Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France 2 le 14 octobre 2016, sur le premier débat télévisé des candidats de la primaire de la droite pour l'élection présidentielle et les chances de la gauche de figurer au second tour. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement, à France 2 le 14 octobre 2016, sur le premier débat télévisé des candidats de la primaire de la droite pour l'élection présidentielle et les chances de la gauche de figurer au second tour.

Personnalité, fonction : LE GUEN Jean-Marie, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement;

ti : WILLIAM LEYMERGIE
... Vous verrez ça tout à l'heure après Les 4 Vérités que voici, aujourd'hui Jeff WITENBERG reçoit Jean-Marie LE GUEN, le secrétaire d'Etat chargé des Relations avec le Parlement.

JEFF WITENBERG
Effectivement, bonjour à tous, bonjour Jean-Marie LE GUEN...

JEAN-MARIE LE GUEN
Bonjour Jeff WITENBERG.

JEFF WITENBERG
Et vous alors donc, nous reposons la question qu'on a posée au journal d 7 h 30, lequel des sept candidats de la droite et du centre avez-vous trouvé le plus convaincant hier soir lors de leur débat ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez je ne suis pas le mieux placé pour faire le choix, parce que...

JEFF WITENBERG
Vous représentez le gouvernement.

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez la personnalité qui me semble-t-il a le plus progressé et c'est le plus affirmé c'est monsieur POISSON qui a défendu des idées tout à fait opposées aux miennes...

JEFF WITENBERG
Ce n'est pas forcément le favori ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, et qui était très loin derrière, sans doute inconnu de beaucoup de nos téléspectateurs, il a affirmé un certain nombre de choses ; et je pense qu'il exprime d'ailleurs en réalité ce que pense une vraie partie de la droite, très à droite, très sur les questions de société, très en retrait... par exemple très critique sur l'idée qu'il faut ne pas faire d'alliance avec le Front national, donc on voit bien qu'il exprime un certain nombre de choses. Ce n'est pas la personnalité la plus marquante mais...

JEFF WITENBERG
Un changement politique et économique en tout cas se profile quel que soit le candidat qui sortira de cette primaire et qui peut-être demain sera le futur président, est-ce que ce n'est pas la moindre des choses lorsqu'on voit les résultats de la politique actuelle économique avec notamment 50.000 chômeurs de plus le mois dernier, au mois d'août, ou croissance qui va stagner à 1,3 % cette année ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez, on verra bien d'ici quelques jours les nouveaux chiffres du chômage. Ce que je retiens c'est que ce pays recrée des emplois, il recrée des usines, ça prendra du temps, ceux qui pensent qu'il suffit d'appuyer sur un bouton ce n'est pas la peine et ceux qui pensent comme les sept candidats d'hier qu'il suffit de prendre les recettes qui n'ont pas marché et qui sont tellement injustes, les recettes de 2007 – c'est-à-dire les cadeaux aux riches pour faire repartir l'économie - c'est du pipeau, ça ne marche pas et, donc, c'est injuste, ça dresse les Français les uns contre les autres et pour l'essentiel ça affaiblit les finances publiques de la France. Donc cette politique, qui était une politique de la course à l'échalote, à l'électorat des plus fortunés, parce que c'est eux qui vont peut-être allés à la primaire, c'est un échec, c'est une erreur et nous ne les suivrons pas sur ce terrain.

JEFF WITENBERG
Vous ne les suivrez pas mais les électeurs ne vous suivrons pas vous, parce que lorsque la droite propose d'en finir avec la... plutôt propose l'assouplissement du droit du travail, la fin du statut des fonctionnaires, beaucoup de salariés – qui veulent garder ces acquis – aujourd'hui ils ne votent plus pour vous, ils votent pour le Front national, c'est une réalité ?

JEAN-MARIE LE GUEN
C'est une réalité partielle, c'est une réalité partielle et qui peuvent exister aujourd'hui. Je rappelle que...

JEFF WITENBERG
On a l'impression que la gauche a préparé en quelque sorte le terrain à la politique libérale que la droite appliquera demain...

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ça vous reprenez...

JEFF WITENBERG
Avec la loi El Khomri notamment ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, nous sommes pour un équilibre. Bien sûr qu'il faut que les choses bougent, bien sûr qu'il faut donner plus de souplesse à l'économie, mais ça ne veut pas dire donner des moyens aux riches, ça ne veut pas dire qu'il faut mettre à bas le Code du travail, la fiscalité et le Code de l'environnement, il faut trouver un équilibre, et c'est qu'aujourd'hui le social réformisme que nous défendons c'est justement cet équilibre, c'est-à-dire savoir donner de la force à notre économie mais savoir garder aussi le souci du social, de l'équilibre, ne laisser personne sur le bord du chemin. C'est un combat difficile, on est dans un monde qui est bouleversé par des révolutions scientifiques, par des crises multiples, mais nous tenons le cap, et ceux qui disent que demain ils raseront gratis parce qu'ils auront donné tout aux plus riches dans ce pays conduisent la France dans le mur comme ils l'ont fait et, d'ailleurs, les Français ont condamnés cette politique en 2012.

JEFF WITENBERG
Mettre à bas le Code du travail c'est ce que certains vous ont reproché dans le camp de la gauche ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais c'est parce qu'ils ont une vision... dès qu'on bouge quelque chose, dès qu'on essaie de faire du neuf, alors il faut rester en arrière, ils n'ont qu'une seule vision, il y a un conservatisme de gauche – oui ça existe – mais ce conservatisme non seulement il est contraire à l'idée de progrès, puisque l'idée de progrès c‘est d'avancer, c'est de s'adapter, mais en plus ce conservatisme ne marche pas.

JEFF WITENBERG
Donc, la voie est étroite quand même pour le gouvernement aujourd'hui...

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais bien sûr que la voie...

JEFF WITENBERG
Entre le conservatisme de gauche et la politique de droite...

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais bien sûr que la voie est étroite...

JEFF WITENBERG
Qui est proposée aux Français ?

JEAN-MARIE LE GUEN
La voie est étroite et le chemin est long - je paraphrase Jean-Pierre RAFFARIN – mais bien sûr que c'est difficile, mais ce n'est pas parce que c'est difficile que ce n'est pas le chemin que l'on doit emprunter.

JEFF WITENBERG
C'est difficile pour François HOLLANDE surtout aujourd'hui, c'est un sujet qui a mis tout le monde d'accord hier sur le plateau où on a vu les candidats de droite, c'est donc le livre qui est sorti sur les confidences du président de la République, est-ce qu'il ne leur a pas rendu un fier service en acceptant ou en constatant que ce livre sortait juste le jour de ce débat ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il ne faut pas faire de lien entre les deux !

JEFF WITENBERG
On a entendu des propos très durs sur François HOLLANDE, Nicolas SARKOZY dit qu'il salit la fonction présidentielle ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais ça monsieur SARKOZY n'est pas forcément le mieux placé pour donner des leçons de ce qu'est la stature présidentielle. En tout cas ce que je note c'est que François HOLLANDE a un rapport effectivement d'abord relativement transparent de l'exercice du pouvoir, alors on aime ou on n'aime pas mais il parle effectivement à des journalistes – excusez-moi je considère que ce n'est pas toujours...

JEFF WITENBERG
On aime ou on n'aime pas, vous, vous aimez ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense qu'il faut mieux... Je pense que dans le rôle, j'ai eu l'occasion de le dire et je le redis, je pense qu'il faut parler aux Français et je pense que les journalistes ne sont – excusez-moi de le dire – ne sont pas forcément toujours l'intermédiaire idéal, parfois la vie, l'action politique elle est tournée sur des choses un petit peu superficielles, donc il faut aller au fond des choses et peut-être s'adresser plu directement aux Français.

JEFF WITENBERG
Même Jean-Pierre MIGNARD, qui est un ami intime de François HOLLANDE, lui a demandé de s'excuser auprès de la magistrature dont il a évoqué la lâcheté, est-ce que vous aussi vous conseillez François HOLLANDE de s'excuser sur ce point précis ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Il y a une chose qui est sûre c'est que l'action de François HOLLANDE en matière de justice a été en tous points exemplaire et les magistrats le savent, que ce soit le respect qu'il a montré en tant que président de la République de l'autorité judiciaire, que ce soit le respect des lois, que ce soit les éléments budgétaires – notamment aujourd'hui – toute son action...

JEFF WITENBERG
Mais est-ce qu'il doit faire une mise au point ?

JEAN-MARIE LE GUEN
A l'inverse de ce qui a été fait précédemment, a toujours été respectueuse. Pour le reste, écoutez, je ne sais pas dans quelles conditions ses propos ont été rapportés...

JEFF WITENBERG
Ils n'ont pas été démentis en tout cas, puisque monsieur HOLLANDE a reçu les magistrats...

JEAN-MARIE LE GUEN
Ecoutez laissons le président de la République...

JEFF WITENBERG
Est-ce que vous lui conseilleriez de s'excuser, comme le lui suggère monsieur MIGNARD qui est son ami et qui est un avocat ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Oui, mais monsieur MIGNARD a plein de suggestions sur bien des domaines - et c'est très bien - mais François HOLLANDE...

JEFF WITENBERG
Donc, vous ne le suivez pas ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Fera ce qu'il pense être utile.

JEFF WITENBERG
Sondage après sondage François HOLLANDE ne passe pas le cap du premier tour dans les intentions de vote à la Présidentielle, qu'est-ce qui pourrait encore changer cette donnée alors qu'on est à moins de sept maintenant de cette élection ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Je pense que les choses en fait sont en train de... d'abord l'action qui a été celle de cette mandature est en train de reprendre une consistance, comme vous dites elle a été extraordinairement critiquée de la façon la plus opportuniste de tous bords, on s'aperçoit aujourd'hui que d'abord la situation peut être n'est pas aussi caricaturale que certains veulent bien le dire, que, deuxièmement, les valeurs qui ont sous-tendu cette politique sont plus équilibrées que d'autres le voulaient et, quand on se compare, quand on se compare avec ce qui est l‘alternative réelle à ce que propose François HOLLANDE, à savoir le programme commun des sept de la droite - les sept mercenaires-là j'ai envie de dire étant donné les circonstances cinématographiques – on s'aperçoit qu'il y aura beaucoup de dégâts.

JEFF WITENBERG
François HOLLANDE dit aux journalistes du Monde : « je n'ai pas peur de perdre » mais vous est-ce que vous n'avez pas peur d'un nouveau 21 avril, François HOLLANDE lui-même a toujours dit que c'était un grand traumatisme qu'il ne voulait pas revivre, est-ce qu'il est le mieux indiqué pour éviter ce nouveau 21 avril qui se profile ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Mais il y a une chose qui est sûre, il ne faut pas se voiler la face – et je pense qu'une partie de la gauche et d'ailleurs de la classique politique l'oublie - c'est qu'il y aura selon toute vraisemblance une présence de l'extrême droite au deuxième droite et, donc, il faudra bien...

JEFF WITENBERG
Et une absence de la gauche, disent les sondages.

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, ça c'est autre chose, ce n'est pas joué encore. Ce qui est certain c'est qu'il faudra le rassemblement des républicains face à Marine LE PEN et, ça, j'aimerais qu'à gauche et à droite plus en prennent conscience de ce que cela veut dire, je pense que nous avons - non pas de façon politicienne, ni d'appareil...

JEFF WITENBERG
Vous êtes déjà dans un scénario où ce sera la droite contre le Front national ?

JEAN-MARIE LE GUEN
Non, je pense les Français... Oui, oui. Non, pas du tout, pas du tout, pas du tout. Je vous dis simplement que l'extrême me semble-t-il sera présente au deuxième tour, à partir de ce moment-là il y a deux questions qui se posent : qui de la gauche et de la droite sera le mieux placée pour faire front face au Front national ?

JEFF WITENBERG
On entend ce qu'est l'enjeu...

JEAN-MARIE LE GUEN
Voilà la question qui sera celle de l'élection présidentielle.

JEFF WITENBERG
Eh bien voilà, c'est très clair. Merci beaucoup Jean-Marie LE GUEN...

JEAN-MARIE LE GUEN
Merci.

JEFF WITENBERG
C'est à vous William, très bonne journée.

WILLIAM LEYMERGIE
Merci messieurs.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 octobre 2016

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