Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 25 août 2016, sur les chiffres du chômage, la stratégie de la gauche en vue de l'élection présidentielle et l'affaire du "burkini". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France Info le 25 août 2016, sur les chiffres du chômage, la stratégie de la gauche en vue de l'élection présidentielle et l'affaire du "burkini".

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, MOREL Alexis.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : ALEXIS MOREL
L'invité de France Info ce matin est secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement. Bonjour Jean-Marie LE GUEN.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour.

ALEXIS MOREL
Le chômage en baisse donc de 0,5 % au mois de juillet. Ça y est, c'est le feu vert qu'attendait François HOLLANDE pour se représenter l'année prochaine ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Effectivement, il avait dit qu'il enregistrait sa candidature aussi en fonction de ses résultats sur le chômage, plus généralement sur l'activité économique, c'est bien normal. Nous verrons par ailleurs ce que sera cette décision qui, à mon sens, et je l'ai toujours pensé, doit prendre forcément une vision plus globale des choses. Même si ces résultats sont importants, ils témoignent quand même…

ALEXIS MOREL
C'est fragile quand même comme baisse, un peu artificielle aussi…

JEAN-MARIE LE GUEN
Bien sûr c'est fragile, mais, non, artificielle, non, fragile, oui, parce que nous sommes dans une période de création nette d'emplois de plus en plus importante. Après, nous avons face à nous une vague démographique de jeunes, et c'est une des forces de la France, encore faut-il pouvoir leur offrir à tous un emploi. C'est le résultat d'une politique qui commence à porter ses fruits, qui a été longue à sans doute se mettre en place, mais c'est à la fois plus de compétitivité de nos entreprises, et c'est aussi, pour les chômeurs de longue durée, ce fameux plan de formation, 500.000 formations, qui est quelque chose d'absolument nécessaire pour la société française, et bien au-delà des chiffres du chômage que nous enregistrons aujourd'hui.

ALEXIS MOREL
François HOLLANDE, 2017, il en sera forcément question aujourd'hui à l'université d'été des Réformateurs du PS, dont – je le disais – vous êtes l'un des chefs de file. Qu'est-ce que vous voulez porter, vous, l'aile droite du PS, pour cette campagne à venir ?

JEAN-MARIE LE GUEN
D'abord, nous ne sommes pas l'aile droite du PS, nous sommes peut-être l'aile la plus lucide, et celle qui est en avant dans le combat contre la droite et pour la République. Ce que nous voulons dire, c'est que c'est vrai, nous avons toujours été légitimistes, loyalistes, mais en même temps, nous ne sommes pas des « béni-oui-oui », nous sommes porteurs d'exigences, d'abord, nous pensons que cette campagne électorale, elle ne peut pas simplement s'adresser à la gauche, il faut s'adresser à tous les Français. J'ai envie de dire : eh oh, la gauche, c'est sympathique, mais c'est insuffisant ! Il faut…

ALEXIS MOREL
Eh oh les autres !

JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà, il faut rassembler le camp républicain, notre pays a des défis considérables, et au plan politique, il est menacé par un bloc réactionnaire, le Front national, bien sûr, mais aussi à la droite de la droite, une course à l'échalote, où on voit, dans les propositions qui sont faites, une remise en cause fondamentale, au-delà de la gauche et de la droite, de ce qu'est notre République…

ALEXIS MOREL
Mais ça veut dire quoi le camp républicain, ça veut dire s'ouvrir à des personnalités du centre, de la droite ?

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est d'abord s'ouvrir à tous les Français qui aujourd'hui – on le voit bien – ne se réfèrent plus forcément à ces schémas traditionnels, et cherchent des réponses plus pragmatiques, mais en même temps plus fortes. Mais c'est effectivement considérer que… au second tour de l'élection présidentielle, le candidat républicain sera vraisemblablement face à madame LE PEN, eh bien, il faudra bien qu'il appelle aux Républicains de l'autre bord, aux Républicains de droite, si c'est le candidat de gauche, aux Républicains de gauche si c'est le candidat de droite, et mon choix est évidemment pour le candidat de gauche sélectionné, mais il devra, non pas mécaniquement, compter sur le support du camp d'en face, mais aller les chercher en quelque sorte, et construire une gouvernance, et donc il faut en parler dès maintenant. N'attendons pas le soir du second tour, après avoir fait une campagne d'une gauche dure ou d'une droite dure…

ALEXIS MOREL
Donc il faut préparer dès maintenant une union nationale.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas une union nationale, c'est une recomposition politique, c'est une recomposition politique. Il y a des frontières, à la gauche de la gauche, il y a des gens qui ne se sentent pas dans le combat républicain, à la droite dure, il y a des gens qui ne sont pas dans le combat républicain, et des idées et des gens. Mais je ne sais pas aujourd'hui où se fera le partage des eaux en quelque sorte, ce que je sais, c'est que le devoir de la gauche, au regard de son histoire, de ses valeurs, c'est de porter le combat républicain.

ALEXIS MOREL
Donc j'ai bien compris en tout cas qu'il n'était pas question de se gauchiser pour 2017, j'ai noté d'ailleurs cette semaine que vous avez utilisé le même mot, un mot assez fort, radicalisation, pour qualifier, à la fois, les propos d'Arnaud MONTEBOURG et de Nicolas SARKOZY, vous les placez sur le même plan ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, évidemment, ils sont, j'allais dire bien différents par bien des aspects, mais c'est vrai que je redoute que – notamment dans cette logique des primaires, et plus généralement dans le débat politique à la veille d'une élection présidentielle – les réflexes de durcissement des camps aboutissent à, d'abord, diviser les Français, encore plus. Et deuxièmement, faire le jeu du Front national. Parce que, face au Front national au second tour de l'élection présidentielle, une droite dure, comme une gauche dure ne seront pas capables de rassembler les Français. Et donc arrêtons cela, trouvons les éléments de ce rassemblement sur des valeurs républicaines. Finalement, notre histoire nous dicte ce que nous avons à faire. De la liberté, de l'égalité, de la fraternité, de la laïcité. Alors, après, je veux bien entendre que ces propos sont un peu généraux et qu'il faut les préciser. Mais tout simplement dire que notre modèle social appartient à l'identité nationale, que, bien sûr, le patriotisme est une dimension essentielle, et que la laïcité, celle qui protège l'exercice des religions, et a fortiori des religions minoritaires, mais qui en même temps interdit à ce que le fait religieux devienne un fait politique, sont des éléments déterminants d'un programme et d'un projet pour 2017.

ALEXIS MOREL
Justement, la laïcité, ce débat sur le burkini, qui a pris encore une autre dimension hier, avec de potentiels dérapages, cette femme simplement voilée et verbalisée tout de même à Cannes, il a eu raison, Manuel VALLS, de soutenir ces maires qui ont pris ces arrêtés anti-burkini, quand on voit ce que devient cette polémique ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Le burkini n'est en rien une tradition religieuse, c'est l'expression culturelle d'un mouvement politique de l'islam, politique, qui existe au plan planétaire, et notamment dans notre pays, et qui vise à enfermer, non seulement la femme dans la société, mais à enfermer les musulmans dans la société, à créer des différences. Nous n'acceptons pas ce type d'attitude. Le voile est une tradition historique dans notre pays, pas simplement porté d'ailleurs par la religion musulmane, en son temps, la religion catholique, en son temps, et parfois la religion juive aussi a des phénomènes vestimentaires, donc nous avons une tradition d'acceptation de cette différence, bien. Nous en prenons acte. Il ne s'agit pas de revenir en arrière. Mais par contre, nous n'allons pas laisser créer, je crois que ça serait une erreur, de laisser créer ces nouvelles provocations de l'islam politique. Alors, on nous dit : oui, mais c'est des provocations, il ne faut pas y répondre. Ah non, bien sûr qu'il faut y répondre en ayant une maîtrise, mais nous ne pouvons pas accepter que se dressent des barrières…

ALEXIS MOREL
Là, vous êtes d'accord avec Nicolas SARKOZY, là-dessus par exemple, lui aussi parle de provocation, d'islam politique…

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, non, non, non, non, je fais la différence entre ce que dit Nicolas SARKOZY, qui fait – et c'est tout le sujet du débat – qui fait une arme de séparation, il répond à la provocation en créant une arme de séparation, vis-à-vis des Français musulmans. Et ça, je ne le veux pas. Mais je ne veux pas que l'islam politique enferme la communauté musulmane, et je ne veux pas que l'islam politique enferme la femme par rapport à l'homme. Et ça, ce sont des barrières que nous ne laisserons pas faire.

ALEXIS MOREL
Merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN, secrétaire d'Etat, chargé des Relations avec le Parlement, invité politique de France Info ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 août 2016

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