Interview de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, à iTélé le 15 septembre 2016, sur le thème de l'environnement dans la campagne pour l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, à iTélé le 15 septembre 2016, sur le thème de l'environnement dans la campagne pour l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : POMPILI Barbara, DARMON Michael.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations internationales sur le climat, chargée de la biodiversité;

ti : JOURNALISTE
Michael DARMON, vous recevez ce matin Barbara POMPILI, la secrétaire d'Etat chargée de la Biodiversité.

MICHAEL DARMON
Bonjour, et chargée, peut-être, du premier transfert des résidents de Notre-Dame-des-Landes, des campagnols, espèce protégée, protégée par l'Etat.

BARBARA POMPILI
Oui, protégée par la loi, par le droit. Ecoutez, j'ai vu comme vous…

MICHAEL DARMON
Des rongeurs ?

BARBARA POMPILI
J'ai vu comme vous que cet arrêté avait été signé, vous savez évidemment ce que je pense de ce projet, vous savez aussi qu'il y a eu un vote et que ce vote il faut en tenir compte, maintenant il faut le voir dans le respect du droit et le droit des espèces protégées, notamment comme le campagnol amphibie, c'est un droit très protecteur, très strict, et donc on sait qu'il y aura certainement des recours, et comme le dit le président de la République, laissons les recours aller jusqu'au bout. Les recours ne sont pas suspensifs…

MICHAEL DARMON
D'accord, donc les campagnols ne peuvent pas empêcher le début des travaux ?

BARBARA POMPILI
Non.

MICHAEL DARMON
Mais en revanche l'évacuation des zadistes, est-ce qu'elle va se faire ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, tout ce que j'espère, et je crois que c'est ce que le gouvernement a toujours dit, c'est que les choses pourront se régler correctement et surtout, surtout, sans violence. Donc, écoutez, laissons les choses venir. Mais, il est vrai que, sur cette affaire, ce que je peux vous dire c'est que nous avons fait, avec le gouvernement, voter une loi sur la biodiversité, qui a été votée en août, qui avait été lancée par Ségolène ROYAL, eh bien, avec cette loi, des situations, comme celle que nous connaissons à Notre-Dame-des-Landes, ne pourraient plus se produire maintenant.

MICHAEL DARMON
D'accord. Nicolas SARKOZY, devant des chefs d'entreprise, a affirmé que l'homme n'était pas forcément responsable de la dégradation du climat. Voilà donc un nouveau climatosceptique qui arrive sur le terrain, ça vous met en colère.

BARBARA POMPILI
Ecoutez, franchement, quand j'ai entendu ça, ça a été presque la goutte d'eau de trop, une énorme goutte d'eau, parce qu'on voit que depuis des semaines, Nicolas SARKOZY est en train de démonter, les unes après les autres, tout le travail qui a été fait pour la protection de l'environnement, dans notre pays. Il a un programme complètement hallucinant, et d'ailleurs j'ai fait une tribune qui est parue dans Libération…

MICHAEL DARMON
Oui, absolument, coïncidence, où vous dénoncez l'alternance brutale, que vous dites, dans les régions, c'est le recul sur l'environnement.

BARBARA POMPILI
Voilà. j'attire l'attention sur le fait que, aujourd'hui, la droite, par la voix de Nicolas SARKOZY, mais aussi par des mesures qui sont prises aujourd'hui, dans les régions, est en train de démonter tout le travail qui a été fait sur la protection de l'environnement dans notre pays, et est en train de mettre en danger notre pays de ce point de vue là. On le voit aujourd'hui parce que Nicolas SARKOZY veut remettre les gaz de schiste, veut supprimer les normes environnementales, il nous dit maintenant que l'homme n'est pas responsable de l'augmentation…

MICHAEL DARMON
Oui, il rejoint la tribu des climatosceptiques, Claude ALLEGRE en son temps disait la même chose.

BARBARA POMPILI
Oui, mais plus personne ne le dit. Aujourd'hui, comment Nicolas SARKOZY peut-il mieux savoir que toute la communauté scientifique, qui est aujourd'hui est d'accord sur le fait que l'homme a une influence très néfaste sur le réchauffement climatique.

MICHAEL DARMON
Ça correspond, pour vous, à un nouveau clivage idéologique, une nouvelle fracture, c'est-à-dire la droite, maintenant, rejette l'environnement, c'est ce que vous percevez ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, en tout cas pour des raisons très certainement politiciennes, parce qu'il y a une primaire à gagner, on voit que le discours est un discours qui est régressif, rétrograde, et qui va nous faire perdre des dizaines d'années d'avancées. Et, aujourd'hui, j'invite tout le monde à lire les programmes, et notamment le programme de Nicolas SARKOZY, parce que, ce qui est grave, c'est s'il l'applique. Or, encore une fois, dans les régions, que ce soit monsieur WAUQUIEZ, que ce soit monsieur BERTRAND, commencent à appliquer ce programme. Monsieur BERTRAND nous dit qu'il faut ne plus faire de projets d'énergies renouvelables mais lancer un EPR, c'est-à-dire relancer le programme nucléaire, quand on voit les difficultés que…

MICHAEL DARMON
Pourtant la droite avait quand même beaucoup travaillé là-dessus, il y a eu le Grenelle de l'environnement de Nicolas SARKOZY, Jacques CHIRAC avait inscrit dans la Constitution le principe de précaution, il avait alerté sur le réchauffement climatique, la droite aussi a fait son travail.

BARBARA POMPILI
Oui, et leur projet est de mettre en miettes tout ce qui a été fait auparavant, y compris les quelques avancées qu'il y a eu grâce au Grenelle de l'environnement. C'est un projet dangereux. Aujourd'hui l'actualité nous rattrape, puisque vous avez vu certainement que BAYER et MONSANTO allaient fusionner. Voilà un sujet éminemment politique, éminemment écolo, pourquoi ? Parce que nous voyons là des semenciers, enfin un géant de la semence et un géant des pesticides, qui vont s'unir, qui disent nous voulons contrôler tout ce qui va venir, de la semence jusqu'à l'assiette, les agriculteurs seront complètement pris en tenaille, face à cela il faut résister.

MICHAEL DARMON
Comment réussir à installer ces thèmes dans l'élection présidentielle alors qu'on voit bien que l'identitaire, la menace terroriste, sont prégnants ? Vous allez pouvoir réussir à parler de ces thèmes-là, vous pouvez rassembler sur ces thèmes-là ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, le débat présidentiel doit être l'occasion de sortir justement des petites phrases et des mises en cause des uns et des autres.

MICHAEL DARMON
C'est ce qu'on dit toujours, mais en réalité on est sur le thème de…

BARBARA POMPILI
Oui, mais en réalité c'est le débat que les Français suivent, c'est le débat qui sera important pendant les mois qui viennent, il faut qu'on réussisse à mettre un peu de fond, à parler d'avenir, et parler d'avenir c'est évidemment parler d'écologie. Et d'ailleurs on voit, aujourd'hui, qu'ils en parlent d'écologie la droite, mais pour la détruire. Donc, il faut que la gauche montre qu'elle est capable de porter ce sujet comme un sujet d'avenir. Pourquoi, aussi, a-t-on… ne caricaturons pas, mais disons qu'aujourd'hui on voit que nos jeunes, et la population a besoin de perspectives, a besoin d'avenir, eh bien reparlons de projets…

MICHAEL DARMON
Mais cette gauche écologiste est-elle capable de se faire entendre ? Regardez, il y a quelques jours encore, Cécile DUFLOT elle disait « moi je suis dans mon couloir, et je n'ai pas besoin des autres. »

CECILE DUFLOT (SUR RTL)
En fait ce n'est pas un débat de tactique de qui est gentil ou pas gentil à gauche, c'est un débat de qu'est-ce qu'on fait pour que les générations qui sont déjà nées aient de l'eau à boire, de l'air à respirer, puissent vivre sur une planète saine. Quand la gauche lâche sur les valeurs, elle perd, donc la question, on voit bien, c'est qu'est-ce qu'on propose en 2017 ? Ce n'est pas seulement de faire rentrer tout le monde dans une boîte.

MICHAEL DARMON
Voilà, vous êtes dans la boîte vous, vous êtes rentrée dans votre boîte.

BARBARA POMPILI
Qu'est-ce qu'on fait pour que nos enfants aient un meilleur avenir ? Déjà, on fait tout pour empêcher que des gens qui proposent un recul total, sur nos sujets, puissent arriver au pouvoir.

MICHAEL DARMON
Mais est-ce qu'elle n'a pas raison Cécile DUFLOT au fond, de dire il faut un candidat écologiste indépendant, vu les enjeux ?

BARBARA POMPILI
Non, non… il faut, aujourd'hui, que la gauche et les écologistes sachent s'unir pour avoir une chance d'être face à Marine LE PEN, c'est quand même terrible de dire ça, d'être face à Marine LE PEN l'année prochaine au second tour.

MICHAEL DARMON
Quel exemple vous avez donné, au contraire, c'était celui de la scission, même d'ailleurs, peut-être, encouragée par François HOLLANDE, une partie, avec vous, a quitté votre parti d'origine, donc vous ne donnez pas l'image du rassemblement.

BARBARA POMPILI
Aujourd'hui les écologistes sont affaiblis parce qu'une partie, EELV, s'est cantonnée dans de la dénonciation et dans de la division, nous on essaye de construire, parce que notre seule chance, pour gagner l'année prochaine, c'est d'être uni. Et pour être uni, il faut aussi qu'il y ait du vrai débat, donc il faut qu'il y ait des primaires qui réunissent le plus de monde possible, et qui donnent envie aux gens, c'est-à-dire qu'on leur repropose un discours, un projet, et dans ce projet il faut que l'écologie soit forte. Parce qu'on voit, aujourd'hui, que nous ne pesons pas assez face aux enjeux… je vous parlais de BAYER tout à l'heure, juste, la fusion, vous avez vu combien ça coûte, ça coûte 60 milliards d'euros, c'est 4 fois le budget annuel du ministère de l'Environnement. Face à cela il faut être plus fort.

MICHAEL DARMON
Vous dites il faut peser, il faut faire, regardez, il y a eu une grande opération qui avait été lancée par le dernier pouvoir justement, l'équipe d'avant, sur l'éolienne en mer, la France n'arrive pas à rattraper son retard, l'actuel gouvernement a aussi laissé tomber, il n'y aura pas de présence de la France dans l'éolienne offshore…

BARBARA POMPILI
Mais non, mais non, pas du tout.

MICHAEL DARMON
Pourquoi ?

BARBARA POMPILI
Pas du tout, non, non.

MICHAEL DARMON
Ils ont raison du côté des écologistes de dire le gouvernement ne fait rien.

BARBARA POMPILI
Que le gouvernement puisse faire encore plus, je suis la première à le dire et je passe mon temps à essayer de faire remonter les dossiers les uns au-dessus des autres, avec notamment Emmanuelle COSSE qui fait aussi la même chose, mais nous avons, aussi, un bilan qui est un bilan loin d'être négligeable. La loi sur la transition énergétique nous fait enfin évoluer du tout nucléaire vers justement les énergies renouvelables. On a fait signer la COP21, on a aujourd'hui une attente internationale sur ce que fait la France. Et puis la loi sur la biodiversité, qui est une grande avancée, et qui justement éviterait des situations telles que je vous ai dit tout à l'heure. Donc, ne disons pas que tout est blanc, mais par contre nous avons un bilan et ce que je vois c'est qu'en face il y a des gens qui veulent détruire ce bilan. Donc, essayons plutôt de nous renforcer, de renforcer l'écologie, et pour cela il faut que l'écologie ait une voix forte, mais une voix forte de rassemblement, pas de division, et c'est pourquoi je soutiens la candidature de François de RUGY, dans la primaire du rassemblement.

MICHAEL DARMON
Mais jusqu'où faut-il rassembler ? Par exemple vous dites il faut être très pragmatique face à ce danger, que vous évoquiez, du Front national. Vous dites à monsieur MACRON, venez dans la primaire ?

BARBARA POMPILI
Mais, Emmanuel MACRON, il a une vision, il a envie de partager un nouveau projet…

MICHAEL DARMON
Et tout le monde le pilonne, ses anciens collègues, vous, vous faites quoi ?

BARBARA POMPILI
Moi je suis pour le rassemblement de toute la gauche, et donc…

MICHAEL DARMON
Avec lui aussi ?

BARBARA POMPILI
Mais que Emmanuel MACRON vienne s'inscrire dans la primaire, qu'il vienne apporter ses idées au débat. La gauche a besoin de se repenser, la gauche et les écologistes ont besoin de trouver de nouvelles manières de travailler ensemble, ça doit se faire au sein de la primaire, et donc tout le monde y a sa place, et évidemment Emmanuel MACRON également. Et je soutiendrai François de RUGY, pourquoi ? Parce que plus la voix de l'écologie est forte, plus ça entraînera des politiques écologistes l'année prochaine.

MICHAEL DARMON
Un dossier sensible dans votre région, Calais, une grande opération de police, et humanitaire, le démantèlement de « la jungle » a démarré par Bernard CAZENEUVE, le gouvernement, vous soutenez cette action ?

BARBARA POMPILI
Evidemment. On doit aujourd'hui trouver une solution à « la jungle » de Calais, il faut qu'on évite les erreurs du passé, comme ça avait été le cas avec Sangatte, où on avait fermé le centre et où, du coup, on avait tout le monde qui s'était… un peu dans la nature, on essaye d'organiser ça de la manière la plus sereine possible, de la manière la plus…

MICHAEL DARMON
Sans concerter les élus, en leur disant c'est comme ça et ce n'est pas autrement, on répartit sur le territoire. C'est une méthode ?

BARBARA POMPILI
Non, la question de la concertation des élus est importante parce qu'il faut que les élus puissent appuyer cette politique, donc le rôle des préfets c'est aussi d'organiser cette concertation. J'étais dans les Alpes-Maritimes hier, ou avant-hier, je ne sais plus…

MICHAEL DARMON
Laurent WAUQUIEZ appelle à la résistance des élus en disant il ne faut pas…

BARBARA POMPILI
Mais, à la résistance, pour quoi faire ? Nous avons une question humanitaire à gérer, on ne peut pas faire comme si ça n'existait pas, nous avons des populations qui sont aujourd'hui en transit dans notre pays, il faut qu'elles puissent être accueillies correctement pour que leur situation soit étudiée correctement, ça s'appelle de l'humanisme, ça s'appelle de l'humanitaire, et aujourd'hui on ne peut plus laisser des populations comme ça, sans solution.

MICHAEL DARMON
Dernière question. Vous avez appelé au pragmatisme, tout faire pour éviter Marine LE PEN à l'Elysée, vous pourriez appeler à voter pour la droite éventuellement, au soir du premier tour en 2017 ?

BARBARA POMPILI
Ecoutez, j'ai voté pour la droite aux départementales chez moi, j'ai voté pour la droite aux régionales chez moi, j'ai vu les conséquences, je ne regrette pas de l'avoir fait parce qu'il faut toujours savoir où sont nos vraies valeurs, mais je voudrais éviter d'avoir à revoter pour la droite au second tour de la présidentielle, et c'est pourquoi j'en appelle à un rassemblement le plus large possible et à un vrai débat. Prenons l'occasion qui nous est donnée, dans cette campagne, de reconstruire un projet, de toute la gauche et des écologistes, pour que les électeurs aient envie de suivre ce projet.

MICHAEL DARMON
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 26 septembre 2016

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