Interview de M. Michel Sapin, ministre de l'économie et des finances, à "Europe 1" le 5 octobre 2016, sur l'action gouvernementale pour maintenir l'activité d'Alstom à Belfort, sur le nouveau plan d'aide aux agriculteurs, les prévisions de croissance de la zone euro par le FMI. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Michel Sapin, ministre de l'économie et des finances, à "Europe 1" le 5 octobre 2016, sur l'action gouvernementale pour maintenir l'activité d'Alstom à Belfort, sur le nouveau plan d'aide aux agriculteurs, les prévisions de croissance de la zone euro par le FMI.

Personnalité, fonction : SAPIN Michel, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'économie et des finances;

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bienvenue Michel SAPIN, bonjour.

MICHEL SAPIN
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous n'êtes pas récompensé, vraiment. Tout le gouvernement, Belfort, la région, se flattent d'avoir sauvé Belfort et ALSTOM, les salariés, et pourtant, de Nicolas SARKOZY et François FILLON, à Arnaud MONTEBOURG et Marine LE PEN, vous n'avez fait que du bidouillage, du bricolage électoral, et que c'est même une bouffonnerie.

MICHEL SAPIN
C'est ingrat l'action, parce que nous n'aurions fait, évidemment nous aurions été accusés, peut-être justement, de ce que l'Etat ne prenait pas ses responsabilités, qu'on laissait, une fois encore, mourir une usine et une usine symbole, que, au fond, on ne s'intéressait pas à l'industrie, au maintien d'une activité industrielle en France, voilà ce qui aurait été la critique. Elle était déjà inscrite, elle était déjà écrite, elle était même déjà, parfois, dite. Et puis maintenant, l'Etat prend ses responsabilités, nous pourrons revenir dans le détail, le fait de manière responsable, de manière efficace, et évidemment on nous accuse, les mêmes…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Responsable, Le Figaro a calculé 1 million par salarié, c'est un peu cher la responsabilité en l'occurrence.

MICHEL SAPIN
Les mêmes nous accusent de bidouillage ou éventuellement d'irresponsabilité. Oui, mais ça ce sont des calculs qui sont, non seulement injustes, mais presque malhonnêtes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quel est le prix du sauvetage d'ALSTOM ?

MICHEL SAPIN
Aujourd'hui, les commandes qui vont pouvoir être passées à ALSTOM, qui sont indispensables pour permettre à l'usine de Belfort de continuer à travailler, elles sont indispensables. Sans ces commandes il n'y avait plus d'ALSTOM à Belfort, il faut que les choses soient claires et nettes, ça arrêtait pendant 2 ans et donc…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il y aurait eu ALSTOM ailleurs, puisque ALSTOM continue de faire des bénéfices…

MICHEL SAPIN
Evidemment, avec autant de salariés au moins…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'ailleurs, le PDG d'ALSTOM, qui profite beaucoup, c'est un maître chanteur, il en a obtenu lui.

MICHEL SAPIN
Oui, mais les bénéfices aujourd'hui, ils sont faits à l'exportation, avec des trains qui sont fabriqués à l'étranger. Je le comprends, quand on est en Inde on préfère fabriquer ses trains en Inde, mais ça ne donne rien sur le territoire français. Est-ce qu'on doit abandonner le territoire français et considérer que c'est un territoire désindustrialisé ? La réponse est non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'en reviens, quel est le prix du sauvetage d'ALSTOM ?

MICHEL SAPIN
Le gouvernement prend ses responsabilités, il considère que la France est un pays industriel et qui, avec son industrie, a de l'avenir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Quel est le prix du sauvetage ?

MICHEL SAPIN
Je le répète. De toute façon, il eut fallu des commandes pour sauver ALSTOM. Il faut faire des commandes intelligentes, des commandes intelligentes c'est quoi ? Soit des commandes qui correspondent à des besoins immédiats, ça va être le cas de TGV qui vont vers l'Italie, ça va être le cas d'un certain nombre de locomotives qui sont indispensables au bon fonctionnement de l'ensemble du réseau. Et ce sur quoi, aujourd'hui, la polémique de manière, je trouve tout à fit incongrue, est en train de se polariser, c'est 15 TGV pour une ligne qui est une ligne, qui est la ligne Sud, qui va de Bordeaux à Marseille.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui ne vont pas rouler à grande vitesse mais avec une banderole « TGV électoral. »

MICHEL SAPIN
Monsieur ELKABBACH, je suis persuadé que vous avez déjà pris le TGV de Paris à Bordeaux.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui.

MICHEL SAPIN
Sur quelle ligne roule-t-il, ce TGV, à Bordeaux, entre Tours et Bordeaux, et à quelle vitesse ? A celle-là. Pourquoi ? Parce que c'est actuellement, pour l'instant, une ligne « normale », se construit à côté une ligne à grande vitesse, mais votre TGV, tout le monde était très fier à Bordeaux d'avoir le TGV qui arrivait à Bordeaux. Il roule, et c'est normal, sur une ligne…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je comprends très bien vos explications, mais quel est le coût de cette opération de sauvetage ? Trois fois que je le dis.

MICHEL SAPIN
Bien sûr, mais vous pouvez toujours répéter. La commande, elle est connue, elle est de 750 millions, c'est ça qui permet d'y arriver. Est-ce que c'est un coût ? Non, ce n'est pas un coût. De toute façon, sur cette ligne, entre Bordeaux et Marseille, il aurait fallu acheter des trains. Est-ce qu'il vaut mieux acheter un train, cher par définition, aujourd'hui, qui sera dépassé dans 5 ans ou dans 10 ans, ou est-ce qu'il vaut mieux, dès maintenant, acheter le TGV qui roulera sur une ligne à grande vitesse dans 10 ans ? Le bon calcul c'est celui que nous faisons. Le calcul qui est respectueux des finances publiques, c'est celui que nous faisons. Et le calcul qui permet de maintenir une activité à Belfort, c'est celui que nous faisons.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour l'opposition rien n'indique que ce plan sera appliqué. Elle vous prévient qu'en cas d'alternance elle ne se sent pas engagée par les décisions que vous venez de prendre.

MICHEL SAPIN
J'aimerais qu'ils le disent plus fort encore, aux ouvriers de Belfort, qu'ils le disent plus fort encore, aux élus de Belfort, qu'ils disent que eux n'auraient pas pris leurs responsabilités, que même éventuellement demain, ils sont prêts à renier les responsabilités de l'État, qu'ils continuent comme ça et je pense que leur popularité va augmenter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La SNCF va payer 6 TGV, on dit qu'elle est fauchée, est-ce que vous allez aider la SNCF ?

MICHEL SAPIN
Alors, que les choses soient claires, s'agissant de ceux qui font aujourd'hui débat, c'est-à-dire ces 15 TGV, sur la ligne Sud, c'est l'État qui les achète, ce qui est normal, ce n'est pas l'État qui les achète pour jouer au petit train électrique. Aujourd'hui, c'est très juridique, mais l'autorité organisatrice c'est l'État, l'autorité qui est responsable c'est l'État, dans les régions ce sont les régions - qui achète ? L'État. Dans les régions, qui achète ? Les régions - et on met à disposition, en l'occurrence de la SNCF, ces trains, ce qui est normal, c'est comme ça que l'on fait partout. Donc, l'Etat prend ses responsabilités, dans le cadre de ses compétences.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez peut-être sauvé ALSTOM, est-ce que l'État va intervenir pour secourir d'autres entreprises en difficulté, qu'elles soient grandes ou petites ? Je prends l'exemple d'ECOPLA, dont nous avons parlé tout à l'heure, qui est en liquidation. Les salariés viennent de créer une Scop, il y a le tribunal administratif qui va se prononcer aujourd'hui. Est-ce que Bercy choisit les salariés, est-ce que vous les aidez, est-ce que les abandonnez, au moins sur le principe ?

MICHEL SAPIN
Là on est sur une toute autre grandeur d'entreprise, mais c'est presque aussi important du point de vue symbolique, c'est est-ce qu'on peut maintenir des activités industrielles dans nos villes, dans nos départements, en l'occurrence en Isère ? Ma réponse est là aussi oui. Il faut que le tribunal de commerce, en l'occurrence c'est le tribunal de commerce, fasse le choix qui est celui de l'intérêt général, de l'intérêt de la France, mais aussi de l'intérêt de cette région, de l'intérêt de cette entreprise. Et le choix, le bon choix…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc plutôt la Scop que le candidat repreneur italien.

MICHEL SAPIN
Le bon choix, celui qui permet de maintenir sur place une activité, qui est une activité utile, c'est le choix de cette Scop.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Xavier BEULIN et la FNSEA sont plutôt satisfaits du nouveau plan d'aide aux éleveurs, un peu, aux céréaliers beaucoup. Là encore, combien ?

MICHEL SAPIN
Il n'y a pas de versement d'argent, il y a la mise en place d'un plan qui va permettre de venir au secours des entreprises qui se trouveraient en grande difficulté. Au lieu de laisser tomber en faillite une entreprise agricole, nous avons mis en place, avec les banques, un système de garantie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Combien ?

MICHEL SAPIN
Mais vous ne savez pas combien coûte à l'avance un système de garanties bancaires.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais vous savez pourquoi je vous dis ça, parce que toutes ces dépenses additionnées, Michel SAPIN, comment le budget 2017 aura-t-il un déficit de 2,7 au lieu de 3, est-ce que Michel SAPIN c'est un magicien qui peut arriver… ?

MICHEL SAPIN
Les garanties qui sont données aux agriculteurs, leur permettent de faire des emprunts à pas cher, et c'est ça qui permettra de les sauver, c'était la moindre des solidarités vis-à-vis de ce secteur agricole qui souffre énormément.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais le budget 2017 ? Vous renvoyez tout sur vos amis ou vos successeurs de 2018 ?

MICHEL SAPIN
Peut-être sur moi-même d'ailleurs. Est-ce que, en 2017, ceci a des conséquences ? Non, ça n'a pas de conséquence budgétaire en 2017, ni d'ailleurs, lorsque vous parliez d'ALSTOM, puisque c'est des achats qui se feront à partir de… 2020…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, vous dites en 2019.

MICHEL SAPIN
Ni vis-à-vis des agriculteurs.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc vous ne risquez pas d'entendre dire que vous laissez une sacrée ardoise à vos successeurs, à moins que ce soit vous ?

MICHEL SAPIN
Mais, ce n'est pas une ardoise, c'est une action. Est-ce qu'il faudrait s'arrêter d'agir l'année qui précède une élection présidentielle ? On nous ferait le reproche de dire, mais que faites-vous, pourquoi vous êtes là ? C'est une année utile, et dans une année utile on prend des décisions qui ont des conséquences pour les années ultérieures. Nous le faisons de manière responsable, et à l'intérieur des engagements qui sont les nôtres, aussi bien vis-à-vis des Français, que vis-à-vis…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous avez dit plusieurs fois le mot « responsable. »

MICHEL SAPIN
Mais oui, parce que c'est la plus belle des qualités quand on est politique, prendre ses responsabilités.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le FMI prévoit pour la zone euro un ralentissement de la croissance en 2017. Je vais très vite. Pour l'Allemagne de 1,7 en 2016 à 1,4 en 2017. Pour la France le FMI prévoit 1,3, et vous 1,5. Qui aura raison ?

MICHEL SAPIN
C'est les faits qui nous le diront.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous, vous maintenez le 1,5 ?

MICHEL SAPIN
Le FMI disait 1,6 avant l'été, il dit maintenant 1,3, le FMI varie tout au long de l'année, moi je ne varie pas tout au long de l'année.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et vous dites ?

MICHEL SAPIN
On fixe un objectif, cet objectif c'est 1,5, c'est un objectif raisonnable, qu'il faudra atteindre, il faut agir. Tenez, par exemple, ce que nous faisons pour ALSTOM ça permet aussi de nourrir cette croissance supplémentaire pour l'année prochaine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Michel SAPIN, à Strasbourg Emmanuel MACRON veut renouveler la démocratie. Vous avez trouvé beaucoup de neuf dans ce qu'il a dit ?

MICHEL SAPIN
Non, j'ai trouvé beaucoup de vieux, c'est vraiment faire du soi-disant neuf avec du vieux, avec des paroles qu'on a déjà entendues, avec des propositions qu'on a déjà entendues. Je peux dire que je les ai déjà entendues en 2007, mais avec parfois plus de talent et plus d'intuition, de la part de la candidate socialiste à l'époque. Je les ai entendus…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ségolène ROYAL.

MICHEL SAPIN
Non, je ne les ai pas entendus, mais je m'en souviens, j'étais petit, monsieur LECANUET disait la même chose en 1965, comme quoi il ne suffit pas de prendre des slogans, qui peuvent être intéressants…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Là vous n'exagérez pas ?

MICHEL SAPIN
Non, c'était la même chose, c'était les mêmes mots.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il était votre voisin, vous étiez au 6e, il était au 3e, est-ce que vous pressentiez qu'il allait faire ce chemin, qu'il allait s'envoler, s'en aller ?

MICHEL SAPIN
Ça, les jugements qu'on peut porter sur les personnes, bien… j'avais un jugement depuis quelques mois sur le fait qu'il préférait son itinéraire personnel à l'itinéraire collectif de ce gouvernement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et qu'est-ce qu'il a que les autres n'ont pas ?

MICHEL SAPIN
Demandez à ceux qui le trouvent attrayant, clinquant, brillant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et tel que vous le voyez parti, vous pensez qu'il sera candidat en 2017 ?

MICHEL SAPIN
Je n'en sais rien, nous verrons, ça c'est la politique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais vous le savez, vous avez de l'expérience, vous n'avez pas de doute ?

MICHEL SAPIN
Non, non, parce qu'on est là dans une autre manière d'être, une autre manière de faire, d'ailleurs il veut absolument être différent des autres, alors comme il est différent des autres, il agira différemment des autres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et il n'a pas de programme.

MICHEL SAPIN
Non, il n'a pas de programme.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce qui est frappant c'est qu'il n'a pas encore vraiment un programme et qu'il est plus populaire que la plupart d'entre vous.

MICHEL SAPIN
Mais c'est pratique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est le sourire, le charisme, plutôt que le programme.

MICHEL SAPIN
C'est pratique, puisque vous n'avez pas de programme, vous n'avez pas de proposition, vous ne vous faites pas d'ennemi, vous êtes simplement avec votre beau sourire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ma dernière remarque. Les derniers sondages lui accordent 15 % au premier tour d'une élection s'il est candidat, et pas de présence au deuxième tour. C'est-à-dire, aujourd'hui, s'il ne peut pas gagner en 2017, c'est-à-dire qu'il fera du mal et qu'il fera peur.

MICHEL SAPIN
Évidemment, il ne peut pas gagner, par contre il peut faire perdre, il peut faire perdre la gauche, peut-être est-ce son objectif.

THOMAS SOTTO
Merci beaucoup Michel SAPIN d'être venu ce matin sur Europe 1.


source : Service d'information du Gouvernement, le 11 octobre 2016

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