Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à France 2 le 7 septembre 2016, sur la rentrée scolaire et le climat social et politique. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à France 2 le 7 septembre 2016, sur la rentrée scolaire et le climat social et politique.

Personnalité, fonction : VALLAUD-BELKACEM Najat, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti :

CAROLINE ROUX
Bonjour Najat VALLAUD-BELKACEM.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Alors le chef de l'Etat prend la parole demain. Est-ce qu'il faut qu'il accélère son calendrier, qu'il donne un signe d'une éventuelle candidature ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
D'abord, je pense que le calendrier du chef de l'Etat sortant est toujours un calendrier un peu particulier par rapport aux autres candidatures à une primaire, oui, il y a une primaire à gauche, oui, il y a des candidats qui se sont déclarés, mais ces candidats-là n'ont pas le même calendrier que celui qui est aujourd'hui au sommet de l'Etat et qui, à ce titre, a un certain nombre de dossiers, de sujets très importants, très lourd, très sérieux, à gérer pour l'ensemble des Français.

CAROLINE ROUX
Vous croyez qu'il regarde les sondages, le président de la République, Najat VALLAUD-BELKACEM ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, non, mais sans doute, mais ce que je veux dire par-là, c'est simplement que c'est aussi rendre service et être utile aux Français que d'assurer à la tête de l'Etat une stabilité, une sérénité que ne permet pas, à mon avis, une entrée en campagne trop rapide. Et c'est la raison pour laquelle le président de la République a réservé sa décision au mois de décembre qui vient. Pour autant, je l'ai déjà dit, notamment à mes camarades socialistes, de gauche, je pense qu'il est vraiment temps pour nous de nous mobiliser collectivement, de nous rassembler, et de commencer à faire campagne, sans que le président sortant se soit déjà déclaré candidat…

CAROLINE ROUX
On peut faire campagne sans candidat ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bien sûr, bien sûr, parce que nous, nous pouvons d'ores et déjà aller voir les Français pour expliquer quel a été le bilan de ce quinquennat, commencer à parler du projet, et faire en sorte, en tout cas, de donner à voir que la gauche au pouvoir, ça a été un progrès pour ce pays, c'est ça qui permettra de sortir de ces sondages dont vous allez me parler.

CAROLINE ROUX
Eh bien, eh bien voilà, je vais vous en parler, parce que c'est le dernier sondage TNS SOFRES. François HOLLANDE est distancé par son ministre de l'Economie, dans un sondage d'intention de vote. C'est quand même une course contre la montre qui est engagée, il y a une partie de vos camarades, Julien DRAY, qui appelle François HOLLANDE à renverser la table, Manuel VALLS qui lui demande de fixer un cap. Il y a un peu de fébrilité de leur part ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais justement, ce qui est assez notable en l'occurrence, c'est que s'il y a de la fébrilité chez certains, chez le président de la République, en revanche, il n'y en a pas. et je trouve que c'est rassurant, il ne faut pas qu'il y ait de la fébrilité chez le président de la République, qui est aux responsabilités en ce moment même, et qui doit, le plus loin possible, dans son quinquennat, veiller d'abord à la France. Pour le reste, cela ne nous empêche pas, nous, les membres du gouvernement, les parlementaires, les militants, sur le terrain, de nous retrousser en revanche les manches pour aller au devant de l'opinion publique, des Français, et pour leur dire ce que nous avons fait, ce que nous allons encore faire, dans une période politique, qui est quand même une période très dangereuse, parce que, on voit ce qui se prépare en face de nous, on sait dans quel état serait le pays si on laissait la droite actuelle l'emporter en 2017. Donc oui, il y a une responsabilité à prendre pour chacun de nous.

CAROLINE ROUX
Alors, la rentrée, c'était il y a une semaine, et demain, les professeurs sont déjà dans la rue, ils vont manifester en particulier contre la réforme des collèges. Est-ce que vous comprenez leur colère ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ecoutez, d'abord, la rentrée scolaire s'est bien passée, j'espère que vous l'aurez constaté, on sait ce que c'est…

CAROLINE ROUX
On a vu qu'il manquait des profs qu'on allait chercher sur Le Bon Coin, dans le journal, dans l'Aveyron…

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, non, d'ailleurs, c'était un sujet tout à fait charmant, bien sûr, chaque rentrée scolaire a son lot de petites classes ici qui ferment, d'effectifs manquants qui entraînent donc forcément des changements organisationnels dans l'école. Mais honnêtement, honnêtement, si on compare cette rentrée scolaire par rapport à celles qu'on connaissait il y a quelques années encore, vous le savez, les choses se passent très bien sur le terrain, les postes ont été créés, ils sont là, les nouveaux programmes, dont on a tellement parlé l'année dernière, ils se mettent en application, et honnêtement, avec la satisfaction des enseignants qui les utilisent, tout comme le nouveau programme de maternelle l'année dernière avait été plébiscité par les enseignants. Nous sommes…

CAROLINE ROUX
Et pourtant, et pourtant, les profs sont dans la rue, pourquoi ? Comment vous l'expliquez ? Je vous posais la question : est-ce que vous comprenez leur colère ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais parce que, enfin, d'abord, est-ce que je comprends leur colère, oui, on a demandé beaucoup aux enseignants depuis le début du quinquennat. Mais parce que c'est l'exigence et l'ambition d'une politique éducative de gauche que de ne pas s'en tenir à créer des postes, c'était très important parce que, ils avaient été supprimés auparavant, créer des postes dans l'Education, certes, mais aussi changer les organisations, changer les programmes, changer, à certains égards, les pédagogies, bien sûr que ça veut dire beaucoup de nouveautés, beaucoup de contraintes pour les enseignants qui ont à les mettre en oeuvre. Et je veux leur dire que j'ai tout à fait conscience que ça n'est que par eux que nos réformes peuvent réussir, et donc, ce sont les acteurs évidemment majeurs de cette refondation…

CAROLINE ROUX
Mais ils les contestent vos réformes, en particulier la réforme des collèges, pour certains.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
D'abord, certains les contestent, je sais qu'on aime toujours bien mettre en avant ceux qui revendiquent ou qui contestent, mais la vérité, c'est que, il y en a aussi qui les appliquent, il y en a qui les appliquent avec beaucoup d'enthousiasme, il y en a qui les appliquent parce qu'il faut les appliquer, c'est ainsi. Et vous aurez en effet le 8 septembre un mouvement, moi, je ne porte pas de jugement, les organisations syndicales sont libres de leurs faits et gestes. Je dis simplement que les enseignants, à la fin de ce quinquennat, puisqu'on parlait de ça tout à l'heure, sauront, je crois, vraiment, faire la différence entre un gouvernement de gauche qui aura recréé 60.000 emplois, un gouvernement de gauche qui aura fait en sorte que tous les élèves à la fin de la 3ème acquièrent un socle commun de connaissances, de compétences, de culture contre un gouvernement de droite – écoutez les propos de Bruno LE MAIRE – qui se propose de rétablir la sélection à l'entrée en 6ème.

CAROLINE ROUX
Nicolas SARKOZY veut un pacte de confiance avec les enseignants. Ça vous fait sourire déjà.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, ça me fait sourire, parce que vous vous souvenez que j'avais pris une part active à la campagne de 2007, la campagne présidentielle de 2007, et il avait déjà parlé d'un pacte de confiance à l'époque, sauf qu'à l'époque, il avait oublié de dire aux enseignants que son pacte de confiance passerait par la suppression de 80.000 postes dans l'Education nationale, quel dommage !

CAROLINE ROUX
Une association d'Evry a été fermée par la ville et l'Etat alors qu'elle abritait une école coranique clandestine, ce sont des structures qui ne relèvent pas de votre ministère, mais est-ce que vous demandez aux élus la plus grande vigilance ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, bien entendu, et j'allais dire, si vous regardez le travail que nous avons entamé au printemps dernier, qui est un travail très important qui consiste, s'agissant de ce qu'on appelle les écoles hors contrat, parmi lesquelles, il y a des écoles confessionnelles, musulmanes ou d'autres confessions, donc sur ces écoles hors contrat, nous avons décidé que, désormais, elles ne pourraient pas s'ouvrir aussi facilement qu'elles le faisaient jusqu'à présent et que, on passerait d'un régime de simple déclaration qui prévalait, à un régime d'autorisation ; c'est une façon de mieux maîtriser, contrôler ce qui se passe, et la transmission des valeurs de la République et la qualité pédagogique qu'on offre dans ces écoles hors contrat. Mais s'agissant de l'école d'Evry, on parle d'école, mais en fait, c'est un peu particulier, c'est plus exactement une association qui offre des cours religieux, en plus de la scolarité, à des élèves, cette association donc, elle doit obéir à des principes simples, être déclarée auprès des services de la jeunesse en particulier, visiblement, elle ne l'a pas fait, elle était dissimulée, donc elle a été fermée à bon droit par la ville d'Evry.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Najat VALLAUD-BELKACEM.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 septembre 2016

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