Interview de M. Michel Sapin, ministre de l'économie et des finances, à "France 2" le 29 septembre 2016, sur la sincérité du projet de budget pour 2017, sur la mise en oeuvre de la retenue à la source, sur la courbe du chômage et la création d'emplois. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, ministre de l'économie et des finances, à "France 2" le 29 septembre 2016, sur la sincérité du projet de budget pour 2017, sur la mise en oeuvre de la retenue à la source, sur la courbe du chômage et la création d'emplois.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, ROUX Caroline.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti : WILLIAM LEYMERGIE
« Les 4 vérités ». Aujourd'hui, Caroline ROUX reçoit Michel SAPIN, ministre de l'Économie et des Finances.

CAROLINE ROUX
Bonjour Michel SAPIN.

MICHEL SAPIN
Bonjour.

CAROLINE ROUX
Alors, pourquoi ne pas assumer que c'est un budget de campagne électorale que vous avez concocté pour les Français en cette fin de quinquennat ? Pourquoi ne pas le dire ?

MICHEL SAPIN
Alors, c'est un budget en période électorale et c'est vrai qu'à partir de là, les critiques qui sont faites par les uns ou par les autres, les observations qui sont faites par les uns ou par les autres, sont un peu d'une nature différente que lorsqu'on est en cours de législature. Mais ça n'est pas un budget de campagne électorale. Pourquoi ? En deux mots, parce que c'est un budget qui continue un certain nombre des politiques qui ont été menées, par exemple les baisses d'impôts pour les entreprises, les baisses d'impôts pour les ménages, et parce que c'est un budget qui se place aussi par rapport à l'avenir, parce qu'il y a un certain nombre de décisions que nous prenons aujourd'hui, par exemple le prélèvement à la source, qui sont des décisions pour l'avenir. Donc c'est un budget, c'est un budget après d'autres, avant d'autres, un budget sincère...

CAROLINE ROUX
Alors, c'est le problème, c'est le problème pardonnez-moi...

MICHEL SAPIN
Non, ce n'est pas un problème, c'est une réalité.

CAROLINE ROUX
... et c'est pour ça que je vous arrête. Alors, vous dites 1,5 % de croissance, recul des déficits à 2,7 %, le problème c'est que personne n'y croit, surtout pas le Haut conseil des finances publiques, ils sont quand même sérieux au Haut conseil des finances publiques, on ne peut pas les taxer de faire de la politique, Michel SAPIN.

MICHEL SAPIN
Oui, nous verrons d'ailleurs ce que dira la Commission européenne, qu'on ne peut pas taxer d'avoir été, vis-à-vis de la France, particulièrement indulgente. Donc, nous verrons comment les uns ou les autres portent un jugement objectif, sur le texte que je présente, et moi je demande des jugements objectifs. Le Haut conseil, c'est nous qui l'avons créé d'ailleurs, en fin 2012, donc on ne sait pas comment il se serait comporté par rapport à d'autres budgets, j'imagine ce qui aurait été dit sur les budgets précédents de Nicolas SARKOZY. Mais le Haut conseil c'est sa fonction, au fond c'est de tirer des sonnettes d'alarme, c'est pas...

CAROLINE ROUX
Oui, mais ce n'est pas un problème, il dit que c'est improbable vos hypothèses.

MICHEL SAPIN
Ce n'est pas un problème. L'objectif de ce Haut conseil, c'est de dire : sur tel point, on n'est pas sûr que ça va se faire. Je vais vous dire une chose : les prévisions c'est un art très incertain, surtout quand ça concerne l'avenir. C'est ce qu'on disait.

CAROLINE ROUX
Y compris les autres, alors.

MICHEL SAPIN
Évidemment, par définition. Mais la question est de savoir si on a des prévisions qui sont boostées, pour le plaisir d'être boostées, donc ce qu'on appellerait insincères ou non. Non, la réponse est non. Il y a... Les prévisions ça change tout le temps, tout au long de l'année, elles changent. Je vais changer mes prévisions, tout au long de l'année, parce que tel ou tel institut aura dit : « C'est à la hausse, ou c'est à la baisse » ? Non. Il y a un objectif, cet objectif on n'est jamais sûr de l'atteindre. Il nous arrive parfois, et ça a été le cas par le passé, de faire mieux, et donc à partir de cet objectif, je construis un budget solide et sérieux.

CAROLINE ROUX
Bon, vous êtes prêt ? Un budget bidon, selon François FILLON, avec des cadavres fiscaux dans les placards des finances publiques, un budget qui perpétue le poison des déficits, selon Alain JUPPE, bidouillage, bricolage, c'est violent. Est-ce que vous allez leur laisser les caisses vides en cas d'alternance, Michel SAPIN ?

MICHEL SAPIN
Quand je vous disais qu'il me semblait que nous étions en campagne électorale, vous venez d'en donner la preuve. Et donc, ces mots sont plus gros, même s'ils ne sont pas forcément de gros mots, sont des mots qui sont inutiles, ce sont des mots qui ne correspondent pas à la réalité. Je sais bien comment on se comporte quand on est dans l'opposition, ça m'est arrivé, et parfois on dit un peu plus que la réalité de ce que l'on pense. Donc voilà, je le laisse comme tel. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la réalité de ce projet de budget, c'est ce qu'il continue à faire, des baisses d'impôts pour les entreprises, des baisses d'impôts pour les ménages, c'est ce qu'il prépare, parce que c'est un budget qui prépare l'avenir, par exemple dans le domaine de l'éducation, par exemple dans le domaine de la sécurité, avec plus de moyens pour nos armés, plus de moyens pour la police, plus de moyens pour la justice. C'est ça mon budget.

CAROLINE ROUX
Pour boucler la partie politique, je vous posais la question : est-ce que vous alliez leur laisser les caisses vides en cas d'alternance ? François FILLON dit, au fond, on sera à 4 % de déficit.

MICHEL SAPIN
François FILLON avait dit, vous vous en souvenez, « j'ai trouvé la France en faillite ». Il se trouve qu'aujourd'hui, y compris en termes de déficit, nous avons des chiffres bien meilleurs que ceux qu'il a laissés, donc s'il avait laissé une France en faillite, nous avons aujourd'hui une France en bien meilleur état.

CAROLINE ROUX
Le prélèvement à la source est engagé, vous venez de le rappeler, mais Nicolas SARKOZY a déjà annoncé qu'il reviendrait sur cette réforme, s'il est élu, qui transformerait l'employeur, dit-il, en percepteur. Est-ce qu'il y a un bouton marche/arrière à Bercy, sur une réforme comme celle-ci ?

MICHEL SAPIN
Pourquoi est-ce que quelqu'un, au bout du compte, au-delà, de la campagne électorale, a ce réflexe un peu primaire qui consiste à dire que puisque c'est proposé par la majorité d'aujourd'hui, donc c'est mauvais, sans se poser vraiment les questions intelligentes sur le sujet.

CAROLINE ROUX
Vous l'avez fait, pardon, sur certaines mesures qui avaient été prises par Nicolas SARKOZY.

MICHEL SAPIN
Le prélèvement à la source, chacun l'a bien en tête, c'est faire payer les impôts, en fonction des revenus du moment, de ce que l'on touche, et non pas en fonction des revenus de l'année précédente. Je vous assure que le chômeur, aujourd'hui, il comprend de quoi je parle. Que celui qui est parti à la retraite et qui gagne moins aujourd'hui qu'il ne gagnait auparavant, il comprend de quoi je parle. Que celui qui, dans la vie professionnelle, a un autre métier qui est moins payé que le métier précédent, il sait de quoi je parle. C'est donc une réforme simple, extrêmement utile, extrêmement juste pour l'ensemble des Français. Alors, si on veut revenir sur des réformes simples et justes pour l'ensemble des Français, évidemment la démocratie elle permet de revenir sur n'importe quelle réforme, mais comment peut-on imaginer quelqu'un qui arriverait au pouvoir, quel qu'il soit, et qui se dise : « ma première préoccupation, c'est de casser une réforme qui est bonne pour les Français » ?

CAROLINE ROUX
Vous aviez prévu l'inversion de la courbe du chômage, vous aviez dit que les prévisionnistes à l'époque étaient pessimistes, mais les derniers chiffres du mois d'août, vous le savez, sont très mauvais, + 50 000 chômeurs. Est-ce que vous dites, comme le président : « pas de bol » ?

MICHEL SAPIN
Il ne faut pas se polariser sur telle ou telle expression, qu'on sort ensuite de son contexte. Mais, regardons les choses dans la durée, ce n'est pas simple. Evidemment aujourd'hui la situation sur le front du chômage, elle n'est pas bonne, elle n'est pas appréciée par tous, mais elle est meilleure.

CAROLINE ROUX
Vous avez échoué là-dessus. Michel SAPIN, est-ce que ça ne serait pas plus simple de l'assumer une fois pour toutes ? De dire : allez, on s'est engagé, on a fait le plus possible, mais on a échoué.

MICHEL SAPIN
Écoutez, Caroline ROUX, qu'est-ce qu'il faut pour l'économie française ? Il faut créer, et pour les Français, il faut créer des emplois, en partie dans les entreprises. Est-ce qu'au cours de la dernière année, on a créé des emplois, les entreprises ont-elles créé des emplois ? La réponse est oui. Vous savez combien ? 130 000 emplois ont été créés dans les entreprises. Je ne parle pas des mesures, par ailleurs utiles, qui sont portées par l'État, pour soutenir les jeunes, les chômeurs, etc. 130 000 emplois, ça n'était pas arrivé depuis 2007, Caroline ROUX. Notre politique permet que dans les entreprises, 130 000 emplois soient créés, alors que, pendant toute la période, depuis 2007, soit elles détruisaient des emplois, soit elles n'en créaient pas plus. Donc, de ce point de vue-là, notre politique est utile, alors il faut en créer encore plus. Parce que vous savez ce qui se passe en France ? En France on a fait beaucoup d'enfants et on continue d'en faire, tant mieux. Et donc il y a une démographie, qui est une démographie qui est positive. Donc nous devons créer encore plus d'emplois, pour faire reculer de manière durable le chômage.

CAROLINE ROUX
Vous faites partie du dernier carré des fidèles, donc persuadé que François HOLLANDE est le meilleur pour faire gagner la gauche. Vous ne doutez pas de lui, j'anticipe sur ce que vous pourriez me dire, à moins que vous ne démentiez ces propos, est-ce que lui doute de sa capacité à de nouveau embarquer les Français ?

MICHEL SAPIN
Mais dans toute position, que l'on soit en observateur, comme vous le dites, dans le carré des grognards, ou qu'on soit au milieu de ce carré des grognards, le doute est utile. Le doute est nécessaire, il n'y a jamais de certitudes dans la vie...

CAROLINE ROUX
Que vous, vous ayez des doutes, mais lui, en a-t-il ?

MICHEL SAPIN
Mais on doit toujours avoir des doutes ? Est-ce que c'est une raison ensuite pour refuser d'y aller ? Est-ce que c'est une raison pour considérer que par définition tout serait perdu ? Mais non. La politique, surtout pour ceux qui sont combattants en politique, depuis très longtemps, c'est de faire bouger les lignes, et c'est pas parce qu'aujourd'hui c'est difficile, que demain on n'est pas forcément gagnant. C'est vrai pour tous, et le passé nous apprend, et c'est ainsi que François HOLLANDE est passé de 3 % dans les sondages à 51 % dans le coeur des Français.

CAROLINE ROUX
Merci beaucoup Michel SAPIN. C'est à vous William.

WILLIAM LEYMERGIE
Merci, à demain.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 6 octobre 2016

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