Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, à France Inter le 8 septembre 2016, notamment sur l'avenir du site d'Alstom de Belfort, la piétonnisation des berges de Seine rive droite et les "boues rouges" de Gardanne. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Ségolène Royal, ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat, à France Inter le 8 septembre 2016, notamment sur l'avenir du site d'Alstom de Belfort, la piétonnisation des berges de Seine rive droite et les "boues rouges" de Gardanne.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargée des relations internationales sur le climat;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Ségolène ROYAL.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

PATRICK COHEN
ALSTOM va fermer d'ici deux ans son usine de Belfort à cause d'une baisse des commandes de la SNCF. Les élus locaux, les syndicats en appellent au gouvernement, qui leur répond quoi ?

SEGOLENE ROYAL
Qui leur répond que le gouvernement est attentif, surtout sur des filières industrielles de toute première importance, vous savez d'ailleurs qu'ALSTOM reçoit des commandes du monde entier.

PATRICK COHEN
Justement…

SEGOLENE ROYAL
Parce que, justement, c'est un fleuron industriel, c'est vrai que ces annonces brutales sont très étonnantes, donc nous regardons de très près ce qui se passe, parce que personne n'y comprend plus rien, en effet, l'auditeur, et ils sont nombreux à nous entendre aujourd'hui…

PATRICK COHEN
… Qu'il y a des commandes et une fermeture de site…

SEGOLENE ROYAL
Qui entend qu'il y a des commandes, et nous venons de gagner les commandes des Etats-Unis d'Amérique, et que des sites français ferment. Donc il faut construire une mondialisation, qui n'entraîne pas des délocalisations, et en tout cas, lorsqu'il y a des mutations industrielles à faire, que ce soit des mutations qui soient préparées, qui soient tournées vers le futur, puisque nous avons effectivement les nouvelles industries à mettre en place liées à la transition énergétique et à l'innovation dans les transports.

PATRICK COHEN
Je rappelle que l'Etat est actionnaire d'ALSTOM avec 20 % des droits de vote…

SEGOLENE ROYAL
C'est pour ça que nous regardons très attentivement ce qui se passe.

PATRICK COHEN
Je note votre étonnement, Ségolène ROYAL. Quelle est en ce moment la décision environnementale la plus controversée, elle ne vient pas de vous, elle vient de la Mairie de Paris et d'Anne HIDALGO, a-t-elle raison, selon vous, d'avoir fait fermer une voie de passage aussi importante que les berges rive droite ?

SEGOLENE ROYAL
Oui, et d'ailleurs, j'observe que chaque fois qu'il y a des décisions courageuses dans le domaine environnemental, elles sont contestées, et finalement, c'est une bonne chose ces contestations, pourquoi ? Parce que ça montre que ça n'est pas facile de lutter contre un certain nombre de lobbies ou de changer les comportements…

PATRICK COHEN
Est-ce que la méthode est la bonne ?

SEGOLENE ROYAL
La méthode a été… d'abord, c'est une décision qu'elle a annoncée depuis longtemps, ce qu'il faut retenir, c'est quoi, c'est que la pollution de l'air est un fléau sanitaire, 40.000 décès prématurés par an, qu'il y a donc d'autres façons de procéder, qu'il faut inventer les villes durables, d'ailleurs, j'ai lancé un appel à projets sur les villes respirables, à la fois pour reconquérir la nature en ville, parce que c'est la nature en ville aussi qui permet de diminuer le réchauffement climatique en ville et les îlots de chaleur, et d'autre part, vraiment, faire la transition vers le transport propre. Donc il faut des décisions fortes, des décisions qui ne sont pas seulement symboliques, mais qui montrent qu'on doit rentrer dans un autre système de déplacement et de vie urbaine.

PATRICK COHEN
Donc sur le fond et sur la forme, elle a bien fait, et on ne nous entend pas toujours complimenter Anne HIDALGO, donc je note votre…

SEGOLENE ROYAL
Mais nous travaillons très bien ensemble, contrairement à ce qui est dit ici…

PATRICK COHEN
Pas sur tous les dossiers…

SEGOLENE ROYAL
Ah, si, en tout cas, sur la question de la pollution. A un moment, il y a eu…

PATRICK COHEN
Ah ben, non, oui, Roland Garros…

SEGOLENE ROYAL
Ah oui, non, mais oui, c'est autre chose…

PATRICK COHEN
Ah ben, oui, il y a des dossiers qui vous ont opposées quand même. On s'en souvient. Le dossier des boues rouges, qui vous oppose, là, Ségolène ROYAL, au Premier ministre, ma première question, c'est pourquoi maintenant, pourquoi ne pas avoir porté le débat avant la signature de l'arrêté préfectoral de décembre dernier, qui autorisait, qui autorise la poursuite de l'activité de l'usine d'alumine de Gardanne ?

SEGOLENE ROYAL
Mais si, le débat a été porté bien avant, la preuve, c'est que c'est moi qui ai enclenché les études techniques, scientifiques, sanitaires sur ce sujet-là…

PATRICK COHEN
Vous ne l'avez pas porté sur la place publique à ce moment-là, vous n'avez pas dit qu'il y avait un désaccord avec le Premier ministre, et huit mois après, vous dites : ah ben, c'est le Premier ministre qui a décidé tout seul !

SEGOLENE ROYAL
Oui, et c'est parce qu'il y a eu, comme vous le savez, un reportage tout à fait passionnant de « Thalassa », donc vos confrères de « Thalassa » sont venus m'interroger, donc je n'avais pas, moi, polémiqué publiquement avant, j'ai pris les décisions qui s'imposaient, c'est-à-dire les analyses, ensuite, une autre décision, comme vous venez de le dire, a été prise, ce qui ne m'empêche pas et ne me fera pas lâcher ce dossier, puisque, une mise en demeure a été faite à l'entreprise par le préfet à ma demande, pour continuer à vérifier les rejets en Méditerranée qui n'est pas une poubelle gratuite, la Méditerranée. Ce n'est pas une poubelle gratuite. C'est une mer domestique fragile. Il y a 21 Etats autour de cette mer. Donc nous avons aussi une responsabilité collective. Et là, regardons le futur, et ma responsabilité de ministre de l'Environnement, c'est de pousser en avant les transitions industrielles, pour que les anciennes industries polluantes s'arrêtent, et que l'on puisse construire, bâtir les emplois du futur. Donc on n'oppose pas…

PATRICK COHEN
Il y a déjà une transition, puisque les boues rouges ne sont plus les boues rouges, ALTEO a été autorisée à rejeter dans les calanques les résidus, c'est un liquide transparent qui est, certes, pollué, mais qui ne sont plus les boues rouges d'avant décembre dernier.

SEGOLENE ROYAL
Mais le problème, c'est qu'elles sont stockées au sol maintenant…

PATRICK COHEN
Les boues, absolument…

SEGOLENE ROYAL
Donc avec d'autres problèmes sanitaires et d'autres problèmes environnementaux.

PATRICK COHEN
Le maire de Gardanne, Roger MEÏ, qui défend l'attitude, l'activité de l'usine ALTEO, vient de vous inviter à participer au prochain comité de suivi du site le 26 septembre prochain. Vous irez ?

SEGOLENE ROYAL
Mais je m'en réjouis, parce que voilà très longtemps que je propose en effet des réunions sur la mutation industrielle du site, c'est une bonne façon de voir les choses. Je comprends que les élus locaux défendent leurs emplois. Mais ce que je leur dis aussi, c'est que les emplois seront d'autant plus défendus que si nous accompagnons ces transitions, et si nous arrêtons les vieilles industries polluantes pour construire les industries de demain, les industries du futur. On peut investir dans le tourisme durable, on peut investir dans les énergies renouvelables, sur ce secteur-là, c'est un secteur qui a été durement frappé, il y a aussi les fermetures de charbon, donc là aussi, c'est des mutations industrielles et des mutations énergétiques qu'il faut prendre à bras le corps, qui sont réalisables à condition justement qu'on ne les freine pas, et qu'on ne cache pas des problèmes sanitaires que les gens ont le droit de connaître.

PATRICK COHEN
Autre dossier majeur, Notre-Dame-des-Landes, le projet d'aéroport validé par référendum ; le site sera bientôt évacué, et le chantier lancé ?

SEGOLENE ROYAL
Ecoutez, cela, ça relève de la responsabilité du ministre de l'Intérieur, donc je n'ai pas de commentaires supplémentaires à faire.

PATRICK COHEN
Vous n'êtes pas consultée ?

SEGOLENE ROYAL
Non…

PATRICK COHEN
Vous n'êtes pas consultée là-dessus ?

SEGOLENE ROYAL
Non, je ne suis pas consultée là-dessus, je ne demande pas à l'être.

PATRICK COHEN
Sur le dossier Notre-Dame-des-Landes…

SEGOLENE ROYAL
Et je ne demande pas à l'être, maintenant, c'est une question d'ordre public, donc je ne demande pas à…

PATRICK COHEN
Vous avez…

SEGOLENE ROYAL
Mais, ne prenons pas non plus point par point la liste des problèmes, il y a d'autres enjeux, il y a d'autres enjeux planétaires, il y a des enjeux…

PATRICK COHEN
Ah ben, attendez, je vais vous en parler, mais enfin, Notre-Dame-des-Landes, ce n'est pas un petit dossier environnemental…

SEGOLENE ROYAL
Oui, mais enfin, n'en faisons pas la chronique non plus de tous les sujets polémiques, mais c'est une bonne chose, je vais vous dire, qu'il y ait des polémiques, moi, je ne crains jamais la polémique dans les domaines environnementaux…

PATRICK COHEN
Vous voulez que je vous parle de Fessenheim aussi ?

SEGOLENE ROYAL
Parce que justement, ça montre aussi à l'opinion publique que ce n'est pas facile, qu'il y a des combats, que les mutations, les métamorphoses, comme dirait Edgar MORIN, nécessitent beaucoup de courage, de visibilité, d'esprit visionnaire aussi, et que, il faut propulser le monde contemporain vers le futur, et pas vers le passé.

PATRICK COHEN
Les suites de la COP21, vous êtes – je le rappelle – présidente de la COP21, les deux plus gros pollueurs de la planète ont ratifié l'accord de Paris…

SEGOLENE ROYAL
Oui, très bonne nouvelle.

PATRICK COHEN
Etats-Unis et Chine. Quid des pays européens ?

SEGOLENE ROYAL
D'abord, vous savez, sauver le climat, c'est le grand défi de ce siècle, parce que sauver le climat, c'est sauver l'humanité, comme le disait hier Hubert REEVES, qui était là pour la mise en place du premier conseil d'administration de la future Agence nationale de la biodiversité. D'ailleurs, je vous annonce que ce sera lui qui sera le premier président de cette nouvelle Agence de la biodiversité que la France vient de créer, premier pays au monde, et il y a un lien très étroit, d'ailleurs, entre la nature, la biodiversité, le réchauffement climatique, puisque c'est à la fois la nature, la vie qui en est victime, de ce réchauffement climatique, et en même temps, une des solutions. Et donc cet investissement des grandes puissances polluantes est une très bonne nouvelle, parce que, derrière la question climatique, il y a une question humanitaire majeure, il y a des défis, des catastrophes humanitaires, des catastrophes sanitaires, des catastrophes climatiques directes, des migrations massives de populations, qui fuient la sécheresse. Donc, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que la question du climat, c'est aussi une question de paix, c'est aussi une question de sécurité, c'est une question de justice climatique, et c'est tout le sens du combat que je conduis à la tête de cette COP, et l'Europe fait mouvement. J'ai réuni hier tous les ambassadeurs de l'Union européenne. Alors, bien sûr, en Europe, il y a des procédures un peu plus compliquées pour la ratification, par exemple, la Belgique, il y a quatre ratifications puisque chaque région doit ratifier, plus l'Etat central, etc., donc il a fallu faire, de façon très pragmatique, le point, pays par pays, de l'ensemble des ratifications, pourquoi il y avait un certain nombre de blocages. Et ces blocages, je vais les lever, pays par pays, Parlement par Parlement, procédure par procédure, Conseil des ministres par Conseil des ministres. Voilà, c'est un travail, artisanal, artisanal planétaire, sur lequel je me suis engagée, d'ailleurs, demain, je vais en Slovaquie, puisque le Premier ministre slovaque, du coup, m'a appelée pour venir puisqu'il est président de…

PATRICK COHEN
Il ne vous reste plus que quelques mois Ségolène ROYAL, vous le savez.

SEGOLENE ROYAL
Il reste quand même quelques semaines.

PATRICK COHEN
Quelques semaines ?

SEGOLENE ROYAL
Eh bien, c'est souvent, voyez, là, où croît le péril croît aussi ce qui sauve, et c'est la raison pour laquelle il faut se mobiliser.

PATRICK COHEN
Pourquoi quelques semaines ? Vous allez quitter le gouvernement ?

SEGOLENE ROYAL
Non, quelques semaines, avant la COP22.

PATRICK COHEN
Ah oui !

SEGOLENE ROYAL
Mon objectif, c'est de faire en sorte que l'accord sur le climat soit applicable avant la COP22, c'est-à-dire réunir 55 Etats représentants 55 % des émissions de gaz à effet de serre. Donc, il y a le sommet européen de Bratislava le 15, c'est celui que je prépare, ensuite, il y a la réunion aux Nations Unies le 21 septembre où seront réunis les pays qui auront ratifié, et ensuite, il y aura le Conseil européen qui permettra, j'espère, à l'Europe de déposer ses instruments de ratification, et ensuite la COP22. Et j'espère que là, nous aurons accompli un exploit mondial, parce que ça sera la première fois, si nous réussissons, qu'un accord international sera ratifié aussi rapidement, d'habitude, il faut plusieurs années.

PATRICK COHEN
Et vous donnez aujourd'hui le coup d'envoi, avec Axelle LEMAIRE, du premier incubateur du ministère de l'Environnement, vous nous direz tout à l'heure qu'est-ce que vous en attendez, on en parlera dans quelques minutes, et puis avec aussi les questions des auditeurs d'Inter.


Partie Interactiv, avec les auditeurs

PATRICK COHEN
Vous intervenez au 01 45 24 7000. Ségolène ROYAL qui a Conseil des ministres - elle vient de nous le rappeler – vous répond pendant un petit quart d'heure environ. Franck nous appelle de Bretagne avec un sujet qui suscite beaucoup de questions et d'appels ce matin. Bonjour Franck.

FRANCK, AUDITEUR DE BRETAGNE
Bonjour madame ROYAL, bonjour monsieur COHEN.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

FRANCK
Madame ROYAL, je vous félicite de vous opposer aux boues rouges en Méditerranée.

SEGOLENE ROYAL
Merci.

FRANCK
Mais pourquoi ne vous opposez-vous pas à l'extraction de sable en baie de Lannion en Bretagne ?

SEGOLENE ROYAL
Ah, c'est une très bonne question.

FRANCK
Il s'agit d'un scandale écologique qui n'est à peu près contesté par personne, mais c'est aussi un scandale économique car cela met en danger les emplois du secteur de la pêche et du secteur du tourisme, et enfin c'est un scandale démocratique car l'ensemble des élus locaux se sont prononcés contre cette extraction de sable. Pourtant, les décrets ont été signés par monsieur MACRON. Il y a maintenant urgence car l'extraction a commencé cette semaine.

PATRICK COHEN
Oui, il y a deux nuits après une décision du tribunal administratif.

SEGOLENE ROYAL
D'abord il y a un recours, il y a un appel contre la décision du tribunal administratif qui va donc partir au Conseil d'Etat. Je vais appuyer ce recours des associations qui vont être reçues par mes équipes parce que, comme vous le savez, là aussi je ne suis pas favorable à cette décision qui a été prise par monsieur MACRON, le ministre responsable de ce secteur. Je crois en effet que c'est une grave décision qui n'est écologiquement pas responsable. Il y a là aussi peut-être des justifications économiques, mais comme je le disais tout à l'heure, je pense qu'il faut là aussi construire une industrie qui ne prélève pas ou qui n'épuise pas les ressources naturelles, qui ne déséquilibre pas la biodiversité. Contrairement peut-être, monsieur, à ce que vous avez dit, il y a peut-être un certain nombre d'élus locaux qui ont quand même demandé, qui ont plaidé cette extraction. Moi je vais soutenir ce recours et on verra ce que le Conseil d'Etat décidera. Je vais donner bien évidemment aux associations de défense tous les arguments scientifiques qui leur permettront d'étayer leur appel.

PATRICK COHEN
Vous allez aider les opposants mais vous n'avez pas le pouvoir de stopper les prélèvements.

SEGOLENE ROYAL
Non, je n'ai pas le pouvoir de stopper mais j'ai le pouvoir de donner des arguments devant la justice, comme je l'ai fait à Nonant-le-Pin où l'on pensait que l'affaire était définitivement acquise. Ça n'a pas été le cas puisque nous avons réussi. J'ai appuyé les associations et nous avons réussi à empêcher des dépôts de déchets dangereux dans un site magnifique, les plus beaux haras nationaux de France.

PATRICK COHEN
Annie depuis le Var. Bonjour Annie, nous vous écoutons.

ANNIE, AUDITRICE DU VAR
Bonjour madame la Ministre.

SEGOLENE ROYAL
Bonjour.

ANNIE
Je suis dans le Var et je vous appelle concernant des éoliennes. Je voudrais savoir ce que vous pensez du fait d'installer des éoliennes de deux cent à deux cent quarante mètres de haut à cinq cents mètres d'une habitation, et si vous envisageriez vous-même d'habiter à proximité comme ça de ce genre de monstruosité. Je vous dis tout de suite que je ne suis pas contre l'énergie renouvelable.

PATRICK COHEN
Oui. C'est pour vous une gêne visuelle ou sonore, Annie ?

ANNIE
Ça ne me concerne pas directement, c'est mon fils, mais je ne sais pas si vous imaginez déjà la gêne sonore que ça peut procurer. Mon fils a des chevaux, donc ça peut générer de l'ombre sur l'effet stroboscopique. Excusez-moi, je n'arrive pas à exprimer le mot. Et puis, oui, au niveau visuel.

PATRICK COHEN
Bien sûr.

SEGOLENE ROYAL
Est-ce que l'installation est déjà faite ou c'est un projet ?

ANNIE
C'est en projet.

SEGOLENE ROYAL
Alors madame, il y a une enquête publique qui va être faite. Ce qui m'étonne, c'est ces cinq cents mètres parce que normalement les distances doivent être beaucoup plus importantes que cela. Ça dépend si c'est un habitat isolé ou pas.

PATRICK COHEN
On me dit que ç'a été changé et que c'est passé de quinze cents à cinq cents. C'est ça ?

SEGOLENE ROYAL
Non. En principe c'est mille, mais ça dépend après de la nature de l'habitat, effectivement s'il y a un habitat isolé. Si on mettait cinq cents mètres sur l'ensemble du territoire national, y compris en prenant en considération les habitats isolés ou les exploitations agricoles, on ne pourrait plus du tout construire d'éoliennes. Maintenant justement, pour éviter les nuisances, il y a l'enquête publique qui est en cours. Ce que je vous invite à faire, c'est de participer à cette enquête publique et de faire valoir ce que vous venez de dire et qui me paraît en effet tout à fait recevable.

PATRICK COHEN
Un coup d'oeil sur les réseaux sociaux à présent, Hélène ROUSSEL.

HELENE ROUSSEL
Oui. « Une deuxième autoroute en construisant l'A45, parallèle à la première, est-ce que c'est vraiment COP21-compatible ? » voudrait savoir @NoPassarA45 qui connaît bien le dossier comme son nom l'indique.

PATRICK COHEN
Alors quelle autoroute ?

HELENE ROUSSEL
L'A45.

PATRICK COHEN
L'A45, c'est où ?

HELENE ROUSSEL
Bonne question.

SEGOLENE ROYAL
Ce que vous posez-la, c'est la problématique des transports routiers, des équipements routiers par rapport en effet à l'utilisation des énergies fossiles. Là aussi c'est une question de juste équilibre.

PATRICK COHEN
C'est Lyon-Saint-Etienne.

SEGOLENE ROYAL
Il faut à la fois du développement économique donc il faut bien les liaisons d'une part. D'autre part, plus la circulation est fluide et moins il y a de pollution parce que c'est aussi dans le sur-place et dans les embouteillages qu'il y a beaucoup de pollution. Maintenant le paradoxe, c'est que plus on construit des routes et des autoroutes, plus il y a de transport routier et plus il y a de véhicules. Le défi, c'est quoi le combat ? C'est premièrement des véhicules moins polluants et l'industrie automobile est en train d'accélérer là aussi sa mutation ou sa transition après le scandale VOLKSWAGEN. Mon souhait, c'est que bien évidemment dans le délai de temps le plus court possible, on passe notamment en ville par le transport électrique, cent pour cent transport électrique. Ça, c'est l'objectif des villes durables d'une part. Il y a, je le rappelle, le bonus de dix mille euros pour l'achat d'un véhicule électrique qui a été crée par mon ministère justement pour faciliter ce transport et puis il y a surtout la réduction du transport par camion avec des camions beaucoup moins polluants et avec le développement du fret ferroviaire.
Ça, ce sont des combats du transport propre qui sont difficiles et la nouvelle génération – d'ailleurs, je voudrais évoquer cela parce qu'il y a beaucoup, beaucoup d'innovation dans le secteur dont j'ai la charge – ce sont les transports par câble. Donc zéro pollution, zéro emprise au sol, fluidité totale et le premier transport par câble français sera inauguré prochainement à Brest et ça fait partie des programmes d'investissement d'avenir et notamment de l'incubateur dont on parlait tout à l'heure. Il faut inventer justement les produits et les usages du futur. C'est pour ça que je crée tout à l'heure l'incubateur avec les start-up dans la Green Tech verte parce que quarante-neuf jeunes entreprises vont être installées tout à l'heure sur l'ensemble des secteurs de la transition énergétique, écologique, biodiversité, gestion des déchets, maîtrise de l'énergie, détection des pollutions, et cætera, et c'est formidable.

PATRICK COHEN
Qu'est-ce que vous attendez ? Des idées nouvelles ou des initiatives économiques, des nouveaux marchés ?

SEGOLENE ROYAL
Oui. Des nouveaux marchés, des nouveaux produits, des nouveaux usages. Je vais vous donner trois exemples : celui des économies d'énergies. Vous savez que les compteurs individuels vont devoir être installés dans tous les habitats collectifs pour qu'il n'y ait plus de factures collectives mais des factures individuelles. On voit des start-up qui inventent justement des mécanismes avec, sur votre portable, vous pouvez ouvrir à distance votre énergie, vous pouvez calculer votre consommation pièce par pièce, en fonction de votre confort, et cætera. Vous pouvez surtout individualiser vos frais de chauffage et donc diminuer considérablement la consommation. Deuxième exemple, des mécanismes qui peuvent détecter dans les fruits et légumes le seuil de pesticides, le degré de pesticides.
Troisième exemple, des applications pour prévenir les risques. Vous savez, lors des récentes inondations il y a eu beaucoup de décès, il y a eu des drames terribles, et on en aura de plus en plus avec le dérèglement climatique, et donc il y a des inventions pour échanger l'information, en cas d'incendie, en cas d'inondation, en cas de phénomène climatique extrême, pour échanger très rapidement, pour diffuser l'information, pour diffuser les gestes qui sauvent, etc. Et puis tout ce qui concerne le financement participatif, l'économie collaborative, les échanges de produits et de services. Donc on rentre dans cette nouvelle économie de l'échange, de produits nouveaux, de technologies, avec l'accès, surtout, à toutes les données.
J'ouvre toutes les données du ministère, mon ministère est celui qui possède le plus de données en matière de consommation énergétique, de déplacements, de biodiversité, etc., toutes ces données maintenant sont mises à disposition des créateurs d'entreprises, dont la première série, dont 49 entreprises, que j'accueille tout à l'heure, dans ce laboratoire, finalement que j'ai créé, à Marne-la-Vallée, et il y en aura d'autres dans le territoire national. Le prochain, j'espère, aura lieu en banlieue, en Seine-Saint-Denis, auprès justement des jeunes plus défavorisés, avec des systèmes de parrainage entre ces jeunes ingénieurs des grandes écoles du ministère et d'autres jeunes qui viennent des IUT ou des lycées professionnels.

PATRICK COHEN
Ce sera donc tout à l'heure à Champs-sur-Marne à l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées, avec Axelle LEMAIRE, la secrétaire d'Etat. Thomas LEGRAND, je crois, a une question politique pour vous.

THOMAS LEGRAND
Une question un peu plus politique. Si jamais François HOLLANDE décidait de ne pas se présenter, est-ce que vous envisagez, est-ce que vous préparez peut-être dans votre tête, une candidature à la primaire des socialistes ? On ne parle pas beaucoup d'écologie en ce moment chez ceux qui sont déjà candidats à la primaire.

SEGOLENE ROYAL
Mais vous savez, moi je n'évoque ; je vais vous décevoir, mais tant pis ; je n'évoque jamais l'échéance présidentielle, d'abord parce que c'est très loin. Je comprends que ça fasse débat parce que c'est l'élection, parmi les élections, c'est la clé de voûte…

THOMAS LEGRAND
Déjà cette réponse est intéressante parce que vous auriez pu me dire « non, bien sûr que non », ce n'est pas non, donc c'est intéressant.

SEGOLENE ROYAL
Non, parce que déjà répondre ça c'est déjà entrer dans cette moulinette inlassable de…

PATRICK COHEN
Ce n'est pas si loin, le PS organise une primaire en janvier.

SEGOLENE ROYAL
Voilà, vous avez raison, donc c'est l'affaire des partis politiques, et comme vous l'avez vu, ma responsabilité aujourd'hui, c'est la COP21, c'est le climat, donc je dois mobiliser des pays au-delà des clivages politiques, au-delà des sensibilités politiques. Si je rentre, en tant que présidente de la COP, aujourd'hui dans des campagnes électorales, ou dans l'affaire des partis politiques, je ne remplie pas mon rôle, je ne suis pas pleinement dans ma mission. Donc c'est l'affaire aujourd'hui des partis politiques…

PATRICK COHEN
J'entends que ce n'est pas non en tout cas.

SEGOLENE ROYAL
Mais…

THOMAS LEGRAND
Moi je coche les cases, voilà, ce n'est pas non, ce sera peut-être oui.

SEGOLENE ROYAL
Je n'abord pas ce sujet.

PATRICK COHEN
Et vous avez entendu l'appel que vous a lancé Cécile DUFLOT, elle vous a appelée à soutenir la candidature qui sera celle des écologistes.

SEGOLENE ROYAL
Oui, mais si je peux me permettre une petite boutade sur ce sujet, il faudrait qu'elle s'adresse d'abord au député écologiste de Gardanne, parce que, figurez-vous, c'est quand même, sur place, un député écologiste qui soutient l'enjeu des boues rouges en Méditerranée.

PATRICK COHEN
Oui, monsieur LAMBERT.

SEGOLENE ROYAL
Voilà, donc qu'elle s'adresse à lui.

PATRICK COHEN
Enfin, il soutient, non, non, attendez, là vous faites un raccourci, il ne soutient pas, il soutient la poursuite de l'activité de l'usine Altéo, il ne soutient pas le projet des boues rouges.

SEGOLENE ROYAL
Ecoutez, attendez, non, attendez…

THOMAS LEGRAND
L'un ne va pas sans l'autre.

SEGOLENE ROYAL
L'un ne va pas sans l'autre, exactement, il faut être aussi cohérent quand on se prétend écologiste, alors, à ce moment-là il faut avoir le courage d'imaginer le futur. Donc, ils se débrouillent entre eux, mais il faudra régler cette cohérence.

PATRICK COHEN
Oui, il est écologiste, et puis aussi il y a 450 salariés qui dépendent de cette activité, 200 sous-traitants, donc on peut comprendre qu'il y a des intérêts économiques aussi qui sont à prendre en compte.

SEGOLENE ROYAL
Mais bien sûr, mais c'est ma préoccupation première, et je pense que non seulement ces emplois peuvent être sauvés sur des nouvelles industries, à condition justement qu'on s'y mette, mais même qu'on peut créer davantage d'emplois sans détruite l'environnement.

PATRICK COHEN
Est-ce qu'on peut vous interroger aussi, sur le plan politique, sur la vie gouvernementale et sur le départ d'Emmanuel MACRON, dont il a été question à plusieurs reprises depuis le début de cet entretien à 8H20. Emmanuel MACRON, il a déserté, ou il a trahi, pour reprendre les expressions qui ont été entendues ces derniers jours ?

SEGOLENE ROYAL
Vous savez, moi je me garde toujours de tenir des propos désobligeant à l'égard des uns ou des autres. J'ai dit, je le répète, qu'il n'y a pas plus grand honneur, pour un responsable politique, que d'appartenir au gouvernement de son pays et d'avoir l'extraordinaire opportunité d'agir, de changer les choses, de projeter justement, comme je viens de le montrer, sur plusieurs domaines, le pays dans le futur, et par conséquent c'est le seul jugement que je peux émettre, mais certainement pas des choses désagréables sur le plan personnel.

PATRICK COHEN
Bonjour Augustin TRAPENARD.

AUGUSTIN TRAPENARD
Salut Patrick.

PATRICK COHEN
Vous avez une question pour notre invitée, qu'on doit libérer dans très peu de temps pour le Conseil des ministres. Très vite.

AUGUSTIN TRAPENARD
Bonjour Ségolène ROYAL. J'ai vu que vous aviez profité de l'été, et j'en ai été réjouit, pour rendre visite à l'artiste danois Olafur ELIASSON, qui était mon invité dans « Boomerang » la saison dernière, et qui expose, je le rappelle, jusqu'au 30 octobre au Château de Versailles, et vous lui avez dit ceci…

SEGOLENE ROYAL
Oui, extraordinaire.

AUGUSTIN TRAPENARD
« Je souhaite que la culture fasse comprendre au grand public les enjeux du réchauffement climatique. » C'est d'autant plus intéressant qu'il se murmure que vous prépareriez un grand événement sur l'art et le climat…

SEGOLENE ROYAL
Oui.

AUGUSTIN TRAPENARD
Est-ce que vous pouvez nous en dire plus, si on ne vous a pas déjà sucré votre budget culture ?

SEGOLENE ROYAL
Non, parce qu'en plus ça va être sponsorisé justement par des entreprises des énergies renouvelables. C'est une oeuvre d'art sur laquelle travaille BUREN, à part d'énergie solaire, et donc vous verrez très prochainement ce que ça va donner. Et avec l'artiste que vous venez de citer on a mis au point des petites lampes qui ont la forme des fleurs d'Ethiopie, qui marchent à énergie solaire, et que j'ai eu l'occasion, récemment, de donner dans un village d'Afrique, parce que vous savez que le combat de la COP1 c'est de permettre à l'Afrique d'accéder à l'électricité, notamment à l'électricité solaire, pour qu'elle ait le droit, elle aussi, au développement.

PATRICK COHEN
Ça vous satisfait Augustin TRAPENARD ?

AUGUSTIN TRAPENARD
Vous savez, moi je suis toujours satisfait Patrick.

PATRICK COHEN
Donc vous libérez la ministre de l'Environnement ?

AUGUSTIN TRAPENARD
Je vous libère.

PATRICK COHEN
Vous l'autorisez à aller…

SEGOLENE ROYAL
Merci beaucoup.

PATRICK COHEN
Merci d'être venue ce matin au micro de France Inter.

SEGOLENE ROYAL
Merci. A bientôt. Au revoir.

PATRICK COHEN
Ségolène ROYAL, conseil des ministres dans quelques minutes à l'Elysée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2016

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