Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, sur l'importance de l'éducation civique et du développement d'un tourisme durable pour la promotion de la biodiversité, à Lussault-sur-Loire le 26 août 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, sur l'importance de l'éducation civique et du développement d'un tourisme durable pour la promotion de la biodiversité, à Lussault-sur-Loire le 26 août 2016.

Personnalité, fonction : POMPILI Barbara.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité

Circonstances : Rencontres nationales des acteurs de l'éducation à l'environnement à Lussault-sur-Loire (Indre-et-Loire) le 26 août 2016

ti : Notre planète doit faire face à deux menaces, en partie liées, en partie autonomes. Ces menaces pourraient porter le même nom générique : le dérèglement.

Dérèglement du climat, qui bouleverse les conditions de vie et dont chacun perçoit les potentielles conséquences sociales, économiques, géopolitiques.

Mais aussi dérèglement des écosystèmes, disparition d'espèces, tant végétales qu'animales, dont chacun doit mesurer les conséquences sur la vie elle-même, sur la capacité de notre nature à se régénérer, sur la capacité de notre planète à nourrir ses habitants, sur leur santé et leur qualité de vie.

Lorsqu'on me demande de donner une définition de la biodiversité, je réponds souvent « C'est le tissu du vivant », et je précise que ce tissu est composé d'innombrables fibres végétales, animales, géologiques ou génétiques qui contribuent, chacune, à la solidité du tout.

Que certaines de ces fibres se distendent ou disparaissent, et c'est la vie elle-même qui s'en trouve modifiée, voire menacée.

Ces deux dérèglements, climatique et biologique, sont en partie liés : on conçoit que la disparition de forêts, de zones humides, contribue à une moins bonne régulation thermique et climatique, et amplifie le réchauffement climatique. Et, dans le même temps, l'augmentation des températures modifie les écosystèmes en profondeur, et rend certains territoires hostiles à des populations animales ou végétales qui y avaient trouvé leur habitat.

Mais s'ils sont liés, le réchauffement climatique et la perte de biodiversité sont également la conséquence de facteurs qui leur sont propres.

Si le taux de disparition des espèces naturelles atteint des seuils qui rendent parfois impossible leur régénération, nous le devons à des activités humaines : c'est l'urbanisation et l'artificialisation de terres qui modifie et fait disparaitre des habitats ; c'est la surconsommation de ressources naturelles ; ce sont des pollutions ; c'est la dissémination d'espèces exotiques envahissantes qui expliquent, plus encore que le réchauffement climatique, les reculs de la biodiversité.

Faire prendre conscience de cela aux décideurs politiques, tant sur le plan international que national, aux acteurs socio-économiques, et plus généralement aux citoyens demeure un défi.

Je crois même que c'est le défi majeur, qui se pose à tout responsable en charge des questions de biodiversité.

Grâce la pédagogie des scientifiques, à l'opiniâtreté de certains acteurs politiques, à des mobilisations associatives et citoyennes massives, mais aussi, soyons modestes, par la simple constatation de la réalité que chacun peut opérer dans sa vie quotidienne, la prise de conscience du défi climatique a considérablement progressé au cours des dernières années.

Pour la biodiversité, l'essentiel demeure à faire. Je crois que cela tient à plusieurs facteurs.

D'abord, à une culture qui a vu nos sociétés, depuis les débuts de la révolution industrielle, considérer la nature comme une ressource inépuisable au service de l'Homme, douée d'une capacité de régénération sans limites. On ne commence qu'aujourd'hui à constater l'impasse de cette croyance.

Et au-delà de cette croyance en une nature au service exclusif de l'Homme, il y a encore un trop grand manque de conscience des services que rendent les écosystèmes à l'Homme, et de la nécessité de les protéger.

Cela progresse, certes, la disparition des pollinisateurs, et singulièrement des abeilles, fait peser sur notre agriculture, et notamment sur les productions arboricoles, des menaces qui interpellent et inquiètent l'opinion.

Et si nous avons pu, dans la loi sur la Biodiversité, faire adopter l'interdiction des produits néonicotinoïdes tueurs d'abeilles, nous le devons en grande partie à la mobilisation et à l'exigence de l'opinion publique sur cette question.

Mais combien de progrès restent à accomplir en matière de prise de conscience de l'enjeu !

Comment faire comprendre que s'inquiéter de la régression des populations de libellules, ce n'est pas faire preuve d'un accès de romantisme, que c'est tout sauf anecdotique : c'est le signe de la disparition de zones humides, qui sont leur habitat premier, des zones qui jouent un rôle essentiel de régulation thermique, mais aussi en termes de filtration donc de qualité des eaux des nappes phréatiques, et qui constituent des réservoirs naturels pour lutter contre les inondations.

Oui, la disparition des libellules, c'est le témoin de menaces, c'est un indicateur d'évolutions qui influent directement sur nos vies.

Observer la nature, apprendre à en décrypter les mécanismes, apprécier la réalité et l'ampleur des services qu'elle rend, c'est se donner les moyens d'agir, c'est contribuer à garantir aux générations qui viennent un monde vivable.

L'éducation à la nature, ce n'est pas seulement – et c'est déjà essentiel – ouvrir les esprits à la beauté du monde, donner à chacun, quelles que soient ses origines, sa position sociale ou ses croyances l'occasion de s'émerveiller et de profiter de moment de bien-être.

L'éducation à la nature, c'est aussi un préalable indispensable à l'action en faveur de la biodiversité – et c'est le sens de ma présence aujourd'hui parmi vous.

Parce que les menaces sur la biodiversité sont des questions planétaires, la France inscrit son action, à l'instar du volontarisme qui est le sien sur les questions climatiques et qui a permis le succès de la COP 21 à Paris, dans un cadre international.

De la même manière que le monde s'est fixé des objectifs pour la lutte en faveur du climat, la communauté internationale définit des politiques de protection et de reconquête de la biodiversité.

Ainsi, en 2010, à Aïchi (au Japon), avait été adopté le « plan stratégique pour la diversité biologique 2011-2020 pour la planète ».

L'éducation à la nature fait écho au premier des objectifs d'Aïchi, selon lequel : « d'ici à 2020 au plus tard, les individus sont conscients de la valeur de la diversité biologique et des mesures qu'ils peuvent prendre pour la conserver et l'utiliser de manière durable ».

Cette connaissance et cette compréhension ne se décrètent pas.

Elles s'acquièrent dans la durée, à tous les âges, et plus particulièrement sur le terrain, au contact de ceux qui la maîtrisent et la partagent, et aussi au travers de multiples activités de nature, de l'observation de la vie naturelle, tout simplement au contact avec la nature.

Cette éducation à la nature, c'est une invitation à l'émerveillement, mais c'est aussi la transmission de connaissances sur les impacts, les dommages créés par la dégradation de la nature ; ou encore sur les réponses possibles, les actions efficaces ou nuisibles.

Le tourisme, dont vous avez fait le thème de votre rassemblement, a pris naturellement sa place dans les politiques internationales de biodiversité.

Dans le plan d'action issu du sommet de Johannesburg de 2002, la promotion du tourisme durable figure comme l'une des stratégies de protection et de gestion des ressources naturelles qui contribue également au développement économique et social.

Et le tourisme est largement traité par les travaux de la convention sur la biodiversité biologique. Le choix de votre thématique de réflexion et d'échange d'expériences est donc particulièrement bienvenu.

Je suis donc venue vous encourager, vous écouter, et vous dire quelques mots de l'action de l'Etat en matière d'éducation à la nature.

Vous encourager d'abord : vous avez la chance d'avoir devant vous un public sinon captif, du moins ouvert aux questions d'environnement.

On ne choisit généralement pas de pratiquer des vacances, des loisirs, en nature si l'on n'est pas un tant soit peu attentif à la nature, ouvert à sa découverte.

Mais l'attention ne signifie ni la connaissance, ni la conscience de l'impact de ses actions, de ses gestes, sur l'environnement.

Parce qu'aimer la nature, s'y promener, l'observer n'est pas un gage de protection de la nature : la présence humaine n'est jamais neutre. Elle peut, animée des meilleures intentions du monde, s'avérer destructrice, ou perturber les écosystèmes.

C'est pourquoi la mobilisation de tous les prestataires de services qui mettent en avant le milieu naturel dans lequel s'exercent leurs activités est essentielle.

Ils sont des ambassadeurs potentiels de la préservation de la biodiversité.

Il y a donc moyen d'agir via ces acteurs pour sensibiliser un public nombreux et varié. Un axe d'action essentiel est de mobiliser les prestataires les plus volontaires.

Le tourisme avec la nature, c'est aussi l'occasion de promouvoir des bonnes pratiques, comme celles adoptées par des hébergeurs labellisés, en matière de consommation, d'énergie, de transport, d'alimentation.

Je sais que vos travaux ont porté là-dessus, je m'en félicite.

Les marques développées par les parcs nationaux ou régionaux, qui labellisent services et biens produits dans ces territoires d'exception dans le respect d'exigences environnementales, s'inscrivent également dans cette dynamique.

Tourisme et nature se combineront avec d'autant plus d'intelligence que l'accompagnement des touristes et des prestataires sera assuré : vos réseaux ont un rôle éminent à jouer dans cette perspective.

Voilà pour les encouragements.

Mais je suis venue aussi pour vous écouter. Pour découvrir les initiatives de tourisme en lien avec l'éducation à la nature qui sont au coeur de vos travaux.

Mais également pour entendre les difficultés qui sont les vôtres, et tenter de vous accompagner dans la recherche de solutions.

Je n'ignore pas les difficultés auxquelles vous êtes confrontés. Certains m'ont fait part des restrictions de soutien financier qu'ils subissaient, restrictions qui vont parfois au-delà de ce que peuvent justifier les efforts légitimes de maîtrise des dépenses publiques et qui répondent, il faut le dire, et je n'hésite pas à le dénoncer, à des choix de nature politique.

L'action collective, qui caractérise vos domaines de compétences, s'appuie sur de nombreux acteurs, tant pour les réalisations que pour les financements.

Lorsqu'un des acteurs, et je pense en particulier à certains conseils régionaux, se retire unilatéralement sans préavis, il met en péril l'ensemble de l'édifice.

Malgré ce contexte difficile je tiens à nouveau à saluer votre action sans en ignorer les difficultés.

Et, pour faire bouger les choses, il nous faut sans relâche convaincre, à la fois ceux qui votent, et ceux qui sont élus.

La promulgation, il y a quelques jours, de la loi pour la reconquête de la biodiversité marque une étape forte dans l'histoire de l'action publique en faveur de la biodiversité, un peu comme l'avait été celle de la loi sur la protection de la nature en 1976.

Parmi toutes les dispositions de cette nouvelle législation, je ne citerai que celles relatives à l'AFB, l'Agence Française pour la Biodiversité, et aux ARB, les Agences Régionales de la Biodiversité.

Les régions, et de façon plus générale les collectivités, ont désormais des responsabilités importantes en matière de politique de biodiversité.

La création des ARB, c'est un signe de confiance envers l'intelligence, l'audace, et l'imagination locales. Mais c'est aussi placer chacun face à ses responsabilités.

C'est un projet politique, de reconquête non seulement de la biodiversité, mais aussi de la citoyenneté. Il s'agit en effet d'entraîner les usagers, les citoyens, les services de l'Etat, les collectivités, à travailler ensemble sur un sujet aussi important que la biodiversité, dans une même direction.

Et il est indispensable que l'éducation à la nature ait toute sa place dans ces politiques régionales. Que dans les dispositifs de concertation ou de projets qui se mettront en place, vous soyez présents, entendus, proactifs.

Je vous engage donc à être attentifs, chacun sur votre territoire, aux débats et aux dynamiques qui se mettront en place d'ici quelques semaines.

Vous y avez toute votre place, et c'est aussi par ce biais que vous serez en mesure de peser dans les décisions, dans les orientations et aussi, je le souhaite, dans les choix budgétaires.

Convaincre les décideurs, publics et privés, d'investir dans l'éducation à la nature, de placer la biodiversité au coeur de leurs choix sera d'autant plus aisé que nous aurons été capables de valoriser les initiatives existantes, qui sont nombreuses.

Je réalise tous les jours, dans cette fonction qui est la mienne, à quel point sur ces sujets, et même si le degré de conscience de l'enjeu dans l'opinion demeure trop faible, la société est en avance sur beaucoup de sphères décisionnelles.

C'est dans cet esprit que j'ai décidé de lancer une initiative, que nous avons baptisée « la biodiversité en action ».

Je suis heureuse de vous en parler, à quelques jours de son lancement, car l'un de ses volets sera dédié à l'éducation à la nature.

De quoi s'agit-il ? Tout simplement, de convaincre et d'expliquer par l'exemple.

Des centaines d'initiatives existent, dans les écoles, dans les entreprises, dans certaines collectivités, dans les associations, qui concourent à cette sensibilisation du public à la nature, et aux défis de sa préservation et de sa reconquête.

Ces initiatives, valorisons-les. Donnons-leur l'occasion de se présenter, faisons-en des incitations à agir.

Je crois à la force de l'exemple.

Il s'agira de faire connaître à tous, au plus près des territoires, un maximum d'initiatives contribuant à la préservation de la biodiversité, dans trois domaines : nature en ville, économie, et éducation à la nature.

Vous pourrez donc proposer, exposer, enregistrer vos propres projets qui bénéficieront d'une reconnaissance publique via ce label « la biodiversité en action ».

Vous pourrez dire à votre tour « j'agis pour la biodiversité ».

Je remercie Roland GERARD d'avoir accepté de parrainer cette opération.

Je ne rentrerai pas ici dans les détails techniques, que vous trouverez prochainement sur le site internet dédié à cette initiative.

Je veux simplement souligner à nouveau l'importance trop peu souvent reconnue de vos actions, concrètes et utiles.

Mesdames et messieurs, l'éducation à la nature est, je le disais tout à l'heure, un préalable à la prise de conscience de l'enjeu majeur que représente la préservation de la biodiversité. Il était donc naturel que, chargée de cette mission au sein de l'exécutif, je vous rende cette visite.

Mais je crois utile d'ajouter une raison supplémentaire à cette présence d'un membre du gouvernement à vos rencontres.

Notre pays traverse une période de doute sur lui-même, fait face à des périls qui bouleversent tous les repères, ce qui amène parfois certains à perdre de vue ce qui devrait fonder notre vivre ensemble.

J'en veux pour preuve ces débats souvent passionnés, mais aussi parfois inquiétants et non dénués de calculs malsains, autour de la notion d'identité nationale.

L'écologiste que je suis, que j'ai toujours été, et qui le demeure au sein du gouvernement ne peut pas ne pas regretter que la question de l'environnement soit si absente de ce débat.

Et pourtant. Pourtant, s'il est une chose que les Français, que tous les Français ont en partage, dont ils héritent et qu'ils transmettront aux générations qui viennent, quelle que soit la manière dont ils sont devenus Français, quelles que soient leurs croyances, leurs origines et leurs convictions, c'est bien cette portion de terre au Finisterre de l'Europe, complétée de territoires outre mers, oui cette portion infime au regard de la vastitude du monde, mais cette portion de terre si précieuse qui s'appelle la France.

Une France immensément riche de ses paysages si variés, de ses climats, de sa faune et de sa flore. Une France qui possède le deuxième domaine maritime du monde, qui se situe au 6e rang mondial pour le nombre d'espèces recensées, mais aussi au 10e pour le nombre d'espèces menacées.

Cette France c'est notre bien commun.

Et protéger, entretenir, assurer les conditions de la régénération de la nature qui nous entoure, de cette nature changeante mais multiséculaire qui fait la France, c'est notre responsabilité commune.

Sensibiliser à cette responsabilité, c'est aussi un moyen majeur pour développer la conscience des interactions entre les territoires, c'est démontrer les limites de la notion de frontières, dont certains voudraient faire notre nouvel horizon.

Oui, cette responsabilité qui nous fait prendre conscience de nos devoirs vis à vis de cette terre de France, et dans le même temps de son inscription dans la marche du monde, c'est une responsabilité éminemment citoyenne.

L'éducation civique, celle qui permet d'être un citoyen éclairé, conscient de ses responsabilités, apte à exercer ses droits, à faire face à ses devoirs, ça ne se limite pas à la connaissance de l'histoire et à celle de nos institutions, à la transmission de valeurs.

C'est aussi transmettre une capacité à observer, à comprendre, à aimer les richesses naturelles de ce pays et susciter une détermination partagée à les protéger, à les entretenir, à les valoriser sans les piller.

Chacune et chacun d'entre vous, dans son action au quotidien auprès de vos différents publics y contribue.

C'est aussi cela que je voulais saluer aujourd'hui, en adressant à votre engagement la gratitude de la Secrétaire d'Etat à la biodiversité, mais aussi plus largement celle de la République.


Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 16 septembre 2016

Rechercher