Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à Radio Classique le 6 octobre 2016, sur le statut des victimes d'attentats terroristes, la stratégie politique de l'ancien ministre M. Emmanuel Macron et le sauvetage du site d'Alstom de Belfort. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à Radio Classique le 6 octobre 2016, sur le statut des victimes d'attentats terroristes, la stratégie politique de l'ancien ministre M. Emmanuel Macron et le sauvetage du site d'Alstom de Belfort.

Personnalité, fonction : MEADEL Juliette, DURAND Guillaume.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes;

ti : GUILLAUME DURAND
Juliette MEADEL, bienvenue. Vous êtes chargée de cette affaire des victimes, affaire importante pour le pays, avec cette cérémonie qui aura lieu à Nice le 14 octobre prochain. Est-ce qu'on sait d'ores et déjà ce matin comment elle va se dérouler ? ce qui va se passer exactement ?

JULIETTE MEADEL
Oui. C'est un hommage qui se tiendra à Nice. C'est un hommage national. Le président de la République s'y rendra, il prononcera un discours en présence des victimes, des familles de victimes, des personnes également qui ont été blessées, des proches des décédés. En tout, environ deux mille cinq cents personnes dans un endroit à Nice que les Niçois connaissent bien, qui s'appelle la colline du Château, qui permettra à la fois un moment de recueillement mais aussi pour toute la nation, toute la République, de se souvenir, de rendre hommage et surtout de délivrer un message qui est un message avant tout de fraternité et de sérénité.

GUILLAUME DURAND
On va revenir évidemment sur le statut, entre guillemets, des victimes. D'abord, est-ce qu'il est probable qu'il y ait un jour un statut ?

JULIETTE MEADEL
Actuellement, les victimes d'attentat terroriste sont des victimes civiles de guerre. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'elles bénéficient, qu'elles peuvent se prévaloir d'une protection en matière sanitaire. Aujourd'hui, regardez à Nice par exemple, nous avons pris une décision avec Marisol TOURAINE qui leur permet d'avoir accès gratuitement à des psychiatres formés aux psychotraumas dans les hôpitaux. Et puis, il y a eu aussi cette décision de dire : si vous voulez aller consulter en ville, il y a une dizaine de séances qui seront remboursées à cinquante euros. Il n'y a pas que cela. Bien sûr il y a l'indemnisation dont vous parliez. C'est une indemnisation qui est indispensable parce que d'abord elle permet de faire face aux premiers frais.

GUILLAUME DURAND
Et qui intervient après l'année écoulée de la période de consolidation. C'est ça ?

JULIETTE MEADEL
Pas seulement, non. Regardez : dans les dix jours après l'attentat de Nice, il y a plusieurs dizaines de victimes qui ont reçu des provisions. Ça veut dire quoi ? C'est une avance sur indemnisation. Ça veut dire que dix jours après l'attentat, vous pouvez recevoir entre dix à trente mille euros pour faire face à vos premiers frais.

GUILLAUME DURAND
Ça, c'est fait ?

JULIETTE MEADEL
Ça, c'est fait. Ensuite, comme vous le dites, une fois que la consolidation a lieu, donc quand le corps qui est blessé ou quand l'esprit qui a été mis à mal se reconstruit, on évalue votre préjudice et on vous indemnise pour la totalité du préjudice.

GUILLAUME DURAND
C'est assez sordide ce que je vous pose comme question parce qu'il y a les blessures qui sont soignées aux urgences. Toutes les victimes reconnaissent que ç'a été formidablement fait mais beaucoup se plaignent de l'administration et de ce qui se passe après justement. C'est-à-dire un bras à demi paralysé, pas paralysé : si jamais il est à demi-paralysé, c'est tant ; s'il est totalement paralysé ou handicapant. Enfin, il y a une sorte de marchandage autour de tout ça qui est quand même très douloureux pour les gens.

JULIETTE MEADEL
Non. Il n'y a aucun marchandage, Guillaume DURAND. En revanche, c'est une période extrêmement douloureuse, celle qui suit les mois et les années après l'attentat, et c'est à ça que nous travaillons. C'est ça ce que fait en particulier le secrétariat d'Etat aux victimes. C'est que nous travaillons sur leur suivi, sur leur accompagnement. Justement, nous les aidons pour éviter que leurs démarches administratives ne rajoutent de la douleur à la douleur.

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce que vous enquêtez par exemple ? Il y a eu quatre-vingt-neuf morts au Bataclan, il y a des gens qui ont été tués à l'extérieur, des gens qui ont été blessés à l'extérieur, des gens qui considèrent qu'ils ont été victimes. C'est le cas plutôt de Nice par exemple : c'est-à-dire qu'il y a ceux qui ont été heurtés par le camion mais ceux qui sont à côté, et cætera. Est-ce qu'il y a une sorte de vérification générale de qui est victime et qui ne l'est pas ?

JULIETTE MEADEL
Mais c'est plus qu'une sorte de vérification. D'abord, il y a une enquête.

GUILLAUME DURAND
C'est évidemment une question sordide. Je vous le dis tout de suite.

JULIETTE MEADEL
D'abord il y a une enquête pénale qui a lieu. Ensuite, il y a des victimes qui se constituent partie civile et puis il y a bien entendu le fonds qui s'appelle le FGTI, qui lui-même dispose d'un ensemble de procédures pour vérifier la véracité des faits qui sont allégués. Nous avons mis en place un site Internet unique qui permet de réaliser toutes les démarches en ligne et qui fait qu'une personne qui par exemple n'aurait pas été blessée physiquement mais qui aurait été sur la Promenade des Anglais, tout près du camion, est traumatisée par ce qu'elle a vu. Cette personne-là, si un, deux mois après l'attentat se rend compte qu'elle ne dort plus la nuit – parce que c'est ça, le psychotrauma – se rend compte qu'elle ne peut plus aller travailler, elle peut à ce moment-là déposer sa demande d'indemnisation au fonds. C'est-à-dire aller sur le site Internet qui s'appelle Guide, que nous avons mis en place. Au fonds, c'est-à-dire au FGTI, il y a des équipes qui reçoivent – j'insiste parce que c'est important – il y a des personnes qui reoivent la demande d'indemnisation et qui l'instruisent. On regarde à partir des pièces qui sont fournies de quelle façon l'indemnisation va pouvoir être prise en charge.

GUILLAUME DURAND
Juliette MEADEL, c'est une affaire qui a aussi un caractère politique. Parce qu'à la fois les élus locaux, les responsables – ESTROSI par exemple – et puis sur le plan général de la lutte contre le terrorisme Nicolas SARKOZY et d'autres ont mis en cause la politique du gouvernement, insuffisante. Au moment même qui a suivi ou les moments qui ont suivi l'attentat de Nice, on a dit que les forces de l'ordre nationales n'étaient pas suffisamment présentes. Est-ce que vous considérez que le 14 octobre va vraiment être une journée de recueillement ? Ou est-ce qu'au sein de la cérémonie, avec peut-être des victimes qui ne sont pas contentes, aux alentours de la cérémonie, il n'y aura pas une contestation de la politique de François HOLLANDE et même peut-être de la présence de François HOLLANDE ?

JULIETTE MEADEL
Les propos qui ont été tenus tant par Christian ESTROSI que d'autres à droite – pas toute la droite, je tiens à le dire – au moment des attentats sur une prétendue mise en cause de la responsabilité de l'Etat en matière de sécurité sont, je le dis, indignes.

GUILLAUME DURAND
Ils ne considèrent pas que c'était prétendu.

JULIETTE MEADEL
C'est indigne. C'est-à-dire que c'est une mise en cause dans un moment où nous avons subi une attaque dans notre chair et dans nos valeurs. Cette espèce de petit jeu politicien qui consiste à remettre la faute sur le dos de l'autre, c'est indigne et ç'a été perçu comme tel.

GUILLAUME DURAND
Mais comment ça peut se passer bien ? Vous nous dites ce matin que c'est indigne. François HOLLANDE va aller le 14 octobre à Nice, évidemment ESTROSI sera là.

JULIETTE MEADEL
J'espère - et je le souhaite et ce sera le cas - que tous les élus seront présents. Parce que ce que je veux vous dire ici, c'est que quand nous mettons en place l'aide aux victimes, nous le faisons avec la mairie de Nice et le maire actuel qui est monsieur PRADAL, et nous le faisons dans une bonne intelligence pour aider les victimes. Moi, j'ai bon espoir et aujourd'hui je le souhaite, que tous les élus soient unis. Pourquoi ?

GUILLAUME DURAND
Quand VALLS est allé sur place, il a été sifflé.

JULIETTE MEADEL
Il y a eu en effet des sifflets, mais vous savez que ce type d'attitude - même si c'est une poignée mais c'est vrai que ça choque – ce type d'attitude qui consiste à siffler un haut représentant de l'Etat notamment par les personnes qui sont les Niçois et les victimes, ç'a été extrêmement mal perçu. Pourquoi ? Parce que la responsabilité que nous avons, c'est d'être unis face à ce drame. Celui qui rompt cette unité en porte la responsabilité.

GUILLAUME DURAND
S'ils sont portés par la colère et s'ils considèrent effectivement que les reproches qui vous sont faits – pas à vous mais au gouvernement – sont fondés…

JULIETTE MEADEL
Guillaume DURAND, je vous en conjure, ne faites pas l'amalgame entre une poignée d'extrémistes qui jouent un jeu politicien et les victimes. Ne faites pas cet amalgame. Parce que je peux vous dire qu'aucune des victimes avec lesquelles j'ai parlé, et je les rencontre tous les jours, ne se satisfait de ce jeu politicien. Il y a une seule chose qui compte : l'unité de la République. Le service public de l'aide aux victimes que le président de la République a annoncé il y a trois semaines, au moment de l'hommage du 19 septembre, c'est un service public qui sert l'intérêt général, qui est au service de tous les Français et qui ne souffre pas de captations politiciennes.

GUILLAUME DURAND
On change totalement de domaine en rappelant que la date, c'est le 14 octobre. Emmanuel MACRON l'autre jour à Strasbourg, c'est une sorte de braquage du système politique français qu'il organise. Des propos très durs contre Nicolas SARKOZY, des propos très durs contre Alain JUPPE, une volonté de ringardiser François HOLLANDE et, sans le dire tout en le disant, un combat frontal contre Manuel VALLS. Est-ce que, comme ç'a été dit, vous considérez qu'Emmanuel MACRON, dans cette espèce de mélange de technique et de discours christique, fait du populisme light ?

JULIETTE MEADEL
Un mot d'abord sur la méthode. Moi, je ne me reconnais pas dans ce type de comportement politique. Ma génération aspire à une nouvelle façon de faire de la politique.

GUILLAUME DURAND
Mais c'est la vôtre, MACRON.

JULIETTE MEADEL
Qu'est-ce que c'est une nouvelle façon de faire de la politique ? C'est d'abord commencer par être un minimum en respect – oui, parlons du mot respect – vis-à-vis de ceux avec lesquels on a travaillé et de ceux qui vous ont donné aussi l'opportunité de servir votre pays. Il ne s'agit pas de vassalité ou de féodalité, il s'agit juste quand on est une équipe – et c'est aussi ma conception du travail collectif – de respecter un sens du collectif.

GUILLAUME DURAND
Mais il en est sorti. Il en est sorti comme CHIRAC est sorti de Valéry GISCARD D'ESTAING si vous me permettez l'expression, comme il y a eu des batailles entre CHIRAC et CHABAN DELMAS, comme il y avait eu des batailles entre le droit d'inventaire des Jospinistes à la fin de François MITTERRAND. Enfin, ce n'est pas tellement nouveau cette histoire-là.

JULIETTE MEADEL
Moi, je respecte ceux qui, à la Jean-Pierre CHEVENEMENT, s'en vont quand ils ont un désaccord politique de fond. Effectivement, quand on est dans un collectif, le jour où on n'est plus d'accord on part et c'est légitime.

GUILLAUME DURAND
Non mais ça, ce sont des accusations morales. C'est une bataille politique, les présidentielles. Vous dites : « Ce n'est pas bien », mais qu'est-ce que ça veut dire : « Ce n'est pas bien » ? Quatorze pour cent des Français sont intéressés par MACRON.

JULIETTE MEADEL
La question n'est pas là. Je vous dis en termes de comportement ce que ça renvoie. Ça renvoie un message qui est le message de la trahison à tous les échelons. Si on trahit les hommes, un jour on trahira les idées. C'est un point très important parce que je crois que la loyauté, ce n'est pas une question de morale, ce n'est pas une question éthique. C'est une question de savoir être et de savoir vivre. Voyez-vous, moi je suis dans un collectif. Je serais dans n'importe quelle organisation : il y a une hiérarchie et dans cette hiérarchie, il y a aussi un minimum de respect à avoir vis-à-vis de ceux avec lesquels on travaille.

GUILLAUME DURAND
Oui, mais maintenant c'est un combat, Juliette MEADEL.

JULIETTE MEADEL
Sauf si nous avons un désaccord de fond. Moi, je n'ai pas entendu pour l'instant, dans les propositions d'Emmanuel MACRON, de désaccord de fond. Je ne l'ai pas entendu dire qu'il était contre le Pacte de responsabilité. Et quand il était en responsabilité, je ne l'ai pas entendu dire : « Ça ne va pas dans le sens que je souhaite et donc je m'en vais ». Ce qui eût été respectable mais ce n'est pas le cas. Donc ma question est à quoi cela sert-il ? Quel est l'objectif final ?

GUILLAUME DURAND
Il considère tout simplement que le duo VALLS-HOLLANDE n'a strictement aucune chance pour la présidentielle.

JULIETTE MEADEL
Donc c'est une affaire de personnes, donc pour moi ça n'est pas un combat politique à la hauteur du moment. Le combat politique à la hauteur du moment, ça doit être un combat d'idées.

GUILLAUME DURAND
Tous ceux que je vous ai cités avant, les batailles entre CHIRAC, BARRE, GISCARD et cætera, c'étaient des combats qui avaient évidemment à la marge une vision différente, par exemple sur la laïcité. Mais c'était d'abord et avant tout un combat de personnes, des rapports de force, de pouvoir. Je ne vais pas vous relire MACHIAVEL ce matin.

JULIETTE MEADEL
Mais Guillaume DURAND, ce à quoi j'aspire pour l'avenir, c'est qu'on en vienne à des débats d'idées et qu'on cesse les batailles de personnes. Parce que les batailles de personnes affaiblissent la politique au sens noble du terme.

GUILLAUME DURAND
J'ai une dernière question. Vous avez fait de brillantes études, notamment dans le domaine de l'économie. HEC je crois, non ?

JULIETTE MEADEL
Non, pas HEC. Sciences Po, du droit et un peu de finances.

GUILLAUME DURAND
Voilà, c'est ça que je voulais dire. Cette affaire d'ALSTOM fait rire tout le monde. C'est peut-être tragique de faire rire tout le monde dans les propos, l'organisation du gouvernement, la somme mirifique qui est donnée pour sauver quatre cents emplois. Personne n'est contre le fait de sauver des emplois, mais le fait que pour chaque emploi, ça va coûter pratiquement un million d'euros et qu'on va faire circuler des TGV sur des lignes qui ne sont pas des lignes TGV. Franchement, toute la presse – à part un peu Libération – et même L'Humanité considèrent que tout cela est absurde. Comment vous pouvez nous faire croire que c'était justifié ?

JULIETTE MEADEL
D'abord parce que l'emploi était menacé.

GUILLAUME DURAND
Mais on peut recaser les gens.

JULIETTE MEADEL
Ce n'est pas si facile que ça comme vous le dites. Ensuite, en matière industrielle et sur des secteurs aussi importants que les secteurs d'ALSTOM puisqu'on est aussi sur des secteurs stratégiques, il est à mon avis légitime que l'Etat s'en mêle. D'ailleurs l'Etat étant actionnaire d'ALSTOM, il est légitime qu'il donne sa vision et qu'il exprime de quelle manière il faut sauver l'emploi.

GUILLAUME DURAND
D'accord. Seulement là, il est même actionnaire. Il est actionnaire. Mais pourquoi il faut prendre dans ma poche, dans la vôtre, de l'argent, des sommes d'argent considérables pour sauver quatre cents emplois ?

JULIETTE MEADEL
Ce n'est pas que quatre cents emplois qu'on sauve. C'est aussi un projet industriel qu'il y a derrière.

GUILLAUME DURAND
Mais à quel tarif ! A quel tarif !

JULIETTE MEADEL
C'est un projet qui tend à pérenniser y compris ALSTOM qui est l'un de nos fleurons. Après, on peut avoir cette discussion en considérant qu'on doit laisser tomber complètement ALSTOM mais ça n'est pas mon orientation politique. D'ailleurs je me demande ce qu'Emmanuel MACRON, ministre de l'Industrie, répondrait à cette question.

GUILLAUME DURAND
Donc VALLS a eu raison.

JULIETTE MEADEL
Mais bien sûr qu'il a eu raison.

GUILLAUME DURAND
Merci. Juliette MEADEL, chargée des victimes dans le gouvernement de Manuel VALLS, était notre invitée. Je rappelle que la cérémonie aura lieu le 14 octobre prochain à Nice. Merci beaucoup, bonne journée.

JULIETTE MEADEL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 octobre 2016

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