Interview de Mme Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat au numérique et à l'innovation, dans "Le Figaro" le 12 septembre 2016 (extraits), sur ses nouvelles attributions dans le domaine de l'innovation, sur le contenu du projet de loi numérique, sur la French Tech. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat au numérique et à l'innovation, dans "Le Figaro" le 12 septembre 2016 (extraits), sur ses nouvelles attributions dans le domaine de l'innovation, sur le contenu du projet de loi numérique, sur la French Tech.

Personnalité, fonction : LEMAIRE Axelle.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au numérique et à l'innovation

ti : (...)

Q - Vous avez été promue avec l'ajout de l'innovation dans votre portefeuille. Quel est le champ de vos compétences ?

R - Ma mission sera de soutenir les entreprises innovantes grâce aux outils de financement de l'innovation. Au sein du grand Bercy que dirige Michel Sapin, je dispose désormais du levier budgétaire, financier et fiscal, avec notamment la BPI, qui est le bras armé financier de l'innovation en France. Mes compétences incluent aussi les champs des technologies d'avenir, par exemple l'intelligence artificielle ou les plateformes. Mon travail va consister à irriguer tous les domaines du gouvernement par les innovations. J'aimerais pouvoir créer de nouvelles start-up d'État gérées par des agents publics. Il y en a déjà une quinzaine, dans des champs très divers. Enfin, les jeux vidéo entrent officiellement dans mes compétences, même s'ils étaient déjà présents dans mon projet de loi, avec la reconnaissance officielle du e-sport.

Q - Il ne reste qu'environ trois mois avant la campagne électorale. Si vous deviez prendre trois mesures, quelles seraient-elles ?

R - Nous travaillons en ce moment avec Michel Sapin et le Premier ministre sur le compte entrepreneur-investisseur, qui permettra aux entrepreneurs qui vendent leurs parts de pouvoir réinvestir en tant que business angels. Cet outil répondra très concrètement à une problématique du financement de l'innovation. Je défendrai ensuite une vision positive de l'économie collaborative car ces sociétés, comme Drivy, BlaBlaCar et d'autres, sont créatrices de pouvoir d'achat pour les Français. Et je vais promouvoir une disposition de la loi El Khomri sur le télétravail, car cela répond à une demande des salariés.

En parallèle, le travail sur les infrastructures continue. Je souhaite adjoindre au plan France très haut débit - le plus grand chantier d'infrastructures du quinquennat - un volet global sur la couverture mobile, avec un mécanisme innovant et pragmatique «d'appel à problèmes» pour répondre aux enjeux locaux.

Q - Qu'apporte la loi pour une République numérique que vous avez fait adopter ?

R - Cette loi peut donner un vrai coup d'accélérateur à l'innovation par l'utilisation intelligente des données, et elle améliorera la confiance des internautes. Une quarantaine de décrets doivent être rédigés puis appliqués, parfois dès la fin de cette année. Un exemple : les dons par SMS. La course contre la montre est lancée pour que les organisations caritatives puissent lancer leur campagne avant Noël.

La loi crée par ailleurs un cadre de confiance, protecteur des droits des utilisateurs. C'est notamment le cas des dispositions sur la loyauté des plateformes et la portabilité des données, qui est une mini-révolution. Il s'agit de pouvoir disposer de nos propres données en ligne. Les décrets sont en cours de rédaction et leur mise en oeuvre sera effective en mars 2017, après notification à Bruxelles. L'Europe est maintenant à l'offensive sur le sujet. J'irai d'ailleurs à Berlin en décembre pour un sommet franco-allemand sur le numérique.

Q - Vous connaissez bien Londres. Allez-vous inciter les start-up britanniques à s'installer en France après le Brexit ?

R - Je me méfie des grandes campagnes de communication. Ce qui compte, c'est de rendre la France «business friendly» pour attirer les sociétés innovantes britanniques. Je me rends à Londres pour convaincre les start-up de la fintech qu'elles peuvent disposer d'un cadre réglementaire accueillant en France. Les régulateurs bancaires et de marché ont créé un pôle commun pour accompagner les fintechs, et la France est le premier État européen à permettre d'expérimenter la technologie Blockchain. Par ailleurs, l'État et les collectivités du bassin francilien travaillent ensemble pour créer un guichet unique qui sera leur interlocuteur unique afin de centraliser et simplifier toutes les démarches liées à leur installation et à celle de leurs salariés.

Q - Comment se porte la French Tech ? Plusieurs sociétés ont connu des difficultés dernièrement.

R - Certaines start-up françaises rencontrent des échecs, c'est normal. Il ne faut pas les considérer comme des catastrophes. Regardons les faits. Sur le premier semestre 2016, les levées de fonds ont progressé de 25%. C'est deux fois plus qu'en 2015 ! Nous sommes la deuxième place d'Europe en financement des start-up. Le financement de deuxième rang progresse également. Les levées de fonds massives comme celle d'OVH cet été démontrent que nos champions jouent désormais dans la cour des grands.

Q - Cette initiative peut-elle vous survivre ?

R - La French Tech a été mise en place et accompagnée par ce gouvernement et j'en suis fière. Il est pour moi évident que cette dynamique se prolongera bien après 2017. Une des grandes victoires est d'avoir été le moteur d'une véritable révolution culturelle en France. En mettant en lumière le succès de nos start-up, nous avons réconcilié notre pays avec la figure de l'entrepreneur. De plus en plus de jeunes diplômés ont retrouvé le goût du risque, le goût d'entreprendre. D'ici à la fin de l'année, je souhaite favoriser une meilleure diversité sociale de nos créateurs d'entreprises. On n'est pas innovant très longtemps quand on reste dans l'entre-soi, entre hommes diplômés de grandes écoles de commerce ou d'ingénieurs issus de milieux sociaux très homogènes. C'est une des limites de nos écosystèmes. Je vais lancer un programme spécifique destiné à favoriser la diversité et à faire en sorte que chacune et chacun puisse se lancer dans l'aventure de la création de start-up, avec un soutien financier, une place en incubateur, de l'accompagnement et du mentorat.

Q - Bouygues attaque à nouveau le contrat d'itinérance Orange-Free. Pensez-vous que l'Arcep a été trop généreuse pour Free ?

R - Non, je ne le pense pas. L'accord trouvé entre Orange et Free en juin dernier, en application de la loi et sous le contrôle de l'Arcep, permet de sortir de l'itinérance de manière progressive. Les conditions de la mutualisation entre Bouygues et SFR sont par ailleurs clarifiées. Ces réponses étaient nécessaires, elles ont été apportées, et le contrat amendé incite beaucoup plus fortement Free à investir dans le déploiement de ses réseaux, ce que je considère comme une nécessité pour la bonne couverture du territoire. Je ne vois pas tellement l'intérêt de rejouer éternellement le même match. Il faut se tourner vers l'avenir ! Le déploiement des réseaux, la 4G, la fibre, et bientôt la 5G. C'est à cette condition que notre pays embrassera tout le potentiel de l'innovation.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 21 septembre 2016

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