Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à I-Télé le 20 septembre 2016, sur la rentrée universitaire et la poursuite de la réforme de l'enseignement supérieur. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche à I-Télé le 20 septembre 2016, sur la rentrée universitaire et la poursuite de la réforme de l'enseignement supérieur.

Personnalité, fonction : VALLAUD-BELKACEM Najat, DARMON Michael.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche;

ti :


FLORENT PEIFFER
8 H 27 ! Bienvenue si vous nous rejoignez dans la Matinale, on vous souhaite une très belle journée sur I Télé, tout de suite l'interview politique de Michaël DARMON, Michaël vous recevez ce matin Najat VALLAUD-BELKACEM.

MICHAËL DARMON
Oui, bonjour, en cette rentrée étudiante. Mais tout d'abord le gouvernement veut sanctionner ce lycée pirate qui a déclenché, donc pirate informatique, qui a déclenché la fausse alerte attentat samedi, il faut effectivement lourdement faire un exemple ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, l'affaire est aujourd'hui entre les mains de la justice, mais le Premier ministre et Bernard CAZENEUVE ont eu l'occasion de le dire, bien sûr qu'il faut en faire un exemple...

MICHAËL DARMON
On lui envoie la facture de tout ce que ça a coûté...

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui.

MICHAËL DARMON
Déplacement policier, évacuation des habitants ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Tout à fait, parce qu'il ne faut absolument pas traiter à la légère les conséquences de son acte fou. Je comprends bien que quand on est hacker on veille à chaque fois à s'attaquer à encore plus difficile, plus inimaginable, mais quand même les questions de sécurité publique – quand on sait l'état de tension du pays, quand on sort encore d'attentats il y a à peine quelques mois – non ce n'est pas possible, donc je crois en effet qu'il va falloir être très sévère ; et puis si je peux me permettre juste d'un mot, comme ministre de l'Éducation nationale, je crois que ça confirme une fois de plus la nécessité d'avoir une éducation derrière l'information à tous les stades de la scolarité telle que celle que nous avons introduit cette année.

MICHAËL DARMON
Voilà, c'était donc pour ça que l'on vous posait la question. Est-ce que les étudiants vont tous avoir une filière cette année, contrairement à l'année dernière où il y en avait encore qui erraient le jour de la rentrée à la recherche d'une filière ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Nous avons mais profondément amélioré le système, vous vous souvenez peut-être qu'il ya un an je vous avais annoncé que nous revoyions le fameux dispositif APB, c'est-à-dire l'endroit où on fait ses voeux quand on sort du bac et qui nous dit où on est affecté...

MICHAËL DARMON
Alors, verdict ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Et le verdict c'est que ça a marché, l'année dernière à la même époque vous aviez à peu près 700 étudiants qui étaient encore à la recherche de leur place à l'université, aujourd'hui nous en avons quelque 17, et nous allons évidemment régler tous ces cas particuliers. Pourquoi est-ce que ça a marché ?

MICHAËL DARMON
17 seulement qui ont un problème de filière, c'est ce que vous annoncez ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Absolument, tous les autres sont inscrits dans de bonnes conditions Pourquoi est-ce que ça a marché ? Parce qu'en revoyant les modalités de fonctionnement d'APB, ce logiciel, nous avons fait en sorte que les étudiants puissent avoir un accès maximisé aux filières qu'ils souhaitaient, en élargissant leurs choix, en faisant des voeux groupés, par exemple : « je veux faire du droit mais je veux faire du droit pas seulement à Lyon, je peux vouloir faire du droit à Grenoble ou à Saint-Etienne » - donc des voeux groupés qui maximisent leur chance d'obtenir une réponse – et en travaillant surtout sur les filières en tension à l'université pour en réduire le nombre, par exemple aujourd'hui il n'y a quasiment plus, sauf une exception, de filières qui procèdent par tirage au sort.

MICHAËL DARMON
Une question qui fâche aussi lorsqu'on parle des étudiants et de la rentrée, toujours la question de la sélection, notamment dans les masters. Le secrétaire d'Etat donc à l'Enseignement supérieur, Thierry MANDON, lui ce n'est pas gros mot pour lui la sélection, qu'est-ce que vous en dites ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, enfin comme je ne veux pas imaginer que le secrétaire d'Etat ne sache pas ce que nous sommes précisément en train de faire, je veux croire que ses propos ont sans doute été tronqués et qu'il aura l'occasion de les repréciser. Qu'est-ce que nous sommes en train de faire ? Le sujet ce n'est pas sélection ou pas sélection, cette question est réductrice et simpliste, le sujet c'est comment organise-t-on la scolarité des étudiants à l'université...

MICHAËL DARMON
Donc, les propos du secrétaire d'État sont simplistes et réducteurs ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, c'est les injonctions qui nous sont faites par un certain nombre d'observateurs – je pense par exemple au Figaro d'aujourd'hui – qui sont simplistes. La vérité c'est que le travail que nous faisons nous, avec les acteurs, qui l'ont bien compris, c'est-à-dire les universités et les organisations étudiantes, c'est de trouver un équilibre qui jusqu'alors n'a jamais été trouvé entre d'une part permettre en effet en master que les étudiants puissent être recrutés - parce qu'il y a des masters qui n'ont pas suffisamment de places pour tout le monde, qui fonctionnent sur un projet pédagogique précis, qui ont besoin d'un niveau précis des élèves pour pouvoir les accueillir - je le comprends et nous le ferons, donc les masters pourront recruter ; mais, en parallèle – c'est pour ça que je vous dis que sélection ou pas sélection c'est une question réductrice, en parallèle nous devons assurer aux étudiants qui aspirent à poursuivre leurs études après la licence de pouvoir le faire et, donc, il y a un droit à la poursuite d'études qui est en train de se construire avec nos partenaires et c'est très important d'avoir cet équilibre-là.

MICHAËL DARMON
Ce débat va sûrement continuer. Quelles sont les nouveautés notables pour la vie des étudiants donc cette année, qu'est-ce qu'il y a de nouveau, ils auront plus de places dans les amphis, ils seront peut-être un peu moins debout, quelles sont les nouveautés ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Parmi les nouveautés... D'abord il y a beaucoup de nouveaux étudiants à l'université cette année, puisque par exemple l'université à elle seule en accueille 32.000 de plus en cette rentrée ; pour accompagner cet afflux, mais qui est une bonne nouvelle, c'est toujours bien pour un pays d'avoir une élévation du nombre d'étudiants, nous avons décidé de consacrer 100 millions d'euros supplémentaires à ce qu'on appelle la vie étudiante pour bien les accueillir et les encadrer. Donc, les nouveautés, c'est : par exemple en termes d'accompagnement de ces étudiants, des bourses qui augmentent encore, cette année ce sont 25.000 étudiants de plus qui vont pouvoir en bénéficier, ce qui depuis 2012 fait plus de 200.000 étudiants nouvellement concernés par des bourses ou des hausses de bourse ; c'est des conditions de travail agréables, par exemple les bibliothèques universitaires – voilà un sujet auquel j'étais attachée, je trouvais...

MICHAËL DARMON
Ah ! Oui, on a vu ça, là vous avez montré ça...

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais oui ! Mais je...

MICHAËL DARMON
Vous avez même reproduit ça dans un clip assez étonnant...

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Ah ! Vous avez vu. Mais je trouvais ça...

MICHAËL DARMON
Voilà, qu'on a déjà diffusé.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Moi, quand j'étais étudiante, je trouvais ça insupportable que les bibliothèques universitaires ferment à 18 h alors que c'est souvent le soir ou le week-end qu'on avait besoin de travailler...

MICHAËL DARMON
Donc maintenant elles sont ouvertes la nuit, le week-end, il y en a plus ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Donc, on a incité les B.U de France à ouvrir plus largement et vous avez en cette rentrée par exemple plus d'une vingtaine d'entre elles qui resteront ouvertes jusqu'à 22 h, beaucoup qui resteront ouvertes le samedi et le dimanche, enfin c'est vraiment des nouveautés intéressantes que l'on a voulues pour cette rentrée.

MICHAËL DARMON
Alors ministre de l'Éducation, cette phrase qu'on a tous entendue quand on était enfant en cours d'histoire : « nos ancêtres les Gaulois », Nicolas SARKOZY la revisite à sa manière hier donc en meeting, regardez ses propos lorsqu'il dit : « On est français, on doit donc être Français, et dans ces cas-là vos ancêtres sont absolument les Gaulois », qu'est-ce que vous en dites ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Vous savez la ministre de l'Éducation que je suis justement connait...

MICHAËL DARMON
Oui, mais aussi la responsable politique.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui, mais la ministre de l'Education que je suis connait parfaitement les premières phrases de ce livre qui s'appelait « Tour de France par deux enfants » d'Ernest LAVISSE – on était sous la IIIème République – qui commençait par …

MICHAËL DARMON
Le catéchisme républicain. Alors, nos ancêtres les Gaulois...

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Voilà, qui commençait par : « Autrefois notre pays s'appelait la Gaule et les habitants les Gaulois ». Mais enfin je veux dire, depuis la IIIème République, on sait que ça n'est pas un roman qu'on doit raconter aux enfants, c'est l'histoire véridique telle qu'elle est et l'histoire véridique - je ne sais pas - faut-il faire un cours d'histoire à monsieur SARKOZY qui visiblement en a besoin ? Oui, il y a parmi nos ancêtres des Gaulois, il y a aussi des Romains, des Normands, des Celtes, des Burgondes... et puis, au cas où il l'aurait oublié, avec le temps la France a annexé d'autres territoires et les Niçois nous ont rejoints, les Corses, les Franc-Comtois, la Guadeloupe, la Martinique... et puis après aussi des Arabes, des Italiens, des Espagnols, donc c'est ça la France.

MICHAËL DARMON
D'accord, donc vous dites il doit absolument changer sa vue.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
C'est ça la France, stop au discours étriqué qui ne nous mène nulle part, stop au repli sur soi, vraiment je pense que ça fait beaucoup de mal à notre pays.

MICHAËL DARMON
Ca aussi une implication politique, on a l'impression que c'est même parfois une cohérence, regardez Laurent WAUQUIEZ – président donc de la Région Auvergne – lui considère qu'il faut absolument refuser... il demande aux élus de refuser l'arrivée donc des migrants, tout comme d'ailleurs le maire d'Hénin-Beaumont qui lui lance le label « ma commune sans migrant » et ça fait poser une question à Xavier BERTRAND, Républicain également, président de la Région des Hauts de France.

DISCOURS XAVIER BERTRAND, PRÉSIDENT RÉGION HAUTS DE FRANCE – NORD/PAS-DE-CALAIS
Je viens d'une droite gaulliste, quand ce week-end, ce week-end, j'ai des militants qui viennent me voir en me disant : c'est quoi la différence entre la pétition de monsieur WAUQUIEZ et l'association de monsieur BRIOIS ? Je suis très mal à l'aise parce que je ne sais pas très bien leur répondre.

MICHAËL DARMON
Est-ce que vous pouvez, parce qu'il n'a pas la réponse Xavier BERTRAND ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Moi mon seul constat c'est que Laurent WAUQUIEZ déshonore son parti, même si son parti est déjà en perdition – qu'on se le dise – mais il le déshonore, mais par ailleurs la Rhône-alpine que je suis considère qu'il déshonore cette région...

MICHAËL DARMON
Pourquoi ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Mais oui, parce que... enfin je veux dire la Région Rhône-Alpes, pour ceux qui la connaissent, c'est une terre de résistance, une terre d'accueil, une terre qui a suffisamment souffert pour porter haut ces valeurs-là, aujourd'hui il est le président de cette région et il tient des propos comme ceux-là, mais franchement enfin ce n'est pas digne ; et puis, en plus, quel mépris pour les Français, mais quel mépris que de ne proposer à nos concitoyens que la haine et la peur. Est-ce que c'est un projet de société ? Est-ce que c'est un projet d'avenir ? Moi je veux retenir par exemple la création, enfin l'appel lancé par François REBSAMEN au nom de tous les maires qui veulent aider justement Calais et qui se disent prêts à recueillir des migrants.

MICHAËL DARMON
Combien de migrants faut-il accueillir sur votre région, Région Auvergne – Rhône Alpes, c'est votre territoire politique également, combien pour vous de migrants faut-il accueillir dans cette région ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Je pense que la répartition justement doit être pensée à l'échelle de la France toute entière mais que c'est évidemment une demande très ancienne, une revendication très ancienne, y compris des associations qui accompagnent les réfugiés et qui sont présentes d'ailleurs en Rhône-Alpes - très nombreuses - et qui savent bien que le meilleur service à rendre à ces réfugiés c'est de ne pas tous les concentrer sur un même territoire...

MICHAËL DARMON
Mais est-ce qu'il faut par ailleurs durcir la politique d'expulsion de ceux qui ne sont pas donc éligibles au droit d'asile, parce qu'on remarque également que là aussi il y a un problème, ça fait monter l'inquiétude chez certains de nos concitoyens ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bernard CAZENEUVE a eu l'occasion de répondre très souvent sur ce sujet : « ceux qui ne sont pas admissibles au droit d'asile sont bel et bien renvoyés chez eux » et c'est la politique qui est conduite aujourd'hui, mais vous voyez qui sont ceux qui s'entassent aujourd'hui à Calais, ce sont bien des réfugiés poussés sur les routes de l'exil par la persécution, pas par la misère économique, par la persécution.

MICHAËL DARMON
Justement, justement on va aussi en parler dans cette campagne, on a compris que les grands rouages sont lancés. Marine LE PEN a changé de slogan, elle en a choisi un autre « Au nom du peuple », elle explique pourquoi. Voilà ! Donc ça va arriver dans quelques instants, voilà.

MARINE LE PEN, CANDIDATE FRONT NATIONALÀ L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE – DOC. RTL
Ils prétendent parler au nom d'un peuple qu'ils ont dépossédé, ils prétendent parler au nom d'un peuple dont ils ont retiré le pouvoir pour le transmettre encore une fois à une structure supranationale non élue, donc je crois qu'ils ont trahi effectivement le peuple français.

MICHAËL DARMON
Voilà, c'est elle qui capte le peuple maintenant Marine LE PEN pratiquement qualifiée au second tour ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Vous savez de toute façon cette campagne présidentielle ce sera le règne de l'antiphrase, de la même façon que le principal parti de droite a fait une usurpation d'identité incroyable sur la République en s'appelant Les Républicains alors même qu'il passe son temps à s'attaquer aux valeurs de la République tout de même et, en particulier, à la fraternité, même à l'état de droit, vous avez aujourd'hui le Front national – allez soyons fous – qui est aussi dans cette usurpation d'identité. Qui peut parler au nom du peuple ? Celui qui a été élu président de la République par le peuple ! Je sais que le Front national a une culture démocratique assez limitée mais moi je suis attachée à ces choses-là, le suffrage universel, donc tant qu'il n'aura pas été élu par e peuple il ne peut pas parler au nom du peuple.

MICHAËL DARMON
Et vous défendrez, vous, ce bilan donc dans une circonscription à Villeurbanne ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Bien sûr !

MICHAËL DARMON
Vous serez candidate aux Législatives ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Oui bien sûr, je le défendrai à Villeurbanne, je le défendrai surtout dans le pays...

MICHAËL DARMON
Au grand dam de Gérard COLLOMB ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Je le défendrai surtout dans le pays ce bilan parce que j'y crois et puis je crois surtout que ce pays a besoin que la gauche continue le travail.

MICHAËL DARMON
Et est-ce que je dis au revoir à la future directrice de campagne de François HOLLANDE ?

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Non, je ne crois pas - vous savez il s'écrit beaucoup de choses auxquelles il ne faut pas se fier - moi je suis tout à fait toute à ma tâche.

MICHAËL DARMON
Merci.

NAJAT VALLAUD-BELKACEM
Merci beaucoup.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 septembre 2016

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