Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à France Info le 19 octobre 2016, sur le financement du Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI), l'accompagnement des victimes de viol et de pédophilie, le mécontentement au sein de la police et l'élection présidentielle. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à France Info le 19 octobre 2016, sur le financement du Fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions (FGTI), l'accompagnement des victimes de viol et de pédophilie, le mécontentement au sein de la police et l'élection présidentielle.

Personnalité, fonction : MEADEL Juliette, APHATIE Jean-Michel.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes;

ti : FABIENNE SINTES
Bienvenue dans l'émission politique de France info, une demi-heure ensemble comme tous les matins. Bonjour à ceux qui nous rejoignent sur le canal 27 de la TNT et bonjour à vous, Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Fabienne.

FABIENNE SINTES
Avec Gilles BORNSTEIN et Guy BIRENBAUM. Notre invitée ce matin est la Secrétaire d'Etat chargée de l'aide aux victimes.

JEAN-MICHEL APHATIE
Bonjour Juliette MEADEL.

JULIETTE MEADEL
Bonjour Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
La société française doit faire face aux conséquences nombreuses du terrorisme qui la frappe. Vous ferez à ce sujet une communication en Conseil des ministres ce matin. Parmi les problèmes que vous devez régler, celui du fonds d'indemnisation, le fonds de garantie des victimes de terrorisme. Il gère aujourd'hui 1,4 milliard d'euros et c'est une ressource qui provient d'un prélèvement sur chaque contrat d'assurance ou bien un prélèvement de 4,30 euros, et vous allez augmenter ce prélèvement, Juliette MEADEL.

JULIETTE MEADEL
Oui. Nous sommes aujourd'hui face à une situation qui n'est pas dramatique car le fonds, le FGTI, qui s'occupe précisément d'indemniser les victimes d'attentat terroriste, est dans une situation à très court terme de stabilité. Comment ça marche ? Je voudrais juste vous expliquer quelques instants comment ça fonctionne pour que nos auditeurs comprennent bien.

JEAN-MICHEL APHATIE
Allez-y.

JULIETTE MEADEL
Je vais vous donner l'exemple de quelqu'un qui a été victime d'un attentat terroriste il y a plusieurs années, qui est une personne qui a été amputée de ses deux jambes. Elle a commencé par recevoir des provisions, c'est-à-dire 10 000 euros, six mois plus tard 20 000 euros, huit mois plus tard 35 000 euros, jusqu'à ce que sa blessure soit cicatrisée. Quand on est amputé des deux jambes, il faut parfois plusieurs années. Lorsque sa blessure a été cicatrisée, que son taux d'invalidité a été prononcé par un expert comme étant 70 % d'invalidité, le FGTI lui a fait une offre d'indemnisation d'un peu plus d'un million d'euros qu'elle a acceptée. Puis cette personne recevra 40 000 euros par an jusqu'à la fin de ses jours. Si je prends le temps de vous expliquer ça, c'est pour dire à quoi sert le FGTI. Il permet d'indemniser le préjudice corporel, moral et économique de tout individu qui a subi un attentat terroriste.

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais ce fonds doit faire face à une multiplication des victimes.

JULIETTE MEADEL
Là en deux ans, il a été sollicité plus que depuis sa création en 1986. Ce qu'il faut, c'est que nous puissions garantir sa stabilité à long terme et c'est ça qui compte pour nous au gouvernement aujourd'hui.

JEAN-MICHEL APHATIE
Du coup, vous augmentez le prélèvement sur les contrats d'assurance.

JULIETTE MEADEL
Avec Michel SAPIN, nous avons décidé d'augmenter cette contribution de solidarité à 5,90 euros.

JEAN-MICHEL APHATIE
5,90 euros. 1,60 euro de plus.

JULIETTE MEADEL
1,60 euro de plus qui est de la solidarité, qui permet à chacun évidemment de continuer à contribuer à cet effort. Et je crois que pour les Français, c'est un effort de solidarité qui est nécessaire, légitime et justifié.

JEAN-MICHEL APHATIE
Qui va permettre d'alimenter le fonds à quelle hauteur ?

JULIETTE MEADEL
Qui va rapporter 140 millions d'euros et ce qui va permettre tout simplement que dans les années qui suivent…

GILLES BORNSTEIN
Par an ?

JULIETTE MEADEL
Par an, oui, 140 millions d'euros par an en plus. Ce qui va permettre de ne pas puiser dans les réserves du fonds car ces réserves sont essentielles pour payer les rentes dont je viens de vous parler et pour assurer à chacun, y compris quand il en a besoin toute sa vie, ce soutien du fonds.

JEAN-MICHEL APHATIE
Les associations demandaient 2 euros. Elles ne seront donc pas tout à fait satisfaites, même si l'effort évidemment existe, elles ne seront pas tout à fait satisfaites de votre décision, Juliette MEADEL.

JULIETTE MEADEL
Je travaille avec elles quotidiennement et elles sont satisfaites parce que, Jean-Michel APHATIE…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais elles demandaient 2 euros parce que leurs évaluations ne sont peut-être pas tout à fait les mêmes que les vôtres.

JULIETTE MEADEL
Laissez-moi terminer. La question du fonds et de cette augmentation, 5,90 euros, ça permet de stabiliser les réserves du fonds et c'est le bon chiffre. Deuxième sujet : l'Etat, et c'est important, sera garant.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est les bons chiffres selon vous mais peut-être pas selon les associations. Mais chacun a une estimation qui lui est propre.

JULIETTE MEADEL
Si, si, si, parce que c'est ce qui permet de stabiliser dès 2017. Par ailleurs, l'Etat sera garant et ça c'est très important de dire que l'État sera le garant de cette indemnisation et de la pérennité du fonds. Deuxième sujet : le fonds, ça n'est pas que de l'indemnisation financière. C'est aussi de la prise en charge, c'est aussi de l'accompagnement et c'est ce que nous faisons au Secrétariat d'État à l'aide aux victimes. Nous avons déjà commencé à améliorer la façon dont les victimes sont accompagnées et nous allons continuer. Nous allons continuer à le faire avec le fonds à qui nous allons fixer des objectifs de service public.

GILLES BORNSTEIN
Pour autant, les victimes se plaignent. Vous nous avez décrit un fonctionnement correct, mais les associations se plaignent d'un fonctionnement lent, technocratique.

FABIENNE SINTES
Un peu opaque.

JULIETTE MEADEL
J'allais y venir. J'allais y venir, Gilles BORNSTEIN.

GILLES BORNSTEIN
Opaque, sans prendre tellement en compte la réalité humaine des victimes.

JULIETTE MEADEL
C'est un sujet essentiel et je veux que nous améliorions les choses et nous allons le faire. Je vais signer avec le fonds une convention qui est une convention de service public où je vais préciser des objectifs. Transparence, individualisation de l'accompagnement, suivi fin. Il faut améliorer la formation des agents du fonds parce que, vous savez, parler à quelqu'un qui vient de subir un attentat de cette nature, l'accompagner dans ses démarches administratives qui sont lourdes et qui doivent être encore allégées, ça s'apprend. C'est ce que nous sommes en train de construire. Je voulais quand même vous dire une chose : c'est que nous avons créé cet été un site Internet qui s'appelle Guide, qui est un site de démarches en ligne qui permet à tout un chacun de déposer sa demande d'indemnisation sur Internet et de recevoir dans les douze heures qui suivent le dépôt de la demande d'indemnisation un coup de fil du fonds, des services du FGTI, pour dire : comment ça se passe, comment allez-vous, vous avez déposé la demande, voici les papiers qu'il faut, venez. Parce qu'il faut aussi avoir un accompagnement humain, c'est essentiel.

FABIENNE SINTES
Juliette MEADEL, l'un des reproches que font les victimes souvent, c'est de ne pas très bien comprendre effectivement pourquoi telle somme à telle personne, pour tel genre de dommage, de traumatisme, ceux qui ont perdu leurs enfants, et cetera. Tout cela manque souvent d'explications en fait, et il y en a qui suggèrent de faire viser par un juge les décisions qui sont prises. Est-ce que vous dites : « Pourquoi pas ? »

JULIETTE MEADEL
Je dis pourquoi pas, mais je dis surtout que tout de suite…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais vous ne dites pas oui. « Pourquoi pas », ce n'est pas très précis.

JULIETTE MEADEL
Parce que gouverner c'est agir, c'est prévoir et c'est agir. Je dis tout de suite, et je vous l'annonce, que j'ai demandé au fonds et au conseil d'administration du fonds, de publier un référentiel sur l'indemnisation. Qu'est-ce que ça veut dire ?

FABIENNE SINTES
C'est un barème, un référentiel ?

JULIETTE MEADEL
C'est une sorte de barème pour faire court, mais ça permet de dire en fonction de tel préjudice, on reçoit telle somme d'argent. Mais attention, l'estimation d'un préjudice c'est individualisé. C'est-à-dire que vous pouvez très bien avoir subi une amputation, mais si vous perdez un bras et que vous êtes pianiste, le préjudice économique n'est pas le même que si vous êtes marathonien par exemple. Donc ce qu'il faut bien comprendre, c'est que je demande au fonds – et je vous l'annonce, c'est la première fois que c'est fait – de faire la transparence sur le référentiel mais il faut laisser en effet aux juges la possibilité en cas de contentieux d'individualiser le préjudice. Aujourd'hui, le juge est saisi en cas de problème – c'est déjà le cas – mais en effet, il faut aussi dire que la justice doit être nécessaire et que dans les décisions d'indemnisation, la justice et la transparence doivent prévaloir.

FABIENNE SINTES
Et on y revient dans un instant sur Franceinfo:. […]

- Juliette MEADEL est notre invitée ce matin. Question, Jean-Michel APHATIE.

JEAN-MICHEL APHATIE
Soumis à beaucoup de contraintes depuis les attentats les policiers manifestent leur mécontentement depuis quelques jours, hier à Marseille, à Clermont-Ferrand et surtout à Evry, ils se sont réunis d'une manière qui n'est pas légale, qui ne correspond pas à leur statut, mais ils se réunissent pour dire leur mécontentement, parfois leur colère. Et hier, à Evry, on va l'entendre, ils ont même hué le directeur général de la Police qui voulait leur rendre visite et leur parler, ce qu'il n'a finalement pas fait. On les écoute.

- Extrait de la manifestation des policiers :
Les policiers : (Sifflets) Démission, démission, démission…

JEAN-MICHEL APHATIE
Voilà, la démission qu'ils demandent, donc c'est celle du directeur général de la Police nationale, comment vous réagissez, Juliette MEADEL, à cette colère des policiers ?

JULIETTE MEADEL
J'entends et je comprends leur colère parce qu'ils ont des conditions de travail difficiles, néanmoins il faut d'abord et avant tout réaffirmer la nécessité absolue de respecter la loi, leur statut, les principes. On a besoin, plus que jamais, de la protection de la police. Je peux vous en parler parce que très concrètement, quand je suis sur les terrains, comme Nice, quelques heures après des drames que nous avons vécus, franchement, leur dévouement est exemplaire. N'oublions pas qu'ils risquent leur vie, eux aussi, en permanence, donc on le comprend.

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est ce qu'ils disent justement, et ils ont le sentiment d'être un peu abandonnés, surchargés de travail…

JULIETTE MEADEL
Les moyens, comme vous le savez, le ministre de l'Intérieur ne cesse de le dire…

JEAN-MICHEL APHATIE
En tout cas avec une pression qui est difficile à supporter.

JULIETTE MEADEL
Oui, mais ce gouvernement-là a considérablement augmenté les moyens alloués à la police. Bien sûr c'est encore, ça peut toujours être insuffisant, mais disons-le quand même, ce gouvernement est celui qui a augmenté les moyens, ce n'était pas le cas du gouvernement précédent, et permettez-moi, Jean-Michel APHATIE, juste une chose…

JEAN-MICHEL APHATIE
Quand vous rappelez leur statut, Juliette MEADEL, vous voulez dire qu'il faut prendre des sanctions contre eux, contre ceux qui ont manifesté ?

JULIETTE MEADEL
Je pense qu'il faut respecter la loi… certainement pas contre ceux qui manifestent, mais le ministre de l'Intérieur s'exprimera sur ce sujet-là…

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est eux qui ne respectent pas la loi.

JULIETTE MEADEL
Il faut respecter la loi. Le cadre légal est indispensable. Dans un moment où nous sommes victimes d'attentats…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ils ne l'ont pas respectée.

JULIETTE MEADEL
Dans un moment où nous sommes victimes d'attentats, tout le monde, tout à chacun, doit respecter la loi, c'est fondamental pour la stabilité de la République.

GILLES BORNSTEIN
Donc ils n'ont pas le droit de manifester.

JULIETTE MEADEL
C'est fondamental pour la stabilité de la République. Moi je ne suis pas habilitée aujourd'hui à juger et à porter des jugements juridiques, légaux, ce n'est pas mon rôle…

FABIENNE SINTES
Mais si vous étiez monsieur FALCONE, leur patron, par exemple, est-ce que vous n'auriez pas arrêté votre voiture pour leur parler à ces gens ?

JULIETTE MEADEL
Ecoutez, je ne suis pas là pour donner des leçons à qui que ce soit, moi je m'occupe de l'aide aux victimes, et très franchement c'est un sujet suffisamment sensible que celui de la préservation de la sécurité du pays pour qu'on soit très prudent. Je vous dis simplement une chose, quand j'entends, et c'est important, quand j'entends la droite dire qu'on va supprimer, qu'elle veut, qu'elle, veut supprimer des centaines de milliers de postes de fonctionnaires, je dis ce n'est pas…

JEAN-MICHEL APHATIE
Mais pas de policiers, disent-ils.

JULIETTE MEADEL
Certes, mais tout est à l'avenant. Ça veut dire que c'est une fragilisation de l'Etat, ça veut dire que c'est une fragilisation du service public, car les policiers s'appuient eux aussi sur du service public, s'appuient eux aussi sur des agents publics, qui ne sont pas policiers, et dont ils ont besoin, tous les jours, pour exercer leurs missions. Donc je dis attention. Ne nous trompons pas de débat, ne nous trompons pas de débat, on a besoin, plus que jamais, de l'Etat, on a besoin plus que jamais de la fonction publique, et surtout en matière de sécurité.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça c'est un peu la campagne électorale, la colère des policiers c'est aujourd'hui et c'est pour cela qu'on vous interrogeait là-dessus Juliette MEADEL.

JULIETTE MEADEL
Mais, Jean-Michel APHATIE, tout est politique, ne me dites pas que nous ne sommes pas aujourd'hui dans une période de campagne électorale.

JEAN-MICHEL APHATIE
Oui, mais enfin, la réponse à la colère des policiers ce n'est pas le programme de la droite, c'est pour ça que nous vous en parlions ce matin, c'est ce que je voulais dire.

JULIETTE MEADEL
Vous avez raison de m'en parler, c'est un sujet qui me tient à coeur. La réponse à la colère des policiers aujourd'hui c'est la stabilité de l'État, c'est l'augmentation des moyens, c'est l'amélioration de leurs conditions de travail, qui a été en partie traitée et mise par ce gouvernement.

GILLES BORNSTEIN
L'animatrice Flavie FLAMENT raconte dans un livre aujourd'hui le viol qu'elle a subi lorsqu'elle avait 13 ans, de la part d'un photographe très connu, dont elle ne peut pas dire le nom parce que justement ce crime est prescrit. La prescription pour de tels crimes est de 15 ans, est-ce que vous pensez qu'il faut aménager…

GUY BIRENBAUM
20 ans.

GILLES BORNSTEIN
20 ans, pardon, est-ce qu'il faut aménager cette situation ?

JULIETTE MEADEL
Je pense qu'il faut y réfléchir très sérieusement, oui, car être victime d'un viol, dans ces conditions, ne pas pouvoir ensuite porter plainte, ce cas s'est présenté également en ce qui concerne les victimes de pédophilie, fait et pose question. Je m'occupe en particulier des victimes de terrorisme, vous le savez, mais je suis saisie…

JEAN-MICHEL APHATIE
Des victimes.

JULIETTE MEADEL
Exactement, je suis saisie aussi de cas, je ne suis pas saisie par madame FLAMENT, mais j'ai été saisie notamment par des enfants, par des associations qui défendent et qui protègent les droits des enfants qui sont victimes de pédophilie, et j'ai été très frappée par cette incapacité qu'ils ont, à cause de la prescription, à porter plainte. Donc, il faut y réfléchir, il faut y travailler.

GUY BIRENBAUM
Il faut changer la loi.

GILLES BORNSTEIN
Les rendre imprescriptibles, qu'est-ce que vous proposez ?

JULIETTE MEADEL
Il faut y travailler, sur ce sujet-là…

JEAN-MICHEL APHATIE
Comment vous y travaillez actuellement, est-ce que vous y envisagez quelque chose, une action ?

JULIETTE MEADEL
On y travaille en discutant, on y travaille très sérieusement avec le ministère de la Justice, ce n'est pas un sujet facile, et ce n'est pas un sujet qui se résout d'un coup de baguette magique. Donc, ça fait partie des préoccupations que j'ai moi, qui m'occupe et qui défends les droits des victimes.

FABIENNE SINTES
Ce que disent les victimes notamment, c'est qu'il faudrait prendre en compte ce qu'on appelle l'amnésie traumatique, c'est-à-dire cette période de temps où de toute façon on ne peut pas porter plainte, on ne peut parler de rien, puisqu'on ne s'en souvient pas. Est-ce que c'est sur la table ce genre de choses ?

JULIETTE MEADEL
L'amnésie traumatique a la particularité d'être évidemment propre à chacun, et donc on ne peut pas faire une règle générale avec une analyse, qui d'abord dépend des psys, il faut bien le dire, et qui n'a pas d'objectivité, c'est pour ça que je vous dis que c'est un sujet extrêmement sensible. En même temps, attention, l'imprescriptibilité des crimes est réservée aujourd'hui aux crimes contre l'Humanité, donc il faut aussi respecter une forme de classement, de graduation, c'est pour ça que je vous dis que c'est un sujet à prendre en compte. De mon point de vue, moi, mon travail c'est d'écouter, de prendre en charge, au mieux, les victimes qui ont besoin d'être entendues et qui ont besoin que leurs droits soient reconnus, mais vous savez, parfois, le droit ne se résout pas seulement en un procès, le droit des victimes c'est aussi les écouter et c'est aussi que leur parole soit publiquement entendue.

GUY BIRENBAUM
Justement, des victimes qui prennent – peut-être ne sont-elles pas victimes, mais en tout cas elles le considèrent – qui prennent la parole publiquement, ce sont des assistantes parlementaires, des collaboratrices de parlementaires, qui ont monté un site Internet qui s'appelle « Chair collaboratrice », et qui se plaignent de cas de harcèlement et de sexisme. Quel est votre regard sur cette démarche ? Il s'agit de témoignages anonymes qu'elles suscitent sur le web.

JULIETTE MEADEL
Moi je considère que toute démarche qui tend à faire la transparence sur une souffrance, puisque c'est le cas, une femme, dans un environnement politique, dans une entreprise, dans n'importe quel environnement, qui en effet se sent harcelée, qui a le sentiment qu'elle progresse moins vite pour des raisons de misogynie, car le harcèlement sexuel c'est de la misogynie, a évidemment… je crois que c'est un progrès que de…

GILLES BORNSTEIN
Ça existe le sexisme en politique ?

JULIETTE MEADEL
Mais bien sûr que ça existe.

GILLES BORNSTEIN
Et vous, vous en avez souffert ?

JULIETTE MEADEL
Je n'ai pas envie de parler de mon cas honnêtement, mais bien sûr que ça existe.

JEAN-MICHEL APHATIE
Il y a toujours de l'omerta autour de tout cela ?

JULIETTE MEADEL
De l'omerta non, peut-être une difficulté à dire que soi-même on a été victime de ce type de sexisme-là…

JEAN-MICHEL APHATIE
Ce qu'on peut comprendre.

JULIETTE MEADEL
On n'a pas forcément envie de se répandre, on n'a pas forcément envie de raconter son cas personnel, mais oui, moi je comprends très bien, et je soutiens la démarche, de ces femmes qui, quel que soit leur statut, quel que soit leur travail, disent : stop, il y en a assez du harcèlement. Et deuxièmement, le deuxième combat à mener là-dessus, c'est l'égalité des droits. Quand vous voyez, certes dans la vie politique la place des femmes aujourd'hui a progressé, nous avons quand même un gouvernement qui, grâce à François HOLLANDE, est un gouvernement paritaire, avec des vrais portefeuilles pour les femmes, néanmoins il faut largement continuer à faire progresser ce sujet-là. Et d'ailleurs, l'égalité homme/femme au travail, dans le secteur privé, aujourd'hui, est loin d'être encore garanti, même si des progrès ont été constatés.

JEAN-MICHEL APHATIE
Et vous ne prévoyez pas là-dessus, puisque ça doit ressortir aussi de votre secrétariat d'Etat, d'action particulière ?

JULIETTE MEADEL
Moi je continue à soutenir et à dire politiquement qu'il faut défendre les droits des femmes, et notamment les femmes victimes de violences conjugales, avec Laurence ROSSIGNOL il y a eu un certain nombre d'actions qui ont été menées, et je continuerai à le dire.

FABIENNE SINTES
Juliette MEADEL cette discussion continue sur France Info, dans un instant on va parler du fameux livre du président de la République, dans un instant on parlera peut-être aussi d'Emmanuel MACRON. On voit ça dans un instant. […]

- Retour dans l'émission politique de Franceinfo: avec Juliette MEADEL, invitée ce matin. Juliette MEADEL, tout le monde en parle à gauche et aussi à droite d'ailleurs : qu'est-ce que vous en avez pensé, vous, du livre sur François HOLLANDE des journalistes du Monde ?

JULIETTE MEADEL
Écoutez, moi je suis ministre d'un gouvernement, Secrétaire d'Etat dans un gouvernement qui a une vertu à mes yeux aujourd'hui, c'est la loyauté et la cohésion.

GILLES BORNSTEIN
Ça, ça veut dire : « J'en pense du mal mais je ne peux pas le dire. »

JEAN-MICHEL APHATIE
C'est un décryptage de Gilles BORNSTEIN.

GILLES BORNSTEIN
Qui n'est pas faux.

JULIETTE MEADEL
Ça veut dire que j'ai une très, très haute idée de la responsabilité d'un ministre dans sa parole. Et ça veut dire que je crois qu'il faut, à un moment donné, être aussi capable de garder pour nous nos débats internes et de ne pas en faire étalage.

JEAN-MICHEL APHATIE
Parce qu'il y a débat. On déduit de ce que vous dites qu'il y a débat.

JULIETTE MEADEL
Je ne veux pas ajouter de l'huile sur le feu, voilà. Je n'ai pas envie d'en rajouter.

GILLES BORNSTEIN
Si le président devait renoncer, est-ce que Manuel VALLS ferait un bon candidat de remplacement ?

JULIETTE MEADEL
Ecoutez, c'est notre Premier ministre à tous. Il est combatif, il est sur le terrain, il est là pour assurer aussi la cohésion de l'équipe.

GILLES BORNSTEIN
Je décrypte tout et là, la réponse est donc oui.

JULIETTE MEADEL
Je considère que c'est vraiment une question aujourd'hui qui ne se pose pas tant que le président de la République n'a pas donné sa réponse à la question de savoir s'il serait candidat ou s'il ne le serait pas. Le moment venu, la question se posera.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quelle question ?

JULIETTE MEADEL
[Désignant Gilles Bornstein :] Celle que vous venez de poser.

GILLES BORNSTEIN
De savoir si Manuel VALLS ferait un bon candidat de remplacement.

JULIETTE MEADEL
Le moment venu, au moment où le président de la République dira s'il est candidat ou s'il ne l'est pas, la question se posera.

GILLES BORNSTEIN
Il peut encore être candidat, le président de la République ?

JULIETTE MEADEL
Le président de la République a son calendrier, je crois que nous le connaissons tous, donc nous respectons son calendrier.

GILLES BORNSTEIN
En langue de bois, vous êtes…

JEAN-MICHEL APHATIE
On n'est pas sympathique, on vous torture là évidemment, mais c'est un sujet que vous ne pouvez pas aborder. C'est plus un commentaire qu'une question. Je ne sais pas si ça peut tourner à la discussion entre vous et nous, ce qui dit le problème quand même.

JULIETTE MEADEL
Encore une fois, il n'y a qu'une seule leçon que je retire de tout ça : un responsable politique doit maîtriser sa parole.

GUY BIRENBAUM
Président compris.

JULIETTE MEADEL
C'est le président de la République. Moi, je suis une modeste Secrétaire d'Etat, donc je maîtrise ma parole. Je maîtrise ma parole.

JEAN-MICHEL APHATIE
On va en rester là : un responsable politique doit maîtriser sa parole. Après tout, chacun peut lire cette phrase comme il l'entend. Peut-être moins difficile pour vous, il y a quelques semaines encore, Emmanuel MACRON était votre collègue au gouvernement. Hier soir, il était en meeting à Montpellier et ça donne ça.

- Meeting d'Emmanuel MACRON à Montpellier :
« Parce que la France, c'est un projet et c'est le projet que je veux porter. Allons enfants de la patrie, le jour de gloire est arriv酠»

JULIETTE MEADEL
Je vois que vous gloussez, Jean-Michel APHATIE. Pourquoi gloussez-vous ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Je me dis, quand j'entends chanter La Marseillaise que ça, a capella, il faut tout faire quand on fait de la politique.

JULIETTE MEADEL
Pas forcément.

JEAN-MICHEL APHATIE
Quand vous l'entendez, candidat, là vous n'en doutez pas ? Il sera candidat ?

JULIETTE MEADEL
Oui, oui. Il donne l'impression de se positionner clairement pour une candidature en solo.

JEAN-MICHEL APHATIE
Ça vous déçoit ? Ça vous agace ? Ça vous irrite ?

FABIENNE SINTES
Ça vous fait de la peine ?

JULIETTE MEADEL
Ça m'attriste. Ça m'attriste parce qu'encore une fois, on est dans une équipe. Il était dans notre équipe, Emmanuel MACRON.

GUY BIRENBAUM
Mais il n'y est plus.

JULIETTE MEADEL
Il a choisi de ne plus l'être mais moi, j'ai une question très simple pour les Français : quel est son projet politique ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Il va le dire.

JULIETTE MEADEL
Ça fait longtemps qu'on attend qu'il le dise.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes pressée ?

JULIETTE MEADEL
Mais quand on se présente, quand on se soumet à une candidature, après tout c'est la vie politique, très bien. Mais il faut le faire parce qu'on est animé avec une vraie passion et un projet politique.

JEAN-MICHEL APHATIE
Sans doute il l'est, sans doute il l'est.

JULIETTE MEADEL
Mais parce que, par exemple, on peut avoir envie de lutter contre une injustice. Parce qu'on peut, comme c'était le cas de Ségolène ROYAL à l'époque, arriver en disant : « Moi, je veux défendre l'ordre juste. Je veux défendre la démocratie participative. » On peut, comme l'a dit François HOLLANDE en 2012 : « Moi, j'ai à coeur de réformer la France. » Mais moi je n'entends pas – je vous le dis très sincèrement, on est de la même génération et je trouve que c'est quelqu'un qui est plutôt sympathique – je n'entends pas chez lui une indignation tellement forte qu'elle justifie sa candidature. Quel est son vrai projet pour la France ? Qu'est-ce qui l'indigne ? Qu'est-ce qui lui donne envie de se battre ? Il dit : « Mon projet, la France », mais qu'est-ce que c'est son projet ?

JEAN-MICHEL APHATIE
Si vous ne sentez pas ça, vous voulez suggérer qu'il n'y a que l'ambition voire l'ego qui le met en mouvement. C'est ce que vous voulez suggérer ?

JULIETTE MEADEL
Je vous laisse en tirer vos propres conclusions. Mais en effet, on a le sentiment que c'est plus une question de débat de personne que de projet. C'est un peu ça qui tue aussi je trouve – et c'est pour ça que ça me rend triste – je trouve que c'est un peu ça qui peut donner une mauvaise image des responsables politiques. Donc revenons sur le fond, revenons aux projets et c'est ça qui est important.

GUY BIRENBAUM
Vous avez évoqué le timing du président. Il a le droit d'avoir le sien, Emmanuel MACRON.

JULIETTE MEADEL
C'est bien ce que je lui reproche. C'est que c'est son timing à lui en tant que personne, ça n'est pas le timing d'abord de sa famille politique, la gauche, ni de la France. C'est-à-dire qu'avant tout, on doit aussi avoir une vraie fidélité par rapport à ses idées.

JEAN-MICHEL APHATIE
Vous êtes Secrétaire d'Etat aux victimes. Les victimes, c'est une catégorie très large et tout peut y être intégré. Nous allons parler des policiers qui sont en colère, on a vu aussi des enseignants qui sont pris à partie.

GUY BIRENBAUM
Absolument. Il y a eu beaucoup d'enseignants pris à partie et j'ai entendu hier madame VALLAUD-BELKACEM qui leur conseillait de porter plainte. J'étais un peu étonné par cette démarche. Est-ce que l'Etat ne devrait pas leur garantir – vous êtes avocate, vous êtes docteur en droit – est-ce que ce n'est pas l'État qui doit être derrière eux ?

JULIETTE MEADEL
D'abord, l'État est derrière eux. La ministre de l'Éducation nationale l'a rappelé. Moi, je suis très choquée par ce qu'ils ont vécu, je vous le dis franchement. J'ai quatre enfants ; comme vous, j'amène mes enfants à l'école le matin. Se dire que dans l'enceinte de l'école et du collège en particulier, il n'y a même pas ce sentiment d'être protégé, c'est effectivement très difficile. Mais l'État est derrière eux, l'État les soutient, l'Etat est avec eux et ce qu'ils ont vécu est évidemment insupportable.

GUY BIRENBAUM
Mais quand on leur dit : « Vous devez porter plainte », ce n'est pas à vous que je vais dire la difficulté d'aller porter plainte. L'État ne devrait-il pas intervenir davantage ?

JULIETTE MEADEL
Il y a ce que l'État doit : l'État doit protection bien sûr. Et puis il y a aussi derrière, vis-à-vis de ceux qui sont les agresseurs de ces enseignants, naturellement une procédure judiciaire qui doit être enclenchée. Comme vous le savez, on est dans un État de droit. Je suis avocate, je vous le dis. Donc pour qu'une procédure judiciaire s'enclenche, mécaniquement il faut qu'une plainte soit déposée. Ce qui n'empêche que les enseignants doivent être protégés et c'est ce qu'a dit la ministre de l'Éducation nationale.

JEAN-MICHEL APHATIE
Merci Juliette MEADEL d'avoir accepté l'invitation de Franceinfo

JULIETTE MEADEL
Merci.

FABIENNE SINTES
Et merci à tous. À bientôt.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 octobre 2016

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