Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, sur la relocalisation des migrants de Calais, le bilan de la construction de logements au cours du quinquennat et l'encadrement des loyers à Paris. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Emmanuelle Cosse, ministre du logement et de l'habitat durable, sur la relocalisation des migrants de Calais, le bilan de la construction de logements au cours du quinquennat et l'encadrement des loyers à Paris.

Personnalité, fonction : COSSE Emmanuelle, COHEN Patrick.

FRANCE. Ministre du logement et de l'habitat durable;

ti : PATRICK COHEN
Bonjour Emmanuelle COSSE.

EMMANUELLE COSSE
Bonjour.

PATRICK COHEN
Vous étiez lundi à Calais, aux côtés du président de la République. Quand pensez-vous avoir les 9 000 places d'hébergements qui doivent accueillir les migrants de la jungle, et où allez-vous les trouver ?

EMMANUELLE COSSE
Alors, je pense qu'on les aura dans les prochaines semaines, on est déjà à plus de la moitié des places nécessaires, et où, sur l'ensemble du territoire national. Chaque semaine, avec Bernard CAZENEUVE, nous avons des réunions avec l'ensemble des préfets de région, et nous cherchons des places, nous travaillons...

PATRICK COHEN
En concertation avec les maires, avec les élus locaux ?

EMMANUELLE COSSE
On travaille de deux manières. D'une part, on a identifié des lieux qui permettent d'accueillir ces personnes, donc d'avoir des centres d'accueil tout à fait corrects et ensuite un regarde si à chaque fois il y a des difficultés locales. Je le dis très franchement, il y a plein d'endroits où on a des élus qui ne sont pas spécialement engagés sur le sujet, mais qui, en tout cas, sont... pour eux c'est absolument nécessaire que l'on fasse quelque chose. Donc ils nous acceptent là-dessus. Après, il y a des endroits où on a des marques d'hostilité très fortes, mais moi je le dis très sincèrement, je peux comprendre que des personnes ne soient pas d'accord avec ce que l'on fait, sauf que la réalité aujourd'hui, c'est qu'on a des personnes qui sont en France, parce que c'est elles qui ont été les victimes de violences, de guerres, de conflits armés, de famines, et qui... et elles sont venues en Europe pour leur survie. Et notre responsabilité en tant qu'Etat, ma responsabilité en tant que ministre du Logement, c'est de sortir ces gens des camps d'infortune dans lesquels ils sont aujourd'hui.

PATRICK COHEN
Alain JUPPE hier, ici, à votre place, disait « ok », pour répartir les migrants, mais par petits groupes, dans des petites structures, quelques dizaines de réfugiés tout au plus. C'est ce qui va se passer, Emmanuelle COSSE ?

EMMANUELLE COSSE
Il va se passer en fonction des capacités que l'on a. Il y a des endroits, j'étais par exemple dans la banlieue de Tours samedi matin, on a un centre d'accueil et d'orientation qui accueille à peu près 50 personnes, il y a d'autres endroits où il y en a 80, ça dépend des bâtiments que l'on a, et je voudrais le redire, puisqu'on a déjà mis à l'abri 6 000 personnes depuis Calais, depuis un an. On a aidé 19 000 personnes depuis Paris, depuis un an, donc dans plusieurs centaines de centres que l'on a déjà ouverts, les choses de passent bien, je parle de personnes qui relèvent du droit d'asile, et il faut bien le dire, parce qu'Alain JUPPE a aussi dit autre chose lors de votre émission, il a dit : « Mais il faut quand même expulser tous ces gens qui ne relèvent pas, qui devraient être expulsés ». La réalité aujourd'hui, c'est que les migrants qui sont à Calais, qui sont dans les rues de Paris, sont des gens qui relèvent, à grande majorité, du droit d'asile.

PATRICK COHEN
A majorité, mais pas en totalité.

EMMANUELLE COSSE
Mais plus de 80 %. Plus de 80 %. Et aujourd'hui, ces personnes-là n'exercent pas leur droit d'asile, parce qu'elles n'ont pas l'information, parce que les passeurs les empêchent d'exercer leur droit d'asile, parce que certains profitent de leur situation de détresse pour y compris gagner de l'argent sur leur dos, et aujourd'hui, les sortir de ces camps, c'est aussi gagner la bataille de l'asile, et ça c'est une obligation par rapport à nos engagements internationaux, sur lesquels on ne doit rien céder.

PATRICK COHEN
Reste à convaincre ces migrants, ces réfugiés, de quitter Calais et de se disperser sur l'ensemble du territoire, et ça, ça n'est pas gagné, Emmanuelle COSSE. On a entendu certains de ces réfugiés, qui disent : « Nous, ce qu'on veut, c'est pas rester en France, c'est aller en Angleterre », et donc Calais.

EMMANUELLE COSSE
Oui, il y en a certains qui le disent, c'est aussi pour ça que moi je travaille, avec Bernard CAZENEUVE, avec toutes les associations et qu'on se voit régulièrement, mais il faut aussi dire, la majorité des personnes qui sont présentes à Calais aujourd'hui, veulent partir et veulent sortir de cette situation absolument terrible. Il y a un sujet sur lequel, objectivement, nous attendons du gouvernement britannique une évolution de leur attitude, c'est des personnes qui relèvent du regroupement familial, en particulier les mineurs, où aujourd'hui le ministre de l'Intérieur est en train de négocier avec eux, pour que les choses s'accélèrent, il faut vraiment que la Grande-Bretagne fasse jouer le regroupement familial. Mais sur les 7 000 ou 8 000 personnes qu'il y a à Calais aujourd'hui, parce que moi aussi j'en rencontre, vous savez, et j'en ai rencontré à plusieurs reprises, il y a beaucoup de gens qui veulent simplement qu'on les sorte de là, ils ne savent même pas pourquoi ils sont arrivés à Calais. Ils le disent très clairement. Et hier j'étais encore à Nantes, dans un autre CAO, où j'ai rencontré des femmes somaliennes, qui sont passées par Calais, elles, en 2010, et 2011, qui aujourd'hui sont réfugiées, travaillent, et elles disent très clairement que si à un moment elles n'avaient pas bénéficié du fait que l'État les amène vers ces centres, jamais elles n'auraient pu s'en sortir.

PATRICK COHEN
Un mot encore sur les réticences qui se sont exprimées. Vous avez écrit une lettre à Laurent WAUQUIEZ. Il vous a répondu ?

EMMANUELLE COSSE
Non, il ne m'a pas répondu, mais je crois que notre différend est tenace, et moi je l'ai dit très clairement à Laurent WAUQUIEZ, les propos qu'il a tenus sont absolument inadmissibles, et surtout, le fait qu'un président de région, élu de la Nation, se mette en dehors des règles de la République, en appelant à la fronde contre l'Etat, c'est vraiment une manière, me semble-t-il, de faire de la politique et surtout d'utiliser ce sujet pour une campagne électorale, qui est absolument nauséabonde.

PATRICK COHEN
Le logement, Emmanuelle COSSE, il vous reste quelques mois pour agir, vous partagerez le bilan de ce quinquennat dans ce domaine, avec Cécile DUFLOT et Sylvia PINEL, et le bilan chiffré, eh bien c'est qu'aucun des objectifs annuels de constructions de logements n'aura été atteint.

EMMANUELLE COSSE
Alors, on va se dire les choses très sincèrement. En 2012, les professionnels du logement, les militants du logement comme j'étais, nous sommes mis d'accord pour se fixer un objectif de 500 000 constructions par an, qui est un objectif à tenir pour être capable de répondre à des besoins.

PATRICK COHEN
C'était surtout l'objectif de François HOLLANDE, c'était dans sa campagne présidentielle.

EMMANUELLE COSSE
François HOLLANDE, mais pas que lui ! François HOLLANDE l'avait, Eva JOLY l'avait, Jean-Luc MELENCHON l'avait, la droite se mettait aussi d'accord sur cet objectif. Et moi je le dis très clairement...

PATRICK COHEN
Il n'a jamais été approché pendant tout le quinquennat.

EMMANUELLE COSSE
Aujourd'hui, nous sommes, et ce que je vais publier, des chiffres de construction sur le dernier trimestre, tout à l'heure, dans exactement 20 minutes...

PATRICK COHEN
Oh, vous pouvez nous les donner.

EMMANUELLE COSSE
417 800 logements autorités sur les 12 derniers mois. On n'a pas obtenu ce chiffre depuis plus de 6 ans, si je ne m'abuse, et c'est le deuxième meilleur chiffre dans les dix dernières années.

PATRICK COHEN
En 2013, c'était 401 000.

EMMANUELLE COSSE
417 800. Et je vais vous dire les choses très franchement, en fait, ce que ça montre, c'est que se fixer un objectif théorique, c'est comme ça qu'on tire tout le monde, parce qu'on pourrait aussi faire un truc beaucoup plus simple, ce qu'on faisait avant, aucun chiffre, comme ça nous ne sommes pas à montrer que nous n'avons pas obtenu le chiffre, et au moins on est tranquille. Autre exemple, en Ile-de-France, depuis dix ans, nous disons qu'il nous faut 70 000 logements par an, pour répondre au besoin de logements. Je me rappelle, j'ai été élue à la région Ile-de-France, pendant très longtemps cet objectif était jugé comme infaisable. Il sera réalisé et dépassé cette année. C'est la première fois que l'on arrive à cet objectif, on a aujourd'hui objectivement des très bons chiffres, qui en plus sont dans tout le secteur, logement social, logement privé, ça ne veut pas dire qu'en une année on va répondre à des années de...

PATRICK COHEN
De retard.

EMMANUELLE COSSE
De retard, mais la question c'est maintenant, comment on a chaque année plus de 415 000, 430 000 logements construits, c'est tout à fait possible, l'appareil de production, maintenant, il est là, on a des outils qui fonctionnent, maintenant il faut les pérenniser et il faut aussi dire une chose, c'est que pour construire ces logements, l'Etat fait beaucoup, mais si nous continuons à avoir des maires qui refusent, par égoïsme communal, des logements sociaux, des logements privés abordables et tout simplement d'accueillir la population française dans sa diversité, nous n'arriverons pas à gagner cette bataille du mal-logement.

PATRICK COHEN
Oui, là c'est l'autre élément du bilan, c'est les logements sociaux, les 150 000 non plus n'ont jamais été atteints.

EMMANUELLE COSSE
Nous sommes à 140 000. Donc, les 150 000 c'était l'objectif, 140 000 cette année, j'aurais préféré qu'il soit à 150...

PATRICK COHEN
110 000 en 2015, oui.

EMMANUELLE COSSE
Ben oui, mais justement, c'est ça que je vous explique, c'est que, crise du bâtiment et de la construction depuis 2008, nouveaux outils à partir de 2013, 113 000 logements en 2013, 111 000 en 2014 si je ne m'abuse, un peu plus en 2015, 140 000 cette année. Évidemment. Et moi je vous le dis très clairement, il faut en faire beaucoup plus. On a plus de 1,8 millions demandeurs de logement social, sauf que, ce que l'on montre aujourd'hui c'est que c'est tout à fait possible, que l'on est capable de construire 150 000 logements sociaux en zone tendue, donc on peut répondre à des besoins sociaux et maintenant la question c'est que cette mobilisation générale elle n'arrête pas, et y compris quelque soit l'issue des échéances électorales à venir, si on veut sauver la situation du logement, il faut que pendant dix ans on tienne ce rythme et c'est tout à fait possible de le faire.

PATRICK COHEN
Autre élément du bilan, avant d'accueillir Hélène JOUAN pour la Revue de presse, l'encadrement des loyers parisiens, Emmanuelle COSSE, qui n'a pas fait baisser les loyers, ou alors si les loyers ont baissé, ça n'est pas à cause de l'encadrement, enfin, il y a des chiffres...

EMMANUELLE COSSE
Pourquoi ça ne serait pas à cause de l'encadrement ?

PATRICK COHEN
Eh bien parce qu'on voit bien que dans des communes de la région parisienne où l'encadrement des loyers ne s'appliquait pas, eh bien les loyers ont baissé quand même. Donc c'est le marché, c'est l'offre et la demande.

EMMANUELLE COSSE
Comme vous le savez, parce que depuis 2012 vous suivez particulièrement cette question, en août 2012, il a été pris un arrêté pour interdire l'augmentation des loyers à la relocation, qui a été le prémice de l'encadrement des loyers. Ce qu'on voit aujourd'hui c'est qu'un tiers des nouveaux entrants dans les logements sur Paris ont bénéficié d'un loyer encadré et ont donc bénéficié d'une baisse de leur loyer, et ça a permis en plus de la régulation de la transparence, c'est pour ça que l'encadrement des loyers, j'ai pris la décision de l'élargir à l'ensemble de l'agglomération parisienne, ça va être long parce qu'il faut construire les bases de données.

PATRICK COHEN
Oui, et ce qui ne sera sans doute jamais appliqué, puisque la plupart des candidats à la présidentielle à droite, promettent de revenir sur cette mesure.

EMMANUELLE COSSE
Ah, et donc pour vous la droite a déjà gagné les élections.

PATRICK COHEN
Enfin...

EMMANUELLE COSSE
Non mais c'est intéressant.

PATRICK COHEN
Enfin, la plupart des candidats qui se prononcent aujourd'hui sur ces questions...

EMMANUELLE COSSE
Vous savez, moi je mets au défi les candidats de droite de...

PATRICK COHEN
J'ai pas beaucoup de programmes de gauche sur le marché, sous la main.

EMMANUELLE COSSE
Je mets au défi les candidats de droite de mettre fin à une mesure qui est validée par les Français, qui est populaire, et y compris qui va se mettre en oeuvre, pas seulement à Paris, mais aussi à Lille, mais aussi à Grenoble et dans d'autres villes.

PATRICK COHEN
Emmanuelle COSSE, ministre du Logement. Et puis on parlera politique un peu, sans doute, dans la deuxième partie.

EMMANUELLE COSSE
Mais nous avons déjà parlé politique.

PATRICK COHEN
On aura des questions d'auditeurs pour vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 septembre 2016

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