Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur le rayonnement de l'enseignement supérieur français dans le monde, à Paris le 26 septembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur le rayonnement de l'enseignement supérieur français dans le monde, à Paris le 26 septembre 2016.

Personnalité, fonction : AYRAULT Jean-Marc.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et du développement international

Circonstances : Remise du rapport France Stratégie «L'Enseignement supérieur par-delà les frontières : l'urgence d'une stratégie», à Paris le 26 septembre 2016

ti :
Monsieur le Ministre, Cher Thierry,
Monsieur le Commissaire général de France Stratégie, Cher Jean Pisany Ferry
Monsieur le Directeur général honoraire d'HEC, Cher Bernard Ramanantsoa


Je suis vraiment heureux, Mesdames et Messieurs, de partager avec vous ce moment qui n'est pas la remise rituelle d'un rapport de plus mais qui - comme le titre de ces travaux l'indique - a pour objet de répondre à une urgence dans un monde qui est caractérisé par la rapidité des mutations.

La mutation des technologies de l'information et de la communication, qui offrent de nouvelles opportunités de partage des connaissances par-delà les frontières. La mutation de la géographie de l'économie du savoir, qui se traduit par une demande croissante d'accès aux études supérieures. C'est une évidence que je constate chaque jour, notamment lors de mes déplacements.

Cette attente est très forte, il ne faut pas la sous-estimer. Elle est forte notamment à l'égard de la France. Cette mutation des formes de mobilité dans l'enseignement supérieur n'est plus seulement celle des étudiants et des personnels, mais également celle des formations et des établissements eux-mêmes.

La France s'affirme comme une puissance de premier plan dans ce domaine. Ce n'est pas parce qu'il y a des insuffisances qu'il ne faut pas en même temps partir de tout ce que nous représentons et de nos propres capacités. Car nous avons beaucoup d'atouts. Nos formations s'exportent à l'étranger. Les cartes et les chiffres que vous avez donnés sont là pour le rappeler. Notre système de recherche est largement internationalisé. Je pense aussi à sa position de troisième destination mondiale pour l'accueil des étudiants étrangers après les États-Unis et le Royaume-Uni, avec, pour la première fois cette année, plus de 300.000 étudiants accueillis sur notre territoire.

J'étais la semaine dernière à New York, à l'assemblée générale des Nations unies. J'ai profité de ce moment pour présider l'opération de lancement de la nouvelle plateforme numérique France Alumni États-Unis. Cette plateforme permet aux étudiants ayant séjourné dans un établissement d'enseignement supérieur français de s'insérer dans un réseau et de valoriser cette expérience.

Beaucoup avaient répondu présents, c'était plutôt réjouissant et même émouvant par certains côtés, surtout d'entendre les témoignages de ces jeunes qui, aujourd'hui, sont revenus aux États-Unis, qui ont une expérience d'un autre système de formation, qui ont aussi une connaissance de notre pays et, bien souvent, une assez bonne maîtrise de la langue française, qu'ils veulent continuer à apprendre et à maîtriser. Ce réseau existe désormais dans 70 pays. Il illustre la force de la politique de coopération universitaire que mène le ministère des affaires étrangères depuis plusieurs années, avec une impulsion nouvelle donnée récemment.

Nous pouvons en être fiers. Je profite de cette occasion pour remercier un des opérateurs de ce ministère, Campus France, notre agence française pour la promotion de l'enseignement supérieur, l'accueil et la mobilité internationale, pour le succès de cette entreprise d'intérêt national.

Thierry Mandon a eu raison de dire que c'était un intérêt supérieur du pays. Ce travail est fait avec beaucoup d'efficacité, d'enthousiasme. J'ai pu m'en rendre compte dans tous mes déplacements. Bien sûr, ce travail n'est pas terminé et je souhaite aussi que nous rendions plus attractif encore notre pays, que nous encouragions les étudiants à venir plus nombreux encore.

J'ai profité de mon déplacement récent pour évoquer cette question, notamment les flux d'étudiants nouveaux en provenance de pays tiers. Il ne faut pas sous-estimer l'impact des attentats sur notre pays. Ils ont fait reculer un certain nombre de projets, de demandes, parfois venant des inquiétudes des familles. Nous sommes en train de travailler - c'est une proposition qui m'a été faite cette semaine - avec le centre de crise, pour voir comment nous pourrions mieux informer les familles en cas de problème afin de rassurer.

Je crois que c'est très important parce qu'il faut que l'information circule. Il faut démystifier parce qu'il y a des risques partout Le problème existe partout mais il y a une résonance à l'égard de la France qu'il ne faut pas sous-estimer ; ce n'est pas vrai qu'aux États-Unis, c'est vrai aussi en Chine, c'est vrai au Japon. C'est assez frappant, il faut donc vraiment être très attentif à cela. Cela vaut également pour le tourisme, pour l'attractivité en général de notre pays.

Ce qui est très surprenant finalement, en vous écoutant expliquer le rapport de France Stratégie, c'est que nous ne disposions pas, jusqu'à présent, d'une analyse fine du déploiement à l'étranger des établissements d'enseignement supérieur. Il y a donc une lacune qu'il fallait combler, en tout état de cause sur ce point. Cette étude vient donc à point nommé. Surtout que nous vivons dans un contexte de concurrence accrue, c'était donc l'occasion de réaliser une cartographie de l'internationalisation de l'enseignement supérieur, devenue centrale pour notre action diplomatique globale. Cette internationalisation représente pour la France quatre grands enjeux qui participent à notre rayonnement sur la scène internationale que je voudrais brièvement évoquer :

- d'abord, un enjeu d'attractivité, pour attirer les meilleurs étudiants ou chercheurs de tous horizons géographiques ;

- c'est aussi un enjeu d'influence, afin de faire rayonner la France, de développer ses liens avec de futurs leaders et de consolider ceux de toutes natures notamment à travers la francophonie ; je vais être très précis, j'ai aussi présidé une soirée où étaient invités tous les représentants internationaux à l'assemblée générale autour de la Francophonie, mais j'assume le fait que si on veut défendre le français, il faut accepter le multilinguisme, sinon cela ne marche pas. Il faut vraiment le faire partager ; il n'y a pas une vision - j'allais dire restrictive - de la Francophonie ; son organisation internationale que dirige Michaëlle Jean est donc parfaitement aussi associée à cela, elle partage cette vision et surtout porte des valeurs. Les valeurs de l'organisation internationale de la Francophonie sont aussi des valeurs d'ouverture aux autres, aux autres cultures, des valeurs de partage, des valeurs universelles. Il faut vraiment insister sur cela et le faire partager. Il n'y a pas de contradictions, il y a une cohérence ;

- le troisième enjeu, c'est l'enjeu économique. Pour profiter des opportunités du marché international qu'est devenu l'enseignement supérieur, il faut l'assumer. Vous avez bien fait d'évoquer ce point, y compris en termes de ressources, car c'est comme cela que les autres progressent en se donnant des moyens. Si on ne veut pas regarder la réalité en face, on restera encore derrière. Ce n'est pas une bonne chose même si nous partons avec un bon potentiel. Il faut vraiment identifier des points d'entrée pour nos entreprises ;

- et puis, c'est un enjeu de développement et de stabilisation en particulier dans les pays du sud. L'objectif, c'est d'améliorer l'insertion professionnelle et de lutter contre la fuite des cerveaux.

Voilà quatre priorités que ce rapport permet de mettre en évidence, pour vous dire que tout cela participe à l'action diplomatique de la France.

Maintenant, nous avons cette carte, nous y voyons clair, nous avons des informations précises et je vous remercie pour ce formidable travail qui a été fait avec beaucoup d'énergie et d'enthousiasme. Cela se sent. C'est toute la spécificité aussi de France Stratégie de faire échanger les meilleurs spécialistes d'une politique publique et de retirer de ces échanges des préconisations concrètes et opérationnelles pour notre pays.

J'en profite, cher Jean, pour vous remercier pour ce que vous faites à la tête de France Stratégie. Je veux vous dire aussi que je partage avec vous une certaine fierté d'avoir pu mettre en place cet outil de prospective, le nom a changé, - c'était le commissariat général à la prospective - et maintenant, c'est France Stratégie. Je regarde régulièrement les productions de France Stratégie, elles sont de très bon niveau et très utiles pour les décideurs publics. C'est la raison pour laquelle nous disions, avec Thierry Mandon, que ce n'est pas un rapport de plus que l'on met sur une étagère. Il faut que tous les acteurs publics ou privés, tous ceux qui sont acteurs de la société française et de son avenir, n'hésitent pas à aller chercher de la matière pour sortir des sentiers battus et des répétitions argumentaires qui sont souvent très pauvres. Il y a là de la richesse, du contenu et des données.

Dans votre étude, vous soulignez un certain nombre de points positifs. Il faut être positif, c'est très important. On parle du «French bashing», on dit que c'est un peu passé de mode, mais nous avons une certaine tendance à nous auto dénigrer. De temps en temps, dire que les établissements français s'exportent bien, avec 140 implantations physiques à l'étranger, plus de 600 programmes proposés et 37.000 inscrits, eh bien c'est un bon départ.

C'est aussi toute la force de votre travail ; vous n'hésitez pas à pointer avec franchise les lacunes et les faiblesses de notre offre à l'international, en nous alertant sur les risques de décrochage, si nous n'établissons pas rapidement cette stratégie globale. Vous avez même employé la formule de l'«entre-deux» pour définir la situation de la France dans le domaine de l'enseignement supérieur sur la scène internationale. Il faut que, depuis ce rapport, l'on dise que l'entre-deux, c'est derrière nous. Nous n'en voulons pas. Nous devons au contraire affirmer une ambition, l'inscrire pleinement dans une ambition collective, celle de notre enseignement supérieur, dans une politique internationale marquée par une offre riche d'excellence et compétitive.

En tout cas, vous pouvez compter sur le ministère des affaires étrangères et du développement international, en étroite collaboration avec le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche, pour mobiliser tous nos services et nos experts, pour concrétiser les grands axes d'actions que vous préconisez au niveau de l'État.

Dans la réforme du ministère des affaires étrangères qui est en cours et qui est bien avancée - Monsieur le Secrétaire général, je vous remercie aussi de tout ce travail qui est fait pour mobiliser nos diplomates -, la diplomatie économique est au coeur de l'action diplomatique de façon affirmée et assumée. 40% du temps des ambassadeurs est consacré à la diplomatie économique. Il faudra maintenant un pourcentage supplémentaire pour l'enseignement supérieur français à l'étranger. Cela en fait déjà partie, mais il faut l'identifier davantage. Je ne cesse de le dire dans tous mes déplacements, soyez le porte-parole de la France pour dire : «nous voulons accueillir davantage d'étudiants étrangers en France, nous avons les moyens de le faire dans de bonnes conditions.»

Soyez créatifs, inventifs, la France, je le dis encore une fois, part avec énormément d'atouts.

À la fin de mon programme à New York, j'ai visité une start-up française, des jeunes formés en France, très impressionnants dans le domaine de la technologie du numérique. Cette start-up s'appelle Datadog. Elle comprend 250 salariés. C'est une création très récente. Ils ont gardé leur R& D en France. Ils fonctionnent comme si les kilomètres qui séparent les États-Unis de la France n'existaient pas et ce sont les moyens de la technologie qui le permettent. Ils ont dit une chose très intéressante pour l'enseignement supérieur français : c'est que ces jeunes créateurs d'entreprises, très en pointe, qui ont été capable de lever, aux États-Unis, des moyens financiers importants, ont aussi besoin de main-d'oeuvre de qualité. On s'aperçoit que c'est souvent par la formation française qu'ils trouvent la meilleure main-d'oeuvre correspondant à leurs besoins.

La composition de leur équipe est assez internationalisée et ils ont pu comparer leurs recherches. C'est une force pour ces jeunes qui sont très loin de France, il est très important qu'ils gardent un lien très fort sur le plan humain, culturel et affectif. Ils savent aussi parler de leur pays avec pertinence en parlant et en montrant les atouts de la France. C'est aussi ce qui les a conduits à garder R& D pour recruter plus facilement en France.

Vous voyez qu'au travers de tels exemples, nous devons réfléchir. Grâce aux travaux que vous nous avez remis, cela nous permettra, non seulement de nous aider à réfléchir encore, mais aussi de nous faire agir avec enthousiasme et ambition.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 30 septembre 2016

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