Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les étudiants américains passés par l’enseignement supérieur français et sur la lutte contre le terrorisme, à New York le 21 septembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur les étudiants américains passés par l’enseignement supérieur français et sur la lutte contre le terrorisme, à New York le 21 septembre 2016.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Lancement de la plateforme Alumni USA, à New York (Etats-Unis) le 21 septembre 2016

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Mesdames, Messieurs, merci d'être là si nombreux et si nombreuses.

Monsieur l'Ambassadeur, nous sommes dans un très bel endroit, très vivant où je suis allé il y a peu de temps d'ailleurs. J'ai visité la très belle librairie Albertine.

À cette occasion, j'ai appris qu'il y avait aussi aux États-Unis maintenant, un peu comme en France, un développement de librairies de ce type, avec des libraires passionnés de la littérature et capables aussi de conseiller, d'orienter, de parler avec les lecteurs, de devenir des amis des lecteurs. C'est le sens de cette belle librairie française tenue par un vrai libraire, ici dans ces lieux d'échange. C'est là que les services culturels de la République française reçoivent, c'est là aussi qu'est installé l'Institut français, et c'est là ce soir que je vous reçois. Je vous remercie d'avoir accepté de répondre à mon invitation, pour une excellente occasion, avec Campus France, dont je salue la directrice, Béatrice Khaiat, qui est ici présente, mais je reparlerai d'elle dans quelques instants.

C'est l'occasion ce soir de lancer une initiative, aux États-Unis, et qui s'adresse à tous les anciens étudiants ou anciennes étudiantes, qui sont venus étudier en France, qui ont une expérience en France, qui j'espère a été, bonne et fructueuse pour prolonger l'expérience. C'est le sens de cette rencontre ce soir, je voudrais vous donner quelques informations sur les étudiants étrangers qui rejoignent la France chaque année, ce sont presque 300.000 personnes, c'est beaucoup. Ces jeunes étudiants et étudiantes découvrent avec bonheur, je le crois et en tout cas je l'espère, une forme d'éducation à la française, une éducation qui pour nous, est héritée, des Lumières, et qui mêle à la fois l'exigence intellectuelle et l'esprit critique. Et la France est le troisième pays d'accueil des étudiants, en mobilité, et le premier pays d'accueil non-anglophone, et croyez-bien - je parle au nom de la France, comme ministre des affaires étrangères et du développement international - c'est pour nous, une grande fierté. Mais ce n'est pas seulement une fierté d'accueillir des étudiants étrangers, pour un pays, en tout cas pour la France, j'en suis convaincu, c'est aussi une chance.

Je veux faire mon discours en français surtout avec des étudiants ou des anciens étudiants qui ont tous appris le français en France et qui comprennent tout ce que je dis. J'allais vous dire que, si vous avez étudié en France, vous avez, je l'espère, appris le français et vous devenez des ambassadeurs vous aussi, de la langue française. Mais la langue ce n'est pas seulement la langue, ce sont la culture, un mode de vie et des gens qui pratiquent cette langue, tout cela est une richesse. Parler la langue de l'autre, c'est toujours aussi l'occasion de découvrir l'autre, dans ce qu'il a de particulier. Donc ce lien d'esprit et de coeur, que vous avez noué avec la France, la France le noue aussi en retour avec vous. C'est une façon de mieux se connaître, de mieux se comprendre, mais au-delà de la relation entre l'Amérique, les Américains et la France, c'est une façon de mieux comprendre le monde qui nous entoure. C'est aussi une façon de cultiver une certaine idée d'être ensemble, de la tolérance, la capacité à écouter les cultures différentes, les origines différentes, les opinions différentes, les religions différentes, c'est une ouverture aux autres. C'est ce que j'appelle la tolérance, ce n'est pas subir, c'est accepter que les autres soient différents et essayer de les comprendre. Tout ceci est au coeur de nos démocraties et fait partie des choses essentielles que nous devons continuer à cultiver, à défendre.

Le ministère des affaires étrangères a ainsi souhaité créer un réseau des anciens étudiants en France, pour permettre de rester en contact avec notre pays, avec la langue, avec la culture française, mais aussi avec l'université d'accueil. Avec nos amis français aussi. Et c'est le réseau France Alumni qui est un outil, un moyen, pour créer un lien durable et solide. Vous êtes revenus dans votre pays et avec cette expérience, vous allez maintenant être celles et ceux qui pourront parler le mieux de la France dans votre pays. Pour tout cela je suis aussi reconnaissant de ce que vous faites et de ce que vous allez faire. Le projet Alumni, développé par Campus France - dont je salue sa directrice - n'est pas lancé ce soir. Ce soir, nous lançons la plateforme des États-Unis. Pourquoi n'avons-nous pas commencé par les États-Unis ? Peut-être parce que nous avons voulu prendre un élan, et puis quand on arrive aux États-Unis on est beaucoup plus forts, beaucoup plus expérimentés, et cela va être un succès extraordinaire. France Alumni, est déployé dans près de 70 pays sur 5 continents. Sur les 5 continents - et je remercie Béatrice pour tout ce travail. Nous nous connaissons déjà depuis plusieurs années. La directrice générale de Campus France qui est présente parmi nous est passionnée, engagée et fait le maximum avec ses équipes pour atteindre le premier objectif, prioritaire, que nous lui avons fixé, celui d'accueillir le plus grand nombre d'étudiants et d'étudiantes en France. Mais aussi de continuer après, c'est le sens de France Alumni, et je sais que c'est déjà un grand succès.

France Alumni, c'est un projet de notre diplomatie, c'est une ambition de notre diplomatie, c'est une plateforme qui propose aux anciens étudiants plusieurs outils, d'abord l'accès à des groupes thématiques pour échanger entre anciens d'un même parcours académique, c'est aussi un réseau exploitable pour une carrière professionnelle, à travers des offres de stages et d'emplois en France, et aux États-Unis. France Alumni c'est une vitrine aussi de l'ensemble des formations françaises, à travers des témoignages d'anciens élèves qui ont trouvé dans leur expérience en France des leviers de réussite. Enfin, c'est un ensemble de ressources pour continuer à apprendre notre langue, pour perfectionner son niveau de français.

Et puis en matière économique, c'est un réseau qui est connecté avec nos anciens étudiants, entre nos anciens étudiants et la French American Chamber of Commerce, avec le réseau des conseillers du commerce extérieur, et puis avec la chambre de commerce et de l'industrie de Paris. Donc ce réseau repose sur une conception solide.

Nous allons plus loin puisqu'il y a aussi un volet qui concerne la coopération scientifique, entre les États-Unis et la France et France Alumni est un moyen d'encourager la relation entre chercheurs. Je rappelle que les États-Unis sont le premier partenaire scientifique de la France, et la France, le cinquième partenaire scientifique des États-Unis. On ne le sait pas assez, c'est l'occasion de le rappeler, c'est dire la force de nos relations, pas seulement amicales, mais aussi sur les plans économique, intellectuel et de la recherche. Il y a aussi nos bourses de mobilité qui facilitent les choses, il y a les programmes de soutien à la coopération bilatérale, il y a des laboratoires communs, et tout cela, ce sont des piliers essentiels de cette coopération. France Alumni États-Unis profitera enfin de la présence considérable, quelques-uns sont là ce soir, de nos compatriotes, qui vivent aux États-Unis et ils sont nombreux : 150.000 Français sont inscrits au consulat mais beaucoup plus, vivent aux États-Unis. C'est considérable.

Ces hommes et ces femmes, jouent un rôle de premier plan, dans la vitalité des relations entre nos deux pays et ils participent, bien sûr, à cette plateforme.

Donc merci à l'association des anciens des grandes écoles françaises et puis aussi merci à l'ensemble des associations d'anciens, et il y en a beaucoup. Il existe ici aux États-Unis, un attachement particulier, et souvent très fort, des élèves à leur première université. Nous connaissons cela un peu moins en France même si c'est en train de se développer aussi. On voit bien cette relation spécifique dans la littérature, dans les films, dans les documentaires et dans les séries. Et on voit les étudiants, les anciens étudiants américains, qui vouent une reconnaissance durable à cette communauté humaine qui vous a formée, ces professeurs qui vous accueillent et qui prennent le temps de vous recevoir. Je trouve que cette reconnaissance, que vous avez à l'égard de ceux qui vous ont transmis le savoir, est formidable et émouvante. Elle dit beaucoup aussi de la qualité, et de l'originalité de l'enseignement américain. Des qualités personnelles et professionnelles des professeurs qui enseignent et c'est pour moi aussi l'occasion de leurs rendre hommage, qu'ils soient de ce côté de l'Atlantique ou de l'autre côté.

Moi qui suis un ancien professeur d'allemand, j'ai beaucoup de respect pour ceux qui consacrent toute leur vie à cette belle et noble mission. Et je crois que cette plateforme va être très séduisante. D'autant plus qu'existe ici la culture du réseau dans votre pays. C'est aussi de plus en plus vrai en France. Et dans cette ouverture au monde, France Alumni n'ambitionne pas seulement de réunir les étudiants d'un établissement, elle ambitionne de les rassembler autour d'une expérience, celle de la mobilité internationale. Cela n'est pas un hasard si, à peine un mois après son ouverture, France Alumni États-Unis compte déjà près de 1.500 inscrits, à partir de ce soir, cela fera beaucoup plus. Nos deux pays, la France et les États-Unis, sont liés par l'histoire, leur destins sont liés, et sont en eux-mêmes, un exemple de ces échanges.

Je disais, en me rendant sur le site de la tragédie du 11 Septembre 2001, que la France était le plus vieil allié des États-Unis. C'est vrai je crois. C'est quelque chose qui est ressenti et qui est fort, aussi, entre nous. Mais ce patrimoine que nous avons en commun, nous avons la responsabilité de le cultiver, de le faire vivre, de l'enrichir surtout. Il ne faut pas le regarder avec nostalgie, il faut le regarder comme un point d'appui, comme une force pour aller plus loin encore, et les 17.000 jeunes américains qui étudient en France et les près de 9.000 étudiants français qui séjournent aux États-Unis chaque année font vivre justement les valeurs qui fondent l'amitié franco-américaine. France Alumni États-Unis va permettre de renforcer encore davantage nos échanges et nos liens.


Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Je le disais, New York vient de commémorer avec solennité et émotion, cette journée terrible du 11 Septembre 2001. Cette journée a marqué l'histoire du sceau de l'horreur absolue, du terrorisme. Mais vous le savez aussi 2016 a été une année très sombre pour la France qui a été de nouveau frappée par la barbarie, et je n'oublie pas la solidarité de la France et des États-Unis, face à l'adversité, et face aux épreuves. Je n'oublie pas cette capacité que nous avons en commun, à nous relever, à ne jamais renoncer, à ne jamais céder à la barbarie qui veut mettre en cause justement, ce que nous avons de plus cher et de plus fort en commun, qui est la liberté, la démocratie, les droits de l'Homme, notre vivre ensemble. Cette capacité que nous avons à aller vers l'autre, à ne pas nous replier, à ne pas nous renfermer, à ne pas fermer nos portes. Cette capacité de résilience, je l'ai vécue ces derniers jours en arrivant à New York, ville qui l'a montrée au monde, comme nous l'avons aussi montrée à Paris, à Nice et partout. C'est la meilleure réponse, à l'État islamique, à la barbarie, au terrorisme. Bien sûr, il faut le combattre militairement, il faut le combattre en allant aux causes, notamment la guerre au Moyen-Orient et c'est ce que nous faisons. C'est tout l'enjeu de ces rencontres internationales lors de l'assemblée générale des Nations unies, et c'est le sens de ma présence comme celle du président de la République française hier, et de tous ceux que nous rencontrons, en ces heures. Il ne faut pas céder. C'est aussi la réponse, pas simplement celle des hommes d'État et des hommes politiques, des citoyennes et des citoyens. Des hommes et des femmes de nos sociétés, qui ensemble, peuvent dire non à l'horreur, non à ceux qui veulent nous détruire, qui veulent détruire ce que nous avons d'essentiel, c'est-à-dire notre attachement à des principes universels, c'est tout cela que nous avons en commun.

Dimanche matin, en visitant le Mémorial, en me recueillant, le frère d'un survivant qui nous guidait, m'a remis les bourgeons d'un petit arbre, le seul arbre qui a survécu. Cet arbre, qui après avoir été découvert dans les décombres a été placé dans une nurserie pour pouvoir redémarrer, il donné des fruits. Ces bourgeons, ce petit arbre dans un pot, que l'on m'a donné symboliquement, nous le planterons à Paris - sans doute devant le ministère des affaires étrangères de la République française - pour que tous ceux qui passent puissent le voir, et que l'on puisse expliquer aux passants d'où il vient, pour dire aussi que c'est un geste d'amitié, et de fraternité, qui a été fait justement par ceux qui ont vécu le drame du 11 Septembre, et qui voulaient adresser ce message de fraternité à la France, qui elle-même a vécu cette tragédie.

Mais la meilleure réponse, c'est vous, Mesdames et Messieurs, et en particulier les jeunes, qui avez devant vous l'avenir mais aussi la responsabilité de l'avenir. Aujourd'hui nous sommes là pour justement vous faciliter les choses, vous aider dans vos parcours, vous aider dans votre réussite, mais vous aider aussi à ne pas oublier ce que vous avez appris, ne pas oublier ceux qui vous ont transmis le savoir, et ne pas oublier ce que vous avez vécu en France, que vous avez continué à vivre aux États-Unis, où que les jeunes étudiants américains vont vivre en France. Alors voilà ce que je voulais vous dire, un message d'amitié, un message de fraternité, un message de confiance, c'est cela le message essentiel de ce soir, vive l'amitié franco-américaine.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 28 septembre 2016

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