Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé à BFM TV le 11 octobre 2016, sur les régimes et l'âge légal de la retraite et la campagne d'information sur la lutte contre le tabagisme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marisol Touraine, ministre des affaires sociales, de la santé à BFM TV le 11 octobre 2016, sur les régimes et l'âge légal de la retraite et la campagne d'information sur la lutte contre le tabagisme.

Personnalité, fonction : TOURAINE Marisol, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre des affaires sociales, de la santé;

ti :


JEAN-JACQUES BOURDIN
Marisol TOURAINE, Ministre de la Santé et des Affaires sociales, est notre invitée ce matin. Bonjour.

MARISOL TOURAINE
Bonjour.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nous allons évidemment beaucoup parler santé, affaires sociales, retraite – parce que j'ai très envie de parler de retraite avec vous, Marisol TOURAINE. Pas pour vous, nous verrons dans quelques mois.

MARISOL TOURAINE
Je ne serai pas à la retraite, de toute façon.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pardon ?

MARISOL TOURAINE
Je ne serai, de toute façon, pas à la retraite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non. Pas à la retraite même si vous n'êtes plus ministre. Vous continuerez la politique.

MARISOL TOURAINE
Oui, oui. Je continuerai la politique ou une activité professionnelle.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bon. Marisol TOURAINE, hier vous étiez en meeting avec Stéphane LE FOLL. Vous appelez, tout le monde le sait, à une candidature de François HOLLANDE à la présidentielle. Est-ce qu'il doit maintenant se déclarer rapidement ?

MARISOL TOURAINE
François HOLLANDE doit être le candidat de la gauche et je n'ai aucun doute qu'il le sera. Pour les socialistes, pour ceux à gauche qui veulent que la gauche puisse continuer à gouverner aux destinées de ce pays, il faut faire comme s'il allait être candidat. C'est la meilleure façon d'imposer notre agenda, notre tempo. Moi, je souhaite que François HOLLANDE dise rapidement qu'il sera candidat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et qu'il le dise rapidement.

MARISOL TOURAINE
Oui, qu'il le dise rapidement. C'est à lui de choisir son moment bien entendu.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est certain, mais rapidement pour couper l'herbe sous le pied de tous les autres.

MARISOL TOURAINE
Mais surtout pour que l'évidence s'impose et que la campagne trouve son rythme.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais enfin, quand on est à moins de vingt pour cent dans les sondages, c'est quand même difficile, non, d'être le candidat qui porte l'espoir, qui porte l'avenir.

MARISOL TOURAINE
Vous savez, les jeux ne se font, ne commencent à se faire que lorsque les protagonistes sont connus. Au fond vient un moment où les Français doivent choisir. Et lorsqu'ils doivent choisir, il faudra qu'ils disent si au fond ils veulent le projet, le programme de régression sociale, d'hystérie identitaire que nous proposent les candidats à droite. C'est ça l'enjeu pour l'avenir du pays. Ce n'est pas de savoir abstraitement si on est entièrement content, un peu, pas beaucoup. C'est qu'est-ce que l'on veut pour le pays demain. Est-ce qu'on veut poursuivre sur la voie du redressement ? de la justice sociale ? Moi, ministre des Affaires sociales, je suis évidemment soucieuse de défendre des projets après un bilan qui est là et que je veux opposer à tous ceux qui disent que nous aurions trahi l'idéal de la gauche. Lorsque je rétablis les comptes de la Sécurité sociale, lorsque je mets en place des politiques de prévention – nous allons en parler – sur le tabac ou sur les addictions, lorsque je mets en place le tiers-payant, lorsque je refuse le moindre déremboursement, lorsque je permets de meilleures prises en charge parce que la Sécurité sociale, lorsqu'on sauve les retraites et que l'on garantit le financement des retraites de manière durable, tout cela a un sens. Et ce sens, c'est celui du progrès et c'est pour cela que François HOLLANDE sera candidat ou doit être candidat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Rapidement. Vous parlez des retraites. Le progrès, moi je veux bien. Retraite de base et retraite complémentaire : aucune revalorisation au 1er octobre. Gel. Pourquoi ? Parce que l'inflation est proche de zéro.

MARISOL TOURAINE
Est zéro.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est zéro, très bien. Oui, mais pour autant est-ce qu'on peut dire ce matin, est-ce que vous dites ce matin que les retraités conservent leur pouvoir d'achat ?

MARISOL TOURAINE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ? Les retraités conservent leur pouvoir d'achat ?

MARISOL TOURAINE
Mais les retraités conservent leur pouvoir d'achat puisque l'inflation n'augmente pas. La question donc n'est pas : est-ce qu'il y a une diminution du pouvoir d'achat ? Non, il n'y a pas de diminution du pouvoir d'achat, il y a maintien du pouvoir d'achat. Est-ce que les retraites, notamment les plus petites retraites, sont suffisantes ? Moi, je comprends qu'on se dise qu'il faut évidemment faire un effort plus particulier sur ceux qui ont de toutes petites retraites. C'est d'ailleurs ce que nous avons fait en revalorisant ce qu'on appelait le minimum vieillesse qui, aujourd'hui, est à huit cents euros. Il était nettement en dessous. C'est ce que nous avons fait en accordant, en permettant une prime exceptionnelle de quarante euros pour les plus petits retraités. C'est ce que nous faisons aussi en donnant du pouvoir d'achat par exemple sur les complémentaires santé. Lorsque nous annonçons qu'il va y avoir des contrats de santé, que les séniors de plus de soixante-cinq ans vont pouvoir prendre, et qui coûteront moins cher pour des garanties de même qualité, c'est du pouvoir d'achat en plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais Marisol TOURAINE…

MARISOL TOURAINE
Il y aura un débat à l'Assemblée nationale dans le cadre du budget, du budget de la Sécurité sociale.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que vous êtes favorable à une revalorisation ? Ça ne va pas durer éternellement le gel. Imaginons que l'inflation ne bouge pas encore un an, deux ans, vous n'allez pas geler en permanence quand même le montant des retraites, non ? Changez le calcul, non ?

MARISOL TOURAINE
Vous savez, on ne peut pas changer le calcul au gré des circonstances. On nous accuserait de tripatouiller ou de bidouiller je ne sais quoi. Le mieux quand on a des règles, c'est que des règles soient stables et qu'elles soient durables.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Aucune augmentation avant octobre 2017.

MARISOL TOURAINE
Je ne vous dis pas nécessairement cela. Aujourd'hui, l'inflation étant ce qu'elle est, nous n'avons pas de revalorisation prévue. Je sais qu'au Parlement, des députés s'interrogent pour voir comment on pourrait revaloriser le pouvoir d'achat des plus petits retraités, pas de tous les retraités.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, non. Je ne parle pas du retraité qui touche quatre mille euros.

MARISOL TOURAINE
Des tous petits retraités, si ce n'est que quand on fait une revalorisation, Jean-Jacques BOURDIN, la revalorisation est pour tout le monde. Il faut donc trouver d'autres mécanismes pour donner du pouvoir d'achat. Je sais qu'au Parlement des réflexions sont en cours. Nous verrons dans le cadre du débat parlementaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à une revalorisation ?

MARISOL TOURAINE
Par principe, on n'est pas opposé à ce que les plus petits retraités aient plus de pouvoir d'achat. Pour ce qui est de mon ressort, je vous le dis, vont arriver des contrats complémentaires santé qui vont permettre, pour des garanties identiques et même parfois meilleures, de payer moins cher. Ce sera du pouvoir d'achat en plus.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que le candidat François HOLLANDE repoussera l'âge légal de départ à la retraite ?

MARISOL TOURAINE
Non. Parce qu'aujourd'hui, ça n'est pas nécessaire. Vous savez, le débat peut exister. Combien de temps faut-il travailler ? Puisque nous vivons plus longtemps, ne faut-il pas partir à la retraite plus tard ? Moi ce débat-là, je suis prête à l'assumer. J'ai allongé la durée de cotisation, Jean-Jacques BOURDIN, donc je considère qu'à partir du moment où nous vivons plus longtemps, il est normal que nous travaillons plus longtemps, exception faite de ceux qui ont connu des métiers pénibles et qui doivent partir avant. C'est pour cela que j'ai mis en place ce dispositif de prise en compte de la pénibilité et, d'ores et déjà, il y a cinq cent mille personnes qui en France ont des points pénibilité sur leur compte. Ce que nous dit la droite lorsqu'elle parle de soixante-dix ans pour Nicolas SARKOZY – soixante-dix ans ! – on nous dit : pour pouvoir partir sans décote…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, soixante-dix ans sans décote, mais l'âge légal soixante-quatre ans dit-il.

MARISOL TOURAINE
Entre soixante-cinq et soixante-dix ans, c'est uniquement une vision punitive des choses parce que les comptes des régimes retraite sont revenus à l'équilibre. On ne peut pas nous dire : il faut faire des efforts supplémentaires pour des raisons financières, ce qui a été le cas au cours des années passées. Mais à partir du moment où les comptes sont à l'équilibre, alors c'est qu'il y a de l'idéologie ou, encore une fois, une vision punitive du rapport des Français au travail. Moi, je pense que ce qu'il faut, c'est que ceux qui veulent travailler longtemps puissent le faire. Il faut encourager cela mais il n'y a aucune raison, encore une fois aujourd'hui, de relever l'âge légal de départ en retraite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
« Moi(s) sans tabac », opération nationale pour lutter contre le tabagisme. Les premiers paquets neutres, parallèlement, sont vendus par les buralistes. J'en ai dans ma poche, je le montre. On voit : « fumer bouche vos artères » et on voit à peine la marque de l'autre côté du paquet.

MARISOL TOURAINE
Oui, c'est l'objectif. L'objectif, c'est que la marque ne puisse plus jouer du côté attractif de la publicité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je regardais les chiffres. Plus d'un fumeur sur deux souhaite arrêter de fumer. On est bien d'accord ?

MARISOL TOURAINE
Oui, absolument.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dans les pharmacies, des kits sont proposés gratuitement, des brochures pour expliquer comment faire pour arrêter, des conseils.

MARISOL TOURAINE
Ça, c'est le mois sans tabac.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, le mois sans tabac. Oui, oui. Sauf que le nombre de fumeurs ne baisse pas dans notre pays. On est à trente pour cent. En Grande-Bretagne, on est à moins de vingt pour cent. Pourquoi selon vous ?

MARISOL TOURAINE
Les Français fument plus que les autres, notamment que les Britanniques. Les Britanniques ont engagé une politique de lutte contre le tabac bien avant nous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et bien plus forte que vous.

MARISOL TOURAINE
Enfin, le mois sans tabac s'est d'ailleurs inspiré des campagnes britanniques ; nous faisons le paquet neutre avant les Britanniques qui vont y venir dans quelques mois.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui. Quelle est la différence entre la Grande-Bretagne et nous ?

MARISOL TOURAINE
Ils ont deux différences, si vous me permettez. La première, c'est qu'ils ont une culture de santé publique et que, comme tous les pays anglo-saxons, l'idée que la prévention est aussi importante que le soin est une idée qui s'est imposée depuis longtemps. La deuxième chose, c'est qu'ils ont augmenté le prix du tabac de façon plus rapide que nous. Nous avons augmenté le prix du tabac. Cette année, le prix du tabac à rouler va augmenter de l'ordre de quinze pour cent et les distributeurs de tabac vont être taxés. Mais moi, je voudrais revenir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais Marisol TOURAINE, attendez, attendez ! Non, Marisol TOURAINE…

MARISOL TOURAINE
Vous ne pouvez pas me dire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, je vais compléter ce que vous dites sur la Grande-Bretagne parce qu'il faut dire les choses réellement. Pourquoi est-ce que ça marche en Grande-Bretagne ? Parce que le paquet de cigarettes est à dix euros. On est incapable en France – vous n'avez pas été capable d'imposer une augmentation du prix du paquet de cigarettes. C'est vrai ou pas ?

MARISOL TOURAINE
Non, Jean-Jacques BOURDIN. J'ai fait le paquet.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'accord, le paquet neutre est une chose.

MARISOL TOURAINE
Oui, c'est une chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le paquet à dix euros, vous y êtes favorable ?

MARISOL TOURAINE
Ecoutez Jean-Jacques BOURDIN, je prends ici le pari qui est évidemment impossible à tenir que si j'avais augmenté le prix du tabac et pas fait le paquet neutre, vous me diriez : « Mais enfin, les Anglais et les Australiens ont fait le paquet neutre ». Moi, je suis favorable, et tout le monde le sait, ça me vaut suffisamment de critiques de la part de certains, je suis favorable à une augmentation du prix du tabac.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous n'y arrivez pas.

MARISOL TOURAINE
Il a augmenté au cours des dernières années. Cette année, c'est le prix du tabac à rouler parce que j'ai fait quand même des choix de priorité. Ma priorité, ce sont les jeunes. Les jeunes qui entrent dans le tabac à un âge précoce où l'addiction devient très importante. Depuis cinq ans, nous avons des résultats. Nous avons des résultats puisque le nombre de lycéens qui fument a diminué. Ils commencent sans doute plus tard puisqu'il y a autant de gens qui fument en France, mais le nombre de lycéens qui fument a diminué, c'est une première étape significative.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très bien. Marisol TOURAINE...

MARISOL TOURAINE
La deuxième chose...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

MARISOL TOURAINE
Donc moi je voudrais rappeler que « Le mois sans tabac » c'est une initiative importante...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais je ne dis pas que c'est...

MARISOL TOURAINE
Mais tous vos auditeurs et spectateurs ne le connaissent pas et, donc, je dis aux fumeurs...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais personne ne dit que c'est une mauvaise initiative, on vous dit que les bonnes mesures ne sont pas prises...

MARISOL TOURAINE
Ce n'est pas vrai.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'en ai une autre, la Grande Bretagne, j'en ai une autre, les traitements pour arrêter de fumer, tous les traitements et les consultations sont remboursés, complètement remboursés en Grande Bretagne, pas en France...

MARISOL TOURAINE
Si les consultations sont remboursées...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien en France ? Combien par an ?

MARISOL TOURAINE
Eh bien c'est le prix d'un médecin...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Combien par an ?

MARISOL TOURAINE
C'est 150 euros pour certaines populations...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pour certaines, par an.

MARISOL TOURAINE
Non, mais... Attendez ! Si je peux moi vous dire les choses très clairement...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, alors allez-y, oui allez-y.

MARISOL TOURAINE
Il y a aujourd'hui en France des forfaits de remboursement des moyens de sevrage tabagique, ces forfaits sont assez limités, ils sont plus importants...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, 50 euros par an.

MARISOL TOURAINE
Pour tout le monde, 150 euros pour les jeunes, les personnes en situation de précarité et les malades.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais pourquoi est-ce qu'on ne fait pas comme en Grande Bretagne ?

MARISOL TOURAINE
Attendez ! Moi je propose – et c'est une annonce que je vous fais – je propose que le forfait soit de 150 euros par an pour tout le monde. Alors, vous me dites : « Mais pourquoi est-ce qu'on ne rembourse pas ? », mais parce que les industriels ne mettent pas leurs produits avec une demande de remboursement et moi je ne peux pas rembourser ce que les industriels ne me demandent pas de rembourser.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, en Grande Bretagne, ils le font ?

MARISOL TOURAINE
Non, je ne pense pas, je pense que c'est un forfait – mais je n'en sais rien – je ne crois pas que le produit ait une autorisation...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Remboursé à 100 % en Grande Bretagne.

MARISOL TOURAINE
Là il n'y a pas d'autorisation de mise sur le marché, les industriels ne le souhaitent pas. Pourquoi ? Parce qu'ils veulent pouvoir pratiquer des prix sans limitation et, quand on rembourse, évidemment on fixe un prix. Mais ce que je vous annonce aujourd'hui c'est que dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale le forfait de prise en charge de toutes les méthodes de sevrage tabagique sera à 150 euros par an pour tous les...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ah ! Ca c'est une information...

MARISOL TOURAINE
Pour tout le monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
De 50 à 150 euros pour tout le monde.

MARISOL TOURAINE
Pour tout le monde.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai bien compris. J'ai vu, puisqu'on parle déremboursement, vous dites aucun déremboursement et l'association de lutte antirhumatismale proteste contre l'intention du gouvernement de dérembourser un traitement prescrit pour améliorer la mobilité et la douleur des patients atteints d'arthrose, vous êtes au courant de cette...

MARISOL TOURAINE
Ecoutez, je pense que c'est un médicament qui n'est d'ores et déjà plus remboursé, mais pas du tout parce qu'on veut faire des économies, parce que les autorités sanitaires – et il y a des agences indépendantes – considèrent que ces médicaments ne représentent pas d'avantage médical significatif. Vous savez il ne suffit pas qu'un médicament existe pour qu'il soit remboursé, il faut évidemment qu'il soit jugé plus efficace que d'autres médicaments ou qu'il soit considéré comme ayant une efficacité médicale, et c'est l'Agence du médicament qui régulièrement passe en revue tout ce qui existe pour s'assurer que c'est bien efficace.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Faudra-t-il ouvrir enfin le débat, enfin ou pas - chacun jugera - sur la légalisation du cannabis lors de la prochaine campagne présidentielle, parce que j'ai vu que 52 % des Français y sont favorables

MARISOL TOURAINE
Oui, un débat est utile. Est-ce que la campagne présidentielle est le meilleur moment ? On peut dire que c'est évidemment le moment de tous les débats et, d'un autre côté, on voit bien comment c'est aussi le moment où on caricature les positions de façon trop rapide, mais évidemment il faut qu'un débat puisse avoir lieu, notamment sur l'efficacité de la sanction. Moi vous savez je ne banalise pas...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes opposée à toute légalisation ou toute dépénalisation ?

MARISOL TOURAINE
Je ne veux pas banaliser le cannabis. Je me bats contre les méfaits du tabac, contre les méfaits de l'alcool, je ne vous dirais pas : « le cannabis n'a aucun risque », ça n'est pas possible de dire cela, notamment chez les jeunes, à l'école...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Personne ne peut le dire !

MARISOL TOURAINE
Personne ne peut le dire ! Et, donc, il faut être attentif au message que l'on envoie. La question, c'est : est-ce que la sanction pénale qui existe aujourd'hui est efficace ? On peut s'interroger !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui ou non ?

MARISOL TOURAINE
On peut s'interroger. Est-ce que...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais qu'en pensez-vous, elle est efficace ou pas ?

MARISOL TOURAINE
Ecoutez, est-ce qu'une amende forfaitaire ne serait pas une meilleure sanction ?

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à une amende forfaitaire ?

MARISOL TOURAINE
Je suis en tout cas favorable à ce que le débat puisse exister sur la nature de la sanction, franchement il est nécessaire qu'il y ait à la fois des messages de santé publique et en même temps l'idée extrêmement claire que le cannabis c'est mauvais pour la santé et chez les jeunes on s'aperçoit que les jeunes qui décrochent à l'école sont aussi souvent des fumeurs de cannabis.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Première salle d'injections pour toxicomanes, vous l'inaugurez aujourd'hui...

MARISOL TOURAINE
Oui, nous allons l'inaugurer dans quelques instants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle sera ouverte vendredi...

MARISOL TOURAINE
C'est ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'autres salles qui seront ouvertes...

MARISOL TOURAINE
A Strasbourg...

JEAN-JACQUES BOURDIN
A Strasbourg...

MARISOL TOURAINE
D'ici la fin du mois, ce sont les deux qui sont prévues puisque ce sont des projets qui doivent être portés par une municipalité et par une association en général, à ce jour ce sont les deux municipalités qui ont présenté des projets, moi je souhaite que d'autres municipalités puissent s'engager dans cette voie-là parce que c'est une démarche importante pour les personnes qui sont droguées et ce sont des personnes qui sont très marginalisées, au-delà de tout le système de soins qui échappe aux politiques existantes et il s'agit de faire en sorte que ces personnes voient leur santé mieux protégée. Nous savons, puisqu'il y a beaucoup de pays qui se sont engagés dans cette voie, une dizaine de pays déjà, qu'avec l'ouverture de telles salles il y a moins d'overdoses, moins d'infections, moins aussi de problèmes de sécurité, pas de seringue qui traîne dans la rue, pas de personne qui se drogue sur les marches d'une gare ou d'un immeuble, ce qui n'est quand même pas extrêmement agréable pour le voisinage.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La vaccination, forte défiance en France toujours...

MARISOL TOURAINE
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Toujours, je vais prendre l'exemple du vaccin Diphtérie – Tétanos – Polio, vaccin obligatoire...

MARISOL TOURAINE
DTP !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui DTP, associé à d'autres vaccins qui eux ne sont pas obligatoires, ça va cesser ou pas ?

MARISOL TOURAINE
Non !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non !

MARISOL TOURAINE
Mais je ne souhaite pas que ça cesse, je voudrais dire qu'il y a deux choses, et c'est pour cela que j'ai demandé...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc, on ne reviendra pas à un vaccin uniquement DTP ?

MARISOL TOURAINE
Mais il existe, on peut le demander.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il existe ?

MARISOL TOURAINE
Oui, il existe. Je tiens à le dire, si vous souhaitez vous faire vacciner ou vacciner vos enfants uniquement avec les trois vaccins obligatoires, DTP, vous pouvez demander ce vaccin en pharmacie et, s'il n'est pas immédiatement disponible, normalement il l'est en 48 heures. Donc, on peut se faire vacciner uniquement avec les vaccins obligatoires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais pourquoi rendre obligatoires d'autres vaccinations ?

MARISOL TOURAINE
Mais c'est pour cela que j'ai demandé au professeur FISCHER d'engager, d'animer un grand débat. Dans la plupart des pays les habitants se vaccinent face à d'autres maladies pour lesquels les vaccins sont recommandés...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, dans la plupart des pays la vaccination n'est pas obligatoire...

MARISOL TOURAINE
Oui, mais il y a des tas de situations...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y a que la France et l'Italie qui sont vraiment obligatoires.

MARISOL TOURAINE
Il y autant de situations que de pays...

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui.

MARISOL TOURAINE
Et donc il ne s'agit pas de dire que ce qui est recommandé n'est pas important ou n'est pas nécessaire, et c'est ça la difficulté, et c'est la raison pour laquelle j'ai demandé au Professeur FISCHER de regarder si cette distinction entre vaccin obligatoire et vaccin recommandé était toujours justifiée et si elle ne posait pas de problème ? Parce que moi je veux dire à vos auditeurs, à nos téléspectateurs que les vaccins qui sont recommandés sont parfois extrêmement importants, sont souvent extrêmement importants - la grippe est recommandée, contrairement aux idées reçues la grippe ça n'est pas une petite chose, ça tue chaque année notamment des personnes très âgées – donc, puisque la campagne de vaccination contre la grippe a commencé, j'appelle les Français qui sont dans des situations de plus grande fragilité, les personnes de plus de 65 ans, les personnes malades à se vacciner parce que c'est une protection importante.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne suis pas certain que l'hépatite B soit recommandée pour les nourrissons.

MARISOL TOURAINE
Si. Il vaut mieux être vacciné contre l'hépatite B que tomber malade et attraper l'hépatite B. Voyez vous, il y a dans ce pays une inquiétude beaucoup plus importante que dans tous les autres, que je prends en considération, vis-à-vis des vaccins. Il y a un scepticisme vis-à-vis des vaccins et dire que ça n'est pas nécessaire ou pas important de se vacciner contre le papillomavirus alors qu'il y a des milliers de cas de femmes qui ont des cancers de l'utérus, et que dans d'autres pays on commence à vacciner les jeunes garçons parce qu'on sait que cela favorise les cancers de la gorge, le papillomavirus. Dire qu'il n'est pas important de se vacciner contre la rougeole, les oreillons par exemple alors que cela tue, alors qu'on pourrait si simplement l'éviter, je trouve que ça n'est pas responsable. Donc moi j'appelle à la vaccination et je souhaite que les conclusions de la mission nous permettent d'avancer, de rassurer et de rendre confiance dans la vaccination.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'ai une dernière question concernant l'hôpital où ça ne va pas toujours très bien. J'entends les infirmiers et les infirmières, les aides-soignantes, les aides-soignants, les médecins hospitaliers qui ont été massivement en grève à la fin du mois de septembre. Est-ce qu'ils vont être revalorisés ?

MARISOL TOURAINE
Les médecins, la grève a été très limitée.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ils travaillent au moins soixante heures au lieu des quarante-huit heures.

MARISOL TOURAINE
La grève a été très limitée mais ça n'est pas le sujet. Je les ai rencontrés et nous travaillions dès avant cette période-là sur un plan que j'ai annoncé depuis. Ils avaient prévu un mot d'ordre de grève dans les jours qui viennent qu'ils ont levé. Le choix que j'ai fait, c'est de rendre plus attractif l'exercice médical à l'hôpital pour encourager des jeunes à devenir médecin à l'hôpital, dans des spécialités qui manquent de médecins, dans des territoires où on manque de médecins et donc des revalorisations, des primes spéciales, ont été engagées. Par ailleurs, les médecins qui font le choix de rester à l'hôpital longtemps, durablement, doivent évidemment être revalorisés et c'est le cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et même chose pour les infirmiers et les infirmières, aides-soignantes, aides-soignants ?

MARISOL TOURAINE
Un nouveau travail est engagé avec les aides-soignantes mais je veux dire qu'une revalorisation est intervenue pour les aides-soignantes et pour les infirmières de façon différente, qui va pour les aides-soignantes jusqu'à quatre cent quatre-vingts euros par an et, pour les infirmières, selon leur stade dans la carrière, de deux cent cinquante à cinq cents euros par an. Je suis attentive à chaque métier à l'hôpital public car travailler à l'hôpital, c'est très beau mais je sais que c'est très exigeant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Marisol TOURAINE.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 octobre 2016

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