Interview de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, à Radio Classique le 8 septembre 2016, sur l'entrée des femmes en politique, EELV et la préparation de l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, à Radio Classique le 8 septembre 2016, sur l'entrée des femmes en politique, EELV et la préparation de l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : POMPILI Barbara, DURAND Guillaume.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité;

ti : GUILLAUME DURAND
Voilà, vous connaissez, bienvenue à vous tous. Evidemment, l'actualité de ces prochaines heures, d'abord Salah ABDESLAM est face à ses juges. Va-t-il parler ? C'est une question. Dans un autre registre, on sait que le président de la République va parler salle Wagram. On attend les indications, bien évidemment, concernant son éventuelle candidature aux présidentielles, date avancée ou pas. Il y a les partisans de cet avancement et d'autres qui considèrent qu'il doit respecter le calendrier qu'il s'est donné, c'est-à-dire au début du mois de décembre, donc juste après le premier tour de la première des Républicains. Et puis dans le domaine du sport, les demi-finales de Flushing Meadow, donc WAWRINKA – DEL POTRO et DJOKOVIC face à TSONGA, ce sera ce soir. Nous avons rendez-vous avec Barbara POMPILI dans un instant, pour « L'invitée politique de la matinale ». Bonjour.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

GUILLAUME DURAND
Bienvenue, nous sommes ravis de vous accueillir, je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat depuis quelques mois et députée de la Somme depuis maintenant un certain temps. Tout de suite, ce sont « Les coulisses du pouvoir », avec Guillaume TABARD.

- Chronique de Guillaume TABARD -

GUILLAUME DURAND
D'abord, bienvenue. Je vais retrouver la liste des grandes dirigeantes du monde, Golda MEIR, Indira GANDHI, Benazir BHUTTO, Dilma ROUSSEFF, même si elle est en grandes difficultés, Margaret THATCHER, Angela MERKEL, Theresa MAY, et puis tout le monde a connu en France, évidemment, la candidature de Ségolène ROYAL. Pourquoi y-a-t-il toujours un problème ici, dans un pays qui porte soi-disant les droits de l'homme au sens le plus large du terme, avec la parité en politique pour les femmes ?

BARBARA POMPILI
Ah c'est une bonne question. Je crois qu'on a ce côté un peu latin en France, qui fait que l'on a toujours du mal à penser qu'une femme peut très bien exercer des responsabilités. Maintenant les choses évoluent. Dans la société, les choses évoluent, dans le monde politique c'est toujours un peu plus long, on a toujours un petit peu plus de mal s'y faire, mais je crois que des règles, comme les règles de la parité, les lois sur la parité qui ont été adoptées, qui sont un peu humiliantes, parce que c'est des quotas, permettent quand même à plus de femmes d'entrer en politique, et du coup, de s'inscrire dans le monde politique et de mettre leurs marques. Parce que le monde politique aussi a été fait pour les hommes, les horaires de réunions ont été faits pour les hommes, l'organisation du temps a été faite pour les hommes.

GUILLAUME DURAND
Le machisme a été fait et fabriqué par les hommes.

BARBARA POMPILI
Oui, c'est vrai, mais c'est aussi, il faut bien le voir comme ça, la vie politique et notamment en France, on considère que ça doit être tout le temps, tout le temps, le jour, la nuit, le week-end. Eh bien quand on n'a pas de charge de famille, comme c'était le cas avant, notamment pour les hommes, avec les femmes qui s'occupaient de tout derrière, qui s'occupaient de l'intendance, on pouvait le faire. Mais quand les femmes arrivaient mais qu'elles disaient : « eh bien écoutez, moi j'ai envie aussi d'avoir une vie à côté, pas seulement les enfants, une vie amicale, amoureuse, et donc je veux partager mon temps », on se disait, « eh bien voilà, celle-là, elle n'a pas les épaules pour assumer ».

GUILLAUME DURAND
Et de ce point de vue là, c'est pour ça que je vous pose cette question, parce qu'elle est d'abord importante pour un pays, mais elle est aussi importante pour l'ensemble de la vie politique, même si c'est pas celle qui vous caractérise à gauche, le fait que NKM participe à la primaire de la droite, c'est pour vous ce matin une bonne nouvelle ?

BARBARA POMPILI
Oui mais alors, plus en tant qu'écologiste, figurez-vous, parce que NKM a eu, pas ces derniers temps, mais a eu une parole sur l'écologie, et je suis très inquiète de voir qu'à droite, aujourd'hui, l'écologie est complètement sacrifiée, et même pire que sacrifiée, c'est-à-dire qu'on a des programmes, notamment de Nicolas SARKOZY, qui sont des programmes d'un retour en arrière absolument terrible. Terrible !

GUILLAUME DURAND
Oui, il a travaillé sur le Grenelle de l'environnement avec BORLOO, NKM était là.

BARBARA POMPILI
Voilà, donc j'aimerais bien qu'elle puisse rappeler tout ça, parce que, où cela est-il passé ? Quand je vois qu'il veut revenir sur les gaz de schiste, il veut faire des gaz de schiste, il veut supprimer le principe de précaution, il veut relancer un programme nucléaire, alors qu'on voit bien que dans le monde entier ce sont les renouvelables qui sont les énergies d'avenir. On voit aussi qu'il veut supprimer les normes et les mettre à la moyenne des normes de ce qui existe au niveau européen. Si quelque part quelque chose est interdit et si quelque part c'est autorisé, c'est quoi la moyenne ? Ça n'a aucun sens.

GUILLAUME DURAND
Je rappelle que vous êtes secrétaire d'Etat, donc, auprès de Ségolène ROYAL et chargée de la Biodiversité. Question... elles sont, et j'en ai de très nombreuses, elles sont importantes. Est-ce que les primaires, les écologistes sont utiles ou confinent au ridicule, voire à la perte de François HOLLANDE définitivement ?

BARBARA POMPILI
Alors attention. Les écologistes aujourd'hui sont beaucoup plus nombreux en dehors du parti EELV qu'à EELV. EELV est en train d'organiser ses propres primaires de groupuscules. Moi, la question que je me pose toujours...

GUILLAUME DURAND
JADOT, DUFLOT.

BARBARA POMPILI
Voilà, la question que je me pose toujours, c'est : pour quoi faire ? Est-ce qu'ils ne tirent donc jamais de leçons de l'histoire ? C'est quand même incroyable.

GUILLAUME DURAND
Oui, mais ils considèrent que vous êtes des traitres comme vous êtes au gouvernement de François HOLLANDE, et au fond, ce qui était la caractéristique de l'écologie, c'est d'avoir une indépendance politique.

BARBARA POMPILI
Oui, mais avoir une indépendance politique, est-ce que ça veut dire ne jamais faire de politique au sens participer à la politique, travailler sur le fond, dans des gouvernements ? On a aujourd'hui ces personnes à Europe écologie les Verts, qui ont un problème avec le pouvoir. Ils ne veulent pas être au pouvoir.

GUILLAUME DURAND
Dans le cas de DUFLOT, elle a un problème avec VALLS, d'abord et avant tout.

BARBARA POMPILI
Non, elle a un problème global avec le pouvoir, et le problème c'est que quand on ne veut pas exercer le pouvoir, eh bien laissons les autres le faire, mais dans ces cas-là ne faisons pas gagner ceux qui veulent tuer l'écologie. Encore une fois...

GUILLAUME DURAND
Donc cette primaire vous parait inutile, et contre-productive pour la gauche en général.

BARBARA POMPILI
La primaire, attention, ne mélangeons pas tout. La primaire de la gauche, la primaire de rassemblement, pour moi, est le seul moyen pour que nous ayons une chance de pouvoir reconstruire une offre à gauche, avec les écologistes, pour gagner l'année prochaine. C'est la seule chance que l'on a.

GUILLAUME DURAND
Avec François HOLLANDE.

BARBARA POMPILI
Avec tous ceux qui ont envie de se rassembler.

GUILLAUME DURAND
Avec François HOLLANDE.

BARBARA POMPILI
Eh bien François HOLLANDE, il est le président aujourd'hui de cette... qui représente cette gauche-là, mais j'espère bien que l'on va pouvoir, dans le cadre de cette primaire, avoir un débat sur ce qui nous a divisés. Il y a eu des problèmes de divisions. Pourquoi ? Parce qu'on a du mal à reconstruire un projet. Et ce projet, on peut le reconstruire chacun dans son coin, comme sont en train de faire certains, mais on sait que l'éclatement ça veut dire un deuxième tour droite / Marine LE PEN. Soit on essaie de construire et de se dire : ben voilà, on a analysé pourquoi on est dans les difficultés, et on essaie tous, avec nos différences, les écologistes, les socialistes, les gens de gauche, les radicaux, de travailler ensemble pour essayer de construire quelque chose, ensemble. Quand je vois ce qui se passe en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, où on a fait...

GUILLAUME DURAND
Je rappelle que vous êtes députée de la Somme.

BARBARA POMPILI
Oui, je ne peux pas ne pas avoir ce prisme-là, évidemment, mais où on a fait cette erreur, de partir tous divisés, on savait où ça allait nous mener, ça nous a menés à une droite au pouvoir, qui est en train de tuer l'écologie, et je le dis clairement, aujourd'hui, la droite a une vision complètement rétrograde de l'écologie, par exemple elle est en train de terminer toutes les subventions aux associations qui sont coupées, les associations de protection de l'environnement, qui nous aident, qui ont été nos alertes, qui aujourd'hui sont en train de mourir, parce que la droite les fait mourir, voilà, c'est du concret. Et quand je pense que les écologistes aujourd'hui qui sont à EELV disent : « Ce n'est pas grave, on préfère partir tout seul pour faire de la figuration » et que la droite gagne ou, pire !, l'extrême droite parce que l'extrême droite peut gagner l'année prochaine, je trouve que c'est complètement irresponsable.

GUILLAUME DURAND
Question : est-ce que François HOLLANDE est un homme perdu, trahi par MACRON qui va chercher des financements à Londres aujourd'hui ?

BARBARA POMPILI
Après ce que je viens de vous dire, je ne vais pas rentrer dans tous ceux qui essayent de monter les uns contre les autres. MACRON, il a sa vision des choses. Il a envie de porter un projet et je considère qu'il a parfaitement le droit de le faire. Simplement, vu ce que je vous ai dit à l'instant, il doit venir dans le cadre du débat des primaires. Il l'a dit lui-même, il l'a répété : il se sent de gauche, il considère que la gauche doit se reconstruire. Le débat des primaires doit aider à cela et c'est le seul moyen qu'on puisse gagner à la fin.

GUILLAUME DURAND
Je peux vous poser une question sincère ?

BARBARA POMPILI
Oui, évidemment.

GUILLAUME DURAND
Sans prendre un air pompeux et dire : « Je vais vous regarder les yeux dans les yeux. » Mais si vous avez voté à une primaire et qu'il y a François HOLLANDE et Emmanuel MACRON, vous n'allez pas me faire croire que vous allez voter pour François HOLLANDE étant donné votre génération.

BARBARA POMPILI
Non, je vais voter pour François de RUGY. Ce que je veux, c'est que l'écologie soit au coeur des débats.

GUILLAUME DURAND
Après tout le raisonnement que vous venez de faire sur la nécessité de sauver la gauche, vous allez quand même voter pour un écologiste à la primaire de la gauche.

BARBARA POMPILI
Mais bien sûr, parce que l'écologie doit être portée dans cette primaire. L'important, c'est qu'on puisse voter chacun pour ses idées.

GUILLAUME DURAND
Vous ne voulez donc pas être minoritaire, mais à l'intérieur de cette majorité vous allez redevenir minoritaires.

BARBARA POMPILI
Non. Ce qui est important, c'est que chacun vote pour ses idées et que ses idées soient portées. Après, les primaires auront un résultat. Il y aura un candidat ou une candidate qui sera élu à l'issue de ces primaires et je soutiendrai le candidat ou la candidate qui aura été choisi dans le cadre des primaires. Après un débat, après un processus. Ce qu'il faut qu'on choisisse, c'est la personne qui sera capable de rassembler.

GUILLAUME DURAND
Mais vous dites : « Minoritaire, c'est suicidaire » et à un premier tour de primaire vous allez voter pour François de RUGY qui n'a aucune chance quoi qu'il arrive d'être président de la République.

BARBARA POMPILI
D'abord, je vous trouve assez difficile.

GUILLAUME DURAND
Non mais, soyons sérieux ! C'est de l'expérience. Le seul avantage de vieillir, c'est d'avoir un peu d'expérience. Il n'a aucune chance, point. Donc c'est une candidature de témoignage.

BARBARA POMPILI
Non, ce n'est pas ça du tout.

GUILLAUME DURAND
J'ai une dernière question.

BARBARA POMPILI
Je vais mal comprendre alors dans ces cas-là. Je me fais mal comprendre. Aujourd'hui, l'écologie c'est toujours la troisième roue du carrosse.

GUILLAUME DURAND
Justement, j'ai une dernière question sur ce thème-là.

BARBARA POMPILI
Si on n'est pas là toujours pour ramener ce sujet-là - c'est notre vie, c'est ce qui fait qu'on vit -, si on n'est pas là toujours pour ramener ce sujet-là mais dans le cadre d'un rassemblement, pas en étant des diviseurs, on rendra service à l'intérêt général tout simplement.

GUILLAUME DURAND
Pardon de vous interrompre. Dernière question, nous sommes arrivés au terme de cet entretien. Dans l'affaire des boues rouges de Cassis, qui a raison ? Ségolène ROYAL ou VALLS ?

BARBARA POMPILI
Voilà, vous voulez me faire faire des petites phrases.

GUILLAUME DURAND
Non, pas du tout. Ils ne sont pas d'accord.

BARBARA POMPILI
Sur l'affaire des boues rouges de Cassis, ce que je constate c'est que pendant des dizaines d'années, on a laissé faire. Tout le monde s'en foutait. Aujourd'hui, maintenant, on prend cette opération à bras le corps. Oui, il y a la question économique. C'est normal que Manuel VALLS s'y intéresse et c'est normal aussi que Ségolène ROYAL ait cette parole d'exigence environnementale. Je ne vais pas faire de choix entre les deux. Moi, je suis dans le gouvernement de VALLS.

GUILLAUME DURAND
Ils ne sont pas d'accord.

BARBARA POMPILI
Si, ils sont d'accord sur le fait qu'il faut traiter le problème. Moi, je pourrais rajouter quelque chose.

GUILLAUME DURAND
Je vous en prie.

BARBARA POMPILI
C'est que sur cette question des boues rouges qui est une question grave, il y a la question économique, la question environnementale et la question aussi des alternatives. Cette usine fabrique de l'alumine. On en utilise pour nos téléphones portables.

GUILLAUME DURAND
Vous croyez donc à la réconciliation des deux sur ce dossier ?

BARBARA POMPILI
Bien sûr. Il y a un débat, il faut qu'on travaille dessus mais si on ferme cette usine, où va-t-on aller chercher cette alumine ? Est-ce que ce ne sera pas pire ailleurs et donc ne doit-on pas travailler à ce qu'ici, on soit capable de gérer ce problème pour pouvoir être un modèle pour ailleurs ?

GUILLAUME DURAND
Merci beaucoup. Pardon de vous avoir un peu stressée vers la fin de cet entretien.

BARBARA POMPILI
Non, tout va bien.

GUILLAUME DURAND
Vous êtes donc Secrétaire d'Etat chargée de la Biodiversité dans le gouvernement de Manuel VALLS. La loi que vous avez portée a donc été votée cet été. Merci beaucoup.

BARBARA POMPILI
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 septembre 2016

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