Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à RTL le 10 octobre 2016, sur l'agression contre des policiers survenue à Viry-Châtillon le 8, l'envoi de renforts de police dans l'Essonne et le démantèlement de la "jungle" de Calais. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, à RTL le 10 octobre 2016, sur l'agression contre des policiers survenue à Viry-Châtillon le 8, l'envoi de renforts de police dans l'Essonne et le démantèlement de la "jungle" de Calais.

Personnalité, fonction : CAZENEUVE Bernard.

FRANCE. Ministre de l'intérieur

ti : YVES CALVI
Elizabeth MARTICHOUX vous recevez le ministre de l'Intérieur, Bernard CAZENEUVE.

ELIZABETH MARTICHOUX
Bonjour Bernard CAZENEUVE.

BERNARD CAZENEUVE
Bonjour.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci d'être avec nous ce matin dans ce studio. Quatre policiers victimes d'une violente attaque samedi à Viry-Châtillon, en région parisienne, deux sont grièvement blessés, une policière de 39 ans et un jeune policier de 28 ans qui, lui, luttait encore hier soir pour sa vie. Comment va-t-il ce matin ?

BERNARD CAZENEUVE
Son état est stationnaire, je leur ai rendu visite samedi soir, j'ai pu mesurer à la fois l'immense émotion, le choc pour leurs collègues, l'émotion également et la peine de leur famille. Cette agression est une abjection, et ceux l'ont commise seront rattrapés par la justice, et, je le souhaite, très sévèrement punis.

ELIZABETH MARTICHOUX
Ils sont tous les deux hospitalisés au même endroit ?

BERNARD CAZENEUVE
Oui, ils ne l'étaient pas samedi soir, mais ils sont maintenant hospitalisés au même endroit.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dans un hôpital parisien ?

BERNARD CAZENEUVE
Je n'en dirai pas plus.

ELIZABETH MARTICHOUX
À nouveau, aujourd'hui, vous leur rendrez visite ?

BERNARD CAZENEUVE
Je leur rendrai visite ce soir, en rentrant de mon déplacement à Londres.

ELIZABETH MARTICHOUX
Le pronostic vital du jeune policier est toujours engagé, c'est ce que vous nous confirmez ce matin, il est stationnaire ?

BERNARD CAZENEUVE
Non, je ne fais pas de commentaires sur l'état de santé des policiers parce que c'est aux médecins de le faire, ce que je peux dire, c'est que son état est sérieux, qu'il est pris en charge de façon absolument remarquable par les personnels hospitaliers auxquels je veux aussi rendre hommage, ils étaient à pied d'oeuvre samedi soir, ils font un travail absolument épatant, ils le soignent en y mettant toutes les techniques et tout leur coeur, et je suis convaincu qu'il se remettra.

ELIZABETH MARTICHOUX
Diriez-vous qu'ils sont tombés dans un traquenard samedi, à Viry-Châtillon, à ce carrefour, où ils stationnaient pour surveiller une caméra de surveillance ?

BERNARD CAZENEUVE
Ils ont été confrontés à une bande de sauvageons qui ont agi avec lâcheté, d'après les informations qui me sont communiquées sur les circonstances dans lesquelles ils ont été attaqués, et ces individus seront rattrapés parce que la police judiciaire travaille, elle travaille bien, elle travaille vite, et comme toujours lorsqu'il y a des actes d'une telle objection, ceux qui les ont commis sont rattrapés par la République ; ça a ét le cas à Moirans, il y a de cela quelques mois, lorsqu'il y a eu des exactions extrêmement graves, ça a été le cas à Roy, ça a été le cas lorsque des individus s'en sont pris à une voiture de police il y a de cela quelques mois pendant les manifestations sur la loi Travail, il y a toujours à ce moment-là des débats sur l'autorité de l'Etat, mais l'autorité de l'Etat s'exerce, parce que ces individus sont rattrapés par le travail de la police judiciaire et ils sont attrapés ensuite par la justice, il faut bien entendu que les enquêtes se déploient, c'est normal, on est dans un état de droit…

ELIZABETH MARTICHOUX
Alors justement, à propos des enquêtes, Monsieur le Ministre, vous parlez de sauvageons, ce sont des mineurs, le mot est approprié lorsque l'on mesure qu'ils ont attaqué, éventuellement, ils ont pris le risque de tuer…

BERNARD CAZENEUVE
Dans sauvageons, il y a sauvages, et c'est une véritable attaque barbare, sauvage qui était destinée à tuer…

ELIZABETH MARTICHOUX
Combien de personnes ? Une dizaine, une quinzaine ?

BERNARD CAZENEUVE
Ecoutez, l'enquête le dira. Oui, une dizaine d'après ce que m'ont dit les policiers qui étaient sur place.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce qu'il y avait des mineurs parmi eux ?

BERNARD CAZENEUVE
Alors, je ne sais pas, ils étaient cagoulés, je ne suis pas en charge de l'enquête. Et je ne peux pas faire de commentaires sur une enquête en cours, d'ailleurs, quand on fait des commentaires sur une enquête en cours, y compris à partir d'éléments qui nous ont été communiqués par les services de police, ensuite, quand les enquêtes révèlent d'autres faits, on a des procès sans fin sur le thème : on n'a pas dit ce qu'il fallait au moment où il fallait le dire. Donc…

ELIZABETH MARTICHOUX
Il n'en reste pas moins qu'ils n'ont pas hésité à attaquer, au risque de tuer encore une fois.

BERNARD CAZENEUVE
Non, mais il y a une violence dans un certain nombre de quartiers qui s'exerce autour notamment des trafics de stupéfiants, et face à cette violence, nous sommes déterminés, comment s'exprime cette détermination ? D'abord par la mise en place de moyens nouveaux, par exemple, sur Viry-Châtillon, sur la Grande Borne, ce sont 45 emplois de policiers supplémentaires qui arrivent en 2016, nous aurons créé…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui arrivent d'ici à la fin de l'année ?

BERNARD CAZENEUVE
Qui sont…

ELIZABETH MARTICHOUX
Qui vont être déployés entre maintenant…

BERNARD CAZENEUVE
Qui ont commencé à arriver…

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur l'ensemble de l'année…

BERNARD CAZENEUVE
Et qui arriveront jusqu'à la fin de l'année, parce que c'est à mesure que les sorties des écoles se font que les policiers arrivent. Donc nous mettons des moyens supplémentaires, nous recréons…

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que la police pénètre dans la cité de la Grande Borne, c'est une question que se pose…

BERNARD CAZENEUVE
Pardonnez-moi, je termine…

ELIZABETH MARTICHOUX
Pardon…

BERNARD CAZENEUVE
Nous recréons des unités de forces mobiles, par exemple, il faut savoir que la révision générale des politiques publiques, on a perdu 15 unités de forces mobiles, j'ai délégué à plusieurs reprises dans l'Essonne, et totalement dans ce quartier, des unités de forces mobiles, et il y en a actuellement qui patrouillent pour rassurer la population et éviter que ces trafics ne se poursuivent, nous renforçons les brigades anti-criminalité, y compris en les équipant. Donc l'objectif qui est le mien, comme ministre de l'Intérieur, c'est après des années de révision générale des politiques publiques où 13.000 emplois ont été supprimés, où les moyens d'investissement de la police ont diminué de 15 %, de donner les moyens à nos forces de faire face à des acteurs violents.

ELIZABETH MARTICHOUX
Monsieur le ministre, est-ce que l'autorité de l'Etat est respectée dans ces quartiers, et en particulier, la Grande Borne ? Est-ce que la police, vous dites patrouille, est-ce qu'elle a des interventions, est-ce qu'elle mène des arrestations pour lutter contre les trafics ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais, il y a tous les jours des trafiquants qui sont arrêtés dans tous les quartiers sensibles, et notamment celui de la Grande Borne, tous les jours en France, nous procédons à des arrestations, pourquoi ? D'abord, parce que les moyens supplémentaires que nous donnons permettent à la police d'être davantage présente, ensuite, parce que nous avons donné à la police les moyens d'être plus forte face à ces gangs et ces acteurs en l'armant, notamment, dans le cadre du plan que j'ai lancé pour les brigades anti-criminalité, les PSIG. Et enfin, troisièmement, nous faisons travailler la police judiciaire, le renseignement territorial, la sécurité publique ensemble pour aller plus vite dans l'identification des criminels. Donc nous agissons plus fort parce qu'il y a davantage de moyens…

ELIZABETH MARTICHOUX
Ce ne sont pas des zones de non droit, c'est ce que vous nous dites…

BERNARD CAZENEUVE
Il n'y a pas de zones de non droit en France…

ELIZABETH MARTICHOUX
En France, c'est ce que vous nous dites.

BERNARD CAZENEUVE
Et quand il y a des délinquants qui cherchent à enkyster leur activité funeste, nous, nous intervenons massivement, et nous continuerons de le faire, en donnant davantage de moyens à la police.

ELIZABETH MARTICHOUX
A quelques jours du démantèlement de la jungle de Calais, Monsieur le Ministre, vous allez à Londres cet après-midi, on sait que les Britanniques cofinancent à hauteur de 100 millions les opérations liées aux migrants à Calais. Alors, vous allez demander quoi à Londres ? D'aller plus loin ?

BERNARD CAZENEUVE
Oui, il faut que Londres aille plus loin. Je vais d'ailleurs vous dire pourquoi…

ELIZABETH MARTICHOUX
Sous quelle forme ?

BERNARD CAZENEUVE
Nous avons depuis maintenant plusieurs mois pris des dispositions pour traiter humanitairement la situation de ceux qui sont à Calais et qui relèvent de l'asile en Europe et en France. 80 % de ceux qui sont à Calais ne sont pas expulsables, et nous avons une concentration de précarités, de tensions, de difficultés. Donc ce que je souhaite, parce que c'est conforme à ce qu'est la tradition de notre pays et c'est ce qu'il faut faire pour des raisons d'ordre public et des raisons humanitaires, c'est démanteler cette jungle et mettre à l'abri et dans le dispositif d'asile en France ceux qui relèvent de l'asile en France. Il y a des mineurs isolés. Ces mineurs isolés ont de la famille en Grande-Bretagne.

ELIZABETH MARTICHOUX
72 ou 73 ont déjà été accueillis par les Anglais.

BERNARD CAZENEUVE
72 ou 73 ont déjà été accueillis mais il y a plus de 800 mineurs isolés et donc moi je demande solennellement à la Grande-Bretagne d'assumer son devoir moral. Ces mineurs ont de la famille en Grande-Bretagne. Nous avons mis à l'abri près de 6 000 migrants depuis le mois d'octobre dernier dans des centres d'accueil et d'orientation qui sont bien intégrés dans le pays et qui ne posent pas de problème. La Grande-Bretagne doit, comme la France, assumer ses responsabilités. Et je vais le dire avec la plus grande netteté à mes interlocuteurs britanniques.

ELIZABETH MARTICHOUX
Si vous avez des interlocuteurs inflexibles, quels moyens avez-vous de peser sur leurs décisions ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais moyens sont d'abord ceux de la politique. C'est-à-dire lorsque les mineurs isolés sont à Calais, qu'ils ont de la famille en Grande-Bretagne et que toutes les caméras seront tournées vers ces mineurs isolés, que les Britanniques ne prendront pas, ça se verra. Donc ils ont intérêt à les prendre, c'est leur devoir moral que de le faire.

ELIZABETH MARTICHOUX
Donc vous espérez. Vous espérez qu'ils prennent combien ? Plusieurs centaines ?

BERNARD CAZENEUVE
Nous allons en discuter cet après-midi. Je souhaite qu'ils prennent tous ceux qui ont des liens avec la Grande-Bretagne ; c'est leur devoir que de le faire. C'est normal.

ELIZABETH MARTICHOUX
A combien sont-ils ?

BERNARD CAZENEUVE
Nous sommes en train de faire la liste de ceux qui sont actuellement à Calais et d'établir précisément, en liaison avec les autorités britanniques en toute transparence, la liste de ceux qui ont de la famille en Grande-Bretagne.

ELIZABETH MARTICHOUX
Enfin, si vous leur demandez, ce n'est pas plusieurs dizaines : c'est plusieurs centaines de mineurs isolés que vous voudriez que Londres prenne en charge.

BERNARD CAZENEUVE
Il y a plusieurs centaines de mineurs isolés à Calais qui ont de la famille en Grande-Bretagne et nous sommes en train d'établir la liste précise, et les Britanniques doivent prendre leurs responsabilités. Nous avons pris les nôtres, nous les avons prises au nom de la tradition de l'asile en France, nous les avons prises au nom de l'idéal humanitaire qui est le nôtre. La Grande-Bretagne, c'est le pays des droits de l'homme également et ils doivent prendre leurs responsabilités.

ELIZABETH MARTICHOUX
Sur les 9 000 places nécessaires aujourd'hui pour évacuer totalement et définitivement, comme l'a dit François HOLLANDE, le camp de Calais, la jungle de Calais, combien sont mobilisés ? Combien en avez-vous trouvé d'ores et déjà aujourd'hui ?

BERNARD CAZENEUVE
Nous en avons trouvé à peu près 7 000. Il reste à en trouver encore pour pouvoir procéder à ce démantèlement et je souhaite que ce démantèlement puisse se faire avant la fin de l'année, conformément aux engagements qui ont été pris par le gouvernement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Est-ce que la région Auvergne-Rhône-Alpes qui est dirigée par Laurent WAUQUIEZ et qui a appelé à la résistance est toujours la région qui en accueillera le plus ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais je veux dire à monsieur WAUQUIEZ la chose suivante. D'abord, l'accueil dans les collectivités, c'est la compétence des maires et les présidents de région ne sont pas président de tout. La deuxième chose que je veux lui dire, c'est : quelle est la solution qu'il propose ? Ceux qui sont à Calais sont, encore une fois, des migrants qui relèvent de l'asile en France. Propose-t-il qu'on les laisse à Calais dans le froid, dans la violence, dans la précarité ? Ou suggère-t-il que la France renonce au droit d'asile ? Propose-t-il que l'on renvoie les chrétiens d'Orient en Irak, en Syrie, les Yézidis également ? Quelle est la solution qu'il propose ?

ELIZABETH MARTICHOUX
Vous lui rappelez plutôt toutes ces questions.

BERNARD CAZENEUVE
Moi, j'apporte des réponses concrètement.

ELIZABETH MARTICHOUX
Dernière interrogation. François HOLLANDE est toujours aussi impopulaire, monsieur le Ministre. Est-ce qu'il est en situation de se présenter en 2017 ?

BERNARD CAZENEUVE
Mais je le souhaite.

ELIZABETH MARTICHOUX
Merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin, Bernard CAZENEUVE, ministre de l'Intérieur.

YVES CALVI
Les policiers sont tombés sur une bande de sauvageons, ils seront rattrapés » nous a dit le ministre, et « tous les jours nous procédons à des arrestations dans tous les quartiers difficiles du pays ». Quant à la Grande-Bretagne, le ministre va demander à ce pays d'assumer sa responsabilité en accueillant notamment les mineurs réfugiés ayant de la famille sur son territoire. Merci à tous les deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 octobre 2016

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