Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur l'exposition du musée de l'Armée consacré aux services de renseignement, à Paris le 11 octobre 2016. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur l'exposition du musée de l'Armée consacré aux services de renseignement, à Paris le 11 octobre 2016.

Personnalité, fonction : LE DRIAN Jean-Yves.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Inauguration de l'exposition "Guerre secrètes", au musée de l'Armée à Paris le 11 octobre 2016

ti :
Monsieur le député,
Monsieur le préfet,
Monsieur le secrétaire général pour l'administration,
Monsieur le gouverneur militaire de Paris,
Monsieur le gouverneur des Invalides,
Monsieur le directeur,
Mesdames et Messieurs, chers amis du musée,


Je suis heureux d'être parmi vous aujourd'hui. C'est toujours un grand plaisir pour moi de venir au musée de l'Armée. J'étais ici il y a un an, pour l'inauguration de l'exposition « Chevaliers et bombardes ». Je sais que, depuis cette date, l'exposition « Napoléon à Sainte Hélène » a connu un superbe succès. C'est avec bonheur que je retrouve aujourd'hui le fleuron culturel de notre Ministère, pour une nouvelle exposition temporaire, qui sera l'occasion d'une très belle rencontre avec le public du musée, j'en ai la conviction.

« Guerres secrètes » : chaque exposition du musée de l'Armée est l'occasion pour les équipes qui nous accueillent aujourd'hui de relever un nouveau défi, avec la passion et le talent qui les caractérisent. Ce défi était de taille : rendre visible l'action des services de renseignement, dont le succès implique pourtant la dissimulation, le secret justement ; réussir à mettre en pleine lumière ce qui relève, par définition, du confidentiel voire du clandestin.

C'était une gageure à la mesure du premier établissement culturel du ministère de la Défense, un véritable exercice de style muséographique, consistant à donner un visage à ce qui n'en a pas. Alors, au risque de décevoir les amateurs de films d'espionnage pour qui le suspense est un ingrédient essentiel, je dirai sans attendre que le pari est réussi, au-delà de toute attente.

A ceux qui la visiteront bientôt, vous aurez la chance de découvrir le monde du renseignement sous tous ses aspects, avec une diversité de tons et d'émotions qui en fait toute la richesse humaine, le tragique parfois, et où l'humour n'est d'ailleurs pas absent.

Tout cela, en sachant conjuguer sens esthétique, rigueur historique et clarté scientifique. C'est ce qui fait de l'exposition « Guerres secrètes » un événement précieux pour le public.

Je tiens d'abord à féliciter les commissaires, le lieutenant-colonel Christophe Bertrand, Carine Lachèvre, François Lagrange, Emmanuel Ranvoisy, ainsi que Fabien Boully, le conseiller cinéma de cette exposition. Je pense également à tous ceux qui y ont travaillé, sous le regard averti du professeur Forcade. Ensemble, ils ont rassemblé des pièces uniques, au sein d'un parcours particulièrement expressif et novateur.

Je veux également remercier l'ensemble des partenaires de l'exposition : je pense en premier lieu au CIC, cher Nicolas Théry ; je pense bien sûr aux nombreux prêteurs, qu'ils soient institutionnels ou particuliers, et évidemment à la DGSE qui a prêté de nombreux objets et documents que le public pourra découvrir pour la première fois ; je pense enfin à Somogy éditions d'art, qui signe avec le musée un superbe catalogue, qui fera date par la qualité de son iconographie et des textes qui l'accompagnent.

Vous l'avez dit, Monsieur le directeur, c'est un travail au long cours qui aboutit aujourd'hui. Il rejoint, sans l'avoir voulu d'abord, l'une des préoccupations majeures de notre époque. C'est un jeu de miroir fécond que vous nous offrez ainsi : en scrutant les guerres secrètes passées, nous sommes invités à nous interroger sur leur présent, et sur leur avenir, au sein de de nos démocraties qui exigent à la fois, et parfois de façon contradictoire, la sécurité et la transparence.

Je me félicite d'ailleurs que les documents et les objets exposés soient mis en perspective avec des entretiens d'anciens responsables des services - je salue d'ailleurs la présence parmi nous du général Heinrich, dont chacun connaît ici l'engagement au service de notre pays - et de responsables politiques : je pense notamment à Michel Rocard, dont je tiens à saluer la mémoire. Car, aussi sophistiqué soit-il sur le plan technologique –comme l'atteste cette guerre secrète d'un genre nouveau qui a lieu dans le domaine du cyber – le renseignement est fait de décisions humaines et, en dernière instance, politiques. Il importait donc que la parole politique soit donnée à entendre sur ce sujet, à un moment de notre histoire où la centralité du renseignement ne peut aller sans une interrogation sur les normes éthiques et juridiques qui l'encadrent, dans un Etat de droit comme le nôtre.

Avec cette nouvelle exposition, le musée de l'Armée s'inscrit pleinement dans sa mission de rayonnement de l'esprit et de la culture de défense. Il répond également à une demande réelle d'information de la part de nos concitoyens, alors que l'environnement stratégique de notre pays, lourd d'incertitudes et de menaces, donne à la collecte et à l'analyse du renseignement une place décisive pour le maintien de notre autonomie stratégique, et la défense des intérêts de la Nation.

C'est d'ailleurs une priorité que nous avions identifiée dès 2012 et que le Président de la République a confirmée après les attaques terroristes qui ont frappé notre pays en 2015. Les investissements majeurs en termes de capacités comme d'effectifs, ainsi que l'adoption, le 24 juillet 2015, de la loi relative au renseignement, s'inscrivent dans cette dynamique.

Les services de renseignement placés sous ma responsabilité – la Direction générale de la sécurité extérieure, la Direction du renseignement militaire et la Direction du renseignement et de la sécurité de défense – sont pleinement engagés pour prévenir ou entraver des menaces immédiates, mais aussi mener les travaux d'analyse indispensables à l'anticipation des menaces futures, ou à la prévention des crises majeures qui se dessinent à moyen ou long terme. Et le premier enjeu pour nos services aujourd'hui, je le rappelle et chacun le sait, c'est la lutte contre le terrorisme militarisé d'inspiration djihadiste, à l'étranger comme sur notre territoire.

Je tiens d'ailleurs à rendre hommage à tous les hommes et toutes les femmes de l'ombre qui se dévouent, parfois au péril de leur vie, pour défendre la France et protéger les Français. La phrase sublime de Pierre Brossolette que vous pourrez lire sur les murs de l'exposition garde aujourd'hui toute sa portée, pour saluer les : « combattants d'autant plus émouvants qu'ils n'ont point d'uniformes ni d'étendards, les régiments sans drapeau dont les sacrifices et les batailles ne s'inscriront point en lettres d'or dans le frémissement de la soie mais seulement dans la mémoire fraternelle et déchirée de ceux qui survivront. »

Une fois de plus, le musée de l'Armée brille donc par l'intelligence de son propos et l'inventivité de sa démarche. Captiver, dans une même exposition, le sérieux des spécialistes et l'intérêt du grand public, susciter l'émerveillement des jeunes comme des moins jeunes, serait ailleurs une gageure ; ici, c'est devenu une marque de fabrique.

Le mérite premier en revient au général Baptiste et à son adjoint, David Guillet. Je sais qu'ils travaillent d'arrache-pied, et je veux profiter de cette occasion pour leur dire l'admiration qui est la mienne devant le travail qu'ils effectuent au quotidien.

Je sais qu'ils œuvrent aujourd'hui dans un contexte rendu difficile par les conséquences des attaques terroristes sur l'activité touristique à Paris - je pense notamment aux touristes étrangers.

Et je veux saluer leur détermination, et la mobilisation de leurs équipes, pour renforcer l'attractivité du musée dans cette situation critique. La lutte contre l'idéologie djihadiste est également une bataille culturelle. Vous connaissez mon attachement au développement de la politique culturelle du ministère : celle-ci est plus que jamais nécessaire, dans le contexte que je viens de rappeler. Il importe donc de s'assurer des conditions de bon fonctionnement de ce lieu d'histoire et de culture. Vous savez ma vigilance sur ce point.

Je suis d'autant plus mobilisé sur cette question que je tiens à rappeler l'ambition qui nous anime pour le développement de ce musée, au sein des Invalides, comme haut-lieu de rayonnement de nos armées. Cette ambition, je l'avais annoncée lors de ma dernière visite, il y a un an : agrandir le musée pour répondre à deux défis : l'accueil de ses publics d'abord ; l'installation de nouveaux espaces d'exposition ensuite, portant sur la guerre froide, la colonisation et la décolonisation, ou encore les engagements militaires les plus récents de la France.

Nous avançons dans cette voie. La directrice de la mémoire, du patrimoine et des archives, sous l'autorité du secrétaire général pour l'administration, et en lien avec le gouverneur militaire de Paris et le gouverneur des Invalides, a en effet conduit une réflexion globale sur la distribution des espaces au sein de l'Hôtel national des Invalide. En conséquence de quoi, le secrétaire général pour l'administration m'a soumis un projet d'extension, que j'ai validé. Je demande donc désormais à ce qu'une convention soit passée avec l'opérateur du patrimoine et des projets immobiliers de la culture (OPPIC), dont je salue la Présidente qui est parmi nous, afin que des études relatives à la future extension du musée de l'Armée puissent être programmées dans les meilleurs délais.

Le chantier que nous avons engagé est un travail de longue haleine. Je sais que le musée est pleinement mobilisé dans cette voie, comme l'est également la DMPA qui en assure la tutelle. Je fais toute confiance au général Baptiste et à David Guillet pour mener à bien cette nouvelle étape.


Mesdames et Messieurs, chers amis,

le musée de l'Armée nous offre une nouvelle fois une exposition remarquable. Elle nous rappelle que la force de notre Défense, comme de notre Nation dans les épreuves qu'elle trouve devant elle, c'est aussi le recul que lui donne l'Histoire. Ma conviction est qu'il n'y a pas de meilleur lieu que les Invalides, et en son sein, que le musée de l'Armée, pour rassembler la Nation autour de son Histoire dans ses pages les plus importantes de son destin.


Pour relever les défis qui l'attendent, le musée peut donc compter sur mon plus entier soutien. Je vous remercie.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 19 octobre 2016

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