Et nous pensons à ceux qui retrouvent un emploi. Soixante-quatorze mille chômeurs de moins depuis le début de l'année et une baisse tendancielle du chômage, et une baisse notamment pour les jeunes, pour les seniors, pour les chômeurs de longue durée. C'est-à-dire que ce sont toutes les catégories qui aujourd'hui sont concernées. Mais je n'oublie pas, parce que je pense à ceux qui nous écoutent, à ceux qui nous regardent, je n'oublie pas que nous vivons depuis plus de trente ans avec un chômage de masse, avec un chômage qui est en-dessous aujourd'hui de 10 % de la population active. Ça baisse, ça va dans le bon sens et ça veut dire qu'il faut continuer l'effort de soutien à la compétitivité de nos entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vais y revenir.

MANUEL VALLS
Parce que ce qui est marquant dans les chiffres à la fois d'hier publiés par Pôle emploi mais aussi par l'Insee il y a quelques jours, et tous les instituts disent la même chose, c'est que l'économie française créée de nouveau de l'emploi. Nous avons – les entreprises françaises ont créé cent quarante mille emplois au cours de ces derniers mois. C'est évidemment le fruit d'une croissance vigoureuse autour de 1,5 %, et de tous les dispositifs que nous avons adopté depuis trois ans en faveur des entreprises : le CICE, le Pacte de responsabilité, bref, la baisse des charges, qui ont donné plus de possibilités d'investissement pour les entreprises. Je m'en réjouis mais c'est une invitation à poursuivre cet effort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Du bol », c'était un peu léger peut-être ; je vais oublier cette expression peut-être malheureuse. Formation : vous aviez annoncé cinq cent mille chômeurs en formation ; on en est à quarante mille à peu près, je crois. C'est bien ça ?

MANUEL VALLS
C'est une montée en charge et ce sera surtout à la rentrée - la ministre du Travail le rappelait hier – où on va vers ces cinq cent mille formations. Parce que, nous le savons, l'une des causes aussi du chômage, c'est la moindre qualification. Les chômeurs, pas tous bien sûr, mais pour beaucoup sont ceux qui sont les moins formés, souvent jeunes, souvent des femmes, et souvent issus de nos quartiers populaires ou des territoires défavorisés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le problème, c'est que les catégories B et C, de chômeurs B et C, qui ont quelques heures de travail ne baissent pas. Le nombre de chômeurs dans ces catégories-là ne baisse pas.

MANUEL VALLS
Pas que quelques heures. Certains travaillent plus de soixante-dix heures et c'est déjà beaucoup. Mais là, vous avez des statistiques qui, elles, n'ont pas changé. En tout cas, les catégories qui sont les mêmes. J'évoquais le chômage mais j'évoquais aussi la précarité. L'une des mesures qui marche le mieux, c'est ce soutien à l'embauche, à la première embauche pour les PME. Et ce que nous constatons, c'est que non seulement ça marche bien, c'est six mille euros pour la première embauche, mais qu'elles embauchent en CDI. Parce que l'autre élément c'est la précarité, et d'ailleurs l'un des éléments forts de la loi Travail portée par Myriam EL KHOMRI, c'était pour favoriser l'embauche en CDI parce qu'aujourd'hui, les embauches à 90 % se font en CDD.
Et quand vous êtes en CDD, je pense notamment aux jeunes, vous ne pouvez pas acheter un appartement, vous ne pouvez pas voir l'avenir et donc c'est ça. C'est cette précarité-là que nous devons aussi combattre. Regardons quand même les choses objectivement et par rapport à ceux qui critiquaient ma politique économique, celle que nous avons mise en oeuvre : il y a des résultats, ces résultats vont dans le bon sens, l'économie française est plus performante. Il faut continuer les réformes, le soutien aux entreprises et le soutien bien sûr à tous les dispositifs aux chômeurs, dont la formation est un élément tout à fait essentiel.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Est-ce que vous maintenez votre prévision de croissance à 1,5 à la fin de l'année ? 0,7 premier trimestre, 0 deuxième trimestre. Troisième trimestre, vous avez les chiffres ?

MANUEL VALLS
Non, pas encore.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez des tendances ?

MANUEL VALLS
Avec Michel SAPIN et Christian ECKERT, nous sommes sur cet objectif de 1,5 % en 2016.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous maintenez cet objectif ?

MANUEL VALLS
Cet objectif pour 2016, aussi pour 2017. Vous savez, on avait dit que peut-être…

JEAN-JACQUES BOURDIN
0,7, 0 : il faut un peu de croissance au troisième trimestre.

MANUEL VALLS
Il faut de la croissance au troisième.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et il y en a ? Il y en a ?

MANUEL VALLS
Nous avons le sentiment qu'il y en a. Les chiffres d'ailleurs, les chiffres du chômage…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous connaissez les chiffres ?

MANUEL VALLS
Non, non. Je ne connais pas les chiffres encore. Les chiffres du chômage, les chiffres de l'emploi d'une certaine manière le démontrent puisque les entreprises créent de l'emploi et c'est ça le plus important. Evidemment, les conséquences du Brexit, la situation du tourisme due évidemment aux attentats pourraient nous inciter à être prudents. Les éléments que nous avons montrent que ces chiffres sont sérieux. Mais nous avons toujours été sérieux, nous n'avons jamais extrapolé des chiffres que nous ne pourrions pas atteindre. Une croissance de 1,5 %, c'est celle qui permet de faire baisser le chômage, de créer de l'emploi et dans une société parfois morose, ce sont aussi – et dans un contexte économique mondial et européen qui reste lui aussi marqué par un certain nombre d'inquiétudes – c'est une bonne chose et moi je m'en réjouis pour le moral des Français et pour le moral du pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors si la baisse se poursuit, en décembre-janvier François HOLLANDE sera-t-il naturellement candidat ?

MANUEL VALLS
Mais c'est à lui d'apporter cette réponse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, ça on le sait.

MANUEL VALLS
Je vais vous dire mon sentiment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais pour vous, ça s'impose. Sa candidature s'impose.

MANUEL VALLS
Oui, bien sûr. Pour un président de la République sortant, elle s'impose mais il faut toujours répondre non seulement - et c'est normal, nous sommes dans une démocratie – aux questions sur le bilan. Et si l'économie va mieux, si le chômage baisse, le président de la République n'aura pas à rougir de ce bilan tout en étant très lucide.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il pourra se présenter.

MANUEL VALLS
Tout en sachant quelle est l'exigence des Français. Mais il ne suffit pas d'un bilan, il faut répondre à l'autre question : pourquoi un nouveau quinquennat ? Avec quel sens, avec quels grands défis ? Nous sommes dans un monde troublé, instable. Il y a la menace terroriste, il y a le défi climatique évidemment.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il se présentera comme le garant de la sécurité, le garant de l'équilibre.

MANUEL VALLS
Il y a les grands sujets liés, je ne sais pas, à la démographie, à l'immigration.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le défenseur de la République.

MANUEL VALLS
Oui, ça c'est un autre élément qui nous renvoie à nos propres débats. Bien sûr la République, la démocratie, l'Etat de droit : ça veut dire le refus de tout arbitraire. Et puis, parlons-nous franchement Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, allez-y.

MANUEL VALLS
L'élection présidentielle, puisqu'on en parle peu aujourd'hui – non pas de l'élection présidentielle mais de ce que je vais vous dire – elle va être marquée encore une fois par le poids croissant du populisme, de l'extrême droite. Aujourd'hui, toutes les enquêtes d'opinion mais aussi le résultat des dernières régionales, semblent démontrer – je suis prudent – que le Front national serait au deuxième tour. Ça veut dire que face au Front national, il y aura un candidat socialiste ou un candidat de droite, un candidat des Républicains. Donc la vie politique française va être totalement bouleversée si c'est ce scénario qui s'imposait. Comment on gouverne après ? Dans quelles conditions ? Avec qui ? Moi, je pense que notre candidat, le candidat de la gauche, de la gauche qui gouverne, de la gauche lucide, de la gauche qui réforme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le vôtre dans tous les cas.

MANUEL VALLS
Ce candidat devra pas dans quelques mois, là dans les prochaines semaines et c'est notre responsabilité, rassembler. Mais rassembler pas seulement la gauche, au-delà. Rassembler les Français. Les formes de gouvernement vont devoir changer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous avez vu, les candidatures se multiplient. Vous avez vu, Cécile DUFLOT, Arnaud MONTEBOURG qui est très sévère avec François HOLLANDE, oui.

MANUEL VALLS
Ce que je constate, c'est que ceux qui ont gouverné, souvent d'ailleurs dans la période où il y a eu des choix très, très difficiles, notamment quand il s'agit d'augmenter les impôts, ces ministres qui à l'époque étaient restés au gouvernement utilisent des mots outranciers qui, j'espère, dépassent leurs pensées à l'égard du président de la République, du gouvernement, de la majorité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Votre ami MONTEBOURG avec lequel vous trinquiez lorsque vous êtes à quelques mois de devenir Premier ministre.

MANUEL VALLS
Mais je reste ami avec qui je connais depuis longtemps et je respecte les personnes, même si sur bien des sujets nous divergeons : sur sa vision de l'Europe, sur l'économie, sur la question de la République et de la laïcité, mais ce n'est pas simplement une question de personne, c'est une question d'attitude, vous savez moi je pense que la gauche, c'est une morale, c'est-à-dire que c'est aussi une manière de se comporter, et dans ce moment où les Français, ce n'est pas nouveau sont très sévères à l'égard de la politique, à l'égard de ceux qui dirigent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
De vous tous et de nous tous d'ailleurs.

MANUEL VALLS
A l'égard de ceux qu'on appelle les élites, les comportements sont très sévèrement jugés. Moi, j'ai ma cohérence sur toute une série de sujets, je peux me tromper, je peux changer, mais j'ai ma cohérence. Je suis un homme engagé à gauche, socialiste depuis 1980, profondément républicain et qui croit que dans ce moment là, c'est le rassemblement des Français qui doit s'imposer. Mais autour de quoi ? D'une République ferme et en même temps bienveillante, généreuse. Et ce qui m'inquiète, notamment dans l'entrée en campagne de Nicolas SARKOZY, peut-être que nous allons en parler.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'allais y venir.

MANUEL VALLS
Moi, j'ai du respect pour l'ancien président de la république, je regarde ce qu'il dit, ce qu'il écrit, mais ce qui m'inquiète pour mon pays, c'est la brutalité de ses propositions. Pas uniquement sur les questions régaliennes, pas uniquement sur les questions de sécurité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il fait du populisme, vous parliez de populisme ?

MANUEL VALLS
Oui je pense qu'il…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce matin vous dites Nicolas SARKOZY est devenu, fait du populisme électoral.

MANUEL VALLS
Ce mot de populisme, il est toujours un peu compliqué.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un peu galvaudé.

MANUEL VALLS
Oui, mais il suit l'extrême droite, il embarque progressivement la droite républicaine et d'ailleurs même les autres candidats aux primaires, y compris Alain JUPPE se laisse entrainer dans ce mouvement, dans cette voie là et ça m'inquiète. Et donc ça donne une responsabilité supplémentaire pour la gauche et son candidat pour rassembler bien au-delà.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est animé d'un esprit de revanche selon vous ?

MANUEL VALLS
Ça, je l'ai dit parfois, qu'il était animé par une forme de revanche à l'égard de François HOLLANDE, à l'égard de ses propres amis, peut-être à l'égard de lui même, à l'égard des Français qui l'ont sanctionné en 2012, mais au fond ce n'est pas le sujet, ce qui m'intéresse en revanche, c'est la brutalité de son programme, c'est tout pour les riches ce plan fiscal. C'est un programme profondément inégalitaire qui tourne le dos au fond à une certaine conception qui est la mienne en tout cas de la République sociale. Quand vous proposez par exemple de supprimer 300 000 postes de fonctionnaires, c'est facile, on est dans la démagogie, qui va être concerné ?
Il faut le savoir, c'est d'abord les enseignants, c'est d'abord les personnels de santé, c'est-à-dire les deux grands services publics qui fondent, me semble-t-il, cette République sociale et qui doivent nous aider à lutter contre les inégalités. Donc dans le débat qui s'ouvre, au moins il a le mérite de cette candidature de Nicolas SARKOZY avec ses propositions, ces deux modèles, c'est des modèles différents entre un bloc réactionnaire qui est celui de l'extrême droite et d'une droite dure et d'une gauche qui ne doit pas se parler à elle-même, qui ne doit pas être ringarde, qui doit regarder le monde et la France tel qu'ils ont évolué et qui doit proposer cette République sociale…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Justement que proposer ?

MANUEL VALLS
… juste, qui fait de l'égalité, l'égalité notamment des chances et donc l'école de ce point de vue-là reste le projet au coeur même…, le projet de la gauche et de la République, mais ces deux conceptions, elles vont s'affronter au bon sens du terme dans…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va beaucoup parler de la République, d'abord entre 9h00 et 9h30 vous serez avec les auditeurs de RMC qui vous interrogeront, vous serez leur invité. Vous avez dit que la présidentielle allait se jouer sur la place de l'Islam en France, je vais revenir là-dessus, un mot quand même sur l'impôt sur les sociétés, 33,3 % actuellement en France, vous dites, il va passer à 28 % sur une partie des bénéfices. Quelle partie ?

MANUEL VALLS
Dans quelques jours les ministres des Finances et du Budget auront l'occasion de le détailler. Ce qui me parait important et c'est ce que j'ai annoncé, le président d'ailleurs avait donné…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais une partie, ça peut représenter quoi ?

MANUEL VALLS
C'est sur une partie de leur bénéfice et c'est cette modalité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais une partie, c'est quoi, c'est la moitié, le tiers, je ne sais pas.

MANUEL VALLS
Nous verrons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la tendance c'est quoi, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
La tendance, c'est que ça va être sur une partie de leur bénéfice.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une partie importante ?

MANUEL VALLS
Bien sûr une partie importante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La moitié ?

MANUEL VALLS
L'objectif est évidemment que l'entrée en vigueur, c'est ça qui est le plus important, soit le plus simple pour les entreprises parce que ce devoir de simplicité, il s'impose. Le deuxième élément, c'est que l'impôt sur les sociétés va baisser pour ces petites entreprises, 90 % d'entre elles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toutes les entreprises ?

MANUEL VALLS
Non toutes les petites entreprises.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Quelle taille ?

MANUEL VALLS
Ça aussi nous allons le préciser, mais ça va être particulièrement important. Et enfin pour les grandes entreprises ça sera, pour toutes les grandes entreprises, ce sera en 2020, c'est-à-dire dans trois ans.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'en 2020, vous prévoyez aussi une baisse de l'impôt sur les sociétés pour toutes les entreprises ? Et quelle que soit la taille.

MANUEL VALLS
Avec un taux abaissé à 28 %, nous avons un taux important sur…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Plus important qu'ailleurs en Europe.

MANUEL VALLS
Oui, mais nous avons aussi baissé les charges, je le rappelais à travers le CICE, mais ce sont les petites entreprises où travaillent l'immense majorité de nos concitoyens, ce sont elles qui aujourd'hui créent de l'emploi, ce sont elles qu'il faut aide, d'où le dispositif de suramortissement qui a été prolongé, le président de la République l'avait annoncé, d'où le système d'aide à l'embauche, je l'évoquais et qui marche particulièrement bien, d'où la baisse de l'impôt sur les sociétés. Vous savez, moi je fais partie de ceux qui à gauche considèrent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut que ce soit significatif…

MANUEL VALLS
… qu'il faut soutenir de manière significative comme nous le faisons et c'est pour ça aussi que nous avons des résultats, les entreprises et je considère aussi que nous devons restituer du pouvoir d'achat aux Français en baissant l'impôt sur le revenu. Je ne veux pas que la gauche soit identifiée à un impôt, l'impôt est une bonne chose…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais elle l'est, pour l'instant elle l'est, François HOLLANDE est identifié à la hausse de l'impôt.

MANUEL VALLS
En même temps l'impôt…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le savez.

MANUEL VALLS
On fait de la pédagogie aussi, l'impôt il est nécessaire dans un pays.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

MANUEL VALLS
Dans une démocratie, parce que si nous voulons une armée forte, une police et une gendarmerie capable d'avoir les moyens de lutter avec les services de renseignements contre le terrorisme, et contre la délinquance. Si nous voulons l'école de la République, si vous voulons les hôpitaux publics, il suffit que vous parliez avec une connaissance, qu'il vous dise qu'il est obligé d'aller dans un hôpital public et qui salue l'engagement des hospitaliers, si nous voulons ces services publics qui sont encore une fois au coeur de la République sociale, alors il faut une fiscalité, mais celle-ci, il faut qu'elle soit… même si je rappelle qu'un Français sur deux ne paie pas d'impôt sur le revenu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'impôt sur le revenu, c'est 75 milliards d'euros à peu près.

MANUEL VALLS
Nous avons fait baisser depuis que je suis Premier ministre l'impôt sur le revenu, 12 millions de personnes des classes moyennes et des couches populaires ont vu leur impôt baisser. Dans mon discours de politique générale, j'avais dit que nous baisserions de 5 milliards l'impôt sur le revenu, nous y sommes et nous allons poursuivre cette baisse de l'impôt sur le revenu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pourquoi dites-vous que la présidentielle va se jouer sur la place de l'islam en France ?

MANUEL VALLS
Je n'ai pas dit cela, j'ai dit que sur un certain nombre de sujets, vous avez les sujets culturels, la République, ce que nous sommes, la Nation, ce que j'appelle un nouveau patriotisme, la place de l'islam dans nos sociétés, sur toutes ces questions là, ces enjeux seront considérables et je pense que la gauche doit apporter ses réponses, ses propres réponses à ces grands défis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous mesurez les tensions extrêmes qui existent dans ce pays, les divisions de plus en plus profondes entre différentes communauté en France, qui est responsable, qui ?

MANUEL VALLS
D'abord je refuse le mot communauté…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon alors refaisons…

MANUEL VALLS
Je dis ça parce que quand il y avait les événements en Corse à Sisco, j'étais étonné et parfois choqué qu'on parle de la communauté corse contre la communauté maghrébine, ce n'est pas ma conception de la société…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais à Sisco il n'y a pas eu de burkini, il n'y a rien eu de tout ça à Sisco.

MANUEL VALLS
Mais raison de plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous en avez parlé vous, alors qu'il n'y a jamais eu de burkini à Sisco.

MANUEL VALLS
Je n'ai pas parlé de Sisco en particulier, j'ai parlé des arrêtés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, vous avez parlé de burkini après l'affaire de Sisco.

MANUEL VALLS
Revenons à l'essentiel, nous sommes face à une menace terroriste, à des actes terroristes, qui se revendiquent de l'islamisme, d'un islam radical, d'une déviance de l'islam et les Français vivent avec cela, maintenant depuis essentiellement janvier 2015, avec cette menace terroriste. Nous faisons face à un islamisme radical, au djihadisme, au salafisme, au dérivé de ce qu'on a appelé le wahhabisme, nous faisons face à ces défis, nous faisons face à cette réalité. Il y a Jean-Jacques BOURDIN, des milliers de personnes, je ne parle pas uniquement de ceux qui sont aujourd'hui plus de 600 Français ou résidents en France qui sont en Syrie et en Irak, dans les rangs de l'Etat islamique ou d'Al Qaida, de ceux qui veulent y aller, ou de ceux qui sont revenus, je parle d'autres personnes, des milliers de personnes en France qui se sont radicalisées, parfois les convertis, mais qui se sont radicalisés, qui ont basculé dans un islam radical. D'où la mobilisation de la société française, nous avons pris notre part bien sûr, le gouvernement, à l'école, avec les travailleurs sociaux, bref là où il faut se mobiliser. Et moi j'en appelle encore une nouvelle fois et je vois que les instances de l'islam sont évidemment dans cette vision des choses, je vois qu'il y a aussi…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils ont peur d'être stigmatisés, vous le savez.

MANUEL VALLS
Il y a des intellectuels, des médecins, aussi une nouvelle génération de Français, de culture et de confession musulmane, qui veulent prendre leur destin en main et qui disent, ça n'est pas notre conception de l'islam, bien évidemment et nous voulons construire un islam français totalement compatible avec nos valeurs, la liberté, égalité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf que l'affaire du burkini, l'affaire des voiles qu'on fait enlever à des jeunes femmes, ça affaiblit la France, Manuel VALLS, non ?

MANUEL VALLS
Un foulard est un foulard, un burkini est un burkini, une burka est une burka.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La burka est interdite en France dans l'espace public.

MANUEL VALLS
Donc ce qui est très important, c'est que notamment par rapport aux arrêtés qui ont été pris par un certain nombre de maire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que si vous étiez – vous avez été maire – interdiriez-vous à une femme d'aller sur la plage avec un foulard sur la tête ? Je vous pose la question franchement.

MANUEL VALLS
Ce n'est pas la même chose. Le burkini, ce n'est pas la même chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le burkini, ce n'est dans un aucun texte. Ce n'est jamais dans le Coran, c'est…

MANUEL VALLS
Le burkini, cette appellation est issue du mot « bikini » et « burqa », et c'est pour moi un symbole d'asservissement de la femme, comme si la femme dans l'espace public était impudique et qu'il fallait la recouvrir. C'est une vision, c'est une vision de la femme que nous devons combattre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous leur avez demandé ? Vous avez demandé à ces femmes ? Peut-être certaines ont envie de porter comme ça par pudeur, de porter ces vêtements par pudeur ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, ces débats nous les avons eus – je m'en rappelle très bien – au moment de l'interdiction des signes religieux à l'école. Nous l'avons eu au moment de la loi que j'ai votée aussi interdisant la burqa, le voile intégral. Ce sont dans nos sociétés - et c'est pour ça que vous en parlez donc nous en parlons – ce sont des symboles. Alors quand il s'agit de symboles, il faut agir avec discernement. Il y a eu des arrêtés qui ont été pris par les maires, avalisés par les tribunaux administratifs. Le Conseil d'Etat va se prononcer sans doute aujourd'hui et l'application de ces arrêtés…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous les soutenez ces arrêtés ?

MANUEL VALLS
Oui. A condition que les attendus soient clairs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ce qui s'est passé à Nice et Cannes, vous le condamnez ou pas ?

MANUEL VALLS
Je veux aller jusqu'au bout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y.

MANUEL VALLS
Il y a eu des arrêtés. Ils ont été pris, et je crois que c'est le fondement qui est essentiel, parce qu'il y a un risque d'atteinte à l'ordre public. Leur application doit se faire avec le plus grand discernement. Les maires qui ont pris ces arrêtés doivent demander tout le discernement, toute la lucidité dans l'application à leurs agents, c'est-à-dire à leur police municipale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors est-ce qu'il y a eu discernement à Nice et Cannes selon vous ?

MANUEL VALLS
Moi j'ai vu un certain nombre d'images comme vous. Tout ce qui peut apparaître comme une stigmatisation, comme une volonté de s'en prendre à l'islam – il ne faut pas confondre avec l'islamisme – est évidemment condamnable. Et donc dans ce moment particulier, il faut lutter avec la plus grande détermination contre l'islamisme radical, contre ces symboles qui visent à occuper l'espace public parce que c'est une idéologie. Il ne s'agit pas de laïcité seulement, c'est une idéologie. C'est une bataille culturelle et politique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le voile, c'est une idéologie pour vous ? Le port du voile ?

MANUEL VALLS
Mais il y a quelques années, personne ne portait le voile, encore moins bien sûr la burqa et le burkini. Ce sont des signes de revendication, bien sûr, d'un islamisme politique, d'une revendication qui vise à – c'est une minorité mais il faut le rappeler – mais à faire en sorte que dans l'espace public on fasse reculer la République. Nous sommes dans ce moment-là et c'est pour ça – et je crois que les Français l'ont bien compris…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y a une volonté de ces femmes collectivement de faire reculer la République.

MANUEL VALLS
Elles peuvent être elles-mêmes d'ailleurs victimes. Ces attitudes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elles ne sont pas forcément victimes, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Ces attitudes alors, et quand elles ne sont pas victimes et qu'elles le revendiquent, oui c'est une revendication politique bien évidemment. Mais ces attitudes et cette volonté politique visent à enfermer l'ensemble des musulmans. Parce qu'au fond Daesh, l'Etat islamique, le salafisme souhaitent quoi ? La guerre civile larvée, la confrontation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Daesh se nourrit de ces images que l'on a vues de femmes…

MANUEL VALLS
Mais ça c'est trop facile, Jean-Jacques BOURDIN, c'est trop facile. Alors là, du coup, abandonnons tout. Laissons les femmes voilées, abandonnons la laïcité, ne soyons pas la France, alors à ce moment-là peut-être que nous ne subirions pas les attaques de Daesh. Ce n'est pas ma conception des choses. Si nous sommes attaqués, c'est parce que nous sommes la France, le pays des Droits de l'Homme. Parce que nous sommes un pays de tradition chrétienne, parce que nous accueillons la plus vieille communauté juive de France. Parce que l'islam est la deuxième religion de France. Parce que nous sommes le pays de 1789 et de la laïcité. Donc la plus belle des réponses que nous devons apporter – Bernard CAZENEUVE fera des propositions lundi prochain – c'est de construire cet islam français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vais vous en parler sur RMC.

MANUEL VALLS
Cet islam de France parce que là, ce sera une défaite lourde pour ces salafistes, pour cette idéologie de mort, qui non seulement porte l'antisémitisme, la haine de la France mais qui veut écarter les femmes. Et c'est pour ça que cette affaire du burkini est importante contrairement à ce que certains pensent, parce qu'au coeur de cela, il y a aussi le combat de la dignité de la femme dans nos sociétés.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va en parler sur RMC.

MANUEL VALLS
Avec plaisir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez répondre aux auditeurs de RMC qui sont très, très nombreux à vouloir vous interroger, notamment sur ces questions, et nous parlerons de l'islam de France. A tout de suite.

CHARLES MAGNIEN
Jean-Jacques BOURDIN et Manuel VALLS avec vous dans ce studio, le Premier ministre qui répond ce matin aux auditeurs de RMC.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, le Premier ministre qui est vôtre invité, là je m'adresse à toutes les auditrices et tous les auditeurs de RMC. Manuel VALLS, j'ai deux questions ou trois, complémentaires, par rapport à ce que nous avons dit sur RMC et sur BFM TV tout à l'heure. D'abord, aujourd'hui, le Conseil d'Etat, donc, se prononce. Si le Conseil d'Etat ne casse pas les arrêtés pris par les maires, que faites-vous, que dites-vous ?

MANUEL VALLS
Mais, vous savez, moi je suis très respectueux des juridictions administratives. Le Tribunal administratif est conseil d'Etat. J'ai déjà eu l'occasion de dire que sur cette affaire-là en particulier...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de texte législatif ou autre décret...

MANUEL VALLS
Moi je crois au tranchant de la loi, à la nécessité parfois pour le Parlement d'assumer ses responsabilités, il l'a fait en 2004 pour la loi interdisant les signes religieux ostentatoires à l'école, il l'a fait en 2010, j'ai voté cette loi, nous étions quelques députés de gauche à l'avoir fait, la loi interdisant la burqa, et puis en même temps, il faut aussi être lucide, tout ce qui concerne la manière de s'habiller, ne peut pas être réglementé par la loi. Ces arrêtés concernant le burkini sur les plages, ont été pris, pour la plupart d'entre eux, pour des motifs d'ordre public, c'est là-dessus, je pense, que le Conseil d'Etat va statuer. Mais je vous disais tout à l'heure, encore une fois, le burkini, c'est le burkini, c'est un signe politique, c'est un signe de prosélytisme religieux, qui enferme une nouvelle fois la femme, qui veut la rendre invisible sur une plage. Le foulard, c'est le foulard. Moi je crois qu'on ne peut pas accepter le prosélytisme, les provocations, il faut être très attentif, parce qu'on ne peut pas accepter, bien sûr, non plus, les humiliations, les insultes. Nous faisons la guerre au terrorisme, à l'islamisme radical. Nous luttons, il faut lutter contre le communautarisme, les revendications identitaires qui fracturent la République, mais nous ne sommes pas en guerre contre l'islam, qui a toute sa place dans la République, et c'est pour ça que...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez vu combien la France est regardée, de loin, enfin, de l'étranger, avec des yeux étranges, curieux. Vous savez, les étrangers ne comprennent pas, notamment le monde anglo-saxon, ne comprend pas nos débats et ne comprend pas...

MANUEL VALLS
Mais ça ne m'étonne pas, et c'est vrai que la France, de ce point de vue là, mais c'est sa spécificité, et moi je le revendique, j'en suis fier, est un pays différent. Une conception de la laïcité, c'est le fruit d'une histoire, d'une confrontation avec l'église catholique, pendant plusieurs siècles, pendant plusieurs décennies en tout cas, qui aboutit à la loi de 1905, c'est la laïcité, c'est-à-dire la possibilité de croire et de ne pas croire, c'est la séparation de l'Etat avec les cultes, c'est cette belle loi de 1905. Oui, nous sommes différents, et la conception libérale des anglo-saxons, sur ces questions-là comme sur d'autres, ça n'est pas la mienne, et à force d'avoir accepté aussi qu'on puisse porter tous les messages, cet islamisme radical, que le voile ou la burqa s'installent dans l'espace public, ça pose aussi également des problèmes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais la burqa n'est pas dans l'espace public, ça n'a rien à voir avec le voile, vous le savez aussi bien, sinon mieux que moi, Manuel VALLS.

MANUEL VALLS
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous parliez tout à l'heure de l'islam de France, lundi vous allez annoncer, ça veut dire quoi : « construire un islam de France » ? Ça veut dire quoi ? Ça veut dire financer la construction de mosquées ? Ça veut dire... J'ai vue que le président de la République avait dit : « Il n'est pas question d'argent public pour construire des mosquées ».

MANUEL VALLS
Il n'est pas question de mettre en cause ou de faire évoluer la loi de 1905. Bernard CAZENEUVE l'a annoncé, c'est de réactiver la Fondation pour les oeuvres de l'islam de France, qui avait été créée en 2005 par Dominique de VILLEPIN, mis qui n'a pas fonctionné, et au fond, avec sans doute, s'il l'accepte, mais je crois qu'il s'engage, la présidence de Jean-Pierre CHEVENEMENT, avec un conseil d'administration, d'orientation, avec de nombreuses personnalités, des intellectuelles, des personnalités bien sûr issues de l'islam, pour traiter de la question du financement, bien sûr, et aussi de la formation des imams et des aumôniers, mais c'est au ministre de l'Intérieur, lundi prochain, de faire part de ses propositions, après de nombreuses rencontres. Mais, vous savez, c'est...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui va former les imams ?

MANUEL VALLS
Les imams doivent se former, ça, ça peut être le rôle de nos universités, à la laïcité, à nos valeurs. Moi, ce qui me parait très important, c'est que nous formations des imams français, et quand nous formons des imams qui ne sont pas français, qui parlent français...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qui va les former ?

MANUEL VALLS
Ça va être une des questions fortes qui devra être portée par la fondation et par tous ceux qui vont travailler sur ces questions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc la fondation va prendre en charge la formation des imams ?

MANUEL VALLS
Ce que je crois, ce que...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui officieront en France.

MANUEL VALLS
Ce que je crois, c'est que nous devons progressivement, même si ce sont encore une fois des questions particulièrement, compliquées, bâtir cet islam français, cet islam de France, hors de toutes les influences étrangères, que ça soit sur le financement, même si aujourd'hui il faut toujours le rappeler, la majorité des financements des mosquées en France, vient d'abord des fidèles, plus que de l'argent étranger.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, 81 %.

MANUEL VALLS
Nous devons former les imams en France, ce n'est pas à l'Etat de le faire. Nous devons aider, bien sûr, à ces formations, et Bernard CAZENEUVE aura l'occasion d'en préciser les modalités, mais c'est peut-être l'un des plus beaux messages. L'islam, dans le monde, a une place bien sûr tout à fait essentielle. C'est une grande religion, mais qui est soumis aussi aux bouleversements du monde. Si en France et en Europe, nous faisons la démonstration que l'islam est compatible avec la démocratie, l'égalité hommes/femmes, avec la séparation de l'église et de l'Etat, si nous faisons cette démonstration, si au fond l'islam est assimilé, occidentalisé...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Assimilé, hein...

MANUEL VALLS
Oui, assimilé, occidentalisé...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous employez le même mot que Nicolas SARKOZY.

MANUEL VALLS
Non, lui il l'emploie par rapport à l'immigration, c'est-à-dire comme les autres cultes, au fond, se sont fondus dans notre histoire commune, il faudra du temps, parce que nous demandons aux musulmans, et à l'islam, d'accomplir en quelques années, voire pour certains en quelques mois ou quelques jours, ce que les autres cultes, les autres religions ont accompli parfois en plusieurs siècles, mais parce qu'il y a cette résonance dans le monde. Parce que la question de l'islam, depuis sans doute la révolution iranienne, est au coeur des grands débats du monde, la France, mais aussi l'Europe, la France, l'islam est la deuxième religion de notre pays, la France peut faire cette démonstration. Ça nécessite que l'Etat prenne ses responsabilités, ça nécessite aussi que les musulmans s'engagent tous les instants, et moi ce que je veux dire une nouvelle fois à mes compatriotes musulmans, qu'ils soient croyants ou qu'ils soient tout simplement de culture musulmane, c'est que la République est bienveillante avec eux, c'est que nous les protégeons et nous les protègerons contre les excès, les discriminations, la tentation qui existe dans le débat public, de faire des musulmans les bouc-émissaires de tous les problèmes, et en même temps, je leur demande tous de s'engager pleinement pour la République, pour la laïcité, ils le font pour la plupart, mais pour eux c'est tout à fait essentiel, pour faire la démonstration que c'est cet islam qui, en France et dans le monde, va l'emporter face à l'islamisme radical.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va prendre Hermann, qui est un ingénieur commercial en Haute-Garonne. Bonjour.

HERMANN
Bonjour monsieur BOURDIN. Bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour monsieur.

HERMANN
Voilà, pour achever de planter le décor, j'ajoute que je suis un catholique non pratiquant. Alors, ça a une petite importance pour la question que je vais poser. Cette question justement aurait pu avoir plusieurs déclinaisons...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, la question Hermann.

HERMANN
... que vous venez d'accorder donc à Monsieur le Premier ministre, à monsieur BOURDIN et notamment au travers de trois items qui sont la gauche morale, la cohérence et...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais je voudrais la question, Hermann, je voudrais la question.

HERMANN
Alors, la question c'est : après avoir demandé aux hommes de la communauté juive d'arborer avec fierté leur kipa, aujourd'hui vous demandez à la communauté musulmane et notamment aux femmes musulmanes, de pratiquer un islam discret. N'y-a-t-il pas là deux poids, deux mesures avec le sentiment de citoyens qui seraient peut être de première catégorie, et d'autres qui seraient de seconde ou de troisième catégorie ? Je vous remercie.

MANUEL VALLS
Non mais, les religions ont leur place dans la société, bien sûr, et de ce point de vue là, vous savez, maire d'Evry, j'ai la chance, parce que c'est une chance, d'être sur un territoire où il y a une cathédrale, une mosquée, celle d'Evry, de Courcouronnes, une pagode, des temples, une synagogue, bien sûr, qui sont dans l'espace public et qui ne sont pas dans des caves, qui ne sont pas cachés, qui ne sont pas discrets, et que chacun peut voir, et c'est d'ailleurs une bonne chose pour la compréhension de choses, mais...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi est-ce que les musulmans doivent être discrets ?

MANUEL VALLS
Mais c'est la phrase de Jean-Pierre CHEVENEMENT.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais vous...

MANUEL VALLS
C'est une phrase que je crois juste.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, vous la croyez juste. Pourquoi ?

MANUEL VALLS
Pourquoi ce débat a lieu ? Mais parce que nous ne sommes pas... et qu'il n'a pas lieu sur les autres...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tous les religieux, tous les croyants doivent être discrets ?

MANUEL VALLS
Mais d'une certaine manière, chacun l'est aujourd'hui, c'est le concept même de notre laïcité, mais ne soyons pas hypocrites, la question elle porte bien sûr d'abord sur l'islam, parce qu'il y a cette résonnance par rapport au Proche et au Moyen Orient. Il y a évidemment le terrorisme, pratiqué au nom de l'islam, même si c'est un islam dévoyé, c'est cet islamisme radical, c'est le salafisme, c'est les idéologies qui combattent profondément ce que nous sommes, la France, nos valeurs, la laïcité, la place des femmes dans la société, donc c'est ce défi qui est lancé à l'islam. Moi je pense que ce n'est pas un débat subalterne, je pense que c'est un débat très très important, mais pour le réussir et pour faire en sorte que l'islam puisse s'épanouir, avec nos valeurs communes, dans la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Une dérive, ces arrêtés municipaux anti-burkini, politique dangereuse pour la cohésion nationale. Vous êtes d'accord avec cela.

MANUEL VALLS
Une dérive ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien je ne sais pas, une dérive politique dangereuse pour la cohésion nationale.

MANUEL VALLS
Je ne sais pas qui...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Najat VALLAUD-BELKACEM.

MANUEL VALLS
Les arrêtés eux-mêmes, non, je pense que ces arrêtés ne sont pas une dérive.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas d'accord avec elle.

MANUEL VALLS
Ou alors c'est elle qui n'est pas d'accord avec moi, mais ces arrêtés ne sont pas une dérive.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les arrêtés anti-burkini, libèrent la parole raciste, ajoute-t-elle.

MANUEL VALLS
Non, non non, ça c'est une mauvaise interprétation des choses. Ces arrêtés ont été pris au nom même de l'ordre public. Enfin, ils ont été pris dans... à u moment donné, dans des plages du Sud de la France, quelques jours après les attentats de Nice, dans un contexte particulier, et le burkini, oui, c'est encore une fois l'asservissement de la femme, et donc les hommes et les femmes, de progrès, doivent le dire avec beaucoup de force.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. On va changer de sujet et parler d'un sujet dont on parle peu, et je le regrette, et j'essaie personnellement d'en parler le plus souvent possible : le sort des retraités. Il y a 15 millions de retraités en France. Françoise.

FRANÇOISE
Bonjour Jean-Jacques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Françoise, vous êtes retraitée, vous êtes dans les Pyrénées Atlantiques, Françoise. Quelle question vouliez-vous poser à Manuel VALLS ?

FRANÇOISE
Alors, d'abord, bonjour Monsieur le Premier ministre et j'aurais voulu vous poser cette question très simple, dont on ne parle jamais, de cette classe de retraités. Je voudrais savoir quels sont les projets consécutifs, à l'augmentation de nos retraites, qu'elles soient retraite de Sécurité sociale, ou retraite de caisse complémentaire, qui n'ont pas bougé depuis trois ans, je répète, depuis trois ans, qui ont peut-être bougé, allez, de 15 centimes pour la retraite de la Sécurité sociale. Je vous remercie Monsieur le Premier ministre de bien vouloir répondre à ma question.

MANUEL VALLS
C'est vrai que les retraités, d'une manière générale, mais comme vous savez la plupart des Français, même s'ils ont vu leur pouvoir d'achat plutôt augmenter, je sais que quand je dis ça, ce n'est pas toujours compréhensible, mais du fait tout simplement du niveau de l'inflation. Et c'est vrai que chacun a participé de l'effort pour le redressement de nos comptes publics. Nous avons été attentifs à chaque fois à préserver notamment les petites retraites, qui elles ont augmenté. Eh bien plus nous poursuivons cet effort comme nous l'avons fait, plus nous améliorons l'état de nos finances publiques, plus la croissance revient. Bien sûr, comme nous l'avons fait pour d'autres catégories de Français, eh bien à ce moment-là, nous pourrons restituer du pouvoir d'achat aux retraités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'il y aura une augmentation des retraites l'année prochaine, en avril prochain, puisque vous nous promettez une baisse des impôts, puisque vous, enfin...

MANUEL VALLS
Non mais moi je promets ce que je peux...

JEAN-JACQUES BOURDIN
... en fonction de la croissance, c'est ce que vous avez dit, oui.

MANUEL VALLS
Je promets ce que je peux et je veux rappeler que par exemple l'impôt sur le revenu, nous avons baissé depuis 2014, donc en 2014, 2015, 2016, cette baisse, cette dernière, nous pourrons la constater, là, à cette rentrée, en fonction évidemment de la croissance, nous poursuivrons cet effort.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vois que les retraités modestes resteront donc exonérés d'impôts locaux en 2016, bon, mais en avril prochain, rien pour les retraités ?

MANUEL VALLS
Non, ce n'est pas de dire rien, parce que, y compris, les retraités ont bénéficié aussi des 30 Glorieuses, et on pense aux retraités, nous sommes dans une société qui oublie, parce que, peut-être deux sujets qu'on évoque alors pas suffisamment, les retraités, si j'en crois que vous dites, mais aussi les jeunes d'un autre côté, qui sont dans un système qui ne leur donne pas forcément beaucoup de chances.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oubliés ?

MANUEL VALLS
Non, personne ne doit être oublié, et notamment quand on dit que l'école, c'est la priorité, c'est parce qu'on se préoccupe d'abord, et quand on parle de la formation des chômeurs, c'est parce qu'on se préoccupe d'abord de la jeunesse.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. On va prendre Karen, tiens, qui est commerçante en Isère. Bonjour Karen.

KAREN
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bonjour Karen. Manuel VALLS est avec vous.

KAREN
Bonjour Monsieur le Premier ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Karen.

KAREN
Alors, moi, j'ai une question concernant la participation citoyenne dans le projet de gouvernement, en fait, les Français, selon moi, de ce que je vois tous les jours, considèrent que la politique appartient à un microcosme, une sorte de jet set, et dans la création d'un projet de gouvernement, est-ce qu'il ne serait pas intéressant d'ouvrir une plateforme ou un forum d'idées, d'ailleurs, on le voit grâce à l'émission de monsieur BOURDIN, les Français ont des opinions, ont des avis, et ont envie surtout de parler, et que leurs idées soient reprises. Est-ce qu'il n'est pas possible de constituer une plateforme dans le cadre de ce projet de gouvernement et de présidentielle, puisque ce sont les hommes politiques finalement qui nous imposent leurs bouquins, leurs livres, est-ce que ce n'est pas au peuple plutôt de participer et de donner ses idées, et enfin, que pensez-vous de l'idée d'Arnaud MONTEBOURG d'un Sénat citoyen, tenu par des citoyens ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un Sénat en partie citoyen, si j'ai bien compris l'idée de MONTEBOURG.

MANUEL VALLS
Au fond, vous mettez le doigt sur quelque chose qui est très compliqué, en même temps, très juste, nous sommes dans des démocraties représentatives, et il ne faut pas les mettre en cause, le peuple doit élire des représentants, l'idée que le peuple gouvernerait directement, j'en vois l'idée, mais elle serait contraire au fond, elle aboutirait au résultat contraire de ce que pourraient souhaiter ses promoteurs. Et de l'autre côté, il y a une exigence de participation, sur les radios, sur les télévisions, sur les réseaux sociaux, dans les enquêtes publiques, sur tel ou tel projet local, dès qu'on organise un débat sur n'importe quel sujet, il y a du monde dans les salles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Enormément de monde…

MANUEL VALLS
Evidemment sur les forums, sur des radios, sur les réseaux sociaux. Donc comment on peut élargir cette démocratie participative, ça avait été l'intuition de Ségolène ROYAL en 2007, elle avait d'ailleurs évoqué à ce moment-là des jurys citoyens tirés au sort, et nous avons sur, au moins deux projets de loi, facilité l'investissement des citoyens, je pense au texte de loi porté par Axelle LEMAIRE, la République numérique, mais aussi au texte de loi que défend Patrick KANNER, sur la citoyenneté, et qui est d'ailleurs en cours aujourd'hui en débat encore au Parlement. Donc sur les textes de loi, comme sur les projets politiques, oui, je pense que nous devons ouvrir plus largement à l'expression des citoyens, à une condition, c'est qu'ils ne soient pas uniquement écoutés, c'est qu'ils soient entendus, et que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien, alors MONTEBOURG, lui, veut remplacer certains sénateurs, une centaine, je crois, par des citoyens qui seraient tirés au sort dans chaque département. Bon…

MANUEL VALLS
Je suis attaché à la démocratie représentative, je fais attention que le Sénat soit amené demain à évoluer, parce que les collectivités territoriales ont changé, parce qu'il y a le non-cumul des mandats, qui est d'ailleurs une des belles réformes que j'ai portée quand j'étais ministre de l'Intérieur, oui, bien sûr. Mais c'est vrai que, avec la démocratie représentative, il y a un espace pour les citoyens, et on voit bien, ce n'est pas uniquement un problème pour la France, que partout dans le monde, avec notamment, évidemment les réseaux sociaux, les nouvelles technologies de la communication et de l'information, la volonté des citoyens de participer directement, moi, j'ai été très frappé au cours de ces dernières semaines par exemple de la volonté des Français de s'engager dans la réserve citoyenne, dans la réserve de la gendarmerie, de défendre leur pays. Donc il y a une volonté de participation à laquelle nous devons répondre. C'est d'ailleurs la belle intuition du président de la République, quand il avait parlé de cette notion d'engagement, on le voit aussi avec le service civique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais les Français ont l'impression que vous avez emprisonné la politique, qu'elle vous appartient, qu'elle appartient à un cénacle, qui, finalement…

MANUEL VALLS
C'est un vieux débat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est un vieux débat, mais…

MANUEL VALLS
C'est-à-dire qui existe depuis, je crois, que la démocratie existe…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais peut-être n'a-t-il jamais été aussi fort.

MANUEL VALLS
Non, mais c'est pour que ça qu'il y a ces idées-là de participation des citoyens, c'est pour ça, je l'évoquais, ce n'est pas une petite affaire, la question du non-cumul des mandats, qui va s'appliquer à partir de 2017, que d'ailleurs Nicolas SARKOZY veut remettre en cause. Et ce non-cumul des mandats va changer aussi beaucoup la manière de faire de la politique. Donc oui, il faut l'ouvrir, il faut l'ouvrir aussi sur le plan social, sur le plan des origines, sur le plan de la représentativité, bien sûr, il faut que la politique, elle-même, évolue, et en même temps, nous avons besoin de ces élus, de ces maires, de ces élus locaux, nous avons besoin des parlementaires, nous avons besoin de gens qui s'engagent dans la vie politique, parce que sans politique, il n'y a pas de démocratie. Vous savez, quand on veut sortir d'une dictature, ce que les peuples revendiquent d'abord, c'est l'élection d'un Parlement, c'est l'élection de députés, c'est une presse libre, c'est des élections locales. Donc n'oublions jamais cela non plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, on va prendre Loïc, j'ai encore une question quand même, même si on a beaucoup parlé de MONTEBOURG, mais quand même, il propose de réserver 80 % de la commande publique aux PME françaises, un peu un Business Act à la française. Qu'en pensez-vous ?

MANUEL VALLS
Eh bien, nous avons déjà, et d'ailleurs, quand il était ministre du Redressement productif, ministre de l'Industrie, déjà, beaucoup fait dans ce domaine-là, après, il y a des règles, notamment des règles européennes, des règles tout simplement de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous paierons des amendes, dit-il…

MANUEL VALLS
Oui, mais, des règles de concurrence, tout simplement. Mais l'idée qu'on puisse davantage favoriser en respectant évidemment les règles de droit, dans la commande publique, les entreprises…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Françaises…

MANUEL VALLS
Des collectivités territoriales, les entreprises et les petites et moyennes entreprises, puisque…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, les PME, oui, les PME françaises…

MANUEL VALLS
Il est souvent là le problème. Les collectivités territoriales, comme l'Etat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui…

MANUEL VALLS
Mais surtout, les collectivités territoriales, à l'occasion des marchés, y sont confrontées, oui, moi, je crois que l'idée, elle me paraît, bien sûr, intéressante, ce n'est pas, d'ailleurs, je pense, une différence fondamentale qui nécessite forcément d'être candidat à la présidence de la République.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors nous avons Loïc, qui est avec nous, qui est conseiller bancaire dans l'Oise. Bonjour Loïc. 25 ans. Loïc.

LOÏC
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN. Bonjour Monsieur VALLS.

MANUEL VALLS
Bonjour Loïc.

LOÏC
J'avais une question à vous poser par rapport à une idée qui circule de plus en plus par rapport à la multitude des minima sociaux auxquels on est confronté, c'était l'idée d'un revenu universel, couvrant ce qui peut exister aujourd'hui, le RSA, RSA Activité, voire même les aides au logement, ne serait-il pas plus pertinent de mettre en place un revenu universel adapté aux jeunes et aux plus âgés pour permettre de couvrir toutes les dépenses sociales ?

MANUEL VALLS
Alors ça, c'est un des grands débats, je l'espère, de l'élection présidentielle, sur, au fond, deux idées, c'est quoi la solidarité, au coeur de notre pacte social, par rapport à ceux qui combattent l'idée d'un assistanat, moi, je crois au bon mot de solidarité, bien sûr, il y a des abus, il faut les combattre, mais la solidarité, ça veut dire quelque chose. Depuis 2012, nous avons augmenté de 10 % le RSA, ce n'est pas au nom de l'assistanat, c'est parce qu'il y a des gens pauvres dans notre pays qui ont besoin d'être soutenus pour retrouver de l'emploi. Quand on crée la prime d'activité avec Marisol TOURAINE, c'est pour faciliter aussi le travail par rapport à ceux qui aujourd'hui ne gagnent pas suffisamment. Alors, il y a un rapport d'un député qui a déjà fait parler de lui, parce qu'il était le rapporteur de la loi Travail, qui est Christophe SIRUGUE, qui nous a remis un rapport sur les minima sociaux. Et là, on doit aller vers beaucoup plus de simplicité, simplification de ces systèmes, et il y aura des éléments dans la loi de financement de la Sécurité sociale, que nous présenterons dans quelques semaines…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera l'un des axes du programme du candidat HOLLANDE ?

MANUEL VALLS
Je le souhaite, je le souhaite, et après, il y a la belle idée du revenu universel, qui ne doit pas être vécue, alors, je reprends, comme de l'assistanat, comme un salaire pour tout le monde, mais si nous considérons qu'il y a moins de croissance, que le travail va changer, que des métiers vont disparaître, d'autres vont être créés, que la révolution numérique est en train de bouleverser le rapport même au travail et aux métiers, oui, alors, il faut réfléchir, comme d'autres pays d'ailleurs le font, à cette idée de revenu universel, à condition, bien sûr, d'en préciser les modalités. Mais on a besoin d'utopies, d'utopies concrètes, comme disait Michel ROCARD, ça en fait partie, je sais que ça intéresse beaucoup les Français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est vrai. Vous serez candidat à la présidence de la République en 2017 ?

MANUEL VALLS
Ou en 2022 ou en 2032. En 2032, je crois que j'aurai l'âge…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais en 2022, c'est certain mais en 2017 ?

MANUEL VALLS
Ah bon, c'est certain ! Eh bien, vous me l'apprenez ! En 2032, j'aurai l'âge d'Alain JUPPE aujourd'hui, donc ça m'offre beaucoup d'espérance. Vous savez, Jean-Jacques BOURDIN…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce n'est pas une question d'âge alors ?

MANUEL VALLS
Non, je ne crois pas. Vous savez que j'ai une immense admiration pour Georges CLEMENCEAU, et c'est à 77 ans qu'il – il l'avait déjà été avant – mais qu'il a été celui qui nous a permis de gagner la guerre de 14-18. Donc j'ai du temps devant moi. Mais je redeviens…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous partagez CLEMENCEAU maintenant avec Emmanuel MACRON… !

MANUEL VALLS
Mais j'espère que tous les Français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai vu qu'il allait se recueillir sur sa tombe…

MANUEL VALLS
CLEMENCEAU, vous savez, c'est comme De GAULLE, il est partagé par tous les Français, fort heureusement. Non, mais moi, pour redevenir sérieux…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour redevenir sérieux.

MANUEL VALLS
Je suis à ma tâche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous n'êtes pas candidat, quoi qu'il arrive, en 2017 ?

MANUEL VALLS
Il ne faut jamais dire quoi qu'il arrive.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah !

MANUEL VALLS
Il ne faut jamais dire quoi qu'il arrive, ça n'a pas de sens. Non mais, les déclarations définitives…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais il ne s'agit pas de déclaration définitive, mais vous ne dites pas je ne serai pas candidat en 2017 ?

MANUEL VALLS
Jean-Jacques BOURDIN, je ne vais pas vous répondre là-dessus, parce que je vois parfaitement la dépêche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'est-ce que vous voyez ?

MANUEL VALLS
Qui va sortir et à votre sourire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah bon !

MANUEL VALLS
Je suis à ma tâche, le président de la République, lui, s'est fixé un calendrier, au mois de décembre il prendra sa décision, d'ici là il faut travailler au service des Français, pour leur protection, pour leur avenir, et pour défendre la République, la République sociale, la République de l'égalité des chances, parce que c'est ça ma conception de la France, c'est l'égalité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai deux dernières petites questions et puis on prendra Aya, qui tenait absolument à dialoguer avec vous. Deux questions. Est-ce qu'Emmanuel MACRON droit quitter le gouvernement ?

MANUEL VALLS
Non.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aujourd'hui non ?

MANUEL VALLS
Non, parce qu'il est à sa tâche, moi je ne doute pas de son engagement et de sa loyauté.

JEAN-JACQUES BOURDIN
S'il est candidat à la présidence de la République, il doit quitter le gouvernement, immédiatement ?

MANUEL VALLS
Ça c'est une autre question, mais pourquoi serait-il candidat à la présidence de la République ? Il connaît, lui aussi, l'agenda, le calendrier, que s'est fixé le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'a aucun espace.

MANUEL VALLS
Et lui, comme moi, doit se consacrer à la tâche.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il est rangé derrière François HOLLANDE ?

MANUEL VALLS
Il faut lui poser la question.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais enfin, c'est votre ministre, vous savez quel est son comportement et quelle est son attitude.

MANUEL VALLS
Il a été le collaborateur de François HOLLANDE à l'Elysée, François HOLLANDE et moi-même l'avons nommé ministre de l'Economie, il présentait en Conseil des ministres il y a encore deux jours, trois jours, le bilan sur sa loi, notamment sur les transports, mais pas seulement. Nous nous voyons demain pour parler des grands dossiers industriels économiques du pays. Moi je pense qu'il faut se rassembler. Vous savez, tous les réformateurs, tous ceux qui pensent que la gauche a évolué, doit évoluer, qui doit assumer pleinement ce que nous avons fait dans le domaine, bien sûr de l'autorité, de la République, de la lutte contre le terrorisme, mais aussi l'école de la République, mais bien sûr, d'abord, l'économie, l'emploi, ce social réformisme que je revendique, tous ceux-là doivent aller dans le même sens. Cette gauche, du gouvernement, elle doit réussir. Et surtout, et je ne pense pas à Emmanuel MACRON en particulier, si nous pensons – je vous le disais tout à l'heure – qu'il y a un risque, et il y a un risque réel aujourd'hui, aujourd'hui dans les sondages la gauche est éliminée du deuxième tour de l'élection présidentielle, disqualifiée, la social-démocratie…

JEAN-JACQUES BOURDIN
François HOLLANDE est disqualifié, éliminé aujourd'hui.

MANUEL VALLS
Non, mais je parle de la gauche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, votre candidat c'est François HOLLANDE.

MANUEL VALLS
Au-delà des personnes, la social-démocratie, en France comme en Europe, est en difficulté, et par ailleurs la gauche de la gauche ne représente pas une alternative, elle est dans une impasse en Espagne, ou alors quand elle gouverne, en Grèce, elle adopte un projet social-démocrate. Donc, chacun, aujourd'hui, doit prendre conscience de sa responsabilité, être à la hauteur du moment, se rassembler, parce que si c'est la dispersion, la fragmentation, nous ne compterons plus et le débat sera entre une droite dure et l'extrême droite, et ça moi je ne le veux pas pour mon pays, et c'est pour ça que la gauche doit se rassembler, et attendons, encore une fois, la décision de François HOLLANDE.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, une femme de gauche a dit « il ne faut pas qu'il me cherche. » Mais que veut dire Christiane TAUBIRA quand elle dit cela, à votre encontre ?

MANUEL VALLS
Non, non mais…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Si, si, si.

MANUEL VALLS
J'ai lu ça. J'ai, tout simplement à l'occasion d'une visite à la prison de Nîmes, j'ai salué le travail de Jean-Jacques URVOAS, par rapport à une situation – et Christiane TAUBIRA s'en était bien sûr occupé – qui est très préoccupante, qui est l'état des prisons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sauf qu'elle voulait créer des places de prison et que vous aviez dit non pour des raisons budgétaires, dit-elle.

MANUEL VALLS
C'est faux, puisque la justice est un des engagements du président de la République, comme la sécurité, ont vu les moyens augmenter. Mais moi je cherche querelle à personne. Quand elle était attaquée, pas seulement de manière ignominieuse, les attaques racistes à son égard, mais attaquée à travers sa politique pénale, elle a toujours trouvé le Premier ministre, que j'étais, à ses côtés, donc pas de querelle. Vous savez, moi je ne suis pas dans la querelle, je pense que dans ces moments-là ma place – c'est une attitude ! – c'est d'être responsable, avec mes convictions, la laïcité, la République, le patriotisme, ça je n'en démords pas, c'est ma marque, et jusqu'au bout, c'est l'engagement d'une vie, je défendrai ce que je suis. Et je pense que la gauche ne doit jamais oublier que la République, la Nation et la Patrie, c'est son patrimoine, nous l'avons laissé à d'autres, donc nous devons le revendiquer, à une condition, que cette République soit profondément bienveillante et protectrice.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors justement, dernière question, c'est Aya, qui a 28 ans, qui est employée en Moselle, et qui est avec nous, bonjour Aya.

AYA
Bonjour Monsieur Jean-Jacques BOURDIN, bonjour Monsieur le ministre.

MANUEL VALLS
Bonjour Madame.

AYA
Moi j'ai une question, et puis après je vais vous détailler pourquoi je vous pose cette question…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aya, je voudrais juste la question, détaillée, on va comprendre très vite.

AYA
Alors, je suis française, musulmane, et voilée, est-ce que j'ai encore ma place en France, selon vous Monsieur le Premier ministre ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que j'ai le droit d'être en France, c'est ce que vous dites Aya.

AYA
Oui, est-ce que j'ai le droit d'être en France ?

MANUEL VALLS
Mais vous êtes française, donc vous êtes pleinement française, bien évidemment, et votre place est pleinement en France, mais parce que vous êtes française, parce que vous avez de la chance d'être française et de vivre, comme moi, dans ce beau pays qu'est la France, chacun d'entre nous doit se rappeler ce qu'est aussi, la laïcité, le combat des femmes pour l'égalité, une certaine conception du vivre ensemble, et c'est ça qui fait aussi la beauté de la France et de nos débats. La France c'est l'appartenance à des valeurs, et à des valeurs qui nous permettent de vivre ensemble.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aya, quel est votre sentiment là, pourquoi posez-vous cette question ?

AYA
Puis-je vous répondre ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, allez-y Aya.

AYA
Je vais vous répondre Monsieur le Premier ministre. En fait moi j'ai fait mes études en France, je travaille en France, je me sentais très bien en France. Aujourd'hui, avec vos propos, avec tout ce qui se passe, vous nous stigmatisez. on est des millions de musulmans qui souhaitons juste vivre en paix, qui respectons les gens, qui respectons les règles de la République, et aujourd'hui en nous stigmatisant avec le burkini, le burkini c'est un habillement, vous parlez de l'asservissement de la femme, moi je demande juste à disposer de mon corps, si j'ai envie de le montrer je ne veux qu'aucun homme m'impose de me couvrir, comme aucun homme m'impose de me découvrir. Et aujourd'hui je m'aperçois, avec stupeur, que pour être républicaine, pour être française, et pour aller sur des plages avec des arrêtés que vous défendez, il faut se déshabiller. Quand on défend la femme, quand on défend les droits de la femme, il faut défendre les droits de la femme dans les deux sens, si elle veut s'habiller il faut lui laisser la possibilité de s'habiller, si elle veut se déshabiller il faut qu'on l'aide à se déshabiller si c'est son désir. Aujourd'hui moi, avec ce qui se passe, j'ai peur, parce que vous vous stigmatisez. Les terroristes ils s'attaquent aussi à nous, on est aussi peinés quand il y a un acte terroriste à Nice, quand il y en a à Paris, on est aussi peinés, mais en tant que musulmans on a double peine, on a la peine de voir des êtres humains fauchés dans leur vie, et on a à la peine que certaines personnes nous stigmatisent parce qu'on est des musulmans, et la politique que vous menez aujourd'hui mène encore plus à nous stigmatiser, vous ne nous aidez pas. Vous voulez qu'on soit rassemblés contre toutes formes de stigmatisations, en fait non, vous aidez, vous…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On a compris le sens de votre sentiment Aya, qui est française, qui dit, qui a sa liberté de se couvrir…

MANUEL VALLS
Quand je dis que la République doit être bienveillante avec les musulmans, les protéger contre les stigmatisations, de ceux qui veulent faire des musulmans les bouc-émissaires de tous les problèmes de la société, quand je dis que nous voulons, avec le ministre de l'Intérieur, construire un Islam français, parce que c'est un défi tout à fait considérable. Parce que l'Islam, en France, comme ailleurs dans le monde, subit évidemment cette prise d'otage des salafistes, des courants les plus conservateurs, des terroristes…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous allez interdire le salafisme ?

MANUEL VALLS
Mais il faut combattre le salafisme, il faut fermer…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je dis ça parce que je sais que Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET va vous demander l'interdiction du salafisme.

MANUEL VALLS
C'est un autre sujet, mais il faut combattre le salafisme, il faut fermer les mosquées où on prêche, et c'est ce que nous faisons, 80 prêcheurs de haine ont été expulsés. Nous fermons, avec le ministre de l'Intérieur, les mosquées où on prône… il faut s'attaquer aux sites. Mais la question de Aya était différente…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, elle est différente.

MANUEL VALLS
Donc, les musulmans dans ce pays, et c'est une chance pour l'Islam, peuvent s'épanouir, c'est la deuxième religion de notre pays. Et en même temps vous devez prendre conscience, mais je suis sûr que vous prenez conscience, qu'il y a des débats dans notre société, dans le contexte que nous avons évoqué, d'attaques terroristes, de questionnements sur ce qu'est être français…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous demandez à Aya d'ôter son voile dans la rue, dans l'espace public….

MANUEL VALLS
Sur la place de la France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement, Manuel VALLS ?

MANUEL VALLS
Moi je pense que ces questions-là elles doivent venir de chacun, bien sûr, et encore une fois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous le recommandez alors ?

MANUEL VALLS
Et encore une fois je ne confonds pas la burqa avec le burkini…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On est bien d'accord.

MANUEL VALLS
Avec le voile, je réponds à votre question. Le voile, comme les autres signes religieux, est interdit à l'école, les fonctionnaires ne peuvent pas porter, contrairement à ce qui se passe d'ailleurs dans les pays anglo-saxons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, Australie, Canada, même dans la gendarmerie on porte le voile.

MANUEL VALLS
Des signes religieux ; encore qu'au Canada il y a un débat entre le Canada anglophone et le Québec, ce sont des traditions culturelles différentes. Mais, j'ai une conception, parce que nous sommes dans une démocratie, nous pouvons en parler, oui, je pense que le voile est un signe, qui ne concerne d'ailleurs que les femmes, et comme je suis profondément attaché à la liberté et à l'égalité des femmes dans nos sociétés, oui, pour moi, ça reste un signe qui est un signe négatif pour les femmes. Mais la démocratie française c'est que nous pouvons, elle et moi, Aya et moi, discuter de ces questions, librement, passionnément, avec convictions, mais c'est pour cela que nous sommes français.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aya merci.

AYA
Merci beaucoup et puis en espérant que les choses vont se calmer, qu'on arrêtera de nous stigmatiser.

MANUEL VALLS
Mais vous n'êtes pas stigmatisée. Un mot Jean-Jacques BOURDIN en terminant pour apporter bien sûr ma solidarité, mon soutien, à nos amis Italiens qui sont touchés par un tremblement de terre dont nous découvrons tous les jours, toutes les heures, les conséquences.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Manuel VALLS d'être venu nous voir ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 août 2016

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