Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur la défense des principes fondamentaux du droit et des valeurs de la République, au premier chef la laïcité, la restauration de l'autorité de l'État, la lutte contre le terrorisme et la politique d'accueil des demandeurs d'asile, à La Rochelle le 4 septembre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, sur la défense des principes fondamentaux du droit et des valeurs de la République, au premier chef la laïcité, la restauration de l'autorité de l'État, la lutte contre le terrorisme et la politique d'accueil des demandeurs d'asile, à La Rochelle le 4 septembre 2016.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

Circonstances : Congrès du Parti radical de gauche (PRG) à l'espace Encan de La Rochelle (Charente-Maritime) du 2 au 4 septembre 2016

ti : « Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Maire de La Rochelle,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs,


C'est pour moi un plaisir, ce dimanche 4 septembre, de me retrouver ici, à La Rochelle, parmi vous. D'abord, parce que j'ai des souvenirs. J'ai le sentiment ce matin de me retrouver en famille, avec les miens. Thierry Braillard me faisait remarquer à l'instant, avec un brin de perfidie, que la dernière fois que je me suis retrouvé avec les Radicaux à La Rochelle, c'était à l'époque où j'étais membre du MJRG au début des années 80. J'avais été candidat à la présidence de ce mouvement, mais les jeunes radicaux m'avaient préféré Thierry Braillard. Comme nous sommes dans une organisation où les valeurs s'érigent au-dessus des parcours individuels et des destins personnels, rien ne peut jamais fâcher deux radicaux, surtout lorsque le temps a passé, que l'âge est venu et a eu raison de la fougue de la jeunesse. Thierry, mes félicitations pour ton élection qui date maintenant d'il y a 30 ans. Merci de m'accueillir en ces lieux où je n'ai que de bons souvenirs, la preuve en est que j'y reviens. J'avais l'habitude aussi, je dois le reconnaître, de venir à La Rochelle tous les ans en cette saison. Cette année, j'en avais été privé. Je cherchais donc une occasion de revenir, et c'est vous qui me l'offrez. Comme quoi, en politique, il y a des formes de recommencements, de correspondances, de coïncidences qui, en apparence, doivent tout au hasard et qui, en réalité, doivent tout à la fidélité.

Merci pour la chaleur de l'accueil. Merci pour ce que vous êtes. Merci pour ce que vous incarnez dans la République. Cela reste très présent dans mon coeur et contribue, lorsque les moments sont difficiles, notamment au Parlement, à m'apporter un soutien auquel je tiens par-dessus tout. Nous sommes ici, monsieur le Maire de La Rochelle, dans une ville qui a longtemps été incarnée par une figure emblématique de votre famille, Michel Crépeau. Au début des années 80, j'étais membre de votre famille politique. Pendant la campagne des élections présidentielles de 1981, construite autour de l'ouvrage L'Avenir en face, Michel Crépeau avait mené une campagne présidentielle extrêmement dynamique et intelligente qui avait conduit beaucoup de jeunes, alors dans la fascination de François Mitterrand, à contribuer dans la diversité de la gauche à une aventure collective dont il fut l'une des belles et grandes figures. Précurseur dans sa ville du développement durable : imaginez qu'à la fin des années 1970, à La Rochelle, on parlait déjà des modes alternatifs de transports, des liaisons douces ! Il avait mis les pistes cyclables et les vélos au coeur de sa ville pour la rendre plus agréable et plus humaine ! Les discours qu'il tenait dans L'Avenir en face et au début des années 1980 plaçaient déjà l'éducation et la laïcité comme deux principes et objectifs à atteindre absolument dès que la gauche reviendrait au pouvoir. Il avait une personnalité chatoyante, colorée, sincère. Lorsqu'il prenait la parole à l'Assemblée nationale, cet orateur formidable trouvait les mots pour dire la République, la fraternité et la chaleur que les Radicaux ont toujours souhaité voir prévaloir dans la relation entre les citoyens quelles que soient leurs origines ou leurs sensibilités, dès lors qu'ils étaient parvenus à être des hommes libres, par l'école et l'apprentissage de la connaissance.

Je veux saluer mes collègues du Gouvernement, ceux qui y furent, ceux qui y ont été, Jean-Michel, Thierry, Annick, Sylvia qui fut une remarquable ministre avec laquelle il était agréable de travailler. Je veux saluer les Présidents des groupes qui, dans un style différent, me témoignent une amitié qui ne se dément pas. L'un dans une version universitaire, précise et posée ; l'autre dans une version posée, mais directe, franche et, parfois, abrasive. Je dois dire que mon amour de la rigueur et mon amour pour la table font que j'ai du mal à choisir entre le libre de droit et le chou farci. C'est la raison pour laquelle j'ai plaisir à les trouver l'un et l'autre ici, avec leur personnalité, leur tempérament et leur soutien constant. Je veux dire également à Robert et à vous tous, parlementaires, maires, ici rassemblés, ma sympathie et mon affection.

Vous m'invitez aujourd'hui en un jour particulier. Vous m'invitez à La Rochelle, avec ce que cette ville signifie pour nous tous, au Congrès du parti le plus vieux de France, le plus assimilé à l'histoire de la République, qui fait corps avec elle, qui fait corps avec ses principes et ses valeurs. Vous m'invitez ici, hasard du calendrier, le 4 septembre, c'est-à-dire 146 jours après que le gouvernement provisoire, auquel participait Léon Gambetta en tant que ministre de l'Intérieur, ait décidé de rétablir la République. Celle-ci avait longtemps été mise entre parenthèse par le Second Empire, qui s'était perdu dans l'oubli de la liberté, dans les outrances et les excès de la guerre. Elle est rétablie avec une figure très emblématique de ce que fut la République à ses grandes heures, lorsqu'il fallut revenir à l'essentiel et renouer avec les fils d'une histoire démocratique, fraternelle, faite de liberté et d'humanisme. Ce grand ministre qu'était Gambetta est resté peu de temps dans ce gouvernement provisoire. Il a mis fin à ses fonctions au février 1971. Pendant les quelques mois o il fut là, il posa sur le métier des principes fondamentaux qui, depuis lors, ne se sont jamais démentis. Pour le modeste ministre de l'Intérieur que je suis, dans la grande et prestigieuse Histoire de France que nous vivons ensemble, être là le jour anniversaire de la constitution de ce gouvernement provisoire, de la restitution de la République représente beaucoup, notamment au moment où certains dans l'opposition, pour préserver une certaine idée qu'ils se font de la France, et qui n'est pas la nôtre, prétendent qu'il faudrait abandonner un peu de la République pour sauver la France.

Aux côtés de vous tous qui représentez la permanence des valeurs de la République au travers des régimes et des époques, je veux dire à cette droite que si la France devait s'éloigner des principes et des valeurs de la République, elle cesserait d'être elle-même. Tous ceux qui voudraient mettre en oeuvre ce projet dans la perspective de 2017 trouveraient tous les républicains, dont vous êtes et dont nous sommes, pour s'opposer à ce funeste projet. La République et la France constituent bien un même et unique patrimoine. Je relisais cet été le très beau livre d'Emmanuel Berle, La Fin de la troisième République, où il explique admirablement la manière dont certains ont voulu, au nom d'une certaine conception de la France, s'éloigner de la République, avec les résultats que l'on sait. La France n'est elle-même que quand elle est en pleine relation avec ses principes républicains, principes que vous avez réussi à porter avec la force que l'on sait. Ce sont des valeurs d'une extrême actualité.

Je voudrais commencer par une valeur qui vous tient particulièrement à coeur : la laïcité. Il y a des gardiens de ce principe parmi les Radicaux. Ils sont parfois intransigeants sur ce principe. Il m'arrive de débattre avec eux, n'est-ce pas chère Françoise Laborde ou cher Alain Tourret, à propos de la conception que nous devons en avoir et de la vision lucide que nous devons avoir du monde tel qu'il est, au regard de cet extraordinaire défi auquel j'essaye de m'atteler, jour après jour. Je veux bien sûr parler de la construction de l'Islam de France. Qu'est-ce que la laïcité ? Ceux qui s'appliquent à préempter cette notion pour la tourner contre les seuls musulmans de France oublient que la laïcité est une valeur inclusive qui a vocation à permettre à la République de prendre dans ses bras tous ses enfants dans la tolérance. La laïcité, c'est la liberté de croire ou de ne pas croire, et, dès lors qu'on a fait le choix de sa croyance, d'être garanti que l'on pourra la vivre librement sans être jamais entravé par quelle que forme que ce soit de pression, de contrainte ou d'atteinte à la liberté de conscience, principe sacré de la République. La liberté de choix, la liberté tout court, permet à la République de vivre dans la pluralité des sensibilités politiques, religieuses, philosophiques qui ont toujours fait la richesse de la France, par-delà les gouvernements ou les régimes politiques. C'est aussi la possibilité de ne pas croire, c'est-à-dire de s'inscrire dans cette tradition très française et portée par les Lumières qui veut que, par le truchement de la science et de la connaissance, l'on puisse toujours faire progresser l'esprit et faire en sorte que la liberté naisse de la confrontation de ce à quoi l'on croît, et qui nous est parfois donné par la naissance, la famille, l'histoire personnelle et les connaissances scientifiques.

La laïcité n'est pas autre chose qu'une valeur de liberté. Si précisément la laïcité permet de croire ou de ne pas croire, c'est parce que la République a toujours eu pour ambition de faire des citoyens libres. Si la question de la laïcité est si liée à la question de l'école, si les préoccupations de Jules Ferry ont si souvent rencontré celles de Jean Jaurès ou d'Aristide Briand, c'est précisément parce qu'une grande partie de ceux qui ont constitué votre famille au siècle dernier savaient que la laïcité ne peut exister que si l'on met aux portes de l'école tout ce qui distingue les citoyens des uns des autres en raison de leurs croyances, pour que, dans l'école, l'émancipation des esprits puisse se faire librement. La question de la laïcité et celle de l'éducation sont intimement liées l'une à l'autre. Nous, républicains, radicaux et socialistes, voulons ardemment que l'école demeure le lieu où chaque enfant puisse avoir accès à l'apprentissage, quoi qu'il pense et quoi que pensent ses parents, parce que nous avons tous la même ambition : que sortent de l'école des citoyens libres qui pourront participer librement à la vie de la cité et qui ne seront jamais entravés par aucun préjugé, dogmatisme ou sectarisme. Ces valeurs « cardinales », je vous prie d'excuser le mot, doivent toujours nous guider.

La laïcité est bien une valeur transcendante, parce qu'elle est le toit qui abrite tous les enfants de France. C'est la raison pour laquelle il n'est pas de plus belle appartenance que l'appartenance à la République, d'abord. Nous devons affirmer avec force notre idéal laïc et républicain. Nous devons garder à l'esprit que tout ce qui relève de l'enfermement de certains de nos concitoyens sur eux-mêmes, en raison de leurs croyances et au point de préférer une certaine communauté à la communauté républicaine, constitue un poison dans la République que nous devons absolument combattre. Il y a un continuum de préoccupations entre la volonté de fabriquer des citoyens libres dans l'école, le désir d'affirmer haut et fort la laïcité comme un principe transcendant dans la République et la détermination que nous avons d'affirmer l'appartenance à la communauté nationale comme la première des appartenances. Toutes les autres appartenances sont rendues possibles uniquement parce que la République est une et indivisible. Cela lui permet de prendre tous ses enfants dans ses bras. Cela, nous devons le dire avec toute la force de nos convictions, en allant puiser, non pas dans la volonté d'exclure les uns et les autres, mais dans le respect scrupuleux du droit et la volonté de matérialiser à chaque instant ce vivre-ensemble.

Je souhaite dire quelques mots dictés par l'actualité. Je vois que certains, qui sont aujourd'hui un peu plus au nord sur le littoral, prétendent que les principes fondamentaux du droit — je parle là à l'éminent juriste qu'est Roger-Gérald Schwartzenberg —, ne seraient pas « les tables de la loi de Moïse » pour reprendre l'expression utilisée par le Président des Républicains. Ces principes, nous les retrouvons à travers les changements de constitution et de régime. Ils prennent leurs sources dans des textes qui préexistaient, et je pense notamment à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Nous pourrions, par conséquent, les jeter, les oublier, les détruire, les brûler. Il n'est pas de force dans la République qui ne prenne sa source dans ces textes fondamentaux. Vouloir faire parler la France plus haut et plus fort en abandonnant « le visage que les peuples du monde ont appris à aimer d'elle », pour reprendre l'expression de François Mitterrand, reviendrait à abandonner une partie de ce que nous sommes sans ne rien régler des problèmes auxquels la société française est confrontée. Nous aurions perdu notre identité, notre image. Nous aurions cessé de tenir le discours que l'on attend de nous. Nous nous serions éloignés du droit. Nous aurions perdu la France, la République, et aggravé l'antagonisme d'une partie de la France contre elle-même. Nous aurions perdu une grande partie des solutions dont la France a besoin. En tant que ministre de l'Intérieur, garant de la laïcité, favorable à ce qu'on applique la loi avec a plus grande fermeté, je vous vous dire qu'il n'y a pas d'ordre qui ne se fonde sur le droit, sur les principes républicains et sur les principes constitutionnels. C'est notre héritage et c'est cela que nous devrons défendre face à une droite qui nous proposera de tout abandonner, de tout brader et de tout oublier. Le dire devant vous, héritiers et comptables de cela, me donne l'occasion de rappeler ce qu'est la République, ce qu'elle doit demeurer et ce qu'est la force de notre combat. Nous n'abandonnerons jamais.

Il faut de la fermeté lorsque nous sommes confrontés au salafisme, aux enfermements communautaristes et à des comportements qui remettent en cause l'égalité homme/femme, principe essentiel qui fut un grand combat des femmes et des républicains. Il est indispensable d'être intraitables. Au droit, aux fondements du droit, on peut trouver les outils et les moyens de dissoudre les mosquées dans lesquelles on appelle au terrorisme, dans lesquelles on diffuse une vision dévoyée de l'Islam, contraire et orthogonale aux principes de la République. Je n'ai pas besoin que l'on abandonne les principes républicains ni la Constitution, puisque nous avons fermé près de 20 mosquées sur les 120 mosquées salafistes qui provoquent au terrorisme. D'autres le seront dans le respect des principes de droit et des principes républicains. Je demande à la droite combien de mosquées elle a fermé lorsqu'elle était au pouvoir. Je vous donne la réponse : aucune.

Je pense qu'ils nous entendrons là où ils sont à La Baule, car nous sommes nombreux et forts de nos principes. Sur le port de La Rochelle où je prenais un café, je voyais les vents porteurs qui m'assuraient que nos voix porteraient jusque-là où ils sont. Je veux leur envoyer un deuxième message. Nous prenons nos responsabilités lorsqu'il s'agit d'être fermes vis-à-vis de ceux qui appellent au terrorisme, sur internet ou dans les mosquées. Au cours des derniers mois, nous avons pris près de 80 arrêtés d'expulsion d'étrangers qui, par leur discours, appelaient au terrorisme. Nous le faisons avec la plus grande fermeté. Il ne se passe pas un jour sans que je prenne mes responsabilités sur ce sujet. Je leur demande également combien d'arrêté d'expulsion ils ont pris à l'époque où ils étaient au pouvoir et que la situation était difficile. Je leur pose la question, non pas parce que je suis dans la surenchère, mais parce que je veux leur apporter la démonstration qui correspond à mes convictions profondes, à ce que je crois nécessaire à la République. On peut être fermes, déterminés, absolument républicains, sans concession à l'égard de ceux qui s'en prennent à nos valeurs, tout en étant dans le respect scrupuleux du droit. Dans la perspective des élections présidentielles, je vous demande de ne faire aucune concession à ces principes et à cette volonté. Pour être plus forte contre le risque terroriste, la société française a besoin d'une République plus que jamais une et indivisible, rassemblant tous les citoyens autour de l'idéal républicain. Dans les mois qui viennent, il faudra que nous soyons suffisamment forts pour opposer notre détermination au projet de la droite, comme le firent d'autres républicains attachés à la défense de la République, de ses valeurs et des principes de droits.

Je pense bien entendu à Pierre Mendès France qui, dans des périodes bien difficiles, a toujours convoqué la rigueur intellectuelle plutôt que la démagogie. Ce grand républicain qui, dans des moments où les tensions étaient extrêmes, avait compris que parler à la foule et parler au peuple n'était pas la même chose. Parler à une foule donne cette facilité qui consiste à convoquer les instincts lorsque l'essentiel est en jeu, plutôt que de parler à l'intelligence des citoyens. Il savait parfaitement que l'emportement, et les outrances qui vont avec, n'ont rien à voir avec ce que notre peuple est capable dès lors que l'on fait appelle à son intelligence. Par conséquent, il était capable, y compris lorsque la pression était forte, d'avoir cette exigence de rigueur intellectuelle et de vérité qui l'ont conduit à être aussi efficace face à ses détracteurs, conservateurs, et à porter haut les couleurs de notre famille. Inspirons-nous de Pierre Mendès France, de son exigence intellectuelle et de sa rigueur, contre ceux qui pensent que l'on pourrait faire divorcer la France de la République.

Je dis tout cela devant votre député, Olivier Falorni, dont je sais à quel point il est sensible à ces questions. Il m'a invité à utiliser les moyens de Concordat. Je ne le ferai pas, non pas pour lui être désagréable, mais parce que je pense que nous avons la possibilité que l'Islam soit dans la République, dans le respect des valeurs et dans la volonté de faire en sorte que les musulmans combattent avec nous contre ceux qui, au nom d'une vision dévoyée de leur religion, veulent fractionner la société française et la conduire à des divisions irréparables.

Ceux qui sont à La Baule doivent être en train de parler de l'autorité de l'État. C'est devenu leur thème de prédilection. Il faudrait restaurer subitement l'autorité de l'État qui se serait abaissée du fait du laxisme dont nous serions, les uns et les autres, l'incarnation. Je voudrais leur adresser quelques éléments de réponse dont je ne suis pas assuré qu'ils les combleront de bonheur. Premier point, l'autorité de l'État ne va pas sans des moyens donnés à l'État pour lui permettre d'exercer son autorité. Je vais donner les chiffres à ceux qui vont de tribune en tribune, de ville en ville, parce qu'il y a une primaire — dont on a bien compris qu'elle ne favorisait pas les raisonnements secondaires et encore moins tertiaires —, pour expliquer qu'il faut restaurer l'autorité de l'État avec d'autant plus de force qu'ils ont beaucoup contribué à l'affaiblir lorsqu'ils étaient en situation de gouverner le pays. On ne peut pas convoquer la rigueur et oublier de la mettre sur le métier lorsqu'il s'agit d'apporter la démonstration que ce que l'on dit est conforme à la réalité. Nicolas Sarkozy a été, je ne sais pas si vous vous en souvenez, Président de la République. À cette époque, il a supprimé 13 000 emplois dans les forces de sécurité. 13 000 emplois, c'est considérable puisque cela se traduit par la suppression de 13 unités de forces mobiles, notamment dans un contexte où nous avons besoin de forces mobiles pour faire respecter l'autorité de l'État : lorsque nous avons décidé de rétablir le contrôle aux frontières après les attentats, ou dans les rues pour empêcher les casseurs de bloquer une manifestation de syndicalistes sincères qui critiquent parfois les décisions du gouvernement, mais qui doivent être justement protégés de ceux qui cassent. Nous avons besoin dans les quartiers, à La Rochelle, comme en milieu rural, de policiers et de gendarmes qui puissent remplir leur mission, prévenir la délinquance et démanteler des filières qui proviennent parfois d'au-delà de nos frontières et qui, pour être démantelées, suppose que l'on ait les moyens technologiques qui permettent de mener des enquêtes judiciaires. À force de supprimer des emplois, ils ont créé les conditions d'un affaiblissement de l'État dans tous les domaines relatifs au ministère de l'Intérieur, qu'il s'agisse de la police, de la gendarmerie ou des services de renseignement. Aujourd'hui, ils essayent de nous faire oublier qu'ils en sont responsables en parlant fort de l'autorité de l'État, alors qu'ils n'ont cessé de l'affaiblir continument.

Ces mêmes acteurs politiques ne sont pas légitimes aujourd'hui pour nous donner des leçons ni sur l'autorité de l'État, ni sur les moyens dont l'État a besoin pour assumer son autorité face au risque délinquant. Au contraire, le Président de la République et le Premier ministre ont décidé d'augmenter de 9 000 les effectifs de police et de gendarmerie, de 17% les crédits hors personnels — alors que ces crédits avaient diminué d'autant pendant que le quinquennat précédent —, ont lancé une réforme des services de renseignements, ont créé près de 2 000 emplois dans ces mêmes services, ont recréé les services de renseignements territoriaux à travers la création d'une direction du renseignement territorial — alors qu'ils avaient supprimé tous les capteurs dont nous disposions dans les territoires alors même que le risque d'attentat terroriste était considérable. Depuis La Rochelle, je veux leur dire que c'est nous qui avons restauré l'autorité de l'État en lui rendant les moyens de son autorité là où ils n'avaient cessé de les affaiblir. Cela aussi, dîtes-le, car ce n'est que vérité. Dîtes-le aussi quand ceux-là appellent à des dispositifs tout à fait incongrus auxquels d'ailleurs n'adhèrent pas certains candidats à la primaire de leur propre parti. Je pense notamment à Alain Juppé. Cette solution consisterait à placer en détention tous ceux qui feraient l'objet d'une attention des services de renseignement. Cela reviendrait tout d'abord à tuer le renseignement, puisque si vous placez en détention tous ceux qui font l'objet d'enquête, il n'y a plus d'enquête possible. Par conséquent, tous les réseaux que nous démantelons par ces enquêtes ne pourraient plus l'être. Pourtant, il y en a de nombreux et nous avons interpellé près de 260 personnes extrêmement dangereuses depuis le début de l'année, dont certains étaient impliqués et engagés dans des filières terroristes. Si nous cessons ces enquêtes en signalant à tous ceux qui font l'objet de surveillance qu'ils peuvent se dissimuler parce que nous les avons repérer, que restera-t-il des enquêtes policières ? Que restera-t-il des services de renseignement ? Que restera-t-il de la force de nos services ? Nos services ne peuvent pas tout éviter, mais ils évitent infiniment plus que par le passé, parce que nous avons monté en gamme, nous leur avons donné des moyens, nous avons fait voter des lois. Que restera-t-il de tout cela si nous mettons en oeuvre leurs propositions qui sont inspirées uniquement par des ambitions électoralistes, démagogiques et en dehors de toute rationalité, de tout souvenir de ce qu'ont été leurs pratiques et leur bilan.

Sur la question du terrorisme, je veux vous dire quelques mots. Je parle moins que d'autres sur ces sujets, car je sais la difficulté de ces questions. Je pense que dire aux Français qu'il y aurait des solutions efficaces qui pourraient être immédiatement mises en oeuvre contre le terrorisme serait un considérable mensonge. Pour beaucoup d'entre vous, vous avez dû lire dans Le Monde l'interview du Procureur François Molins. Vous avez constaté la lucidité d'un regard, la rigueur d'un raisonnement, le jugement porté sur un certain nombre de propositions. La lutte contre le terrorisme sera longue. Elle engagera de nombreux gouvernements au cours des prochaines années, voire des prochaines décennies. Elle appelle de la vérité, un discours inspiré par la lucidité. Nous faisons tout et nous en évitons beaucoup. Nous expulsons de notre territoire des étrangers qui sont susceptibles de commettre des attentats vers leur pays d'origine, à l'instar de ce que nous avons fait pour deux Marocains. La détermination du Gouvernement n'a jamais été aussi forte en ce qui concerne les moyens accordés à la police, à la gendarmerie pour les actions de déradicalisation dans un pays qui n'avait jamais été confronté au défi du terrorisme. La lutte sera longue et elle implique de la détermination. S'il n'y a pas de détermination et de persévérance parce qu'il y a de la démagogie et des outrances, nous perdrons en quelques mois ce que nous avons fait pendant plusieurs années pour mettre notre pays en situation de combattre ce poison, auquel il est confronté. Sur ce sujet qui angoisse les Français, il faut aussi convoquer l'esprit de Pierre Mendès France : la vérité, toujours ; l'exigence, absolument. La lucidité sur ces questions ne doit jamais être entravée par des considérations de court terme généralement électorales et au-delà desquelles se trouve la déception quand la démagogie a été convoquée et que les sujets sont sérieux.

Sur les questions migratoires, nous faisons face au défi le plus important qu'a connu notre pays depuis une soixantaine d'années. C'est le défi migratoire le plus difficile depuis la Seconde Guerre mondiale. 1,2 million de personnes sont entrées illégalement sur le territoire de l'Union européenne au cours de l'année 2015. Sur ces 1,2 million de personnes, près de 1 million se sont rendues en Allemagne, le reste s'étant réparti dans les autres pays de l'Union européenne. 3 700 familles composées de femmes, d'hommes et d'enfants sont morts en Méditerranée, entre les mains d'organisations criminelles internationales, de passeurs et de traite des êtres humains qui prélèvent jusqu'à 15 000 euros par migrant, leur promettant un Eldorado en Europe qui n'existe pas et un passage vers la Grande-Bretagne qui n'est plus possible. Sur la question migratoire, nous devons avoir les idées claires, des principes simples et nous y tenir absolument. Ces principes sont les suivants : tous ceux qui sont persécutés dans leur pays en raison de leur religion, de leur appartenance ethnique, de leur orientation sexuelle doivent pouvoir être accueillis en France dans le respect scrupuleux des conditions de l'asile. Si la France laissait à ses portes des femmes, des enfants, des familles qui ont traversé bien des pays, poussés en exode par la barbarie, alors la France ne serait plus la France. Si la gauche n'était pas capable de dire que la France doit rester la France en affirmant que le droit d'asile est intangible et que la protection que l'on doit à ceux qui ont été persécutés l'est tout autant, alors la gauche cesserait d'être la gauche. Aussi longtemps que nous serons en situation de responsabilités, nous ferons en sorte que ces principes soient respectés et pas simplement dans le discours, parce que les parlementaires qui sont là savent bien ce que nous avons fait.

Certes, la pression migratoire est forte. Nous aurons créé près de 20 000 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile. À l'époque où la droite était au pouvoir, le nombre de demandeurs d'asile est passé de près de 35 000 à 60 000. Combien de places en CADA ont-ils créées ? Je vous invite à le demander à ceux qui se présenteront contre vous lors des élections législatives, sénatoriales ou municipales dans les mois qui viennent. Demandez-leur aussi quels sont les moyens qu'ils ont donné à l'OFPRA et à l'OFII, nos administrations en charge des étrangers en situation de détresse ou en besoin de protection. Nous aurons créé près de 400 postes à l'OFPRA et à l'OFII pour permettre à ces administrations de remplir leur mission et pour diminuer la durée de traitement des dossiers des demandeurs d'asile. Celle-ci était de 24 mois. Elle est aujourd'hui de l'ordre de 15-16 mois. Nous essayons de la ramener à 9 mois. Nous reconduisons vers leurs pays d'origine ceux qui ne relèvent pas de la protection française et nous le faisons par le biais des aides au retour dans des conditions humaines. Contrairement à ce que j'ai lu il y a deux jours dans un grand journal du matin, si les reconduites aux frontières des étrangers en situation irrégulière ont baissé, c'est parce que le contrôle aux frontières mis en place depuis novembre a conduit à procéder aux réadmissions à partir des frontières directement et non parce que nous en reconduisons moins. Mécaniquement, on a moins de personnes à reconduire dans le cadre des obligations à quitter le territoire français qui prévalaient jusqu'à présent. Enfin, nous devons régler des problèmes difficiles comme celui de Calais. Je m'y suis rendu il y a deux jours. Il y a 6 900 migrants à Calais qui, par le travail funeste des passeurs, s'y sont rendus pensant passer en Grande-Bretagne. Rassembler toute cette misère à Calais revient à créer les conditions d'un désastre humanitaire. C'est l'oeuvre des passeurs que de le faire. Mon devoir de ministre de l'Intérieur est de parler aux organisations non gouvernementales et à la droite qui, sur ce sujet-là, multiplie les déclarations en disant qu'il faut une méthode. Aucune solution ne peut exister sans méthode sur des sujets aussi difficiles qui renvoient à des conditions humaines tout aussi difficiles. Nous nous employons avec Emmanuelle Cosse, sous l'autorité du Premier ministre et dans le cadre d'une relation parfaite entre nos deux ministères, à trouver des conditions d'hébergement sur l'ensemble du territoire national. Si la France n'est pas capable d'héberger 10 000 personnes alors qu'elle dispose de 36 000 communes, qu'est-il advenu de notre pays ? Il faut cette solidarité. Il faut aussi que ceux qui sont à Calais qui ne relèvent pas de l'asile politique soient reconduits aux frontières. Nous nous y employons. Près de 1 700 d'entre eux ont été reconduits sur leur pays d'origine depuis le début de l'année. Il faut lutter avec une détermination sans faille contre les réseaux de passeurs. Nous avons démantelé près de 25% de réseaux de passeurs supplémentaires par rapport à l'an dernier. C'était également le cas l'année précédente.

Voilà ce que je voulais vous dire sur les sujets dont j'ai la charge et qui renvoient à beaucoup des préoccupations transversales qui traversent l'esprit des Français au moment où les élections présidentielles se profilent. Le ministère de l'Intérieur, c'est celui qui vous permet d'échapper à l'ennui par les ennuis. Sur ce point-là, je dois vous dire que j'ai été comblé au-delà de mes espérances. C'est un ministère qui renvoie à l'essentiel, aux principes, aux valeurs, à ce qu'est la République et ce que sont les territoires. Devant le plus vieux parti de France, je voudrais conclure ce propos en disant que j'ai parfois le sentiment d'être démodé, peut-être suis-je trop inspiré par ceux qui m'ont poussé à entrer en politique – je pense notamment à François Mitterrand. En effet, la relation numérique avec un peuple ne suffit pas à faire le sens d'un engagement et à permettre à un chemin d'aller à son terme. Je crois plus à la force tellurique des forces politiques et de ceux qui les représentent qu'à une relation numérique. Je crois aux paysages, aux territoires, aux terroirs, aux histoires, à l'Histoire, aux aventures humaines et à ce qu'elles cristallisent d'expérience, notamment pour tous ceux qui ont eu la chance d'être élu sur leur territoire, d'y goûter le plaisir de la relation avec les citoyens, de s'enrichir et de bâtir avec eux des projets pour faire progresser leurs territoires. Tout cela, c'est de la politique. J'ai conscience qu'en disant cela devant le plus vieux parti de France, je prends le risque d'être démodé. La mode et l'air du temps ont assez peu de chose à voir avec l'essentiel. De même que l'urgence n'a jamais rien à voir avec l'essentiel. Ce qui est essentiel est ce qui va à la profondeur des choses. C'est ce qui permet de faire en sorte que, par les liens de l'Histoire, ce qui a inspiré l'action des morts puisse un peu présider l'action des vivants. C'est ce que proposait de faire Karl Marx. Vous n'êtes pas les plus marxistes des représentants de la gauche, mais permettez-moi cette convocation, puisque, depuis, je suis devenu socialiste et qu'il faut aussi que j'apporte la démonstration que, finalement, si l'on veut rassembler tout le monde, il faudra être capable de faire les synthèses les plus utiles. Comme je suis totalement démodé, je voulais aussi vous dire que, pour moi, ces synthèses doivent se faire dans la loyauté au Président de la République, au Premier ministre et à l'action que nous avons conduite collectivement. Peut-être par excès de sentimentalisme, ou peut-être parce que je suis trop attaché à ce que sont les aventures collectives et humaines, je n'ai jamais conçu la politique autrement qu'à travers une valeur simple, sans doute vieillotte, mais à laquelle je crois du plus profond de mon coeur.

Cette valeur s'appelle la fidélité. C'est parce que je suis fidèle et que la fidélité est une valeur qui n'est pas négociable en politique que j'ai souhaité revenir avec vous aujourd'hui à La Rochelle. Fidèle à ce que vous êtes, fidèle à ce que je fus, je ne peux oublier ces moments que j'ai vécus avec vous et qui font que je me sens ici avec ma famille. Cela est une manière pour moi d'être doublement fidèle à ce que nous sommes ensemble, parce que nous vivons une période difficile au cours de laquelle il nous faudra nous ériger au-dessus de nous-mêmes, dans l'amour de la République en ayant suffisamment de sens de l'État pour nous effacer devant lui et faire réussir le pays. C'est ce que vous avez toujours incarné dans l'Histoire. C'est ce que vous portez haut, avec brio et fidélité. C'est la raison pour laquelle je ne vous remercierai jamais assez pour m'avoir invité ici aujourd'hui.


Vive le Parti Radical de Gauche, vive La Rochelle, vive la République et vive la France ! »


source http://www.partiradicaldegauche.fr, le 30 septembre 2016

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