Interview de M. Christian Eckert, secrétaire d'Etat au budget et aux comptes publics, à "Radio Classique" le 19 octobre 2016, sur la colère des policiers, sur les grandes lignes du projet de budget pour 2017. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Christian Eckert, secrétaire d'Etat au budget et aux comptes publics, à "Radio Classique" le 19 octobre 2016, sur la colère des policiers, sur les grandes lignes du projet de budget pour 2017.

Personnalité, fonction : ECKERT Christian, DURAND Guillaume.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au budget et aux comptes publics;

ti : GUILLAUME DURAND
Christian ECKERT, qui est chargé du Budget dans le gouvernement de Manuel VALLS, il est face à moi et il est en direct.

- Jingle -

GUILLAUME DURAND
Discuter d'un budget, c'est l'acte essentiel d'un gouvernement, mais est-ce qu'on peut discuter d'un budget alors que les manifestations commencent à gagner le pays, maintenant les policiers ? Je cite une phrase d'Alain JUPPE, il comprend leur colère : « Il n'y a plus autorité de l'État » et tout le monde se souvient de la fameuse phrase du Général de GAULLE, monsieur ECKERT, est-ce que c'est la « chienlit » ?

CHRISTIAN ECKERT
Bonjour d'abord, et merci de me recevoir. Je crois que justement, en termes de budget, les actes de ce gouvernement, par rapport d'abord aux moyens qui sont donnés à la police et à la gendarmerie, sont sans précédent, aussi bien en termes de mesures catégorielles, qu'en termes d'effectifs, qu'en termes d'équipements. C'est donc une première réponse à des difficultés qui trouvent leur origine dans...

GUILLAUME DURAND
Dans la violence.

CHRISTIAN ECKERT
... beaucoup de succès... dans beaucoup de sujets, pardon, et dans la violence bien entendu. Sur ce plan, là aussi il n'y a pas à tergiverser, les criminels, parce que ce sont des criminels, doivent être plus que poursuivis, doivent être condamnés, doivent être mis hors d'état de nuire, c'est la position intangible du Premier ministre et du ministre de l'Intérieur, qui entretient d'ailleurs avec les Forces de l'ordre, une relation, j'allais dire quasi personnelle.

GUILLAUME DURAND
Mais enfin, il avait l'air quand même particulièrement exaspéré au Sénat hier. Je sais bien qu'on va parler des chiffres dans un instant, mais les chiffres ne répondent pas toujours à la violence de gens qui se font caillasser, qui sont brûlés et qui sont encore dans les hôpitaux. CAZENEUVE dit hier au Sénat qu'il n'était pas possible pour les policiers de défiler, avec des voitures de fonction et avec des gyrophares, on y est en plein, pas seulement à Paris et à Marseille.

CHRISTIAN ECKERT
Il y a des règles, Guillaume DURAND...

GUILLAUME DURAND
Mais je ne les nie pas, mais...

CHRISTIAN ECKERT
Ce sont les règles des policiers. Il se trouve que mon père était policier, donc je connais un peu ce sujet, il y a des règles à respecter, pour tout le monde, ça vaut pour les policiers, on peut comprendre un mouvement de lassitude, voire d'exaspération, même de colère, mais ceci dit, le premier rôle d'un policier...

GUILLAUME DURAND
Donc ça veut dire, pardonnez-moi, mais ce matin vous considérez qu'il faut que ça s'arrête ?

CHRISTIAN ECKERT
Je pense que la colère s'est exprimée, je pense que les réponses du gouvernement, aussi bien en termes de soutien, de soutien sous forme de texte législatif que de moyens financiers, c'est mon rôle en tout cas d'y veiller. Vous savez, Bernard CAZENEUVE est l'un des ministres les plus fréquemment en train de frapper à mon bureau ou à mon téléphone, pour obtenir les moyens nécessaires à son action.

GUILLAUME DURAND
Mais est-ce qu'il serait possible, par exemple ce matin, qu'il y ait une rallonge budgétaire, voyez, je suis en train de dessiner des chiffres sur ma petite feuille de questions...

CHRISTIAN ECKERT
Mais les moyens budgétaires pour la sécurité...

GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'il peut y avoir un plus ce matin ?

CHRISTIAN ECKERT
Pour la sécurité nous avons augmenté les crédits de 1,7 milliard depuis le début de la législature. Ça n'a pas toujours été simple de les trouver, mais c'est une priorité. Je vous rappelle quand même que le président de la République, à Versailles, avait dit que le pacte de sécurité, primait sur le pacte de stabilité.

GUILLAUME DURAND
Mais, attendez, j'essaie de comprendre, parce qu'on va parler justement du budget, si vous leur donnez plus de confiance, ce sont évidemment les termes que vous souhaitez maintenir, plus d'argent, est-ce que vous considérez que ces manifestations, malgré le drame de Viry-Châtillon et d'autres, sont des manifestations politiques contre la gauche ?

CHRISTIAN ECKERT
Non, il faut éviter les mots qui blessent. Les forces de l'ordre sont, à titre individuel, aussi des citoyens. Une fois que la colère...

GUILLAUME DURAND
Oui, mais est-ce que c'est un mouvement politique ?

CHRISTIAN ECKERT
Non, je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un mouvement politique, c'est un mouvement de colère, qui est lié à des évènements graves. Ils ont trouvé des réponses, je les ai évoquées, il faut maintenant que l'on revienne à une situation plus normale et à l'observation des règles.

GUILLAUME DURAND
Question concernant le budget, vous savez que l'opposition considère que ce budget est insincère, que les frondeurs considèrent – parce que vous lisez les journaux comme nous tous – que la politique fiscale du gouvernement, depuis le début, enfin, des gouvernements, puisqu'il s'agit évidemment de Jean-Marc AYRAULT et puis de Manuel VALLS, est totalement illisible. Alors, je donne des chiffres, puisqu'il faut expliquer l'insincérité qu'ils défendent. Ils considèrent que par exemple le CICE, avec la nouvelle montée en charges, c'est 3,3 milliards de plus. La recapitalisation d'AREVA et d'EDF c'est 5 milliards de plus, les investissements d'avenir qu'on ne retrouvera pas finalement plus tard, c'est 1,2 milliard de plus, etc. etc. Ce...

CHRISTIAN ECKERT
Non, enfin, chacun de ces points mériterait d'être discuté, Guillaume DURAND. Je prends l'exemple d'AREVA, aujourd'hui personne ne sait ce que coutera la recapitalisation d'AREVA, d'ailleurs le traitement suivant que l'Union européenne considèrera qu'il s'agisse d'aides d'État ou tout simplement de mouvements de participation de l'Etat dans les capitaux des grandes entreprises, ça n'aura absolument pas le même impact budgétaire, nous sommes en discussions avec la Commission et aussi avec des investisseurs privés. Aujourd'hui, il est faux...

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous allez leur laisser des bombes ?

CHRISTIAN ECKERT
Aujourd'hui il est faux de dire qu'AREVA coutera 5 milliards de dépenses budgétaires, comptabilisées au sens de Maastricht pour l'Etat. Aujourd'hui personne ne le sait, en tout cas ça ne sera pas 5 milliards, je peux vous l'affirmez, en fonction des premières discussions qui ont lieu. On peut parler du CICE. Le CICE, contre toute décision budgétaire, a un impact au moment où la réduction d'impôt, le crédit d'impôt est très attribué, c'est une pratique qui a été la nôtre en 2012, en 2013, en 2014, nous l'avons assumé, et toutes les dépenses que vous évoquez, les dépenses supplémentaires, oui, il y a eu des dépenses supplémentaires, on parlait tout à l'heure de la sécurité, je peux parler aussi de l'Éducation nationale, je peux parler aussi du plan de formation et de soutien à l'embauche avec la prime à l'embauche pour les petites entreprises. Eh bien écoutez, tout ça est parfaitement budgété. Et le Conseil d'État, moi je suis un peu las d'entendre ce mot « insincérité » partout, le Conseil d'Etat a parfaitement traité la question de la sincérité du budget, et s'il y avait un juge de paix, ce serait le Conseil constitutionnel et nous le verrons bien le 31 décembre prochain.

GUILLAUME DURAND
Donc ce matin, vous nous dites clairement que ce budget est sincère.

CHRISTIAN ECKERT
Mais tout à fait, ce budget il contient, il est inscrit...

GUILLAUME DURAND
Ce budget ne laissera pas une ardoise considérable en cas d'alternance à ceux qui arriveront après.

CHRISTIAN ECKERT
En matière d'ardoise, on a été servis en termes d'ardoise, parce que je vous rappelle quand même que le déficit était à plus de 5 % en 2012, qu'il sera cette année, du reste, sur cette année, personne ne le conteste, de l'ordre de 3,3 % et il sera sous les 3 %, c'est l'objectif que nous fixons dans le budget, vous les 3 % il n'y a pas là d'impasse budgétaire, et encore une fois, c'est le Conseil d'Etat qui éventuellement sera le juge de paix sur cette question. Toutes les dépenses ont été inscrites. Alors, on peut contester l'opportunité de faire ces dépenses supplémentaires, certains le font, c'est le débat légitime au Parlement sur un budget, mais ils sont inscrits.

GUILLAUME DURAND
Il nous reste trois minutes, j'ai quelques questions précises et une conclusion. Question précise : est-ce que vous pouvez nous dire ce matin quels sont les nombres de Français, quel est le nombre de Français exact, d'après vous, la gauche donc au pouvoir, vont bénéficier d'allègements fiscaux cette année ?

CHRISTIAN ECKERT
Oh, il y a, entre... il y a 5 millions de Français qui auront leur impôt allégé de 20 % et quelques millions de Français supplémentaires, de foyers fiscaux supplémentaires qui connaitront une baisse dégressive, c'est-à-dire entre 0 et 20 %, c'est le milliard de réduction d'impôt, toutes choses égales par ailleurs, qui sera, je l'espère, voté par le Parlement.

GUILLAUME DURAND
Est-ce qu'il est vrai qu'il va y avoir donc un effort en faveur des retraités concernant la CSG ?

CHRISTIAN ECKERT
Oui, le gouvernement s'y est montré ouvert, Valérie RABAULT, hier, a fait adopter par la Commission des affaires sociales, une mesure qui coûte autour de 300 millions d'euros, qui va concerner probablement entre, autour de 600 000 retraités qui étaient passés dans un taux de CSG supérieur. Cette mesure sera soutenue par le gouvernement.

GUILLAUME DURAND
Vous appartenez à ce gouvernement, moi j'ai malheureusement, c'est le désavantage de l'âge et en même temps l'expérience, je n'ai jamais vu, jamais vu à une équipe au pouvoir dont les deux anciens Premiers ministres, l'actuel l'ancien, Jean-Marc AYRAULT critiquer le président de la République pour un livre. Je n'ai jamais vu ça.

CHRISTIAN ECKERT
Ecoutez, moi je n'ai pas lu ce livre, je le lirai quand aura terminé le travail sur le budget, c'est-à-dire à Noël. J'ai lu les déclarations de Manuel VALLS, on ne peut pas dire qu'elles soient d'une violence rare, celles de Jean-Marc AYRAULT sont un peu plus aiguisées, on va le dire comme ça.

GUILLAUME DURAND
Jean-Marc AYRAULT regrette notamment le passage de François HOLLANDE, explique donc à nos confrères du Monde qu'il a donné l'ordre de quatre éliminations ciblées.

CHRISTIAN ECKERT
Jean-Marc AYRAULT est aujourd'hui membre du gouvernement, ça veut dire quand même que son ressentiment est contenu.

GUILLAUME DURAND
Mais ça n'a jamais existé, Christian ECKERT, ce genre de choses.

CHRISTIAN ECKERT
Oh, écoutez, je me souviens quand même de certaines déclarations par le Premier ministre...

GUILLAUME DURAND
Enfin, Laurent FABIUS disait de François MITTERRAND, « lui c'est lui, moi c'est moi ».

CHRISTIAN ECKERT
Deux Premiers ministres qui se sont d'ailleurs déclarés à la présidence de la République, quelques semaines ou pendant d'ailleurs, au moment où ils étaient Premiers ministres. Ceci, finalement, je ne dirais pas que c'est l'écume des choses, mais enfin, ne doit pas faire oublier le fond, le fond c'est que ce pays est livré à un certain nombre de dangers, extérieurs et intérieurs.

GUILLAUME DURAND
Vous n'avez pas l'impression que ce livre, quand même, met en danger votre équipe, met en danger votre travail, que vous défendez ce matin ? Soyons francs.

CHRISTIAN ECKERT
Son opportunité n'est pas franchement avérée, ceci dit, tout le débat c'est de savoir si un président doit être complètement muet, secret, enfermé dans ce Tour d'ivoire ou s'il peut avoir un certain nombre de contacts avec des journalistes. Ensuite, l'utilisation qui en est faite, je n'ai pas lu le livre, mais je crois qu'il compte plus de 600 pages, on en a relevé quelques passages qui ont pu heurter un certain nombre de personnes, j'imagine que ce n'est pas l'intégralité de l'ouvrage.

GUILLAUME DURAND
C'est vrai qu'il y a eu plus violent, comme le départ par exemple de Jacques CHIRAC qui était Premier ministre, donc de Valery...

CHRISTIAN ECKERT
C'est entre autres à lui que je pensais.

GUILLAUME DURAND
De Valéry GISCARD d'ESTAING.

CHRISTIAN ECKERT
CHABAN DELMAS aussi.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous pensez que François HOLLANDE doit se représenter, est-ce que vous le souhaitez ?

CHRISTIAN ECKERT
Moi, personnellement, j'ai la chance, je ne sais pas si c'est une chance, mais enfin j'ai l'impression, de le rencontrer personnellement, je sais qu'il est consacré entièrement à sa mission, je l'ai vu dans des moments très difficiles, au moment des attentats, au moment où, à titre personnel, pour avoir aussi quelques contrariétés, c'est quelqu'un qui tient la route, qui tient bon, il a maintenant une expérience, j'allais dire, malheureusement acquise au contact d'événements graves, et je souhaite personnellement qu'il se représente...

GUILLAUME DURAND
Et vite.

CHRISTIAN ECKERT
Je suis très à l'aise. J'avais soutenu Martine AUBRY à la primaire précédente, j'ai soutenu François HOLLANDE comme un seul homme, et je souhaite que François HOLLANDE soit notre candidat.

GUILLAUME DURAND
Il est 08h27. Christian ECKERT, donc...

CHRISTIAN ECKERT
Merci à vous.

GUILLAUME DURAND
... va poursuivre pendant des semaines maintenant le marathon budgétaire, car c'est un véritable marathon, avec plusieurs navettes entre l'Assemblée, le Sénat et les conversations, évidemment, qui continueront jusqu'au bouclage du budget. Voici. Il est 08h28. Bienvenue donc à vous ce matin, et bonne journée, car le boulot va continuer.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 octobre 2016

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