Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à iTélé le 5 octobre 2016, sur la préparation de l'élection présidentielle, le sauvetage du site d'Alstom de Belfort et la lutte contre les inégalités sociales. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à iTélé le 5 octobre 2016, sur la préparation de l'élection présidentielle, le sauvetage du site d'Alstom de Belfort et la lutte contre les inégalités sociales.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, DARMON Michael.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : FLORENT PEIFFER
L'interview politique ; Michael DARMON, vous recevez ce matin Jean-Marie LE GUEN, le Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement.

MICHAEL DARMON
Bonjour.

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Michael DARMON.

MICHAEL DARMON
Quel diagnostic fait l'urgentiste LE GUEN sur le patient MACRON ?

JEAN-MARIE LE GUEN
D'abord, je pense qu'il ne faut pas être trop dans l'urgence. Il faut considérer les choses dans leur parcours. Je le dis, je regrette qu'il ait quitté le gouvernement. Je ne crois pas à la stratégie qui est la sienne, c'est-à-dire de créer une offre politique qui n'aurait pas de racine, qui n'aurait pas d'histoire, qui n'aurait pas de collectif. Ce que j'ai entendu hier ne me rassure pas de ce point de vue. J'ai trouvé la difficulté à tenir des mots et des propositions véritablement nouvelles. C'est un petit peu hors sol tout cela.

MICHAEL DARMON
Justement, pour aider au diagnostic de votre part, reprenons un petit extrait de ce qu'il définit comme étant le malaise français. C'était donc hier à Strasbourg.

- Extrait du meeting d'Emmanuel MACRON, ancien ministre de l'Economie :
« La réforme de notre mode de scrutin pour permettre une meilleure représentation de la société française et de toutes les familles politiques est une nécessité. »

MICHAEL DARMON
Voilà. La vision, c'est la réforme, de la proportionnelle, de la concertation, le malaise démocratique.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas d'une innovation considérable. Vous êtes journaliste politique, ça fait quand même maintenant une vingtaine d'années que vous entendez parler de la proportionnelle, une dose de proportionnelle. Il y a un malaise démocratique dans notre pays, disons les choses comme elles sont. J'en vois au moins deux expressions. D'une part, peut-être une forme d'exercice des institutions de la Vème République où on exige du président de la République qu'il résolve tous les problèmes ; ç'a été le cas avec Nicolas SARKOZY, ç'a été aussi le cas avec François HOLLANDE. Je pense que c'est une vision qui n'est pas juste du fonctionnement d'une société moderne. Puis il y a une deuxième façon d'avoir un mal-être démocratique, c'est qu'avec les nouvelles technologies on voit bien qu'il y a une nouvelle façon de construire la norme – la loi, le budget – qui doit se faire.

MICHAEL DARMON
Il va plus loin que ça puisqu'il y a même quelques propositions qu'il a avancées. Pas vraiment encore sur scène mais peut-être aussi un peu en off. Il dit qu'il voudrait privatiser certains secteurs importants comme la santé, comme les pompiers. Il est libéral en fait, Emmanuel MACRON. Est-ce qu'à gauche on va commencer à s'en apercevoir ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il y a libéral et libéral. Moi, je ne suis pas un idéologue et je n'aime pas les gens qui réagissent…

MICHAEL DARMON
Vous êtes un réformateur, vous l'avez même accueilli dans votre université…

JEAN-MARIE LE GUEN
Absolument, mais voyons ce qu'il propose. La santé, c'est libéral aujourd'hui. Les médecins, on parle de la médecine libérale. Les pompiers, je ne vois pas bien comment ça peut fonctionner de façon libérale, je dois le dire. Donc s'il fait de l'idéologie d'un libéralisme outrancier, je pense qu'il a tout à fait tort. S'il est pragmatique et si nous sommes pragmatiques pour dire : « Ici ça marche bien le service public, là il faut le réformer », regardons. Moi, je pense qu'il faut être très pragmatique. Ne soyons pas un idéologue ni du libéralisme, ni de l'antilibéralisme.

MICHAEL DARMON
Il y a une autre question où on attend toujours au tournant Emmanuel MACRON, c'est la question de la loyauté, de sa loyauté vis-à-vis de François HOLLANDE. Il a été questionné ce matin chez nos confrères de RTL. Voilà ce qu'il a répondu. Il n'aime pas trop cette question, on va l'entendre.
- Extrait de l'interview d'Emmanuel MACRON sur RTL :
« On ne peut pas prétendre être loyal en considérant qu'on appartient à un clan, qu'on est dans une fidélité vassalique. On est d'abord loyal quand on est conforme à ses engagements, à ses idées, à ce qu'on croit bon pour le pays. Et, je vais finir là-dessus, j'ai pris mes responsabilités en quittant un poste ministériel, le gouvernement. Pour quoi ? Pour prendre mon propre risque, pour prendre mes responsabilités. »

MICHAEL DARMON
On avait connu ça à l'époque à droite avec CHIRAC, BALLADUR, les trahisons comme ça des fidélités. Là, vous vivez cette même histoire un peu avec lui.

JEAN-MARIE LE GUEN
Prenons un peu de hauteur.

MICHAEL DARMON
Justement.

JEAN-MARIE LE GUEN
La loyauté par rapport à une équipe, il décide de la quitter, c'est son droit. Je pense que c'est dommage à tous points de vue : pour nous tous et peut-être pour ce qu'il prétend défendre ses idées. Mais deuxièmement, la loyauté ça sera celle vis-à-vis de ce qu'il est. Est-il un homme de gauche ?

MICHAEL DARMON
C'est la question que je vous pose.

JEAN-MARIE LE GUEN
Je crois. Je crois, je le crois. A ce moment-là, il ne pourra pas être l'homme de la division de son camp. Il ne pourra pas être l'homme qui, quelque part, risquerait de disqualifier son camp.

MICHAEL DARMON
Mais ça ne le convainc pas ce que vous dites là.

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est la divergence que j'ai avec lui.

MICHAEL DARMON
Il considère qu'il a justement son destin.

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est un trait de l'époque, c'est un trait de l'époque. Chacun pense qu'il a un destin exceptionnel. Il faut faire un selfie de l'Histoire. Non ! Je crois qu'on peut avoir une très haute ambition pour soi-même et, en même temps, travailler de façon collective. Je ne pense pas que l'individualisme poussé jusqu'au bout soit une solution pour les temps qui viennent. C'est un défaut de l'époque, attention de ne pas tomber dedans.

MICHAEL DARMON
A sa manière, il raconte aussi que beaucoup n'ont pas envie de revoir François HOLLANDE soit se présenter, soit a fortiori être réélu. Jean-Luc MELENCHON de son côté, qui lui est cohérent de ce point de vue-là depuis cinq ans, va même maintenant plus loin. Il considère que le débat lancé par Nicolas SARKOZY sur nos ancêtres les Gaulois est un débat qui n'est pas totalement et qui permet de réfléchir. Qu'est-ce que vous dites, vous ? Ça vous met en colère quand vous entendez ça.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, parce que je pense qu'il pousse toujours plus loin effectivement l'idée de faire péter le système. Enfin, le système dont il parle c'est la République tout simplement.

MICHAEL DARMON
Dont MACRON parle également.

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui. Non mais attendez. Moi je suis pour la transformation des choses et Jean-Luc MELENCHON peut avoir l'espace d'une critique sociale ou autre de ce que fait ce gouvernement. Le problème, c'est qu'on ne joue pas. On n'est pas dans un jeu. Je sais que beaucoup de nos concitoyens doutent tellement de la politique qu'ils se disent : « Tout ça, c'est loin » et ils rigolent. Non ! Là, il en va quand même de choses fondamentales. C'est bien de la paix, éventuellement de la prospérité des Français dont il s'agit. Il y a des choses graves qui se jouent en ce moment, donc on ne joue pas et on ne s'amuse pas à péter le système parce que le système ne vous permet pas de réussir. Monsieur MELENCHON est marginalisé dans sa situation. Personne ne discute avec lui, il est tout seul, il est en bisbille avec ses amis les plus proches du Parti communiste. Évidemment à partir de là, il a envie comme un peu un gamin de tout faire péter. Non seulement la gauche – ça, on l'a bien compris : depuis le début il est contre François HOLLANDE -, mais maintenant c'est même la conception même de la République. C'est pour ça que je dis que la théorie du chaos qui est la sienne, ce n'est pas comme ça qu'on fait avancer la société y compris avec des idées de progrès.

MICHAEL DARMON
En même temps, lorsqu'on voit que les gros dossiers arrivent et demandent des décisions stratégiques importantes comme sur ALSTOM, qu'est-ce qu'on voit ? Que l'Etat reprend le bon vieux système qui est tout simplement d'aller acheter des trains pour les mettre sur des lignes qui seraient à vitesse réduite. Les trains de l'Etat, c'est ce qui va sauver l'industrie française ?

JEAN-MARIE LE GUEN
L'industrie française doit être sauvée et moi, j'entends en ce moment tout un tas de belles âmes qui n'ont rien dit quand, depuis quinze ans, l'industrie française partait en capilotade. Aujourd'hui, sauver l'industrie c'est quelque chose. Dans le cas de cette industrie, il fallait sauver ALSTOM, non seulement le site de Belfort mais plus généralement cette entreprise ferroviaire, de technologie. On vient de vendre des marchés aux États-Unis, on le fait en Asie. S'il n'y a pas une industrie nationale avec un territoire national pour l'industrie, il n'y aura même plus les bureaux d'études, de recherche, et cætera. Nous avons mobilisé les moyens de l'État. Tout à l'heure, vous me posiez la question : je ne suis pas effrayé par telle ou telle position libérale. Je ne suis pas du tout effrayé, je suis un pragmatique et quand il faut que l'Etat mette le poing sur la table et se dote des moyens de recréer une industrie ferroviaire, il le fait et j'en suis heureux.

MICHAEL DARMON
Nicolas SARKOZY vient de dire que cette décision préparée par Emmanuel MACRON, c'est la pire des politiques économiques qui a été installée depuis des années.

JEAN-MARIE LE GUEN
Nicolas SARKOZY est dans l'outrance. Il a un problème avec son propre électorat et je pense qu'il est en train de filer un mauvais coton, si tant est qu'il ait filé un bon coton auparavant. Il est en train de se radicaliser sur toutes ses propositions, il croit que c'est comme ça qu'il va s'en sortir. C'est son problème. En attendant, je ne crois pas que la société française… Moi, j'appelle véritablement aujourd'hui. Il y a des enjeux dans cette société française. Elle est pleine de tension, le monde est dangereux. Nous devons avoir un sursaut républicain. Je pense que le rôle de la gauche, c'est de se dépasser, de se rassembler et ceux qui mettent de la tension…

MICHAEL DARMON
Mais est-ce que brandir uniquement la République est une solution ? Jean-Marie LE GUEN, vous brandissez sans arrêt la République à tous bouts de champ alors qu'on voit bien qu'elle n'arrête pas de faillir. Il y a les inégalités sociales à l'école, il y a des tensions, la société… Est-ce que c'est la seule solution ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ce n'est pas exact, ce n'est pas exact. Nous sommes dans une société plus égalitaire que les sociétés anglo-saxonnes ou d'autres sociétés développées. Ne soyons pas dans ce niveau-là. La France aujourd'hui lutte contre la pauvreté. Elle le fait mieux que beaucoup d'autres pays. Soyons fiers de notre pays. Nous avons – je suis le premier à le critiquer – tout un tas d'insuffisances. Je vous parlais de la politique industrielle, on pourrait parler d'éducation. Vous avez raison, il faut aller plus loin. Mais en tout état de cause, ayons la fierté de ce pays qui peut se battre. Il a des atouts considérables, mettons-les en mouvement s'il-vous-plaît.

MICHAEL DARMON
On en reparlera bientôt. Merci beaucoup.

JEAN-MARIE LE GUEN
Merci à vous.

FLORENT PEIFFER
Merci Jean-Marie LE GUEN. « Soyons fiers de notre pays ». On notera aussi que vous parlez d'un discours un peu hors sol à propos d'Emmanuel MACRON.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 octobre 2016

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