Interview de M. Jean-Vincent Placé, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification, à France 2 le 20 octobre 2016, sur le résultat du premier tour des primaires d'EELV pour l'élection présidentielle, le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et le climat politique et social. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Jean-Vincent Placé, secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification, à France 2 le 20 octobre 2016, sur le résultat du premier tour des primaires d'EELV pour l'élection présidentielle, le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes et le climat politique et social.

Personnalité, fonction : PLACE Jean-Vincent, ROUX Caroline.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la réforme de l'Etat et à la simplification;

ti : THOMAS HERVE
Tout d'abord, c'est l'heure des « 4 vérités » de Caroline ROUX. Alors Caroline ce matin reçoit ce matin le secrétaire d'État Jean-Vincent PLACE, secrétaire d'État chargé de la Simplification et de la Réforme de l'État. Bonjour à tous les deux.

CAROLINE ROUX
Bonjour Jean-Vincent PLACE.

JEAN-VINCENT PLACE
Bonjour Caroline ROUX.

CAROLINE ROUX
Vous avez oeuvré aux côtés de Cécile DUFLOT entre 2001 et 2015, vous êtes l'un de ceux qui la connait le mieux. Elle est sortie des primaires Europe écologie les Verts, avec seulement 25 % des voix. Une gifle. Balayée Cécile DUFLOT. Qu'est-ce qu'elle paie ?

JEAN-VINCENT PLACE
Alors, déjà, c'est triste, individuellement, pour elle, et puis d'autre part, je pense qu'elle paie surtout l'ingratitude des Verts, parce que c'est évident, franchement, j'ai eu quelques querelles et j'en ai encore sur la question de la sortie du gouvernement il y a deux ans, sur la relation politique avec l'appréciation de la politique écologiste du gouvernement, mais c'est évidemment la plus connue, je pense aussi que c'est celle qui aurait fait...

CAROLINE ROUX
C'était la meilleure ?

JEAN-VINCENT PLACE
Oh, de loin, oui, bien sûr. C'est d'ailleurs aussi je pense cela qu'elle paie, le côté coupeur de tête des Verts, qui continue un peu, sous une forme de suicide collectif, un peu Temple solaire, c'est-à-dire qu'on continue dans la secte et puis on essaie de qualifier deux personnes que personne ne connait, au-delà des mérites, peut-être, qu'ils ont, mais enfin, il y a quand même un moment, la notoriété, la crédibilité, ça joue, et franchement, je vous dis, avec les divergences de fond et d'appréciation de la politique du gouvernement que je viens d'indiquer, avec Cécile DUFLOT, mais de loin c'est la meilleure et puis d'autre part c'est surtout, depuis dix ans, quelqu'un qui les avait sortis de l'ornière, du trou dans lequel ils étaient, c'est plutôt triste. Voilà.

CAROLINE ROUX
C'est plutôt triste...

JEAN-VINCENT PLACE
Pour la qualité du débat, voilà.

CAROLINE ROUX
Est-ce que c'est la fin de sa carrière politique ?

JEAN-VINCENT PLACE
Écoutez, moi, j'ai de l'estime et du respect pour elle, au-delà des divergences, je lui souhaite...

CAROLINE ROUX
On l'a compris, vous trouvez que c'est un coup dur pour elle, après autant d'engagement, pendant si longtemps.

JEAN-VINCENT PLACE
Et je lui rappelle, rappellerai, que François MITTERRAND a eu beaucoup de difficultés dans la vie, et puisqu'elle est attachée à la République écologiste, et à une présidence écologiste, elle est jeune, elle a tour l'avenir devant elle.

CAROLINE ROUX
Est-ce qu'elle était vécue, à votre avis, comme une candidate du système, Cécile DUFLOT ?

JEAN-VINCENT PLACE
Je pense que c'est ça, il y a aujourd'hui une volonté un peu de tourner des pages, et quelque part, au bout de dix ans, il y a eu sûrement une distance de l'électorat, enfin, de l'électorat, 12 000 personnes, c'est quand même le coeur dur, j'allais dire du réacteur, alors, évidemment, avec les écologistes c'est autre chose, mais c'était vraiment le coeur dur de la militante, c'est, on le voit bien, donc, cet aspect sectaire dans ce choix.

CAROLINE ROUX
Yannick JADOT est arrivé en tête avec 36 % des voix, donc, devant Michèle RIVASI. Le favori, c'est JADOT ?

JEAN-VINCENT PLACE
Non, pour connaitre un petit peu les Verts, c'est un peu le même raisonnement, c'est-à-dire que certes personne ne le connait vraiment, mais il est un peu plus connu que madame RIVASI, donc j'ai l'impression qu'ils vont éliminer encore celui qui est le plus connu.

CAROLINE ROUX
Mais pourquoi éliminer ceux qui sont les plus connus ? Pourquoi couper des tètes, comme vous dites ? Quelle est la logique politique ?

JEAN-VINCENT PLACE
Eh bien il n'y en a pas, c'est-à-dire...

CAROLINE ROUX
Ah, c'est ça.

JEAN-VINCENT PLACE
... que c'est un peu, d'ailleurs c'est une erreur que, y compris j'ai pu commettre moi-même dans le passé, c'est que la dernière fois Nicolas HULOT s'est imposé, et puis ça a été Eva JOLY. Voyez, c'est un peu un système, je vous dis, malheureusement, de repli sur soi, et en plus je le dis d'autant plus que moi je suis un soutien, vous le savez, du président de la République, mais il me semble quand même que pour la qualité de la discussion démocratique devant les Françaises et les Français, c'est mieux quand même d'avoir des gens qui sont reconnus et qui ont une crédibilité.

CAROLINE ROUX
Voir sortir Cécile DUFLOT, c'est une bonne nouvelle pour François HOLLANDE ? Elle a été rude à l'endroit du Président de la République.

JEAN-VINCENT PLACE
Il y a eu des fautes stratégiques, parce que par exemple sur le travail qui a été fait par le président de la République, François HOLLANDE, sur la COP21, avec Ségolène ROYAL en particulier, comme ministre de l'Écologie, c'est quelque chose qui est reconnu dans le monde entier. Aujourd'hui, on parle de la France, la France c'est bien sûr les interventions que nous faisons dans le monde, et en particulier d'ailleurs, peut-être nous en parlerons, en Irak et en Syrie, mais c'est aussi la COP21 où la France parait comme le fer de lance de l'écologie aujourd'hui, et malheureusement les écologistes français n'ont pas su le reconnaitre, c'est bien triste, parce que c'est un vrai enjeu, nous serons nombreux à Marrakech, dans quelques jours, pour la cop22.

CAROLINE ROUX
C'était une bonne réponse, mais ce n'tait pas la question, Jean-Vincent PLACE. Est-ce que c'est...

JEAN-VINCENT PLACE
Comment auraient dit certains, c'est ma réponse.
CAROLINE ROUX

Ça veut dire que la question est un problème ? Voir partir Cécile DUFLOT du jeu de la présidentielle, est-ce que c'est une bonne nouvelle pour le président de la République, qui a déjà fort à faire avec ses anciens ministres ?

JEAN-VINCENT PLACE
Non mais, je vais être très franc avec vous, je suis très franc avec vous, je pense que c'est invariant. Voilà. Moi j'ai toujours pensé qu'il y aura un candidat écologiste. Alors après, il y a la question des 500 signatures, mais bon, ça c'est leur problème, et moi je ne suis pas pour l'élimination par la procédure, je suis pour le débat démocratique. Un candidat écologiste, un candidat de l'extrême gauche qui est monsieur MELENCHON, et il y aura un candidat, je l'espère, bien organisé, de la gauche et des écologistes réformistes.

CAROLINE ROUX
Vous, ministre écolo, dans un gouvernement qui est le gouvernement de Manuel VALLS et de Ségolène ROYAL, il y a un débat sur Notre-Dame-des-Landes, débat au sein du gouvernement. Ségolène ROYAL a été rappelée à l'ordre par le Premier ministre, qui considère que l'évacuation de Notre-Dame-des-Landes devra naturellement se faire. Alors, comment vous faites dans ces cas-là pour arbitrer entre les deux ? Vous avez choisi votre camp ? Est-ce qu'il va se passer quelque chose avant la présidentielle, à Notre-Dame-des-Landes ?

JEAN-VINCENT PLACE
La démocratie, c'est-à-dire que nous sommes convenus, comme on dit, avec le président de la République et le Premier ministre, qu'il y aurait eu un référendum. Le référendum a eu lieu, moi, mes arguments contre cet aéroport sont connus, et je sais ce que j'en pense et j'ai eu l'occasion de le dire. La démocratie a parlé, donc le référendum a donné un oui, donc...

CAROLINE ROUX
Donc il faut une évacuation ? Disons les choses simplement.

JEAN-VINCENT PLACE
Donc il y a une forme de légitimité démocratique, que je ne réfute pas à ce référendum. Après il y a, je vais vous le dire aussi, un principe de réalité, et il me semble que ce serait compliqué aujourd'hui, tout simplement, de procéder à cette évacuation. Et alors on va me dire : « Ah oui, mais c'est quand même terrible, les écolos, vous n'êtes pas très démocrates ». Je vais vous donner un petit exemple assez connu, de mémoire, c'est qu'il y avait monsieur de VILLEPIN qui avait voulu faire le CPE. Le CPE, c'est le Contrat Première Embauche, et ça avait été adopté par l'Assemblée nationale. Le texte a été promulgué, il n'a jamais été appliqué, parce que le président CHIRAC, à l'époque, justement, avait pensé que ce n'était pas très utile, au regard de la contestation qu'il y avait. Eh bien moi...

CAROLINE ROUX
Vous êtes très habile. C'est que j'entends c'est que vous considérez qu'il ne faut pas évacuer Notre-Dame-des-Landes.

JEAN-VINCENT PLACE
Si, j'ai dit qu'il y a un vote, j'ai dit qu'il y a une légitimité. Je pense que, en effet, pour reprendre votre formule, ça n'est pas très utile, mais je le dis aussi très clairement, parce que je suis membre du gouvernement, moi je serai solidaire de la décision du Premier ministre.

CAROLINE ROUX
Vous avez lu le livre de confidences de François HOLLANDE ?

JEAN-VINCENT PLACE
Non.

CAROLINE ROUX
Vous n'allez pas le lire ?

JEAN-VINCENT PLACE
Non.

CAROLINE ROUX
Pourquoi d'ailleurs ? Ça ne vous intéresse pas ?

JEAN-VINCENT PLACE
Parce que... Non, j'ai lu les bonnes feuilles, et puis j'ai pensé que ce n'était pas non plus utile que je lise le reste.

CAROLINE ROUX
Il a eu des effets désastreux à gauche, est-ce qu'avec ses confidences mal maitrisées, le président de la République a perdu des soutiens, y compris dans son camp ? A votre avis.

JEAN-VINCENT PLACE
Oui, ce n'est pas un avis, c'est factuel, oui.

CAROLINE ROUX
Et donc, aujourd'hui, qu'est-ce que vous attendez de lui ou qu'est-ce que vous espérez ?

JEAN-VINCENT PLACE
J'ai entendu... j'entends depuis huit jours beaucoup de personnes en effet qui sont dubitatives, ça c'est la formule...

CAROLINE ROUX
Des élus ?

JEAN-VINCENT PLACE
Oui, bien sûr, des parlementaires, des amis politiques, y compris membres du Parti socialiste ou de l'UDE, je parti que j'ai l'honneur de présider. Bien sûr, oui, bien sûr. Oui, ça fait du mal, oui.

CAROLINE ROUX
Et donc qu'est-ce qu'il doit faire, à votre avis, aujourd'hui, le président de la République ?

JEAN-VINCENT PLACE
Eh bien moi je suis, je pense que ce n'est pas l'essentiel, évidemment, ce qui est essentiel c'est la question du bilan, il faudra le faire de façon juste et équilibrée, et puis redémarrer sur une dynamique, mais là il faut renouer le dialogue avec notre propre majorité, et je pense que le président doit déjà reparler aux Françaises et aux Français et puis y compris à notre propre majorité, y compris à nos parlementaires qui sont déboussolés.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous pouvez répondre à une question, très rapidement ?

JEAN-VINCENT PLACE
Oui.

CAROLINE ROUX
Est-ce que vous voyez la patte du Front national derrière la colère des policiers, Jean-Vincent PLACE ?

JEAN-VINCENT PLACE
Non, pour être franc, non. Je trouve que... Les policiers, je peux comprendre leur colère, je suis de l'Essonne, j'ai vu ce qui s'est passé à Viry-Châtillon, je vois les agressions qu'ils subissent, ils font un travail formidable, le ministre de l'Intérieur Bernard CAZENEUVE aussi, et d'ailleurs, qu'il me soit permis de matin de...

CAROLINE ROUX
Ils ne sont pas manipulés par le Front national.

JEAN-VINCENT PLACE
Non. Qu'il me soit permis de matin de saluer leur travail extraordinaire, remarquable, pour la sécurité des Français.

CAROLINE ROUX
C'est dit. Merci beaucoup Jean-Vincent PLACE. C'est à vous Thomas.

THOMAS HERVE
Merci à tous les deux.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 24 octobre 2016

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